Pour 2021…

Après une année de certitudes ébranlées, laissons un peu de place au doute ;

Après une année d’ironie et de sarcasmes, de haine et de suspicion, laissons de la place à la bienveillance et aux mains tendues ;

Après une année de tumulte et d’ignorance, faisons place au silence, au murmure des livres, aux bonheurs intranquilles de la découverte,

Après une année de repli sur soi, faisons place aux sourires enfin dévoilés et à la douceur des regards.

Très belle année 2021 !

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Et Gilbert Bécaud chantait…

Comme elle nous paraît loin, cette France que l’on regarde avec cinquante années de distance ! Les images sont le plus souvent en noir et blanc comme dans les photos de Doisneau, plus rarement en couleurs. Les tenues, les coiffures, tout nous semble désuet, jusqu’au ton des actualités de l’époque, un brin grandiloquent au point de paraitre quelque peu ringard comparé à celui de nos chaines d’info en continu. Non, pas de nostalgie : ne les regrettons pas, ces années-là ! Pourtant, on ne peut regarder les informations télévisées de ce 9 novembre 1970 sans penser que ce jour-là, avec le Général de Gaulle, c’est une part de la grandeur de notre pays qui s’en est allée.

Pour les uns, l’émotion est intacte. Et, même s’ils se sont opposés à lui, ils se souviennent avec exactitude de la tristesse qui les a envahie lorsqu’ils ont appris la disparition de l’homme du 18 juin. Ils se souviennent de ces images d’une foule envahissant à Paris la place de l’Etoile pour la rebaptiser, avant toute décision officielle, du nom de Charles de Gaulle. Ils se souviennent encore de ce matin brumeux du 12 novembre où, à Colombey les Deux Eglises, un cercueil drapé de tricolore, porté par un véhicule blindé a franchi le portail de la Boisserie pour des obsèques à la simplicité toute familiale tandis que les grands de ce monde et les officiels étaient rassemblés sous la voûte de Notre Dame de Paris… Et tant d’autres images leur restent en mémoire, comme autant de témoignages intacts de leur admiration et de leur reconnaissance.

Pour d’autres, les plus nombreux, ceux qui n’ont pas vécu ces jours de novembre d’il y a cinquante ans, c’est l’occasion de découvrir ou re-découvrir des pages de notre histoire. Et quelles pages ! Des combats de la 1ère guerre mondiale à l’homme du 18 juin et de la Libération de Paris ; des ultimes soubresauts de la IVème République perdant son honneur dans la guerre d’Algérie jusqu’à la proclamation de nouvelles institutions et à l’élection du Président de la République au suffrage universel ; de la décolonisation à la politique extérieure qui, dans les balbutiements de la construction européenne, assurait à notre pays une place singulière dans un monde marqué par la guerre froide et l’opposition entre l’Est et l’Ouest… Que d’événements où la tragédie côtoie les querelles de peu d’importance, où la grandeur ne s’embarrasse pas de nos faiblesses. Une époque où sa vision du monde nous appelait à voir plus haut, plus loin.

Des années d’une vie où quoi qu’on en dise, la rectitude morale, l’intérêt général et une haute idée de la nation française primaient sur toute autre considération. Peut-être est-ce de cela plus que de tout autre chose que nous sommes nostalgiques aujourd’hui ? A moins que nous ne cherchions aussi dans son exemple les ressorts d’un sursaut dont nous avons tant besoin. Lui qui, à maintes reprises, n’a craint ni les obstacles, ni les condamnations les plus sévères et les critiques les plus acerbes, ni la solitude enfin pour tracer un chemin qui n’était pas seulement le sien, mais surtout celui du sursaut. Une voie qui soit capable d’inverser le cours du destin quand celui-ci était funeste.

Le temps n’est pas aux regrets, mais ces années-là, – qui s’en souvient encore ? – Gilbert Bécaud chantait :

« … Cet homme légendaire

Au milieu des vivants,

Le jour où on l’enterre, je te parie cent francs…

Tu le regretteras, tu le regretteras

Tu le regretteras longtemps ».

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La résignation ou le sursaut

Le cancer est une maladie qui se développe à bas bruit. Discrètement, l’air de rien. Parfois, sans signe extérieur flagrant, sans symptôme caractérisé, le patient se réveille alors que la maladie s’est déployée à partir d’un foyer initial et a pris le temps de répandre ses métastases dans tout l’organisme. Trop tard ! Il n’y a alors, pour éradiquer le mal, que des thérapies de choc, particulièrement brutales et qui mettent l’organisme sens dessus dessous. Sans toujours parvenir à l’éradiquer et éviter l’issue fatale. Nous découvrons aujourd’hui tardivement qu’il en est de même, au sein de notre société, avec l’islamisme radical.

Tardivement ? En est-on vraiment sûr, tant les signes annonciateurs, les rapports alarmistes, les inquiétudes d’élus, de responsables du Renseignement ou de la police, les alertes lancées par des enseignants ou des intellectuels auraient dû nous inquiéter. Oui, mais voilà : malgré les signaux, nous avons préféré ne pas voir. Préféré écouter ceux qui ont tout fait pour nous empêcher de voir. Par refus de stigmatiser ceux qui se réclament de l’Islam ; par honte du racisme à peine dissimulé de ceux qui réclamaient des mesures radicales ; ou encore à cause d’un vague sentiment de culpabilité à l’égard de populations que nous avions reléguées dans des banlieues malcommodes et ainsi condamnées à un entre-soi mortifère…

Aujourd’hui, le meurtre barbare d’un enseignant et le triple assassinat de Nice dans les mêmes conditions provoque une prise de conscience où la sidération, l’effroi et l’émotion se mêlent au désir de vengeance, et à la volonté d’en finir avec ce mal.

