Kippa interdite !

Vous connaissez la différence entre certains quartiers de nos banlieues et l’Assemblée Nationale ? Il n’y en a pas : il est interdit d’y porter la kippa ! C’est hélas, très sérieusement, la conséquence de la nouvelle instruction édictée par le Président de l’Assemblée Nationale portant sur l’interdiction du port de signes religieux « ostensibles » dans cette enceinte et l’obligation pour les députés d’avoir une tenue vestimentaire « neutre »…

Il a suffi qu’un député se refuse à porter la cravate, puis enfile à la tribune le maillot d’un club de foot pour que le quatrième personnage de l’Etat se saisisse d’une question essentielle : le « dress-code » des députés. Et, de fil en aiguille, en vienne à cette interdiction.

Dans ce qui est le lieu par excellence de libre expression des opinions, dans l’enceinte où doit régner la plus totale impunité pour les représentants du peuple et les idées qu’ils y expriment, les voilà sommés de se soumettre à un diktat vestimentaire portant atteinte à leurs convictions les plus profondes. Et l’on hésite alors à qualifier cette décision de stupide ou inquiétante, en sachant hélas qu’il faut ici répondre : les deux !…

En effet, M de Rugy vient de faire preuve d’une rare stupidité. Car enfin, on ne savait pas la sérénité parlementaire menacée par une croix ou une kippa. A regarder certains débats à l’Assemblée, nous avons plutôt l’impression que c’est le peu de considération que certains portent à leur fonction de député et les invectives auxquelles ils se livrent qui transforment cette enceinte en arène mal fréquentée. Et depuis des décennies, aucun chroniqueur parlementaire n’a noté le moindre incident consécutif à la fugace apparition d’une étoile de David ou d’une main de Fatima… En d’autres termes, par cette nouvelle règle, l’Assemblée Nationale transforme en problème ce qui n’en était pas un !

Là où ils se trouvent, le révolutionnaire Abbé Sieyès, Lacordaire qui réclamait dès 1830 la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’Abbé Pierre qui y défendait l’objection de conscience, ou le chanoine Kir député de Dijon, tous députés en soutane, doivent trouver bien ridicule celui qui, du sommet de son perchoir, perd son temps en pareilles broutilles…

Broutilles ? Oh non, car cette décision constitue ni plus ni moins une violation de l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ! Celui-ci précise que « toute personne a droit à la liberté de penser, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé… ». Serait-ce que les députés ne pourraient manifester un quelconque attachement à leur religion ? La laïcité est-elle à ce point menacée sur les bancs de l’hémicycle qu’il faille leur interdire le plus petit signe visible qui y fasse référence ? La conception de la laïcité à laquelle se réfère M. de Rugy serait-elle supérieure à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ?

En outre, si M. de Rugy s’était sérieusement penché sur la question, il aurait constaté que lors des débats parlementaires de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Jean Jaurès s’était insurgé contre un amendement proposant l’interdiction des processions religieuses dans les rues au motif que si l’on interdisait les processions, il faudrait aussi y interdire les manifestations syndicales ou politiques. Et l’on ne se souvient pas que Jaurès ait été particulièrement calotin… Manifestation, vêtement, médaille, sigle : quelle différence ? Ce qui vaut pour la rue ne vaut-il pas pour le Parlement ?

Le plus affligeant est que de rares voix se sont élevées au sein de l’Assemblée pour dénoncer les dangers de cette nouvelle règle : seuls les communistes et quelques députés isolés se sont insurgés. En vain. Voilà quelques jours, dans une interview, le philosophe Raphaël Enthoven s’inquiétait à propos des progrès de ce qu’il nommait « le parti unanime ». Serions nous arrivés au point où un « parti unanime », obsédé par sa haine des religions, impose ses règles au Parlement ? Inconscience, aveuglement ou lâcheté ? Qui se souvient encore que Primo Levi avait écrit qu’Auschwitz était la conséquence de « la folie d’un petit nombre et le consentement stupide et lâche d’un grand nombre ». Rien à voir, direz vous ? Pas si sûr : quand la bêtise et la lâcheté se rejoignent, nous avons toutes les raisons d’être inquiets : où s’arrêtera-t-on ?

Pour conclure, nous pourrions tout aussi bien considérer que M. de Rugy n’est pas allé assez loin dans sa volonté d’imposer un certain conformisme à la vie parlementaire. Alors puisqu’il veut des tenues « neutres », proposons lui de faire inscrire dans un futur règlement le port obligatoire d’un uniforme pour les députés. Cela arrangerait tout le monde. Pensez donc : plus de polémique sur le coût des costumes ou les tailleurs des beaux quartiers ! Reste à choisir la couleur. On évitera les couleurs criardes qui sont une injure à l’esthétique des palais de la République. On évitera également le rouge, trop à gauche, et le bleu, trop à droite ; ou encore le vert, pour éviter à M. de Rugy de renouer avec les querelles écolos. Alors choisissons une couleur neutre, pas salissante. Je vous propose le brun. Des chemises brunes, ça vous va ?..

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Notre Dame des Landes : pas fini, le gâchis ?..

