Des militaires et de la République…

Comme beaucoup de Français, j’ai longtemps eu une vision un peu caricaturale de nos armées. Jusqu’à ce que je me retrouve sous les drapeaux dans le milieu des années 70. J’y ai découvert des officiers scrupuleux, profondément engagés au service de leur pays et loyaux à l’égard de nos institutions. Des officiers à l’écoute des hommes placés sous leur commandement, désireux d’apprendre à leur contact, curieux de cette diversité sociale qui leur était confiée. Et mon regard en a été profondément changé. Aujourd’hui, dans une société qui a oublié le brassage social que permettait la conscription, les clichés les plus éculés se sont de nouveau répandus et les militaires sont souvent regardés comme un corps fasciné par les armes, replié sur lui-même, ayant le culte du chef et de l’autorité.

C’est oublier que les militaires savent ce qu’est la fraternité vécue dans l’engagement comme ils savent ce qu’est le prix du sang versé. C’est oublier aussi que c’est aujourd’hui l’une des rares institutions de notre pays où l’intégration se fait sans distinction des origines et des religions, et dans le respect de ces dernières. Ajoutons à cela que peu d’organisations ont connu une révolution complète en si peu de temps. En effet, pour passer de la conscription à l’armée de métier après la décision de Jacques Chirac de mettre fin au service militaire, il a fallu recruter des femmes et des hommes que rien n’obligeait plus à servir sous les drapeaux, les former, leur donner un métier qui leur permette ensuite de se reconvertir, gérer ces nouvelles ressources humaines et dans le même temps s’adapter à une considérable mutation technologique. Cela ne fut pas sans difficultés. Mais là, ni blocage, ni grèves à répétition… Pour un corps réputé traditionnaliste, chapeau !

Alors, quand des officiers prennent la plume, cela mérite attention. Bien sûr, la virulence de leur tribune publiée par l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles » méritait une vive réaction. Car en s’affranchissant de leur devoir de réserve, ces officiers font pression sur le politique en des termes où certains voient un peu vite une remise en cause de la légitimité républicaine. En signant ce texte, ils savaient qu’ils ne pouvaient que s’attirer les foudres de nombre de politiques et d’éventuelles sanctions de leur hiérarchie. Pour autant, on ne peut s’en tenir à ce constat et refermer le dossier comme si de rien n’était, par un brutal rappel à l’ordre et une simple réaffirmation de l’autorité du politique sur le militaire. Quatre observations s’imposent.

La première tient au langage employé. Les « hordes » de banlieues, la distinction entre nos concitoyens « européens » et les autres, la vision figée et passéiste de notre civilisation, tout cela relève de la rhétorique de l’extrême droite. D’ailleurs, en évoquant des « hordes » à propos de jeunes abandonnés* dans leurs quartiers et soumis à la loi des dealers ou à celle des recruteurs du salafisme, les officiers signataires de cette tribune ont commis une faute : Ils quittaient implicitement le terrain de la responsabilité de la République pour s’engager sur celui du combat visant à repousser ceux qu’ils assimilaient ainsi à des envahisseurs barbares. Comment ne pas s’en inquiéter ? Et Marine Le Pen ne s’y est pas trompée qui a aussitôt invité les signataires à la rejoindre.

Seconde observation, et malgré ce qui précède, il y a aussi derrière ces mots, l’expression d’une peur face à l’insécurité culturelle qui est désormais l’un des traits dominants de nos sociétés occidentales, et – osons le terme – un cri d’amour déçu pour la République. Car quoi qu’on en pense, cette tribune réaffirme un attachement à des valeurs républicaines d’égalité et de fraternité, de respect de la loi et de vivre ensemble dont les signataires estiment qu’elles ont été abandonnées, oubliées par la Justice, par trop d’élus, et par l’école qui ne parvient plus à les enseigner. D’ailleurs, comment ne pas s’inquiéter, avec eux, des effets de l’idéologie de la « déconstruction », des coups de boutoir de la « cancel culture » importée des USA, des actions des racialistes et des identitaires de tout poil ?

La troisième observation tient au cri d’alarme qu’ils ont lancé. Celui-ci devrait-il être ignoré au seul motif que le procédé employé serait irrecevable ? A-t-on oublié qu’ils ne sont pas les premiers à s’inquiéter de la sorte ? Voilà des années en effet que, depuis les établissements scolaires, les commissariats de quartiers, les casernes de pompiers et les gendarmeries, montent des cris de désarroi et de colère. Voilà des années qu’ont été révélés les mécanismes délétères qui ont abouti à ces « territoires perdus de la République »**. Mais qui a écouté ces cris d’alarme ? Qui a pris les problèmes posés à bras le corps ? L’Etat réclamait patience et indulgence tout en déversant des centaines de millions d’Euros dans des « politiques de la ville » aussi médiatiques qu’à l’efficacité contestable. Et pendant ce temps, la culture de l’excuse faisait des ravages, laissant les acteurs de terrain, enseignants et éducateurs, policiers et gendarmes, seuls en première ligne, abandonnés par leurs hiérarchies. Et faute d’une réponse cohérente, la question a été délaissée au profit de la droite extrême qui en a fait son fond de commerce.