Assassiné au seul motif qu’il avait fait un cours d’instruction civique sur la liberté d’expression comme un élément constitutif de nos valeurs républicaines, cet enseignant était devenu la cible d’une haine répandue sur les réseaux sociaux. Une haine qui a atteint son but : donner à un individu de « bonnes raisons » pour un passage à l’acte.

Elle est bien mince, la frontière qui sépare l’auteur de ce meurtre et ceux qui ont nommément désigné sa victime à partir d’affirmations, on le sait maintenant, erronées et diffamatoires. Bien ténu ce qui distingue l’acte barbare de ces appels à la vengeance. Si, d’un point de vue juridique, caractériser un appel au meurtre reste ici une affaire délicate tant le droit ne peut se satisfaire de considérations générales sur un mouvement d’opinions, on reste confondu devant l’enchaînement de propos haineux, de détails précis, et de fausses affirmations qui ont conduit un jeune réfugié d’origine Tchétchène habitant un autre département, à se rendre à proximité du collège où exerçait cet enseignant pour l’exécuter.

A Nice, c’est la haine des « infidèles », de ceux qui professent une autre foi que celle de l’Islam qui a semé la mort. Trois personnes exécutées en raison de leur foi catholique par un Tunisien arrivé en France après avoir traversé la Méditerranée et un passage par Lampédusa.

Face à ces actes barbares, il y a la parole des politiques. Ceux qui réclament une réaction plus vigoureuse que jamais. Ceux qui n’ont eu de cesse d’encourager les organisations de l’islamisme radical et font mine aujourd’hui de protester face à la violence qu’elles suscitent quand ils ne cherchent pas à excuser les meurtriers. Ou encore ceux qui mettent dans le même sac musulmans paisibles et islamistes radicaux au point de vouloir les mettre tous sous surveillance, quand ce n’est pas réclamer leur exclusion de la communauté nationale. Qu’ils soient réfugiés de fraîche date, installés depuis longtemps ou nés sur notre sol.

Il y a aussi les appels à la Fraternité. Une Fraternité qui ne serait pas un mièvre abandon face à ceux qui affirment haut et clair leur volonté de domination. Une Fraternité qui serait à la fois lucide et courageuse. Lucide pour ne pas être dupe des intentions de ceux qui entendent mettre à bas notre société. Courageuse pour affronter le mal avec détermination mais en évitant les confusions et le simplisme qui font le lit des totalitarismes.

Qu’on y prenne garde : sombrer dans la haine de l’Islam équivaut à désigner comme coupables ceux qui se réclament de cette religion. C’est rejouer la logique du bouc émissaire qui, en d’autres temps, a conduit des millions de juifs dans les camps de la mort et les chambres à gaz. Et c’est la négation même des valeurs dont nous nous réclamons. Dans le même temps, ménager cet islam qui ne parvient pas à éradiquer en son sein les forces du mal au point d’être aveugles et lâches, c’est se rendre coupable des meurtres à venir.

Les meurtres barbares de Conflans–Sainte Honorine et de Nice sont les expressions dramatiques de métastases d’un cancer profond. Alimentées par des discours de haine, par la terrifiante logique des réseaux sociaux sur lesquels aucune éthique ne parvient à s’imposer, encouragés par les propos de dirigeants étrangers, ces métastases qui sommeillent dans nos quartiers, qui ont des profils les plus divers, utilisent à la fois les techniques de communication les plus modernes et les instruments les plus rudimentaires pour semer la mort.

Non, les assassins n’étaient pas des « crétins décérébrés » comme le pensent certains qui, en utilisant ces termes, les exonèrent déjà d’une part de leur responsabilité. Il sont le dernier maillon d’une chaîne de haine qui repose sur le refus de la liberté : liberté de critiquer, liberté de croire et de pratiquer sa propre religion, liberté des femmes à disposer d’elles-mêmes, liberté de se vêtir comme bon nous semble… Une chaîne qui enrôle son propre dieu le considérant sans doute trop faible pour se défendre lui-même, trop bienveillant quand il tolère d’être brocardé par des caricatures ou quand il affronte la concurrence d’autres religions. Une chaîne de haine qui décide d’appliquer sa propre loi et ses châtiments barbares.

Face à cela, il est trop facile de déclamer qu’il ne faut plus rien laisser passer. C’est tout aussi grotesque que de proclamer, au lendemain des attentats de novembre 2015, que rester à la terrasse d’un bistrot était une manière d’entrer en résistance ! Les enseignants qui ont trop subi les lâchetés de leur hiérarchie les sommant d’éviter l’affrontement à tout prix sont bien placés pour rester sceptiques face à de telles déclarations. Ils savent d’expérience qu’ils resteront seuls en première ligne. Au risque d’y perdre la vie !