Vous croyez que le dossier Notre Dame des Landes est clos ? Raté ! Si le projet de nouvel aéroport est bien enterré, sa gestion comme la décision qui y met un terme laissent planer des doutes. Bien sûr, d’une manière ou d’une autre, il fallait sortir de l’impasse. C’est fait. Prenons donc acte de la décision prise. Cependant, il faudra bien tirer toutes les leçons de ces décennies d’avancées et de reculades, de manipulations, de violences et d’incurie du pouvoir politique car enfin, quel temps perdu, quel gâchis ! Et pas seulement sur le plan financier…

En effet, cette affaire est d’abord un immense gâchis politique, comme un concentré de nos travers français, englués que nous sommes dans la confusion entretenue par des institutions qui ont fait de ce dossier une querelle de légitimité.

La légitimité des élus locaux tout d’abord qui, à juste titre, se croyaient fondés à envisager un grand projet d’aménagement pour leur territoire et avaient, depuis des décennies, œuvré pour sa réalisation dans le respect de leurs prérogatives et des règles des instances auxquelles ils appartenaient. Mal leur en a pris : ni la légalité de leurs décisions, ni la constance de leurs efforts, ni les sommes dépensées dans la préparation de ce projet n’ont servi à rien. Au point que nombre d’élus locaux se demandent s’ils doivent à l’avenir prendre le risque d’envisager de tels projets.

Légitimité du corps électoral ensuite qui a été sollicité dans une consultation organisée à la va-vite à la demande d’un Président de la République incapable d’assumer une prise de décision. Les électeurs se sont clairement prononcés en faveur du projet. Choix dont le gouvernement d’alors s’est empressé de ne pas tenir compte ! Sans doute cette consultation avait-elle été bâclée (questionnement, périmètre, confusion sur le sens de ce « référendum »…), mais que le corps électoral ait été à ce point bafoué laisse pantois. Comment les électeurs piégés dans ce jeu de dupes pourraient-ils ne pas s’interroger sur le caractère démocratique de certaines décisions ?

Légitimité des autorités judiciaires qui, à maintes reprises, se sont prononcées sur la légalité du projet, rejetant toutes les demandes des opposants. Au point que des magistrats peuvent douter du bien fondé de leur mission, et s’interroger sur ce que signifient respect du droit et autorité de la chose jugée.

N’y aurait-il qu’un vainqueur, la pseudo légitimité auto-proclamée des adversaires du projet ? Au nom de la défense des zones humides, de leur opposition au béton et d’une conception de l’intérêt général qu’ils entendent imposer quand ils ne parviennent pas à la partager, ils ont multiplié manœuvres dilatoires et recours en justice, et fait de l’occupation illégale d’un territoire transformé en zone de non-droit, un moyen de pression pour faire reculer l’Etat.

En reprenant la main, l’Etat assume enfin ses responsabilités après des années d’atermoiements et d’erreurs. Mais cet acte d’autorité (même si certains y voient une reculade devant un risque de violences) pose problème. On pouvait émettre un doute sur le bien-fondé de ce projet imaginé à une autre époque : peut-être y avait-il mieux à faire en matière de protection de la planète. Mais enfin, observons qu’il y a comme une perversion de notre démocratie à reculer devant ceux qui considèrent leur combat comme étant au-dessus des lois. Observons aussi que cette décision consacre une volonté de l’Etat d’interférer dans les décisions de nos élus en matière d’aménagement du territoire, comme si les conseils régionaux ou départementaux, les élus locaux dans leur ensemble étaient incompétents, et surtout incapables de penser l’avenir de leur région. Bref, serions nous en train d’assister à un retour de la centralisation dans un pays qui en souffre tant ?

C’est donc à une crise de la décision sur les grands projets d’aménagement que nous assistons. A l’évidence, des élus locaux ne pourront plus, demain, décider seuls d’un projet structurant. De nouveaux processus de consultation démocratique devront être mis en œuvre pour ne plus se contenter des règles actuellement en vigueur pour les enquêtes d’utilité publique dont on mesure les limites. Cela pourrait être de nature à revivifier notre démocratie. Enfin, il faudra veiller à ce que l’exigence de protection de la planète soit prise en compte par tous les acteurs, sinon elle ne sera portée que par ceux qui font peu de cas du respect de la loi. Toutes ces questions se résumeront en une seule : comment parvenir à une définition de l’intérêt général qui nous permette d’éviter la paralysie ?

Les maires, les responsables d’exécutifs locaux, les aménageurs savent désormais qu’un très grand nombre de projets de lotissement, d’aménagement, y compris les plus simples permis de construire, font l’objet de recours multiples en Justice, les voies juridiques offertes aux opposants étant quasi-illimitées pour bloquer durablement leur réalisation. Si de surcroît, le chantage au désordre s’en mêle, quels seront les élus assez courageux pour s’engager dans cette voie ? Pas sûr qu’avec les règles et les comportements d’aujourd’hui un Fulgence Bienvenüe aurait pu mener à bien la réalisation du métro parisien !..

