Ce que cache le blasphème…

Depuis le début de ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Mila », du nom de cette jeune fille harcelée pour ses propos hostiles à l’Islam, nous voilà contraints de nous prononcer pour ou contre le droit au blasphème. Or, cette question en cache une autre autrement plus complexe.

Commençons par résoudre la question du blasphème. Oui, nous avons entendu sur les ondes, nous avons lu sur les réseaux sociaux, toutes sortes d’affirmations et d’injonctions. Etrangement, une part de la gauche, depuis des associations LGBT jusqu’à Ségolène Royal, semble sinon aux abonnés absents, du moins dans l’embarras, dès lors qu’il faut réaffirmer que le droit de critiquer les religions – jusqu’au blasphème – fait partie de notre liberté d’expression. Rappelons donc que ce n’est pas négociable. Quoi qu’il en coûte aux croyants qui peuvent se sentir blessés par telle ou telle attaque, tel ou tel propos, telle ou telle caricature* (et j’en suis !..), nous devons rester intraitables sur cette question. Car, si nous cédons sur ce point, nous donnerons alors raison aux assassins de « Charlie Hebdo » et à ceux qui leur trouvaient des excuses…

Mais ne regarder l’affaire Mila que sous l’angle de la laïcité donne lieu à une vision tronquée de la réalité. Il faut en effet rappeler que cette lycéenne, qui s’est déclarée lesbienne, fait l’objet d’un rejet violent pour avoir affiché ses préférences. Sa sortie particulièrement insultante à l’égard de l’Islam n’est ainsi pas le point de départ de la polémique, contrairement à ce que l’on croit souvent, mais sa réponse au harcèlement dont elle faisait l’objet. Un harcèlement qui vise ses choix de vie, sa sexualité, la liberté d’une femme de s’affranchir de la tutelle masculine…

Les couacs gouvernementaux à ce sujet** tout comme les réactions à géométrie variable et la confusion d’une part de la classe politique, singulièrement à gauche, et la polémique qui s’en est suivie ne sont peut être que les dommages collatéraux de cet enchaînement de faits mal compris. Et aussi une bonne manière de faire diversion car, en focalisant notre attention sur la laïcité, ce sont les autres questions qui passent au second plan.

La situation de la jeune Mila n’est, rappelons-le, pas isolée. Certes, elle a pris une dimension emblématique en raison des excès de langage de cette jeune fille comme des menaces qui pèsent sur elle et de l’emballement des réseaux sociaux. Mais reconnaissons que dans certains quartiers, il faut une bonne dose de courage à des jeunes femmes pour s’affranchir des pesanteurs de leur milieu, pour refuser de porter le voile, pour assumer leur sexualité en toute liberté, pour ne pas se soumettre au diktat des hommes. Bref, pour disposer de tous leurs droits.

Mais de cette réalité là, il est plus difficile de parler que du seul droit au blasphème ! Cela signifierait qu’il faut reconnaître l’abandon de ces quartiers aux mains des Frères Musulmans et de ceux qui se rapprochent de leur mouvance. Cela signifierait reconnaître que pour de sordides raisons électorales souvent, par faiblesse et lâcheté parfois, il a été préféré ne pas affronter ceux qui, par exemple, contestaient certains enseignements en confondant croyances et savoir, refusaient la mixité et réclamaient des horaires séparés pour les femmes et pour les hommes à la piscine, etc.

D’accommodements en accommodements, au fil du temps, certains musulmans ont ainsi cru qu’ils pourraient s’affranchir des lois de la République. Ils l’ont fait d’autant plus aisément que régulièrement, par respect des cultures d’origine, par refus de stigmatiser une population, notamment des enfants en milieu scolaire, des élus et des responsables administratifs ont cédé face à leurs exigences. Sans jamais se poser la question des points de non-retour auxquels menait cette politique. Au point de menacer à terme l’édifice républicain.

Aujourd’hui, de récents rapports confidentiels remis au Ministre de l’Intérieur évoquent le nombre élevé de ces quartiers où il ne serait plus possible de faire respecter notre droit. Et ce ne sont sans doute pas les renforts de police dans la cinquantaine de « quartiers de reconquête républicaine » identifiés officiellement par le Ministère de l’Intérieur en 2018 et 2019 qui règleront la question : le mal est plus profond. Il ne s’agit en effet pas seulement de police, mais d’un ensemble de règles communes, et de la conception que l’on se fait de la liberté et des droits des femmes en particulier. Face à ce défi, nous ne pourrons plus nous contenter de vagues discours sur l’intégration. Ce sont les questions des modèles familiaux et du rapport entre les sexes, du déracinement, de la compatibilité entre cultures, du partage de règles communes, etc. qui sont posées.

Et tant qu’elles ne seront pas affrontées, il y aura encore bien d’autres Mila. Visibles ou, pire encore, cachées et affrontant seules la haine et la violence.

* En finançant la radio de service public pour ne citer qu’elle, chacun de nous contribue à payer grassement ceux qui se servent de leur talent d’amuseur (parfois médiocre) pour insulter régulièrement les chrétiens faute d’oser s’en prendre à d’autres religions. Mais puisque le talent leur fait souvent défaut, ne leur demandons pas, en plus, d’avoir du courage !…

** Rappelons qu’avant de reconnaître une «erreur », la Ministre de la Justice avait, dans un premier temps, inversé les rôles en estimant qu’insulter une religion était « une atteinte à la liberté de conscience ». Ce qui assimilait la jeune Mila à une délinquante et semblait légitimer les excès de ses agresseurs.