C’est tout le logiciel de nos réponses à l’islamisme radical qu’il convient de revoir de fond en comble. Qu’on ne s’y trompe pas : nous payons des décennies de lâchetés, d’abandons, d’accommodements, et ce n’est pas en quelques mois que l’on parviendra à ramener à la République ceux qui n’ont que la haine au cœur. Qu’on ne s’y trompe pas, quelle que soit l’énergie déployée, des années seront nécessaires – sans jamais baisser la garde – pour combattre un mal aussi insidieux que celui auquel nous sommes confrontés. Car le cancer est profond et les métastases nombreuses. Et face à cette maladie, il n’y a que la résignation ou le sursaut.

Les médecins qui soignent des cancéreux savent que la combativité et le moral de ces derniers ont un rôle au moins aussi déterminant que les thérapies employées pour l’emporter face à la maladie. Et puisque nous sommes malades, garder le moral, c’est d’abord ne pas céder au désespoir. C’est aussi et surtout retrouver dans la richesse de notre histoire et de notre culture – qui ne se réduit pas à la caricature – des raisons d’espérer. Car après tout, si certains ont pu trouver refuge dans notre pays, c’est parce que celui-ci a su, au fil des siècles et des décennies récentes, se bâtir un arsenal de valeurs et de droit qui assurent aussi la protection de ceux qui sont en danger dans leur propre pays. Que ceux-là aient pu l’oublier est confondant. Mais il y a plus confondant encore, et c’est peut-être de là que vient une part du mal qui nous frappe : qu’on ait oublié de le leur rappeler…

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Ce n’est pas qu’une affaire de fringues…

Voilà des années, on s’étripait sur les ondes à cause de lycéennes voilées. En 2020, à Strasbourg ou Mulhouse, des jeunes femmes ont été agressées dans la rue parce qu’elles portaient des jupes courtes. Dans un lycée, une élève a été sèchement priée de se rhabiller par un enseignant qui n’appréciait pas le col échancré de son tee-shirt. Aujourd’hui, ce sont donc la jupe qui fâche, le décolleté qui indigne, le nombril apparent qui choque. Et le Ministre de l’Education nationale d’affirmer que l’on ne peut venir au lycée que dans une « tenue républicaine » ! De tels incidents, et le fait que le Ministre de l’Education Nationale ait cru utile de s’emparer du sujet, révèlent les étranges et dangereux glissements auxquels nous assistons.

Passons sur le propos ministériel évoquant une « tenue républicaine » car on ne voit guère ce que signifie cette expression. Sauf à ironiser en se référant à la « Liberté guidant le peuple » de Delacroix ou à certains bustes de Marianne aux décolletés avantageux et que l’on peut trouver dans nos mairies… Et rien dans les règlements de l’Education Nationale ne permet de distinguer ce qui serait défendu et ce qui serait autorisé.

Mais laissons-là ce qui se passe au sein des établissements scolaires pour s’intéresser à ce qui se déroule dans l’espace public. Observons donc qu’un an après le mouvement Me-Too et la dénonciation planétaire de comportements machistes, force est de constater que rien n’a vraiment changé puisque nous nous trouvons une fois de plus dans un rapport déséquilibré dans lequel ce sont les femmes qui sont accusées de provocation. Comment ne pas s’affliger du fait que ces incidents entrent en résonnance avec l’affirmation « elles l’ont bien cherché ! », excuse classique visant à atténuer la responsabilité des violeurs ? Ainsi, considérant comme un fait acquis et invariable que l’homme est incapable de maîtriser ses propres pulsions, c’est la liberté vestimentaire des femmes qu’il conviendrait de restreindre !…

Constatons aussi, hélas, que nous assistons à un élargissement à l’ensemble de l’espace public de ce que nous pensions réservé à certains quartiers. Là, la pression masculine est telle que des jeunes filles ont abandonné la jupe et arborent un voile dans le seul but d’éviter agressions verbales et harcèlement. Aujourd’hui, à l’évidence, ces comportements ont franchi les frontières de ces quartiers. Et des jeunes hommes entendent désormais exprimer partout leur domination sur les jeunes filles qu’ils croisent dans la rue. Cette domination qui passe par la violence verbale et physique entend imposer leur propre conception morale et religieuse de la pudeur. Une autre manière d’affirmer que le corps des femmes n’appartient pas à celles-ci, mais est la propriété de leur père, de leurs frères, de leur mari… Des hommes et des hommes seulement… Et comme rien n’a fait obstacle à la domination que ces mâles exercent sur leur « territoire », l’impunité leur a donné des ailes au point de vouloir l’imposer ailleurs.

Bien sûr, les évolutions de la mode ont toujours questionné le regard que les hommes portent sur les femmes. Voilà quelques décennies l’irruption de la mini-jupe qui a traversé la Manche, a suscité maints débats pour ou contre ce vêtement, symbole de liberté pour des femmes revendiquant une certaine forme d’égalité dans le droit à la séduction. Bien sûr aussi, les modes vestimentaires des jeunes filles d’aujourd’hui suscitent maints débats, lesquels commencent au sein même des familles.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’enjeu de la querelle de fringues à laquelle nous assistons aujourd’hui n’est pas celui d’une énième réplique de la bataille de la mini-jupe. Il est triple. C’est, évidemment, et d’abord, la liberté que l’on reconnaît aux femmes de se vêtir comme elles l’entendent. Il est aussi dans le refus d’une regrettable confusion entre décence, pudeur et pudibonderie. Car il n’est plus question de pudeur ni de décence. Ce sont les pudibonds, et eux seulement, qui mènent la danse. Il est enfin et surtout dans l’acceptation ou le refus de reconnaître comme légitime tel ou tel groupe d’hommes qui s’auto-désigne comme arbitre des élégances… et entend imposer son autorité sur les fringues, mais pas que. Alors, que choisit-on : la décence ou la pudibonderie ?