Au fait, pour ceux qui croient vraiment que le dossier Notre Dame des Landes est clos, rappelons que la solution retenue d’agrandissement de l’actuel aéroport de Nantes – Atlantique aura un impact sur une autre zone humide située à proximité : la réserve ornithologique de l’étang de Saint Philbert de Grand Lieu… Au-delà, confortés par la décision du gouvernement, les « zadistes » trouveront-ils de nouveaux territoires à occuper autour d’autres projets qu’ils contestent ? Alors, finies les batailles juridiques et les controverses ?

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Carmen, Catherine Deneuve et la galanterie…

Dans le bus ou le métro, j’ai plutôt l’habitude de laisser passer les femmes devant moi. Honte sur moi ! Je viens d’apprendre que cette manifestation de galanterie que je croyais être l’expression d’un respect, n’est qu’un « acte de domination machiste »… Et dire que mon fils se comporte de la même manière, et qu’il entend inculquer des principes identiques à son propre fils !… Etre galants nous conduira-t-il demain à être assimilés, par certaines féministes, à de potentiels prédateurs sexuels ? Faudra-t-il que nous nous en repentions en place publique comme au temps de la Révolution Culturelle chinoise lorsque, accusé d’être un ennemi du peuple, il fallait porter un bonnet infâmant avant d’être envoyé en camp de rééducation ? Ou bien faudra-t-il se comporter en goujat ?..

A dire vrai, j’ai quelques inquiétudes quant à la confusion qui s’instaure entre galanterie, tentatives de séduction, harcèlement, comportements inappropriés et violences sexuelles. Il a suffi, pour m’en convaincre, d’observer la violence de certaines féministes à l’encontre de ces quelques dizaines de femmes, dont Catherine Deneuve, qui ont publié dans Le Monde du 10 janvier une tribune dans laquelle elles défendaient la « liberté d’importuner » des hommes, liberté sans laquelle il n’y aurait pas, selon elles, de liberté sexuelle.

L’expression est provocatrice. D’autant que, justement, certains hommes confondent tentative de séduction et comportements déplacés ou gestes inappropriés. Cette tribune méritait donc débat. Justifie-t-elle, pour autant le déchaînement de violence verbale qui s’est répandu sur les réseaux sociaux, considérant, ni plus ni moins, les signataires comme complices de violeurs ? Sans doute la plupart des auteurs de ces tweets vengeurs n’avaient-ils pas lu attentivement cette tribune, mais peu leur importait ! Que ces femmes refusent la confusion entre « drague maladroite et agression sexuelle », voilà qui serait insupportable. Qu’elles rejettent l’idée que les femmes puissent s’enfermer « dans le rôle de la proie », les voilà dénoncées comme traîtresses à la cause… Qu’elles aient le culot d’affirmer que « cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités », on leur répond qu’elles sont « inconscientes ».

N’étant pas une femme, n’ayant été aucunement victime de harcèlement ou de violences sexistes, je resterai prudent dans un débat qui oppose diverses conceptions du féminisme et je me garderai de toute position qui pourrait exonérer de leurs responsabilités ceux qui se comportent en prédateurs. Je ne considère pas, pour autant, qu’il soit interdit d’exprimer sur ce sujet un étonnement : pourquoi faut-il qu’un combat – ô combien légitime ! – s’accompagne non seulement de violences verbales qui montrent bien peu de respect à l’égard des personnes, mais également d’excès tels que se trouve confortée la confusion alors même que la clarification est plus que jamais nécessaire ?

Une telle violence, de tels excès de langage n’auraient-ils pour objectif que de faire taire les paroles discordantes ?

Faisons maintenant un détour par l’art lyrique. On le sait, l’opéra de Bizet, Carmen, s’achève par la mort de la séduisante gitane. Qu’il ait été écrit au XIXème siècle à partir d’une nouvelle de Prosper Mérimée importe peu désormais : pour certains, il n’est pas correct aujourd’hui, en ces temps de lutte contre les violences faites aux femmes, de voir mourir une femme dans un spectacle. Alors un metteur en scène italien a transposé l’opéra dans un camp de Roms en 2017, fait de Carmen la victime d’un Don José devenu un policier fascisant, et c’est celui-ci qui, au final, meurt sous les coups de la gitane.

Ce faisant, le metteur en scène ne s’est pas contenté de porter atteinte à l’œuvre de Bizet et de tromper les spectateurs qui croyaient assister à une représentation de cet opéra. En soumettant l’œuvre à ses visées idéologiques, il a surtout fait preuve d’un totalitarisme qu’avaient manifesté avant lui ceux qui ont toujours voulu asservir la culture. Faudrait-il, pour faire coïncider la trame et le dénouement des productions romanesques, théâtrales et lyriques des siècles passés avec le « politiquement correct » d’aujourd’hui les réécrire ? Y sera-t-il désormais interdit de faire mourir une femme ? Les méchants seront-ils nécessairement des hommes blancs, puissants, et de préférence revêtus d’uniformes symboles de leur violence et de leur perversité ? Faut-il enlever des cimaises de nos musées les œuvres non conformes à ces nouveaux diktats ?…

Décidément, les nouveaux maîtres à penser de la culture qui n’auraient pas supporté qu’on leur impose une quelconque vision idéologique n’ont pas de telles pudeurs avec les œuvres des autres !