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Good bye Britannia !

Ils ont vu disparaître leurs industries. Ils ont observé l’abandon de leurs territoires par les services publics. Ils ont peur de l’Europe et de la mondialisation dans lesquels ils ne voient que menaces pour leurs emplois, et leur protection sociale. Ils ont la nostalgie d’une grandeur passée. Ils n’aiment pas les étrangers. Ils en ont tiré une conclusion : ils nous quittent.

Les britanniques ont donné carte blanche à Boris Johnson pour mener à bien le Brexit. Lassés par l’incapacité de leur classe dirigeante à s’entendre, ils ont remis leur sort entre les mains d’un homme qui leur a menti à maintes reprises et, tout en leur faisant miroiter un avenir meilleur, s’est bien gardé d’en définir les grandes lignes. Ils ont donc préféré l’aventure à l’Europe, l’incertitude à la difficile cohabitation avec les autres nations qui forment l’Union Européenne.

Mais si le Brexit peut avoir des répercussions de ce côté-ci de la Manche pour nos entreprises, il nous tend, à nous français, un miroir dans lequel nous pouvons voir le visage déformé de notre propre pays. En effet, les maux évoqués au tout début de ce propos qui sont autant de causes des choix des électeurs britanniques ne nous sont pas étrangers. Ils font des ravages sur notre propre sol et dans l’esprit de nombre de nos concitoyens. Sans doute les britanniques n’ont-ils pas connu récemment d’émeutes à répétition comme celles des « gilets jaunes », ou de grandes grèves paralysant une part de l’activité économique du pays. Il n’en reste pas moins que, chez nous comme chez eux, une partie de la population a fait sécession. Elle s’est séparée de ses élites, les catégories populaires ne se reconnaissant plus dans ses dirigeants économiques et politiques, les journalistes et les intellectuels…

Chez nous, la rupture prend parfois des allures de « grand soir » car certains n’aiment rien tant que de se donner des frissons révolutionnaires (l’image de la tête d’Emmanuel Macron plantée au bout de piques lors de manifestations en est une navrante illustration !). Il reste que la fracture semble bien consommée et que l’on peine à renouer les fils du dialogue. Car pour dialoguer, il faut être deux et accepter de prendre le temps d’écouter ce qu’ont à dire ceux qui pensent différemment.

Le spectre de l’élection présidentielle de 2022 qui se profile à l’horizon n’arrange rien. Il y a les tenants du pouvoir, pressés d’achever leur programme au risque de ne pas tenir compte des réserves que telle ou telle réforme peut susciter. En face, il y a ceux qui feront tout pour l’abattre. Ceux-là sont sans scrupule à l’égard des moyens employés, répandant quotidiennement la haine dont se repaissent les réseaux sociaux. Et entre les deux, nombre de nos concitoyens sont désorientés, perplexes face aux choix du gouvernement, hostiles aux manifestations de violence tout en restant plutôt bienveillants à l’égard de ceux qui défendent leurs propres intérêts. Sans doute parce qu’ils ressentent confusément que, derrière tout cela, se joue l’avenir d’un édifice social qui nous protège tant bien que mal.

Cela nous invite à saisir toutes les occasions qui se présentent pour faciliter le dialogue et contribuer à abaisser les tensions. La perspective des élections municipales en est une qui doit nous permettre de revivifier notre démocratie locale : aux citoyens de participer davantage aux décisions qui les concernent ; aux élus d’assumer leurs responsabilités sans jamais perdre le contact avec leurs administrés ; aux représentants des administrations enfin de se mettre vraiment à l’écoute des uns et des autres. Tout cela pour ramener un peu du respect et de la bienveillance dont notre débat public a tant besoin. Faute de quoi, nous serons à terme condamnés, comme les britanniques, à des aventures incertaines. Au risque de confier notre sort à des dirigeants sans scrupule…

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« La Guerre des métaux rares »

A quoi nous mène la transition écologique ? Si nous n’y prenons pas garde, ce sont une catastrophe écologique et un bouleversement des rapports de force planétaires qui nous attendent. En réalité, nous y sommes déjà, faute d’avoir plus tôt pris conscience de nos besoins en métaux rares, ces métaux qui sont indispensables aux composants électroniques sans lesquels nombre de nos équipements les plus sophistiqués ne peuvent fonctionner ! Journaliste, Guillaume Pitron a enquêté et les faits sont là : nous avons délocalisé la pollution tout en perdant des emplois et du savoir faire. Et de surcroît, tout cela a contribué à maintenir les occidentaux dans l’ignorance des véritables coûts écologiques de nos modes de vie. Sans doute faudra-t-il, pour le reconnaître et changer de stratégie, une remise en cause profonde des dogmes sur lesquels prospère aujourd’hui l’écologie politique. C’est le mérite de cette enquête de nous y inviter. C’est le cri d’alarme salutaire que nous adresse ce livre.