Quatrième et dernière observation à propos de laquelle nos élites politiques  feraient bien de s’interroger à un an des prochaines présidentielles : le type de discours développé dans cette tribune trouve un réel écho auprès de nombre de Français. Que, dans un sondage, 58% d’entre eux affirment leur accord avec les officiers généraux qui l’ont signée en dit long sur l’exaspération de nos concitoyens face aux images de guérilla urbaine qui circulent en boucle sur les réseaux sociaux, et à la loi du plus fort qui s’impose dans certains quartiers. L’archipélisation de notre société est une réalité, qui aux yeux de beaucoup, fait naître le spectre d’une guerre de tous contre tous***. L’Ignorer, c’est servir les intérêts électoraux de la droite extrême. Alors plutôt que de crier à la collusion entre certains militaires et l’extrême droite, faut-il continuer à nier un constat ou définir enfin les conditions d’un sursaut ? Et comment réconcilier cet archipel français ?

* Parler ici d’abandon n’est pas tomber dans la culture de l’excuse car expliquer n’est pas excuser…

** Expression qui reprend le titre d’un ouvrage collectif publié en 2002 et réédité en 2015 !  

*** Notons que les officiers signataires de cette tribune évoquent, en le redoutant, le recours aux forces armées pour rétablir l’ordre, mais rappelons que c’est la socialiste Ségolène Royal qui avait lancé cette idée en 2013, proposant en particulier que cette solution soit appliquée à Marseille…

P.S. Avant de le publier, j’ai écrit, corrigé et maintes fois repris ce billet. J’ai hésité, douté… Je sais qu’il peut susciter les critiques de certains de mes amis au motif qu’à un an de l’élection présidentielle, certains de mes propos feraient, pensent-ils, le jeu de Marine Le Pen. Mais c’est précisément parce que je ne me résous pas à voir cette dernière l’emporter, parce que je combattrai de toutes mes forces le parti de la haine qu’elle représente, que j’estime nécessaire de ne pas taire certains enjeux auxquels nous sommes confrontés. Parce qu’il faut en débattre. Parce que la haine ne doit jamais l’emporter, parce que nier la réalité, c’est encourager les discours simplistes et les solutions hâtives. Si nous ne parlons pas en vérité, si nous n’avons pas le courage de la nuance, si nous n’écoutons pas ce que d’autres qui ne nous ressemblent pas ont à dire, si des voix ne s’élèvent pas pour aborder avec sérieux de telles questions, les forces démocratiques seront balayées dans un torrent aux effets dévastateurs. Il est encore temps !

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Les Français et les religions : le grand basculement

Il y a des chiffres qui donnent le vertige ! Depuis des années, nous observons la déchristianisation de notre pays. Et les derniers chiffres tirés d’une enquête menée tous les neuf ans sur les valeurs des européens* sont saisissants. Ils révèlent que désormais, 58% des Français se déclarent sans religion et les catholiques ne représentent plus que 32% de la population (moins du tiers !). Et dire que voilà 40 ans, la proportion était de 70% de catholiques !

Mais une autre évolution est tout aussi importante. En effet, parallèlement à la baisse du nombre des catholiques, on observe une augmentation très sensible des Français qui s’affirment musulmans. Et c’est du côté des jeunes que le mouvement est le plus flagrant : il n’y a plus aujourd’hui que 15% des jeunes de 18 à 29 ans qui se disent catholiques contre 13% qui déclarent être musulmans. Nul doute que, d’ici peu, la proportion s’inversera et que les jeunes musulmans l’emporteront !