La cause des femmes me semble ainsi bien mal défendue ! Pour lutter contre les violences et autres harcèlements dont elles sont victimes, est-il besoin que l’on s’interdise la galanterie ? Est-il besoin que l’on bannisse le mot « séduction » ? Est-il besoin que l’on se livre à une imposture culturelle ? Pour ma part, je préférerai toujours la Carmen qui chante : « l’amour est enfant de Bohème qui n’a jamais connu de loi… »

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Pour 2018…

A ceux qui n’aiment rien tant que les certitudes, je souhaite de connaître les richesses du doute.

A ceux qui connaissent la peur de l’autre, de la différence, de l’étranger, je souhaite de découvrir la confiance.

A ceux qui pensent que c’était mieux avant, ceux pour qui l’avenir est sombre, je souhaite d’accueillir la lumière de l’espérance.

A tous, je souhaite d’oublier les évidences, de s’engager sur les chemins de l’intranquillité : c’est celui sur lequel avancent les bâtisseurs de paix et de fraternité,

A tous, je souhaite de vivre une très belle et très heureuse année 2018 !

Et à tous, merci pour votre fidélité…

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Et si Noël…

Et si la fête de Noël, ce n’était pas seulement de joyeuses retrouvailles familiales, de bons repas partagés, des échanges de cadeaux, le plaisir d’enfants comblés ?… Et si, pour un instant, nous écoutions cette histoire en oubliant que pour les chrétiens, cette fête célèbre la folie d’un Dieu qui se fait homme ?…

Noël, ce serait alors l’histoire d’un couple qui a fait plus de cent cinquante kilomètres à pieds. Un couple qui obéit aux injonctions d’une puissance d’occupation. Une puissance étrangère soucieuse de compter ceux qui lui sont soumis pour mieux leur imposer sa loi. Ce serait l’histoire d’un homme qui se dirige vers le village de ses origines, mais à qui tout le monde claque la porte au nez. Ce serait l’histoire d’une mère jetée à la rue dans le froid d’une nuit d’hiver, au moment même où elle allait accoucher. L’histoire de la naissance de son enfant.

Ce serait l’histoire de Meriam, Maryam ou Marie, c’est selon. Une très jeune fille dont personne ne sait vraiment qui l’a rendue enceinte. L’histoire d’un homme aussi. Il s’appelait Iosef, Youssef ou encore Joseph, on ne sait pas vraiment. Un homme plus âgé qu’elle et qui, malgré cette indignité, l’a prise sous sa protection.

Ce serait une histoire d’animaux, des bêtes de travail, seuls témoins de l’événement. Ce serait une histoire de bergers pouilleux qui, on ne sait trop pourquoi, auraient quitté leur pâture et se seraient dirigés vers le lieu où est né ce bébé pour lui donner le peu qu’ils ont : de la laine de leurs moutons pour le réchauffer, une cruche de lait de leurs brebis pour sa maman affaiblie mais à la fois rayonnante d’un bonheur qu’elle peine à comprendre, et déjà soucieuse du destin de son enfant.

Ce serait enfin l’histoire de ces hommes venus d’Arabie, d’Afrique ou des confins de l’Inde pour le voir. Des hommes qui ont marché des jours et des semaines sous un soleil implacable, grelotté la nuit sous des ciels étoilés, traversé les mers et tous les déserts, affronté tous les périls. Chacun d’eux, venu de son pays avec les cadeaux les plus rares, est ensuite reparti avec une richesse plus grande encore : la certitude que dans la fragilité d’un enfant, de cet enfant, réside une force, une espérance que rien ne peut arrêter.

Alors, Noël ne serait pas que la grande fête de la consommation, de la débauche de victuailles et de cadeaux. Noël ne serait pas que la célébration du bonheur des enfants et des familles réunies. Noël serait aussi la fête de ceux qui sont rejetés et exclus. Ce serait la fête des plus fragiles et des plus pauvres qui partagent leur maigre bien ; la fête des femmes méprisées parce qu’elles abritent en elles un mystère qui trouble les hommes et qu’elles disposent d’un pouvoir qu’ils n’auront jamais : celui de donner la vie. La fête des hommes bienveillants et celle des étrangers aux croyances différentes. La fête de ceux qui, par des sourires et des gestes simples, savent accueillir plus pauvre qu’eux.

Ce serait la fête des hommes de bonne volonté. De ceux qui, si on savait les accueillir et les écouter, nous aideraient à changer le monde. Et pourtant…

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Des robots et des hommes…

Les robots sont entrés dans nos vies. Dans le monde du travail d’abord où, dans des usines, ils remplacent les hommes pour des tâches dangereuses ou répétitives, au risque de faire disparaître des emplois. Dans la vie domestique aussi : le robot aspirateur fait le ménage à votre place sans que vous n’ayez besoin d’intervenir puisqu’une fois sa mission accomplie, il retrouve tout seul son chargeur de batteries. Les prouesses techniques de leurs inventeurs suscitent donc notre admiration.