A retrouver dans notre rubrique Notes de lecture

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Grèves, manifs, pourquoi ça ne va pas s’arrêter…

Il y a eu les « gilets jaunes », il y a le conflit durable dans les hôpitaux, la grogne dans l’enseignement, la grève dans les transports, chez les dockers ou dans les raffineries, les coupures d’électricité à EDF, les opérations violentes menées par la CGT contre le siège de la CFDT, etc. Autant de manifestations de mauvaise humeur qui ont toutes pour origine des différents comptables : fiscalité et pouvoir d’achat, réduction de moyens et compression de postes, rémunérations et montant des pensions… Omniprésents, les chiffres disent le prix à payer par l’Etat (donc par les contribuables) pour la santé, le maillage territorial des services publics, le statut des agents ou encore le terme de la vie professionnelle réservé aux salariés. Un terme plus ou moins proche, selon que l’on relève ou non d’un statut protégé…

Mais au-delà des querelles de chiffres, ces manifestations de mécontentement social, dont l’ampleur et la durée étonnent nos voisins européens, prennent avec le temps deux autres dimensions.

La première réside dans la désagrégation progressive d’une société qui ne parvient plus à établir un dialogue constructif avec ceux qu’elle a élus pour gouverner. Déconnectés de la réalité quotidienne de nos concitoyens, nos gouvernants semblent enfermés dans une logique comptable et sourds aux appels de détresse comme aux manifestations de mauvaise humeur. Comme en réponse à cette surdité, on assiste à une multitude de réactions catégorielles qui ne parviennent jamais à faire un front du refus. Elles offrent, au contraire, le spectacle d’une atomisation des attentes dans laquelle chacune des catégories concernées reste sourde à celles des autres. Bref, c’est le temps d’un pouvoir sûr d’avoir raison et, face à lui, celui du chacun pour soi. Parfois jusqu’à la haine. Comment, dès lors, espérer renouer les fils du dialogue ? Comment espérer vivre durablement ensemble ?

La seconde dimension rarement évoquée est institutionnelle. Elle tient à la durée des mandats et à notre calendrier électoral. La réduction à 5 ans du mandat du Président de la République et l’inversion du calendrier électoral qui a fait passer les élections législatives après la présidentielle (pour éviter les risques de cohabitation entre un Président et une majorité parlementaire d’opposition), ont un double effet. D’une part, le Président ne dispose que de cinq ans (quatre vraiment utiles) pour appliquer le programme sur lequel il est élu. D’autre part, ce temps très court au regard des lenteurs législatives et administratives aboutit à ce que l’on pourrait appeler une « gestion panique » de la réforme. Celle-ci se caractérise par la précipitation, l’incapacité à établir un véritable dialogue social, et l’absence de pédagogie. Tout cela suscite suspicion et crispations et aboutit à une impasse.

Or, l’impasse conduit inévitablement ceux qui y entrent à devenir des « despérados ». Bref, des « gilets jaunes » aux futurs retraités de la SNCF ou de la RATP, des directeurs d’école et instituteurs aux infirmières des hôpitaux, s’installe peu à peu l’impression que tout rapport de forces est condamné à une impossible traduction politique, c’est à dire à obtenir, par des compromis, des amendements aux projets gouvernementaux. Car la majorité parlementaire, soumise aux désirs du Président de la République, n’offre quasiment aucune perspective de modification substantielle des textes soumis au Parlement. Sans perspective politique, ces mouvements sont condamnés à se durcir, à se radicaliser parfois, et à durer.

Derrière ces crises sociales sans issue, se profile donc une crise institutionnelle qui remet profondément en cause notre pratique démocratique et nos institutions de la Vème République. Pas étonnant dès lors que certains réclament une démocratie directe et que d’autres ne trouvent d’issue que dans la violence. Sans réponse institutionnelle sérieuse nous risquons, à terme, de voir d’autres forces moins scrupuleuses faire main basse sur notre démocratie…

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Le temps du « racisme d’assiette »

Le « racisme d’assiette », vous connaissez ? Avant d’être chargé par Emmanuel Macron de préparer la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye définissait ainsi début 2012* le réflexe catégoriel qui conduisait chacun à défendre son « bout de gras ». « On a peur que l’autre vienne se servir dans le plat qui est à portée. On ne veut plus partager », écrivait de manière prémonitoire celui qui a dû quitter son poste en pleine tempête sur la réforme des retraites.

Jérôme Fourquet n’avait pas encore théorisé « L’Archipel Français »** que J-P. Delevoye s’inquiétait d’une « archipélisation » de la société en « une multitude de blocs qui défendent chacun leur vision, leur intérêts, leurs objectifs, en perdant de vue le collectif plus large que nous constituons ensemble ». De la part d’un politique expérimenté, on serait tenté de s’étonner devant tant de lucidité et une telle incapacité à éviter les écueils qu’il pressentait ! Mais ce n’est pas la première fois qu’un politique fait preuve d’impuissance face aux maux qu’il sait décrire avec précision…

Nous sommes bien à l’époque du « racisme d’assiette ». Cette forme de racisme qui fait oublier aux grévistes de la RATP et de la SNCF la galère quotidienne qu’ils imposent à des dizaines de milliers de travailleurs de la région parisienne, la perte de revenus qu’ils infligent à des milliers de commerçants, de travailleurs indépendants, de professionnels de la restauration et du spectacle, et la menace qu’ils font peser sur les emplois des autres, ceux qui ne bénéficient pas des mêmes garanties qu’eux… Tout comme elle fait oublier à des enseignants grévistes que, dans la durée, leur mouvement pénalise avant tout les enfants et laisse rêveur quant à l’idée qu’ils se font de leur mission. Mais sans doute les uns et les autres se moquent-ils comme d’une guigne de ceux dont le sort serait amélioré par une réforme du système des retraites, les femmes et les agriculteurs, notamment !