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Derrière les meilleures intentions…

Ah, que l’on voudrait les aimer ! Mais pourquoi s’obstinent-ils donc à tout gâcher ? Oui, ils sont animés des meilleures intentions : ils veulent sauver la planète ! C’est sans doute pour cela qu’ils obtiennent quelques succès électoraux. Mais, à part ça, obsédés par l’urgence climatique, les écologistes en arrivent parfois à confondre les symboles et les solutions, à prendre leurs propres rêves pour des réalités, à vouloir imposer leur idéologie.

Le bêtisier de ces dernières semaines est impressionnant. Quelques exemples : refus du Tour de France à Rennes, et suppression du sapin de Noël à Bordeaux : deux manières de punir ceux qui ne partagent pas leurs goûts. Ecriture inclusive à Lyon, au mépris du bon sens et surtout de la compréhension par tous des écrits municipaux. Toujours à Lyon, refus de participer au traditionnel vœu des échevins au nom de la laïcité, tout en posant la première pierre d’une mosquée : comprenne qui pourra ! Ailleurs, une élue qui considère « légitimes » des squatters qui s’installent dans un logement appartenant à d’autres, comme s’il fallait abattre le droit de propriété. Et, cerise sur le gâteau, un maire de Grenoble qui ne s’inquiète pas lorsque des trafiquants de drogue se pavanent dans ses rues kalachnikov à la main, mais proteste vigoureusement lorsque le Ministre de l’Intérieur y organise une descente de police !.. Tout cela révèle un mépris pour ce qui est populaire, une forme d’inculture, et enfin un renversement de valeurs pour le moins inquiétant.

Reverdir nos villes ? Qui n’applaudirait à cette idée ? Le regretté humoriste Alphonse Allais regrettait déjà, au siècle dernier, que les villes ne soient pas bâties à la campagne. Eux, ils font l’inverse : ils réintroduisent la campagne à la ville. Jardins suspendus, potagers en terrasses, ruches sur les toits et composteurs sur les balcons… Le programme est séduisant. Surtout lors d’un printemps de confinement !

Combattre les énergies fossiles pour ralentir le réchauffement climatique ? Soit ! Donc, vivent les énergies renouvelables, d’autant qu’elles seraient, dit-on, gratuites… Alors, surfant sur cette vague verte et tirant profit de conditions financières avantageuses, des entreprises sèment les éoliennes dans nos campagnes sans se soucier ni de leur réelle productivité, ni de la préservation du patrimoine, ni des conséquences à long terme de leur installation.

Oui, mais voilà, c’est parce qu’ils veulent reverdir nos villes et les rendre plus respirables, parce qu’ils veulent combattre les énergies fossiles, qu’on leur pardonne tout, que l’on tait leurs incohérences, que l’on se couche devant leurs diktats, y compris les plus absurdes et ceux qui n’ont rien à voir avec la protection de la planète.

Le pire n’est pas qu’en réservant des boulevards aux cyclistes ils déclarent la voiture hors la loi, qu’ils suppriment à la fois voies de circulation et places de stationnement pour mieux la faire disparaitre. Tout cela en oubliant que la question de la mobilité reste entière pour les habitants des périphéries. Le pire n’est pas non plus qu’ils rêvent d’une campagne peuplée d’agriculteurs bio et parsemée de champs d’éoliennes, tout en omettant de préciser qu’une éolienne, c’est a minima 800 à 1000 tonnes de béton enfouies dans le sol avec pour effet une stérilisation définitive des parcelles ainsi équipées. Sans compter qu’il nous faut – par l’impôt – subventionner l’électricité ainsi produite.

Non, le pire, c’est d’entendre le maire de Bordeaux qualifier de « fachos » ceux qui osent critiquer sa décision de supprimer un sapin de Noël ! Car qualifier un contradicteur de « facho », c’est une manière de le discréditer, de lui nier le droit d’intervenir dans le débat public et d’y faire entendre ses arguments. C’est refuser de débattre. Le pire, c’est donc que ces écolos là ont une vision à sens unique du débat public. Une vision dans laquelle il faudrait se soumettre à un politiquement correct qui va de la bicyclette aux éoliennes en passant par l’écriture inclusive et les sapins de Noël. Une soumission qui va jusqu’aux accommodements avec les trafiquants de drogue…

Débattre, mais pour quoi faire, pensent-ils, puisqu’ils n’ont que des certitudes, et avant tout celle de faire le bien ? Tandis que les autres seraient coupables, nécessairement coupables de vouloir laisser mourir la planète ! Ils ont oublié que débattre, c’est aussi se taire et écouter ce qu’ont à dire ceux qui ne pensent pas pareil. C’est accepter que l’autre soit porteur d’une vérité qui dérange. Débattre, c’est – au final – être démocrate. Mais ces écolos-là le sont-ils vraiment ?