Une nouvelle étape est désormais franchie avec les robots à forme humaine. Ainsi, voici un peu plus d’un mois, une machine recouverte d’une matière ressemblant à de la peau et produisant des sons a tenu un discours en public lors d’un congrès sur le numérique. Le titre du journal « Les Echos » relatant l’événement dans son édition du 7 novembre était : « le premier robot-citoyen donne sa propre conférence… ». Dans un autre domaine, la société américaine Realbotix vient de développer un robot portant le nom d’Harmony, sorte de poupée ayant les formes et la taille d’une femme adulte, ses mensurations, la couleur de ses yeux et de ses cheveux étant fixées selon les goûts de l’acquéreur. Grâce à l’intelligence artificielle, l’enregistrement de très nombreuses informations sur la vie de son propriétaire dans sa base de données lui permettent de tenir une conversation suivie avec lui, et des capteurs sensoriels en font un partenaire sexuel conforme à ses désirs…

Derrière les développements de l’intelligence artificielle et la sophistication des techniques qui permettent de donner une apparence humaine (formes, voix et mouvements) à des machines, se pose un problème majeur pour l’avenir. Parce que ces robots disposent d’une certaine autonomie d’expression, on peut être tenté de leur attribuer une forme de pensée. Or, ils sont le produit d’hommes qui insèrent dans leurs programmes informatiques des algorithmes et des données précises formatées en vue d’objectifs définis et rendus plus performants. Le discours tenu par ces robots est celui qu’attendent concepteurs et utilisateurs d’une machine soumise à leur volonté et sans pensée propre…

Faisons observer que, peu à peu, cela contribue à abolir la frontière qui sépare l’homme des objets. En effet, les entreprises qui les conçoivent utilisent un vocabulaire qui n’est pas anodin : ils parlent de « robot-citoyen », disent « elle » pour présenter un robot aux formes féminines, affirment que ces machines recouvertes de « peau » « apprennent », « parlent », etc., tout comme un humain. Et ce vocabulaire est repris sans précaution par les médias et par certains juristes. Ce faisant, et sans y voir malice, ils contribuent insidieusement à donner à ces robots le statut de personnes.

De manière inversée, la même logique est à l’œuvre dans le cadre de la GPA* qui conduit à l’instrumentalisation du corps de femmes avec lesquelles est conclu un contrat de location d’utérus, la mère porteuse étant souvent qualifiée de « four », ce qui l’assimile déjà à une chose.

Défendre la dignité humaine exige de ne pas tomber dans ce piège. Car si cette frontière est abolie, si dans le futur, des objets sont considérés comme des personnes, comment faire la différence ? Parviendrons-nous à éviter qu’à l’inverse, des personnes soient considérées comme des objets dont d’autres peuvent disposer à leur guise, comme c’est déjà le cas avec la GPA ? Et comment pourrons-nous encore combattre la barbarie à l’œuvre dans la traite d’êtres humains réduits à l’esclavage, à la prostitution, ou soumis au viol ?..

* Gestation pour autrui que, pour ma part je qualifie de « grossesse pour acheteur » puisqu’il y a achat d’enfant par ceux que l’on qualifie de « parents d’intention »..

Que soit ici remerciée Marie-Anne Frison-Roche, Professeur de droit à Sciences-Po Paris qui a publié à ce sujet dans le Recueil Dalloz du 30 novembre 2017 un remarquable article intitulé « La disparition de la distinction de jure entre la personne et les choses : gain fabuleux, gain catastrophique ». La lecture de son article a inspiré ce billet.

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Se voiler la face ou pas ?

Il y a des sujets tabous. Les aborder revient à entrer dans les zones marécageuses où les remugles les plus nauséabonds peuvent empuantir l’atmosphère, où les chemins les plus étroits côtoient les sables mouvants de l’oubli. Dans ces zones de perdition, la plus extrême prudence est de rigueur. Faut-il pour autant se refuser à les regarder en face ?

La question de la proportion de musulmans dans la population de notre pays et de son évolution est de ceux-là. Or, il se trouve que le Pew Research Center, institut américain de recherches, spécialiste des études démographiques et des statistiques religieuses dont la rigueur et le sérieux sont reconnus, a publié le 30 novembre dernier une étude selon laquelle la population musulmane pourrait doubler voire tripler d’ici à 2050. Et, selon les divers scénarios envisagés (gel de l’immigration, immigration modérée ou immigration et taux de fécondité conformes à la tendance actuelle), la France pourrait alors compter entre 12 et 18% de musulmans.

Face à ce sujet, trois possibilités. N’en pas parler, c’est éviter de réveiller les monstres à peine endormis de la haine. Mais c’est aussi se voiler la face car, qu’on le veuille ou non, c’est une préoccupation pour nombre de nos concitoyens*. Se contenter de donner une information brève, aussi neutre que possible, c’est une façon de traiter l’actualité en se parant des vertus de l’impartialité. Enfin, traiter du sujet au fond, c’est à dire en examiner à la fois les causes et les conséquences, c’est courir le risque de la provocation et de réactions brutales.