Pour autant, s’en tenir à cette constatation ne fait guère avancer le schmilblick. Et cela n’exonère en rien nos gouvernants de leurs responsabilités. Il aura fallu près de dix-huit mois de concertations à J-P. Delevoye pour en arriver là ! Dix-huit mois pour rien serait-on tenté de dire… Et l’on reste stupéfait devant la confusion qui a entouré la préparation de ce projet de réforme et les annonces successives auxquelles il a donné lieu. Soufflant le chaud et le froid, le Premier ministre en donne régulièrement des illustrations. Au point que l’on ne sait plus si l’on parle de régime universel tout en concédant que seraient maintenus des régimes particuliers (mais alors pourquoi les uns et pas les autres ?), si l’on parle d’âge pivot ou si l’on s’attaque à la question de l’équilibre financier des retraites. Ou tout cela à la fois.

Qui trop embrasse mal étreint : Emmanuel Macron eût été mieux inspiré de faire sien cet adage même si nous observons comme lui que la diversité des régimes pose question tant elle induit des disparités dans le sort des retraités, entre ceux qui peuvent partir avant 60 ans tout en bénéficiant de retraites convenables et ceux qui doivent attendre 65 ans sans pour autant toucher une retraite décente. Mais fallait-il dans le même temps compter pour rien le comportement responsable de partenaires sociaux qui, dans certains secteurs, ont négocié et gèrent des régimes particuliers équilibrés qui ne demandent rien à l’Etat ? Oui, comme Emmanuel Macron, nous constatons que certains régimes sont d’autant plus généreux qu’ils comptent sur l’Etat, et donc sur le contribuable, pour assumer le poids de cette générosité. Mais fallait-il oublier que certaines des faveurs que ceux-ci accordent s’apparentent à des salaires différés prenant en compte des contraintes spécifiques imposées aux salariés ?

La liste est longue des questions qui se posent au sujet des retraites. Au point qu’on en oublie le sort des travailleurs de certains secteurs, en particulier dans le commerce et l’artisanat ainsi que dans les toutes petites entreprises. Travailleurs isolés, à faible représentation syndicale, et qu’ignorent les grandes centrales principalement préoccupées de la conservation des avantages acquis de leurs troupes – surtout dans le secteur public. Tout comme est passée aux oubliettes la question de la dette des retraites. Une dette que, courageusement, l’on repousse indéfiniment sur les générations futures. L’inéquité, toujours l’inéquité…

Sans doute, s’attaquer à ce dossier après d’autres réformes qui dans le passé avaient été annoncées comme devant résoudre durablement la question, ne pouvait-il qu’être anxiogène. Surtout dans une société inquiète, traversée par la peur du déclassement comme l’a si bien montré le mouvement des « gilets jaunes ». Au demeurant, nombre d’observateurs avaient alerté Emmanuel Macron et Edouard Philippe sur les précautions à prendre avant de s’engager dans cette voie. Ils n’ont pas été entendus.

Il en résulte que loin d’être une occasion de refaire du commun autour de ce dossier, les maladresses et l’obstination gouvernementale, autant que l’aveuglement coupable de syndicats n’ont abouti qu’à une plus grande fragmentation de la société. Les uns sont en grève pour conserver leurs acquis ; les autres, essentiellement les habitants des grandes métropoles, en subissent les conséquences ; et les derniers, habitants de la France des territoires ruraux, observent en silence, se sentant peu concernés par la bataille et convaincus qu’en tout état de cause, ils n’en tireront aucun bénéfice. Une fois de plus, le « racisme d’assiette » aura conforté ceux qui préfèrent ignorer les autres…

* Dans un essai intitulé « Reprenons-nous ! » publié alors qu’il était encore Président du Conseil Economique, Social et Environnemental (éditions Tallandier)

** « L’Archipel Français », remarquable essai publié par Jérôme Fourquet, Directeur du Département Opinion de l’IFOP (379 pages – éditions du Seuil).

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Les nuits sont longues…

Les nuits sont longues en ce début d’hiver, avec leurs ciels, tantôt noir d’encre, tantôt constellés d’étoiles. Ces nuits nous conduisent parfois à nous replier sur nous mêmes, à nous réfugier à l’intérieur de nos maisons calfeutrées, portes et fenêtres fermées, rideaux tirés. Et nous laissons à l’extérieur une nature qui nous devient étrangère, des femmes et des hommes qui nous sont étrangers.

Les nuits sont agitées en ce début d’hiver, avec le vent et la pluie qui nous tourmentent, nous font frissonner, au point que nous nous claquemurons, au risque de devenir prisonniers de nos maisons, des murs et des toits d’ardoises, de tuiles ou de lauzes qui nous protègent.

Les nuits sont troublées par les vents venus du sud ou de l’ouest comme par la peur du lendemain qui nous saisit tant les menaces sont nombreuses. Nous préférons alors fermer les yeux sur les malheurs des autres. Nous choisissons le confort de nos certitudes et rejetons, avec violence parfois, ceux qui portent des idées et des convictions qui nous dérangent.