Ce constat met le doigt sur le grand échec de la transmission chez les catholiques. En la matière, force est de reconnaître que les plus de 50-60 ans ont globalement échoué à faire partager leur foi à leurs propres enfants. Les causes sont multiples : cela va de la simple paresse jusqu’au refus d’imposer sa religion laquelle est considérée comme relevant de l’intime de chacun. Tout cela sur fond de consumérisme et d’individualisme grandissants de nos sociétés occidentales, sans oublier la difficulté pour notre système éducatif à transmettre notre histoire, notre langue, notre culture…

Au-delà, et pour compléter la réflexion à ce sujet, une enquête réalisée par l’IFOP auprès des lycéens pour la LICRA** laisse entrevoir une mutation radicale de l’idée même de laïcité. Ainsi, 52% des lycéens rejettent le droit de critiquer une religion, chiffre qui monte à 78% pour ceux qui se disent musulmans. Pour eux, critiquer une religion, c’est agresser les croyants. Cela conduit d’ailleurs ces mêmes lycéens à ne pas condamner des auteurs d’attentats ou à laisser entendre, à propos d’une jeune fille harcelée et menacée de mort pour avoir critiqué l’Islam, qu’elle n’avait « que ce qu’elle mérite » !…

Ces chiffres permettent d’affirmer que nous assistons, souvent sans y prêter grande attention, à un basculement considérable de la société française. Le réveil sera dur, et les conséquences multiples. Politiques d’abord car, à l’évidence, s’ils révèlent les failles d’un système éducatif qui peine à transmettre ce qui fait notre commun, ils portent les germes d’une remise en cause des lois en vigueur, notamment sur le port de signes religieux, le droit des femmes et le droit de critique des religions. Les acquis de ces deux derniers siècles pourraient ainsi s’en trouver balayés.

Une telle évolution devrait donner lieu à débat. Les politiques se gardent bien de l’engager tant il est explosif. Sans compter que l’aborder ce serait, selon certains, se situer sur le terrain de Marine Le Pen et risquer de lui donner des arguments pour 2022… Il y a donc ceux qui jouent avec les mots par peur de stigmatiser, ceux qui pratiquent l’esquive et, les plus nombreux, ceux qui se réfugient dans le déni…

Chez les intellectuels, ce débat se réduit à un affrontement aujourd’hui dominé par ceux qui ont versé dans une forme de complaisance à l’égard d’un Islam conquérant. Cela, au motif qu’il faut respecter la religion majoritaire chez nos compatriotes issus des migrations récentes et de peuples qui, autrefois, ont subi la colonisation. Ils font entendre leur voix haut et fort, et accusent « d’islamophobie » tous ceux qui ne se soumettent pas à leur vision. Aveuglement quant au sort réservé aux femmes ; surdité quant aux propos haineux qui se répandent et suscitent la violence ; amnésie quant au rôle émancipateur de la critique des religions et quant à sa contribution à la construction de notre démocratie ; mise au rebut des apports des Lumières, voilà le navrant lot quotidien de certains de nos cénacles universitaires autrefois les plus réputés. On les croyait rompus à l’exercice de la raison critique, à l’art de nuance. Ils ont sombré dans la pratique de l’amalgame et, grâce à la lâcheté de ceux qui se taisent, ils entrainent nos universités dans leur naufrage.

Mais puisqu’il s’agit de religion, ce constat interroge aussi les pratiquants des autres religions, et en premier lieu, les catholiques. Si nous allons vers une société où la religion n’est plus seulement un ensemble de croyances et de valeurs mais un marqueur d’identité, si l’on ne fait plus de différence entre une religion et ses adeptes, comment les catholiques se positionneront-ils ? Pour eux, le défi est considérable. Et pour notre société, bien qu’ils soient désormais minoritaires, les choix qu’ils feront seront décisifs.

Il y a pour eux trois écueils. Le premier est la gentillesse (laquelle n’est pas propre aux catholiques !). Autrement dit, il s’agit d’une vision « bisounours » du monde qui n’est qu’une forme d’insignifiance et conduit à s’auto-dissoudre, à disparaître du paysage. Il y a la tentation du repli, d’un entre-soi qui paraît rassurant mais qui est, au fond, sans issue car il n’est que le prélude à un étiolement progressif. Il y a enfin l’affirmation identitaire qui, invoquant les racines chrétiennes de notre pays, prétend défendre la « chrétienté » contre ce que certains appellent une « invasion » et d’autres un « grand remplacement ». Or, cette démarche utilise les mêmes ressorts que ceux des islamistes radicaux. Elle fait, comme eux, le rêve d’une confusion entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. Elle conduit inévitablement à la confrontation et ne peut déboucher que sur la violence. Enfin et surtout, cette revendication identitaire donne la primauté à une « chrétienté », vision d’un passé fantasmé peu en prise avec le réel, et occulte le christianisme, c’est à dire le message de l’Evangile.

Pour les catholiques, éviter ces écueils : c’est à la fois rejeter optimisme béat ou vision nostalgique et revenir à l’essentiel, le message dont ils sont porteurs. Seule manière aussi de trouver la force d’être de plain pied dans le monde contemporain…

Pour nous tous, la lucidité s’impose, ainsi que le courage d’y faire face. Ce qui signifie ne rien céder de nos principes. Il y a urgence. Saurons-nous être à la hauteur ?