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Les savants fous au pouvoir

La littérature, la BD et le cinéma ne sont pas avares de ces personnages de savants fous qui sont prêts à tout pour assouvir leur désir de toute-puissance : greffes de cerveaux sur des robots, manipulations génétiques en tous genres, création d’êtres hybrides dotés de super-pouvoirs, clonages, etc. Le plus souvent cela se termine dans une sorte d’apocalypse qui emporte savants et créatures avant que le monde ne retrouve la paix, non sans avoir à faire le deuil des nombreuses victimes emportées par la tourmente et à reconstruire ce qui aura été détruit au passage. L’histoire nous a également montré que ces savants fous pouvaient donner libre cours à leurs délires en étant enrôlés par des régimes totalitaires, notamment dans une perspective de purification ethnique. C’est d’ailleurs ce que l’on constate actuellement avec la mise en œuvre d’une politique génocidaire d’un type nouveau par le régime communiste chinois à l’encontre des Ouïgours…

Dans nos sociétés démocratiques et libérales, les savants fous ont compris qu’il fallait passer par d’autres canaux. Et le lobbying autant que l’entrisme font désormais partie de leurs techniques pour rallier à leurs causes des politiques tétanisés à l’idée de paraître ringards. C’est ce qui se produit aujourd’hui en France avec la révision des lois de bioéthique. Il aura suffi qu’un député, médecin de son état, parle « d’urgence sanitaire » au sujet du projet de « PMA pour toutes » pour que le pouvoir exécutif se soumette et que reviennent à l’ordre du jour des techniques que l’on croyait écartées lors de la première lecture du texte au Parlement.

Le député Jean-Louis Touraine est de ceux-là. Alors même que les yeux des politiques et du corps médical étaient tournés vers les courbes de la pandémie de COVID 19, il a, en catimini et avec la commission spéciale bioéthique, ajouté au texte initial des amendements qui le modifient substantiellement. Sont ainsi prévues les chimères (gènes humains apportés à des animaux), la ROPA (technique qui consiste à faire porter à une femme l’ovocyte de sa compagne fécondé par le sperme d’un tiers donneur), l’extension du diagnostic pré-implantatoire (ouvrant la porte à l’eugénisme), la reconnaissance automatique des enfants nés de GPA à l’étranger… Derrière tout cela, il y a le lobby des laboratoires et cliniques qui attendent de la loi à venir qu’elle booste le marché très lucratif du vivant sous couvert de reconnaissance du droit des couples de femmes ou des femmes seules à avoir un enfant. Et tout cela en faisant supporter à la collectivité – via le remboursement par la Sécurité sociale – le coût de ce désir d’enfants.

Nous assistons là à la rencontre du pire du libéralisme avec le pire de ce que le socialisme à la sauce Hollande a produit. Ce qui résume assez bien la faiblesse du macronisme. Oublié le principe de précaution (pourtant inscrit dans la Constitution !) que des écologistes brandissent volontiers, mais qu’ils oublient dès qu’il s’agit de l’humain. Oubliées les priorités que nous invite à redéfinir la pandémie. Oubliées les conséquences économiques d’une crise sanitaire qui met peu à peu des milliers de salariés au chômage. Oubliée la sobriété que prétendaient nous vanter les tenants du « monde d’après »…

Et dans la douceur d’un été durant lequel nombre d’entre nous cherchent à oublier les angoisses de la crise du COVID 19, certains se hâtent de redéfinir notre rapport au vivant, de nous soumettre aux désirs de quelques uns, remettant ainsi en cause ce qui fonde une part de notre modèle de société. Tout cela, sans tenir compte le moins du monde des prudences exprimées par le Comité consultatif national d’éthique. Sans tenir compte de l’hostilité d’une majorité de français à la PMA pour toutes et à la GPA largement exprimées lors de la large consultation préalable organisée à ce sujet. Bref, ceux qui avaient aussi cru à l’émergence d’un modèle démocratique dans lequel on tiendrait compte des citoyens en seront pour leurs frais. Au secours : les savants fous sont au pouvoir !

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Comme un suicide français…

Après la bataille du Covid, serions-nous en train de perdre une autre bataille ? Le meurtre d’un homme noir par un policier blanc à Minneapolis, aux USA, a fait surgir dans la vieille Europe comme aux USA la clameur de ceux qui subissent quotidiennement l’insupportable violence du racisme. Les images de son agonie vues par des dizaines de milliers d’internautes ont réveillé les douleurs jamais apaisées et les haines enfouies. Un désir de vengeance a traversé l’Atlantique et, par un effet de mimétisme, une foule qui manifestait à Paris en est venue à exiger des policiers français qu’ils mettent un genou à terre.

La société française a alors découvert, effarée, l’ampleur du fossé qui sépare les jeunes de certains quartiers issus de l’immigration, et tout ce qui constituait jusque-là le ciment qui la réunit : notre histoire, notre culture, une manière de vivre… Sans doute, n’ignorait-elle pas que l’ordre républicain n’est guère respecté dans ces quartiers. Sans doute, savait-elle que la tâche de la police est des plus difficiles lorsqu’il faut à la fois maintenir un semblant d’ordre, poursuivre des délinquants qui veulent imposer leur loi, tout en évitant les embrasements que l’on a tôt fait de leur reprocher. Cela alors même que la Justice fait parfois preuve d’une mansuétude qui crée chez ces mêmes délinquants un sentiment d’impunité.