Les nuits de décembre sont froides qui nous invitent à la quiétude d’un foyer. Des nuits qui donnent envie de nous blottir dans la douceur d’une couverture de laine… Au risque d’oublier celui qui grelotte sur le trottoir de nos villes.

Il est pourtant une nuit où nous devrions ouvrir nos portes, laisser entrer l’étranger, faire place à l’inattendu, au doute, à l’intranquillité… C’est la nuit de Noël, celle que nous allons vivre. Une nuit qui nous invite à nous laisser bousculer par le plus grand des mystères, à voir la surabondance dans le dénuement, la puissance et la grandeur dans l’infiniment fragile. A y trouver la joie et à savoir la partager !

Que cette nuit de Noël soit pour tous joyeuse, riche d’espérance, belle et sereine ! Et qu’elle soit féconde de bonheurs partagés.

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Dernière tentative avant naufrage ?

Et si derrière le sort du projet de réforme des retraites, se profilaient d’autres enjeux jusque-là rarement évoqués ? Et pourtant déterminants quant à l’avenir de notre pays.

Le premier concerne Emmanuel Macron lui-même. Avant qu’il ne soit élu, j’avais écrit sur ce blog en avril 2017 qu’il n’avait « pas le droit à l’erreur ». Après la crise des « gilets jaunes », incendie mal éteint dont les braises couvent encore sous la cendre, l’épisode de la réforme des retraites laisse songeur tant on y observe de maladresses et de confusions génératrices d’angoisses. Or, ici, chaque erreur se paie au prix fort tant elle est exploitée (ce qui était prévisible !) par des opposants qui y ajoutent une belle dose de mauvaise foi et des fausses informations. Sur ce terreau, une opinion en mal de confiance et déboussolée, regarde avec bienveillance un mouvement social à bien des égards contraire à ses intérêts, et laisse faire les adeptes du conflit et les tenants du jusqu’au-boutisme.

Force est aussi de constater que la haine savamment orchestrée par quelques uns, et entretenue par beaucoup, tirant argument d’attitudes et de propos arrogants, est devenue l’un des moteurs de la tension dans laquelle nous vivons. Emmanuel Macron semble à ce point détesté par une partie de l’opinion, tant à droite qu’à gauche, que l’on parvient difficilement à discerner ce qui serait susceptible de faire revenir d’ici 2022 les ingrédients du succès : la curiosité bienveillante et parfois même l’enthousiasme que sa candidature avait suscités en 2016-2017. Et peu importe que cette haine soit agitée par des opposants de droite ou de gauche à la mémoire courte : en particulier ceux qui lui reprochent des fautes et des insuffisances dont leur propre camp n’a pas été exempt lorsqu’il exerçait le pouvoir…

Enfin, il n’aura échappé à personne qu’élu sur un programme marqué notamment par le refus des corporatismes, Emmanuel Macron butte sur l’obstination d’une corporation dont la capacité de nuisance n’a d’égale que sa difficulté à envisager l’intérêt général sous un autre angle que le sien. Au-delà, d’autres corporations se sont agrégées à ce mouvement pour des raisons sinon justifiées, du moins compréhensibles. Si échec il devait y avoir, la capacité réformatrice du Président de la République (promesse sur laquelle il a été élu), en serait profondément altérée. Il rejoindrait ainsi Jacques Chirac dont Nicolas Sarkozy avait fustigé l’immobilisme, et François Hollande qui n’aura été que le commentateur navré de sa propre impuissance.

Bien sûr, le sort de la personne Emmanuel Macron n’a que peu d’importance. Sauf que cette situation survient dans un contexte politique singulier. Dans les rangs de la droite républicaine, s’ébauche une tentative de reconstruction qui est loin d’être achevée. On cherche encore les idées fortes sur lesquelles s’appuyer pour prétendre sinon reconquérir le pouvoir, du moins redevenir un acteur incontournable du jeu politique. A gauche, le PS ne semble pas vraiment sorti de son état de mort cérébrale. Au final, les deux grands partis qui ont dirigé la France durant des décennies se contentent aujourd’hui de crier avec les mécontents sans que l’on puisse parvenir à distinguer clairement ce qui fait leur singularité.

Face à ce vide sidérant, seuls demeurent les populistes de la France Insoumise et leurs alter-ego du parti de Mme le Pen. Les uns et les autres jouent la stratégie de la tension. Jean-Luc Mélanchon (qui a même osé décerner voilà quelques jours un brevet d’humanisme à Marine Le Pen !), a perdu le match des élections européennes face à cette dernière. Il persiste pourtant dans une stratégie qui sert le parti de la droite extrême, qui revendique sa proximité avec les gouvernements d’Europe de l’Est se qualifiant d’illibéraux et qui s’affranchissent de manière constante des règles du droit et de la démocratie. Pas étonnant que Marine Le Pen reste discrète : la crise des « gilets jaunes » a renforcé son poids dans les territoires ruraux, ce dont elle pourrait tirer parti lors des municipales et lui facilitera la tâche d’ici deux ans. Désormais, la grogne sociale tous azimuts conforte son discours d’hostilité à une forme de libéralisme * mal comprise mais vouée aux gémonies par nombre de nos concitoyens qui y voient l’origine de tous leurs maux. Bref, tout cela ne fait que la servir…

Ainsi, en l’absence d’autres acteurs qui ne jouent pour le moment que des rôles secondaires, la nouvelle configuration du paysage politique s’articule autour de deux blocs. D’une part une droite extrême et populiste qui, sans avoir pour autant tiré toutes les leçons de son échec en 2017, ne cesse de profiter de la situation. D’autre part, le parti d’Emmanuel Macron qui est passé bien vite d’une position dominante à celle de forteresse assiégée et saisie par le doute.