Certains n’ont pas manqué d’instrumentaliser cette information pour agiter les peurs, développer la théorie du « grand remplacement », et souhaiter une fermeture de nos frontières. D’autres ont évidemment dénoncé ce qu’ils considèrent comme une « dérive xénophobe et islamophobe ». D’autres enfin ont pris soin de faire parler des spécialistes qui ont contesté en bloc les conclusions de cette étude au motif notamment qu’elle ne tient pas compte des effets éventuels de la sécularisation de nos sociétés (abandon de la pratique religieuse, unions mixtes, etc.), en omettant les précautions prises par le Pew Research Center et la rigueur de ses études. Une manière d’affirmer que cette étude est nulle et non – avenue : le déni, en quelque sorte…

Or, un tel sujet mérite mieux que le silence ou les vaines querelles. Si le nombre de musulmans est en passe de s’accroître significativement dans notre pays au cours des prochaines décennies, il convient d’en examiner avec lucidité les effets et surtout de définir la meilleure manière d’intégrer ces populations nouvelles, et de les faire adhérer à ce que l’on appelle notre « pacte républicain ». Cela implique une véritable politique d’accueil et d’intégration (apprentissage et pratique de la langue, enseignement des valeurs républicaines et de leurs fondements, etc.) Cela impose l’examen des conditions dans lesquelles le culte pourra être pratiqué dans le respect de nos lois et en évitant l’ indignité des prières de rues… Cela nécessite une meilleure connaissance des religions, de leurs cultes, pour faire coexister** activement pratiquants des diverses religions athées, libres-penseurs…

Ne pas s’engager sur cette voie, considérer que le simple fait de poser cette question de l’accroissement du nombre de musulmans dans notre pays constitue déjà une sorte de discrimination à leur égard, c’est se voiler la face ! C’est aller tout droit dans l’impasse que connaissent déjà ces quartiers où des caïds de banlieue ont d’abord imposé leur loi pour faire fructifier leurs trafics avant d’y imposer les règles d’un Islam peu compatible avec notre République sachant pertinemment que celle-ci est bien mal outillée pour reconquérir le terrain perdu. C’est, pour un avenir proche, courir le risque d’affrontements inter – communautaires.

L’interdiction des statistiques ethniques qui nous privent d’une connaissance de la réalité, une vision parfois étriquée de la laïcité qui fait l’impasse sur les questions religieuses, la peur de heurter des populations déracinées qui se réfugient dans le communautarisme et enfin le complexe de culpabilité d’une ancienne puissance coloniale se conjuguent pour rendre notre pays impuissant face à ces situations.

2050, c’est demain. Saurons-nous nous défaire rapidement de ces mauvaises habitudes pour regarder enfin la réalité en face et, surtout, commencer d’y apporter des solutions audacieuses ?

* Cette observation est confortée par les résultats de la dernière étude IPSOS menée à l’initiative de la Fondation du judaïsme français qui constate la montée des préjugés, de l’antisémitisme et de l’hostilité à l’égard des musulmans.

** Ce verbe fait référence à la belle association « Coexister » qui mène une action remarquable en faveur de la coexistence entre croyants des diverses religions et incroyants, pas seulement en prônant la tolérance, mais en permettant une connaissance réciproque des convictions de chacun.

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La laïcité dévoyée

Il y a des événements auxquels on ne prête pas attention. Notamment ceux qui consistent à s’auto-congratuler sous les ors de la République en profitant de la prodigalité de nos édiles. Pourtant, certains méritent d’être examinés de près tant ils en disent long sur les intentions de leurs organisateurs. C’est le cas de la remise des prix de la laïcité 2017 qui a eu lieu dans les salons de l’Hôtel de ville de Paris le 14 novembre dernier. Ce prix est décerné par un Comité Laïcité-République qui se réclame de la loi de 1905 et entend combattre les fondamentalismes religieux et tout ce qui lui semble être un nouveau cléricalisme. Or, la lauréate du Prix international de la laïcité 2017 n’est autre qu’Inna Shevchenko, l’égérie des Femen, ce qui indique assez clairement la conception de la laïcité que se font les membres de ce comité.

En effet, rappelons ici quelques uns des termes de la loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat. Son article 1 précise que « la République assure la liberté de conscience » et qu’elle « garantit le libre exercice des cultes ». Son article 26 prévoit qu’il est « interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte ». Enfin, ses articles 31 et 32 prévoient que sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à un emprisonnement de six jours à deux mois ceux qui par « voies de fait, violence ou menaces », auront déterminé un individu à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte ainsi que « ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d’un culte par des troubles ou des désordres causés dans le local servant à ces exercices ».