C’est là que George Floyd, l’homme noir assassiné à Minneapolis devient de ce côté de l’Atlantique, le mort de trop. Celui qui suscite une gigantesque confusion entre le sort des noirs des USA descendants d’esclaves, immigrés forcés en quelque sorte, et celui des noirs nés en France et issus d’une immigration volontaire. Entraînant l’amalgame entre vie difficile dans certains quartiers et discriminations, esclavage et colonisation.

Dans un immense mouvement de repentance collective et de peur, tout ce qui rappelle un quelconque passé esclavagiste, tout ce qui semble avoir peu ou prou fait preuve de complaisance à ce sujet, tout homme que certains soupçonnent d’arrières-pensées racistes, doit alors être banni. Disparaître comme n’ayant jamais existé. Ainsi, le film « Autant en emporte le vent » est déprogrammé. Victor Schoelcher qui a pourtant obtenu de haute lutte l’abolition de l’esclavage est vilipendé parce que blanc. Sur les ondes du service public de la radio, est lue la lettre d’une romancière qui déclare ne pas avoir souvenir d’un ministre noir dans les gouvernements de la République, oubliant ainsi Christiane Taubira et Rama Yade, Roger Bambuck et Kofi Yamgnane et tant d’autres ! Une statue du général de Gaulle est vandalisée parce qu’il aurait été colonialiste, lui, l’homme de la décolonisation ! Une statue de Gambetta déboulonnée parce qu’il ne s’était pas opposé à la colonisation. Et voilà qu’on lit, sous la plume d’un ancien Premier Ministre qui assurément laissera peu de traces dans l’histoire, une demande visant à débaptiser la salle de l’Assemblée Nationale et le bâtiment du Ministère des Finances qui portent le nom de Colbert, parce qu’il fut l’auteur d’un « Code Noir » qui a donné des droits à ceux qui n’en avaient aucun. De jour en jour s’allonge cette liste improbable où les grands hommes d’hier devraient être renvoyés aux poubelles de l’histoire parce que jugés avec les critères d’aujourd’hui, où des œuvres se voient censurées parce que désormais politiquement incorrectes aux yeux de certains…

Bref, dans ce fatras, la stupidité le dispute à l’ignorance, l’émotion se fiche de la complexité de l’histoire comme d’une guigne, la confusion et l’amalgame font des ravages. Et nos gouvernants tentent de calmer le jeu, conscients des risques d’embrasement. Mais ils le font avec une telle maladresse qu’ils semblent se soumettre au diktat de délinquants qui voudraient faire oublier leur propre passé. Ce qui ne peut que susciter colère et amertume dans les rangs des forces de l’ordre.

Pour ne pas être en retard d’une émotion, certains préfèrent ainsi donner raison à ces mouvements « décoloniaux » et autres associations de « racisés » qui, revendiquant une identité noire africaine, refusent le modèle universaliste français et s’inscrivent dans une logique séparatiste. Ils en viennent à réécrire l’histoire, à ériger des impressions sans fondement en vérités absolues, dans le mépris des faits et selon un processus analogue à celui des « fake news »… La vérité historique importe peu. Seule compte l’idéologie !

Dans ce contexte, la confusion entre violences policières et racisme est savamment entretenue. Si l’on ne fait pas crédit aux policiers qui abusent des moyens dont ils disposent et manquent à l’éthique qui doit être la leur, on ne peut qu’être stupéfait de la manière dont les médias, en leur donnant la parole, semblent faire confiance à des délinquants qui réclament pour eux-mêmes un respect qu’ils ne pratiquent guère à l’égard des autres.

Il est plus facile de faire appel aux bons sentiments, à un anti-racisme assez largement partagé, que de regarder la réalité en face. Plus facile de réécrire l’histoire en faisant peu à peu disparaître ce qui ne convient pas aux idéologues plutôt que d’en rappeler les données incontestables. Plus facile de taire les vérités qui dérangent ainsi que le reconnaissait Christiane Taubira dans l’Express en 2006, lorsqu’elle faisait observer qu’il « ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes »…

De silences en abandons, de lâchetés en soumissions, on en vient à saper le fondement même des valeurs qui fondent notre société. Prélude à des guérillas à caractère tribal dans certaines villes (comme à Dijon..) et d’autres violences à venir. Prélude à un tragique effondrement collectif. Comme un suicide français…

 

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Aveuglements…

Et si le COVID 19 rendait aveugle ? C’est ce que laisse supposer la décision du Conseil d’Etat qui a ordonné le 18 mai au gouvernement de lever « l’interdiction générale et absolue de rassemblement dans les lieux de culte » et d’édicter sous huit jours, des « règles strictement proportionnées au risque sanitaire ». Car, force est de le reconnaître, la cécité a été hélas largement partagée.

Aveuglement du gouvernement d’abord qui, tout à sa bataille contre la pandémie, a voulu desserrer l’étau du confinement avec un luxe de précautions pour les écoles et les entreprises, sans rendre possible le retour au culte pour les croyants des diverses religions. Peut-être aussi redoutait-il, sans pouvoir l’avouer, une affluence dans les mosquées incompatible avec les mesures sanitaires lors de la fête de l’Aïd… Et plutôt que de devoir faire des mécontents en raison d’un calendrier religieux particulièrement dense*, plutôt que d’accepter les propositions de dispositions formulées notamment par les évêques de France, il a préféré porter atteinte, « par une mesure de portée générale et absolue », à la liberté fondamentale qu’est la liberté de culte qui comporte, comme le fait observer le Conseil d’Etat, le droit de participer collectivement à des cérémonies dans les lieux de culte.