Au-delà de l’avenir d’Emmanuel Macron, qui risque de sortir si affaibli de cette crise qu’il pourrait se retrouver dans la même situation que son prédécesseur (c’est à dire empêché de se représenter), c’est l’avenir même d’une forme de démocratie sociale-libérale ou encore de social-démocratie qui est en question. Le fait qu’Edouard Philippe soit, en réalité, un héritier de Michel Rocard situe bien cet enjeu. Après les échecs de la droite républicaine et de la gauche socialiste, celui de la tentative de 3ème voie ouverte par Emmanuel Macron laisserait le champ libre à l’affrontement entre des populismes. Ou à leur alliance objective**, que celle-ci soit ou non explicite…

C’est sans doute là le pire qui puisse nous arriver. Ainsi, l’élection d’Emmanuel Macron n’aura été que l’ultime tentative désespérée de sauver un système qui, depuis des décennies, prend eau de toute part. L’addiction aux déficits publics d’un Etat hypertrophié et incapable de se réformer, la déconnexion entre les administrations centrales et la réalité de la vie économique et sociale de notre pays, l’excès des normes, les territoires laissés à l’abandon, un système de santé exsangue***, l’autoritarisme de gouvernants qui trouve son expression dans la violence policière et, en face, des forteresses syndicales qui n’ont de la solidarité qu’une vision étriquée, voilà quelques-uns des maux (liste non exhaustive !) qui, aujourd’hui, rongent notre pays et ne trouvent toujours pas de remède.

Le pire n’est pas certain. Pour autant, cette semaine, nous nous sommes rapprochés d’une zone de danger car l’état de guerre civile larvée que nous connaissons depuis quelques mois a mis notre pays sous tension. Et faute d’apaisement la tourmente, politique hier, sociale aujourd’hui, pourrait bien, à plus ou moins brève échéance, ruiner notre édifice démocratique.

* Observons au passage le paradoxe que constitue en l’espèce l’accusation de libéralisme alors même que le projet de réforme des retraites vise à étatiser l’ensemble du système et à réduire de fait la marge de manœuvre des partenaires sociaux…

** Souvenons nous qu’entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélanchon avait eu toutes les peines du monde à donner une consigne de votre contre Marine Le Pen…

*** La crise des services d’urgence, l’état catastrophique de nos hôpitaux vont de pair avec l’incapacité à adapter le numerus clausus médical aux besoins de la population tandis que s’opérait un changement de comportement des médecins de ville. Tout cela alors que s’applique désormais une vision essentiellement comptable de nos dépenses de santé…

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Des drapeaux sont en berne…

Aujourd’hui, des drapeaux sont en berne. Des familles pleurent un fils, un époux, un fiancé… Des enfants n’auront, au mieux, pour seul souvenir de leur père, que des photos où un homme en uniforme les tient dans ses bras et les récits que leur transmettront une mère, des grands-parents, des proches… Mémoire souriante de bonheurs brisés.

Ils ont perdu la vie là bas, aux confins du désert dans une zone que des chefs de guerre et des fanatiques disputent aux autorités légales pour semer la mort et imposer leur loi. La vie les a quittés parce qu’ils sont en première ligne dans le combat contre la barbarie. Celle qui nous menace autant qu’elle menace cette Afrique si loin, si proche. La vie les a quittés parce qu’ils combattent pour nous.

Ici, à Paris, des voix se sont faites entendre pour s’étonner de l’engagement de nos militaires dans le nord Mali. Il s’en est même trouvé pour affirmer qu’il s’agit là d’une opération « coloniale » ou pour laisser entendre qu’elle couvre un pillage des ressources locales. D’autres enfin que visent les fanatiques islamistes, ont voulu rire de ces morts-là.

Une fois de plus, les uns préfèrent leurs préjugés et l’aveuglement à la lucidité. Ceux-là me font irrésistiblement penser à cette phrase de Churchill : « vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». Les autres sont de ceux qui crachent sur les tombes quand ils ne les détruisent pas. Pour eux, plus rien de sacré. La vie et la mort des autres pas plus que le reste. Ceux-là ont choisi l’indignité…

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Religion française, ou religion importée ?..

L’une déclare : « l’Islam est une religion française ». Aussitôt, l’autre réplique : « elle se trompe, l’Islam est une religion importée ». L’affrontement entre la première, Valérie Pécresse, et la seconde, Nadine Morano, n’aurait que peu d’intérêt s’il ne s’agissait que d’une querelle entre deux figures de la droite. En revanche, cette controverse n’est pas vaine au sujet de la place des religions dans la société française. Et elle mérite au moins une explication de texte.

Si l’on s’en tient aux mots, Nadine Morano a raison. Mais alors reconnaissons que les mots nous conduisent à constater que christianisme et judaïsme sont également des religions importées ! D’une autre manière, Valérie Pécresse a également raison car l’Islam est, qu’on le veuille ou non, une « religion française ». C’est le cas depuis le XIXème siècle et la conquête de l’Algérie, du Maroc, de la Tunisie et d’immenses territoires situés dans une Afrique en partie musulmane. Religion française aussi car elle était celle de la plupart des tirailleurs sénégalais ou des goumiers marocains qui ont participé aux deux grandes guerres, et versé leur sang pour la libération de la France en 1944.