En récompensant l’égérie des « Femen »,  groupuscule qui s’est illustré par des interventions brutales torse nu et la poitrine marquée de slogans, singulièrement dans des édifices religieux, le jury de ce prix fait peu de cas de ces articles de la loi. Il encourage des agissements de nature à porter atteinte à la liberté de conscience et à troubler l’exercice des cultes. De plus, il récompense une personne dont l’action s’apparente à l’organisation de manifestations politiques dans des lieux de culte. Ce faisant, le Comité Laïcité-République montre clairement que son combat ne vise pas tant à défendre la liberté de conscience et la liberté de culte, qu’à soutenir explicitement celles et ceux qui entendent lui porter atteinte. Ennemis de la liberté au nom d’une prétendue liberté !…

Sans doute les « Femen » ne répondront-elles jamais à la question de savoir pourquoi, lorsqu’elles s’en prennent à des édifices religieux, elles limitent leurs interventions aux églises chrétiennes, ne visent jamais une mosquée, ou une synagogue. Sans doute aussi les initiateurs du Comité Laïcité-République ne s’interrogeront-ils jamais sur le fait que les hauts faits emblématiques de ces « Femen » se réduisent à abattre des croix, détruire des bibles, ou troubler des cérémonies catholiques, et qu’elles n’ont jamais détruit une étoile de David, un exemplaire du Coran ou troublé la prière du vendredi dans une mosquée… Cela leur évite, bien sûr, toute accusation d’anti-sémitisme ou d’islamophobie… On a les lâchetés qu’on peut !

En réalité, en ciblant les seuls catholiques, elles rejoignent les fondamentalistes musulmans qui justifient les violences contre les chrétiens considérés comme des mécréants ou des infidèles et entendent éradiquer toute présence chrétienne au Moyen Orient et au-delà. Mais cela, les animateurs de ce Comité Laïcité-République, aveuglés par leur animosité à l’égard des chrétiens, ne veulent pas le voir et se trompent de combat.

La laïcité est un bien trop précieux pour être laissé en de telles mains !

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Se damner pour un tweet…

Navrante, l’affaire Filoche ! Navrante parce que voilà un homme qui voulait être la mauvaise conscience de la gauche et qui se retrouve accusé d’antisémitisme, traduit devant le tribunal populaire des réseaux sociaux, et menacé d’excommunication par son propre parti ! Sa faute : un tweet nauséabond où se mêlent un Emmanuel Macron affublé d’un brassard qui ressemble fort à celui du parti nazi, le sigle du dollar remplaçant la croix gammée, des visages de personnalités d’origine juive, et des drapeaux américain et israélien avec un slogan : « en marche vers le chaos mondial ». Bref, tout cela ressemble fort à la thématique antisémite de l’entre-deux guerres où l’extrême droite menait des campagnes dénonçant la finance internationale, en accusant les juifs d’être aux commandes de celle-ci et de fomenter un complot contre les nations d’alors.

Je ne partage avec Gérard Filoche ni les emportements, ni les idées, ni les choix politiques. Tout au plus quelques unes de ses indignations. J’avais trouvé indignes et stupides certains de ses tweets, notamment lors de la mort accidentelle de l’ancien PDG de Total. Pour autant, je reste convaincu que l’antisémitisme ne fait pas partie de son ADN. Je serais donc fondé à estimer qu’il s’agit d’un navrant dérapage, à juger cela anecdotique et à passer à autre chose. Mais en y regardant de plus près, cette affaire est révélatrice d’inquiétantes dérives qui ne concernent pas seulement Gérard Filoche et qu’on ne peut laisser de côté.

Comment cet homme en est-il arrivé là ? La première explication réside dans l’incapacité d’une large part du personnel politique à prouver son existence en dehors du bruit qu’il provoque. Et Gérard Filoche n’échappe pas à ce travers. Tout est donc bon pour faire le buzz ! Les réseaux sociaux apportent à la fois une réponse à cette angoisse existentielle et un outil parfaitement adapté pour donner l’illusion d’une visibilité dans l’espace médiatique. La seconde explication réside dans le mécanisme mis en œuvre. En l’espèce, un proche de Gérard Filoche gère son compte Twitter et multiplie les tweets sans que celui-ci n’effectue le moindre contrôle a priori de leur contenu. Un minimum de familiarité entre le détenteur du compte Twitter et celui qui l’administre est censé assurer la cohérence entre les messages émis et les idées de leur auteur supposé. La confiance entre eux fait le reste.

Et c’est là que le bât blesse. En effet, le fait que le gestionnaire du compte de Gérard Filoche ait repris l’image sur un site d’extrême droite révèle non seulement son inculture et son absence totale de discernement, mais aussi la porosité de plus en plus grande que l’on observe aujourd’hui, singulièrement à la gauche de la gauche, entre anti-sionisme et anti-sémitisme. S’en prendre à la politique de l’état d’Israël à l’égard des palestiniens devient vite agression à l’égard des juifs. L’amalgame entre les USA et Israël, entre la finance et les USA patrie du grand capital, entre palestiniens et Islam renforce la théorie du complot. Quoi de plus facile alors que de jeter la suspicion sur tous ceux qui ont des origines juives, quoi de plus insidieux que d’utiliser des allusions par l’image ?

Il faut ajouter que « l’affaire Filoche » survient à point nommé. En effet, c’est au moment où la gauche polémique à tout va sur la complaisance de certains de ses représentants à l’égard de l’islamisme radical, au moment où ces derniers se défendent en laissant supposer qu’être musulman en France aujourd’hui, c’est nécessairement être victime non seulement d’une domination post-coloniale, mais d’une véritable « guerre »* qui les vise tous sans distinction. Ainsi, cette affaire fait diversion, incitant à prendre parti dans un procès en hérésie dont le verdict – écrit d’avance – est l’exclusion du PS, sentence bien dérisoire s’agissant d’un parti moribond et déjà vidé de ses troupes !