Aveuglement des autorités religieuses ensuite, qu’elles soient catholiques, juives ou musulmanes qui n’ont pas souhaité que leur dialogue avec les autorités civiles débouchent sur une épreuve de force. Peut-être aussi redoutaient-elles de se trouver mises au banc des accusés en cas de nouveau foyer de contamination lié à des célébrations religieuses. Le rassemblement évangélique de Mulhouse, qui a largement contribué à la propagation du virus dans l’Est de la France, leur a donné à réfléchir. Aucune d’elles ne souhaitait être désignée comme bouc-émissaire en cas de rebond de la pandémie. Et si l’on excepte le « coup de gueule » sans lendemain des évêques de France, rien n’est venu exprimer leur détermination à réclamer que soit mis un terme aux atteintes à la liberté de culte.

Aveuglement enfin de certains intellectuels chrétiens qui, engagés dans une critique vigoureuse à l’égard de l’institution ecclésiastique, n’ont pas pris la mesure du désir de retour aux sacrements de la part de nombre de catholiques et plus encore de l’importance de la défense de cette liberté fondamentale. Sans doute d’autres urgences telles que la solidarité ou la préservation de la santé leur paraissaient prioritaires. Fallait-il pour autant renoncer à une liberté consacrée par l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ** ?

Le plus navrant dans cette affaire est, au fond, qu’à l’aveuglement du gouvernement se soit ajouté celui de tous ceux qui avaient renoncé au point de laisser la défense de cette liberté fondamentale aux plus radicaux des identitaires, nostalgiques d’une chrétienté révolue. Ceux-là même qui exultent aujourd’hui en se posant comme les seuls défenseurs de la Foi alors que leur discours est un discours d’exclusion, et parfois de haine, bien loin des valeurs évangéliques. Preuve est ainsi faite qu’au combat de la liberté il faut rester lucide et ne jamais renoncer…

* A l’Aïd des musulmans qui marque la fin du Ramadan, du 23 au 24 mai, succèdent les fêtes de Chavouot pour les juifs du 28 au 30 mai et, pour les chrétiens, la Pentecôte le 31 mai.

** Cet article précise que « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites »

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Peur de la mort, peur de la vie…

C’est un ennemi invisible, méconnu, imprévisible. Sans effet ou si peu sur certains, il conduit d’autres à la mort. Depuis des semaines qu’il fait des ravages sur notre sol, comment ne pas éprouver de la peur ? Peur de la maladie, peur de la mort. Pour l’affronter – ou plutôt pour l’éviter – nous nous sommes d’assez bonne grâce reclus chacun chez soi, quoi qu’il nous en ait coûté.

Chaque jour, cette peur est alimentée par les chiffres assénés par nos autorités qui dressent le bilan de ceux qui ont du être hospitalisés et ceux qui n’ont pas résisté. Plus ou moins bien, nos gouvernants ont pris les choses en main, alternant langage guerrier et propos qui, tout en nous faisant la morale, nous dépossèdent de notre capacité à agir. Et les médias nous ont, plus que de raison, abreuvés d’images prises dans nos hôpitaux, de photos de patients entre la vie et la mort, de services sur-encombrés, d’opérations spectaculaires de transferts vers d’autres régions moins atteintes par le virus. Sans compter les heures d’antenne exclusivement consacrées à ce sujet.

Pour faire face à la peur, nous avons nos rituels. Les applaudissements quotidiens pour les soignants qui résonnent en ces soirées printanières comme une manifestation collective de notre bonne conscience. Les manifestations de solidarité : celle, réelle, de ceux qui se sont engagés au service des plus fragiles et celle, plus virtuelle, qui se répand sur les réseaux sociaux. Les liens nouveaux que tissent les applications numériques entre ceux qui ne veulent pas se perdre de vue. Les machines à coudre mises à contribution pour produire des masques en quantité. Et puis ce souci de tromper l’ennui par l’humour et la musique partagés, par la fuite éperdue dans une vie rêvée. Vie d’avant ou vie d’après, c’est selon…

Aujourd’hui, approche le temps de cette libération espérée. Le temps où nous pourrons de nouveau – de manière mesurée il est vrai – marcher dans les rues, retrouver les commerces dont nous étions privés, rendre visite à un proche, élargir le cercle de nos déplacements, et voir nos enfants regagner l’école. Oui. Mais voilà : nous avons peur ! Peur de cet autre qui pourrait être un collègue de travail ou un voisin, un frère ou un ami, et qui serait sans le savoir porteur de l’ennemi invisible. Peur de celui qui, par négligence ou plus probablement par distraction, oublierait l’un de ces gestes barrière sensés nous protéger. Nous avons peur. Peur de nous dé-confiner !