Match nul, donc ! A ceci près que derrière ces mots, des idées méritent d’être clarifiées. Si l’on parle, à propos de l’une d’elles, de « religion importée », c’est bien que l’on considère sans doute que l’antériorité fait la légitimité. Comme si l’importation réussie du christianisme voici 1500 ans devait nous conduire à faire abstraction de ce qui s’est produit depuis. En effet, si le baptême de Clovis a incontestablement marqué l’entrée du royaume des Francs dans la chrétienté, n’oublions pas qu’au fil des siècles, le pouvoir royal n’a cessé, en France, de vouloir s’affranchir de la tutelle de Rome en application d’un principe de séparation des pouvoirs temporel et spirituel *. En outre, la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, a définitivement rompu le lien de subordination qui pouvait parfois subsister entre la loi de l’Etat et celle de l’Eglise. Au surplus, force est de constater aujourd’hui qu’à peine un Français sur deux se reconnaît comme chrétien, un nombre grandissant de personnes affirmant ne relever d’aucune religion. Pas de raison donc de laisser entendre qu’une religion serait légitime sur notre sol et l’autre pas. Quoique…

Derrière l’idée selon laquelle l’antériorité ferait la légitimité, apparaît une volonté politique : celle qui consiste à affirmer une identité française fantasmée, purifiée des apports qu’elle a connus au cours des siècles. Pour autant, rejeter l’expression « religion importée » pour ce seul motif serait une autre erreur. En effet, si l’incorporation de l’Islam dans notre empire date de la colonisation, et est donc antérieure à la loi de 1905, son arrivée sur notre sol est postérieure. Il s’agit donc bien d’une « importation » récente.

Or, quoi qu’on dise, on ne peut établir de strict parallèle entre les religions. Le christianisme a traversé des siècles de confrontation avec le pouvoir temporel avant de connaître la séparation de 1905. Le judaïsme, quant à lui, aura connu des fortunes et infortunes diverses, mais n’a jamais connu le risque d’être suspecté de vouloir dicter sa loi à la Nation. La situation de l’Islam est toute autre.

D’une part, nulle mémoire pour les musulmans (comme c’est le cas pour les catholiques) d’une confrontation qui aurait conduit à des aggiornamentos successifs jusqu’à parvenir au point d’équilibre défini en 1905 entre l’Etat et l’Eglise **. D’autre part et surtout, divers courants traversent l’Islam dont le plus visible est celui qui voudrait faire fi des lois de la République, que ce soit en matière de liberté de penser et de croire ou pas, d’égalité entre les femmes et les hommes, de distinction entre croyance et connaissance en matière d’enseignement. De ce point de vue, on peut donc considérer qu’à l’importation réussie du christianisme correspond une importation inachevée de l’Islam. Et c’est cet inachèvement qui suscite de vives tensions.

On aurait tort à la fois de rejeter une religion au motif qu’elle serait d’importation récente, et de nier les problèmes posés par cette importation. Ce serait une forme de déni de la réalité, parce qu’aujourd’hui une part minoritaire, mais non négligeable de la population de notre pays se réclame de cette religion.

Grande est la tentation du rejet qui simplifierait tout. Aussi grande est celle de l’accommodement avec ce que certains définissent comme les exigences de leur religion, sous couvert de respect de cultures différentes.

L’une et l’autre sont mortifères. La première parce qu’elle aboutit à une logique de ghetto qui, loin de servir la cause d’une intégration des populations qui se réclament de l’Islam, les pousserait à une forme de séparatisme. La seconde parce qu’elle conduit à laisser des règles différentes s’appliquer selon que l’on se trouve dans une zone ou une autre de notre territoire. En clair une forme d’abandon et donc de soumission. Paradoxe : c’est ainsi qu’une vision adoptée par une partie de la droite française rejoint l’attitude de l’extrême gauche qui, loin de chercher à les intégrer, encourage les musulmans au communautarisme, au risque de les laisser manipuler par les plus radicaux d’entre eux.

Pour la société française comme pour les musulmans eux-mêmes, réussir l’importation de l’Islam est donc plus que jamais une nécessité. Cela ne se fera pas sans lucidité ni courage. Pour que l’Islam soit vraiment, demain, une « religion française », respectueuse de la République et de ses valeurs, tout comme des autres religions…

* On lira à ce sujet avec intérêt le remarquable essai que Jean-François Colosimo vient de publier : « La religion française » (394 pages, éditions du Cerf)

** Faut-il rappeler que si cette séparation de l’Eglise et de l’Etat s’est faite dans la douleur pour les catholiques, ceux-ci l’ont aujourd’hui pleinement adoptée.