Mais ne soyons pas dupes : en rester à l’écume des choses empêche de voir les ressorts qui sont à l’œuvre d’un côté comme de l’autre dans ces polémiques. De part et d’autre, en effet, ce ne sont plus les actes, les fautes commises qui sont portées au passif de tel ou tel individu. C’est tout simplement, et a priori, le fait d’être né. Ainsi, les uns considèrent les juifs comme nécessairement suspects et leurs actions entachées d’un discrédit rédhibitoire. Leur présence devient le facteur explicatif de tous les malheurs du monde. A l’inverse pour d’autres, être musulman, c’est être nécessairement victime d’injustices et de discriminations, ce qui justifie a priori toutes les excuses quant à l’incivilité des comportements, au refus des lois de la République, ou à la violence !

De part et d’autre, on assiste à une forme de négation de la responsabilité des individus, laquelle disparaît derrière un déterminisme social ou racial. En cela, l’affaire Filoche n’est pas anodine, pas plus que la polémique qui oppose par tweets et éditos interposés Edwy Plenel, le patron de Médiapart, à Charlie. Car l’une et l’autre sont porteuses de haine et alimentent les violences à venir…

* C’est le terme employé par Edwy Plenel, patron de Médiapart…

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L’indignation, l’urgence et la honte …

Sommes nous fatigués de nous indigner ? En quelques jours, l’actualité nous aura donné à voir un étrange raccourci de ces indignations qui semblent s’évanouir aussi vite qu’elles avaient occupé l’espace médiatique. Ainsi, se souvient-on seulement de deux chiffres qui pourraient à eux seuls, résumer les deux indignations de la semaine passée : 548 d’un côté, 20 milliards de l’autre ?

548 Euros représentent les ressources mensuelles moyennes des personnes accueillies par le Secours Catholique en 2016*. 20 milliards d’Euros est la somme de ce qui échappe chaque année à l’impôt en France par le biais de l’optimisation fiscale des grandes entreprises et des grandes fortunes. Coïncidence, la publication du rapport annuel de l’organisation caritative est intervenue au cours de la même semaine que celle de l’enquête internationale sur les « Paradise papers » dont Le Monde et France Inter ont révélé les mécanismes. Plus étonnante encore la quasi absence de lien entre les deux phénomènes, non qu’il faille établir un lien de causalité entre les deux, mais plus simplement parce que 20 milliards d’Euros, c’est à peu de choses près l’équivalent de ce que le budget de l’Etat aura consacré en 2017 à la politique du logement et à l’égalité des territoires ! Pensons un instant à ce que pourrait faire l’Etat avec ces 20 milliards qui lui manquent…

Il y a urgence. D’abord parce que de telles révélations portent un rude coup à ce que l’on appelle le consentement à l’impôt sans lequel ne peuvent vivre les états démocratiques. Ensuite parce que les remèdes à apporter prendront des mois, voire des années à être conçus et plus encore à donner des résultats. Remédier à la complexité des mécanismes des « Paradise papers », et à la fluidité d’une finance globalisée ne se fera pas d’un coup de baguette magique. Si l’on s’en tient à notre seul continent, cela nécessitera une prise de conscience collective au sein des opinions publiques européennes, une réelle volonté politique, des dirigeants qui devront convaincre leurs homologues, bien des tâtonnements dans l’élaboration des solutions, et leurs transpositions dans les législations fiscales des états-membres de l’Union européenne…

Sans doute ne mettrons-nous jamais un terme à la cupidité des hommes et à la cynique logique de l’argent. D’autant que les bénéficiaires et les acteurs de l’optimisation fiscale ne semblent nullement embarrassés par ces révélations, se réfugiant derrière l’apparente légalité des processus mis en œuvre pour échapper à l’impôt. Comme si la honte pouvait ne jamais les atteindre. Comme s’ils savaient déjà que notre indignation retombera comme un soufflé sorti du four…

Dans son essai intitulé « Radicalisons-nous ! », Gaultier Bès écrit que « le rêve néo-libéral a tourné au cauchemar et la farce financière ne fait plus rire les foules ». La justesse de ce constat appelle de notre part autre chose que des indignations sporadiques, mais une urgente et constante pression sur nos élus et nos gouvernants. Et lorsqu’une bénéficiaire de l’aide du Secours Catholique déclare : « Ras le bol de devoir parler de ce qui est difficile, ras le bol de devoir se justifier en permanence », on se prend à rêver de ce jour où l’on entendra ces très riches qui aujourd’hui échappent à l’impôt déclarer « ras le bol de devoir se justifier en permanence ». Pour que la honte change de camp, en quelque sorte…

* A ce chiffre on pourrait ajouter le fait que la France compte encore 570 bidonvilles dans lesquels 16000 personnes dont plus d’un tiers de mineurs vivent dans des conditions indignes ; que 31000 enfants sont à la rue, et que 37% des personnes pouvant bénéficier de prestations sociales telles que le RSA ne les réclament pas en raison de la difficulté des démarches à accomplir, ou parfois plus simplement en raison de la honte qu’elles éprouvent à avouer leur situation…

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