Si nous faisons preuve de lucidité, nous observerons que l’extension sans limite du principe de précaution nous empêche de retrouver notre liberté. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les protocoles élaborés dans l’urgence pour retrouver le chemin de l’école ou du travail. Des règles parfois si éloignées du réel qu’elles rendent ce retour quasi-impossible. Le luxe de détails est tel que l’on s’interroge : avons-nous vraiment envie d’y remettre les pieds ou préférons-nous rester confinés au risque de périr d’asphyxie après l’effondrement de notre économie ? Il est vrai que le moindre manquement à l’un des principes ou à l’une des directives énoncés dans ces protocoles pourrait entraîner la mise en cause de la responsabilité de celui qui aurait été négligent, pour mise en danger de la vie d’autrui. On connaît la suite : droit de retrait des uns, poursuites, procès au pénal…

Serait-ce alors que nul ne souhaite prendre le moindre risque, assumer la moindre responsabilité ? Avons-nous oublié que nous sommes placés malgré nous et tous ensemble dans une situation qui, de mémoire d’homme, n’a pas de précédent ? Serait-ce qu’une fois de plus, collectivement, nous attendons tout de l’Etat y compris l’impossible promesse de protection absolue contre la mort ? Ce qui équivaut à le condamner à l’impuissance. Pas étonnant que nous vivions dans un pays paralysé par l’accumulation de textes et de normes qui constituent autant de handicaps dans un monde qui exige de l’agilité !

Ce faisant, nous ne parvenons pas à nous avouer que ce dont nous avons peur, c’est la vie qui nous attend. Cette vie qui nous conduit désormais à devoir vivre dans l’intranquillité. Cette vie dans laquelle nous devons affronter le risque. Hier c’était celui des attentats, face auxquels nous avons fait front commun. Aujourd’hui c’est celui d’une pandémie qui, sans doute, en annonce d’autres. Demain, ce sera celui des conséquences du réchauffement climatique…

Depuis des décennies, nos sociétés nous ont fait croire à l’illusion d’un progrès sans fin. Au point que nous ne parvenons pas à comprendre aujourd’hui l’incertitude dans laquelle se débattent les scientifiques. Elles ont mis la mort à l’écart au point que nous ne savons plus la regarder en face. Il aura suffi d’un virus importé de Chine pour que notre quiétude se fracasse contre le mur d’une réalité qui se rappelle à nous de la plus brutale des façons. Oui, la vie est à coup sûr une « maladie mortelle sexuellement transmissible ». Et nous la devons à nos parents et aux parents de nos parents. Et à chaque instant, nous courons le risque de la perdre. Ce qui lui donne toute sa saveur… L’avions-nous oublié ?

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Résurrection !

Nous traversons l’angoisse, la maladie, la mort de proches que nous n’aurons pas pu accompagner pour un dernier A Dieu. Nous connaissons le silence et la solitude, le vide des heures qui s’égrènent et les journées qui s’écoulent à rythme lent, le travail mis entre parenthèses au risque de faire sombrer nos entreprises, de perdre nos emplois. Nous connaissons l’attente d’un appel téléphonique d’enfants et de petits-enfants que nous ne pouvons voir ou seulement par écran interposé, d’un film ou d’une émission qui pourraient nous distraire. Et pendant ce temps, le flot des informations dresse le tragique bilan de la maladie ou fait écho à de vaines polémiques et nous semble incapable d’aborder d’autres sujets. Tout cela sans que nous puissions percevoir si le terme de ce confinement serait dans deux, quatre semaines ou davantage, ce qui ne fait que rajouter à notre désarroi…

Nous sommes confrontés au vide, celui de nos églises où se déroulent des célébrations sans assemblée de croyants, comme celui des rues de nos villes et de nos villages et nous voilà désemparés. Nous connaissons la sécheresse d’une traversée du désert et nous avons soif. Soif de retrouvailles avec ces autres qui nous agacent parfois mais dont nous découvrons aujourd’hui combien ils sont importants pour nous ; soif de marcher à pas lents dans la lumière du printemps qui nous réserve tant d’enchantements. Soif de la vraie rencontre.

Nous sommes confrontés au vide et nous avons peur. Peur de la maladie bien sûr, pour nos proches et pour nous-mêmes, pour tous les soignants qui sont en première ligne dans ce combat. Peur de cet enchaînement incompréhensible qui fait passer certains d’entre nous des premiers signes à la fièvre, de la fièvre au lit, du lit à l’hôpital, du service réanimation à l’annonce brutale et incompréhensible d’un décès. Mais nous avons aussi peur de ce temps suspendu que nous ne savons pas nécessairement bien emplir de nos vies. Peur de ce vide qui nous met face à nous-mêmes.

Pourtant, souvenons-nous ! Pour les chrétiens, tout a commencé avec le vide d’un tombeau. Et avant ce tombeau, la tragédie de la Passion, la trahison et l’abandon, la souffrance et la mort. S’il n’y avait eu la haine et la lâcheté, s’il n’y avait eu le sang versé, il n’y aurait pas eu ce tombeau vide. Ce n’est que parce qu’il y a eu ce vide que, soudain, nos vies se sont emplies d’une irrésistible espérance.

Alors, un jour viendra où nous connaîtrons enfin la joie de pouvoir sortir de nos foyers, de donner à nos aînés reclus dans un EHPAD la tendresse qui leur a tant manqué, de serrer nos proches dans nos bras, de flâner sans scrupule dans les rues de nos villes et de nos villages, de passer un moment avec des amis… Un jour viendra où nous repasserons la porte de nos églises, et nous aurons alors comme l’impression d’une résurrection !

Résurrection parce qu’enfin nous pourrons revivre, partager, célébrer. Résurrection parce qu’après une telle épreuve nous pourrons tirer les leçons du passé et tenter de bâtir un monde meilleur. Résurrection si nous savons remplacer la rentabilité à tout prix par la sobriété, le chacun pour soi par la fraternité…

Joyeuse fête de Pâques à tous !

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