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Jour de malaise, jour de tristesse…

Il y avait des raisons d’être troublés. Mais ce trouble est devenu malaise voilà quelques jours, lorsqu’au soir du 10 novembre, nous avons découvert que les organisateurs de la manifestation « contre l’islamophobie » avaient jugé utile de distribuer des autocollants associant le croissant et l’étoile jaune et de les faire porter à des enfants. Comme si le sort d’un enfant de confession musulmane dans la France d’aujourd’hui et celui d’un enfant juif dans la France de Vichy, sous l’occupation,  étaient identiques. Auraient-ils oublié que sous Vichy et l’Occupation, il leur eût été impossible d’organiser le moindre rassemblement ? Auraient-ils oublié (ce qu’ils ont sans doute omis d’apprendre à leurs enfants…) que les enfants juifs, eux, ont connu les persécutions, la déportation et la mort ?

Oui, il y a malaise face à cette comparaison indigne qui, en assimilant le sort des musulmans de France en 2019 à celui des juifs lors de la Shoa est une insulte à tous ceux qui ont été conduits vers les camps de la mort. Indigne aussi car elle laisse entendre que notre République n’aurait rien à envier au régime nazi !…

Malaise encore lorsque l’on a entendu le cri de « Allahou Akbar » repris par la foule. Cette foule aurait-elle oublié que ces mots sont les derniers qu’auront entendu les morts de « Charlie Hebdo » et du Bataclan voici tout juste quatre ans ? Ignorait-elle le projet politique que sous-entendent ces mots qui affirmant « Allah est le plus grand », placent la loi de l’Islam au dessus de celles de notre pays. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si ce cri a été lancé par Marwan Muhammad, ancien directeur du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), lequel avait déjà déclaré en août 2011 que personne ne pouvait s’opposer au droit des musulmans « d’espérer en une société globale fidèle à l’islam ». En clair, une société soumise à la loi de l’islam. Bien loin de notre laïcité…

Malaise enfin lorsque l’on s’aperçoit que, sans état d’âme, des militants d’extrême gauche que l’on croyait plus sourcilleux en matière de laïcité, ont participé à cette manifestation sans prendre le soin de se démarquer de ces symboles et de ces slogans. A moins que ce ne soit que manœuvre électoraliste ou naïveté de leur part, eux qui seraient alors les « idiots utiles » d’un islamisme politique conquérant…

Triste 10 novembre pour les relations de notre pays avec ses citoyens de confession musulmane. Parce que derrière la revendication du statut de victime, des activistes ont dévoilé un projet d’une autre nature dans lequel ils ont réussi à entrainer des milliers de personnes : musulmans paisibles, femmes et hommes de bonne volonté qui ne se reconnaissent pas musulmans mais voulaient exprimer leur fraternité, et militants d’une extrême gauche qui se prétend laïque, mais qui ne l’est plus. Tout cela avec en arrière-plan des fondamentalistes qui n’en espéraient pas tant pour viser explicitement les lois de la République. Et la République elle-même.

Triste 10 novembre parce que derrière l’affirmation du statut de victime, il y a une forme d’excuse aux dérives observées dans certains quartiers qui ont d’ores et déjà fait sécession. Un encouragement au communautarisme qui permet de laisser s’imposer dans certaines zones une autre loi que celle de la République. Ce qui rendra leur reconquête encore plus difficile.

Mais c’est aussi un triste jour pour la gauche parce qu’une part d’entre elle, décidément aveugle face à l’islamisme radical *, s’est discréditée en révélant ses incohérences (elle qui se prétend favorable à la libération des femmes et ose défiler avec ceux qui professent leur soumission ?), ses naïvetés (navrantes explications de ceux qui prétendent n’avoir pas vu les étoiles jaunes et pas entendu les slogans !), et son irresponsabilité (ceux qui ont signé l’appel à manifester en s’excusant parce qu’ils n’avaient « pas bien lu », ceux qui ont signé mais ne sont pas venus, et ceux qui n’ont pas signé parce qu’en désaccord, mais sont venus quand même !…).

Cela ne nous fait pas oublier le malaise ressenti lorsqu’une femme accompagnant une sortie scolaire** s’est faite interpeller par un élu d’extrême droite parce qu’elle portait un foulard. Parce que l’humiliation nourrit le ressentiment et le rejet, ruinant les efforts de ceux qui oeuvrent pour l’intégration. Cela ne fait pas oublier non plus le malaise éprouvé lorsque des parlementaires se sont crus obligés de suivre ce mouvement en déposant et en adoptant au Sénat une proposition de loi visant à interdire le port de signes religieux – et du voile – pour les accompagnants lors de sorties scolaires***. Comme s’il fallait à tout prix aller de surenchère en surenchère

Malaise et tristesse enfin, parce que ce qui s’est produit ce 10 novembre ne fait que renforcer les certitudes de ceux qui, d’Eric Zemmour aux tenants de la thèse du « grand remplacement », n’envisagent l’avenir que comme un affrontement intercommunautaire. Oui, décidément, bien triste 10 novembre, pour notre vivre-ensemble…

* Lire à ce sujet l’excellent ouvrage de Jean Birnbaum « Un silence religieux » (éditions du Seuil) qui montre comment, notamment depuis la guerre d’Algérie, les forces de gauche voulant ignorer le fait religieux, n’ont pas compris et sous-estimé le caractère politique d’un certain islamisme.

** Ne peut-on considérer qu’accompagner une sortie scolaire est un signe d’intégration ?..

*** Ce qui, dans certains quartiers, aboutirait à exclure de ces sorties un nombre important de mères, au risque de pénaliser les enfants en rendant ces sorties impossibles faute d’accompagnants et, en tout cas, de créer une réelle discrimination…

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