* Ces chiffres ont été publiés par Céline Béraud, sociologue des religions et directrice d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) dans son livre « Le catholicisme français à l’épreuve des scandales sexuels »

** Enquête IFOP pour la LICRA (Ligue internationale contre la racisme et l’antisémitisme), publiée dans le numéro spécial de son magazine consacré à la laïcité.

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Lois de la République et « loi divine »…

Décidément, conforter les principes de la République et lutter contre les « séparatismes » ne va pas de soi. Et nos gouvernants, ne ratent pas une occasion d’ajouter de la confusion à la confusion. En quelques jours, le Ministre de l’Intérieur – chargé des cultes – a proféré quelques âneries qui pourraient faire sourire si le sujet n’était si grave. Et au passage, il révèle l’absence de réflexion et l’inculture de ceux qui sont aujourd’hui chargés de légiférer et de combattre certaines dérives religieuses.

Ainsi, nul n’avait jamais entendu dire que des communautés évangéliques menaçaient la République. C’est pourtant, semble-t-il, ce qui préoccupe le Ministre de l’Intérieur qui préfère s’en prendre à ces communautés plutôt que s’attaquer frontalement à l’islamisme radical et risquer ainsi d’être accusé de stigmatiser des musulmans… Et puis voilà que le 1er février sur France Inter, le même ministre déclare : « Nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu ».

Passons sur la faute politique qui consiste à exclure du dialogue ceux qui ne partagent pas sa conception de la liberté de conscience. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Ce refus de poursuivre le dialogue résonne à la fois comme un aveu d’impuissance et la révélation d’un autoritarisme mal venu. Ce serait faute vénielle s’il n’y avait là qu’une forme de mépris à l’égard des croyants.

Ce qui est plus inquiétant, c’est que le Ministre de l’Intérieur fait une grave confusion entre des lois qui ne sont pas de même nature. Les lois de la République s’imposent sur un territoire. Ce ne peut être le cas de la loi divine. Ainsi, le ministre évite d’aborder la seule question qui vaille : la distinction qu’il convient de faire entre ceux qui se soumettent aux lois de la République et ceux qui s’y refusent et entendent imposer leur conception de la loi « divine » à notre pays. En clair, le transformer en théocratie. Or, que l’on sache, ni les évangéliques, ni les catholiques, protestants, orthodoxes ou israélites de notre pays, pas plus qu’une grande majorité de musulmans, n’ont une telle ambition !

Sans doute est-il parfois difficile à comprendre pour des incroyants que dans les consciences des croyants, la loi divine soit supérieure à la loi des hommes sans pour autant que celle-ci doive être imposée à tous. Mais cela est pourtant essentiel car nier ce principe, c’est renoncer à la liberté religieuse, liberté de croire ou de ne pas croire…

Au-delà, le Ministre de l’Intérieur montre clairement son ignorance de ce que fut la Constitution civile du Clergé imposée par décret en 1790. Un décret qui a déchiré notre pays et a conduit, sous la Terreur, au massacre de milliers de prêtres, de religieux et de croyants. Voudra-t-il demain imposer aux religieux de notre pays l’obligation de signer un document contraire à leur conscience ? Veut-on ériger la République en une divinité dont le culte exigerait une soumission absolue ? Et si l’on ne s’y soumet pas, verrons-nous apparaître on ne sait quelle nouvelle Inquisition ? Ne soyons pas  dupes : les membres du clergé ne seraient pas les seuls concernés par une telle obligation évoquée par le ministre. Ce serait aussi le cas de tous les responsables d’associations éducatives et de mouvements de jeunesse d’inspiration catholique, protestante, juive…

A vouloir combattre un ennemi tout en évitant soigneusement de le nommer, le Ministre de l’Intérieur fait sourire ceux qui n’ont que faire des principes de la République et inquiète les autres. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus. Nous en avons là une navrante confirmation.

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Le Monde, la lucidité et « le camp du bien »…

Il fut un temps où « Le Monde » était qualifié de « journal de référence ». Cela ne l’a pas empêché dans les années 70 de chanter les louanges des Khmers rouges et de se réjouir de la chute de Saïgon le 30 avril 1975. On connaît la suite: un génocide au Cambodge et des dizaines de milliers de boat-people fuyant le Viet-Nam communiste. Sans doute obnubilé par un anti-impérialisme de bon aloi, redoutant aussi de se faire accuser d’anti-communisme, le quotidien « de référence » avait pour le moins manqué de lucidité en devenant le quotidien de « révérence » à l’égard de mouvements révolutionnaires qui faisaient sombrer leurs peuples dans la tragédie…

Il fut un temps où « Le Monde », fort de ses certitudes, avait une curieuse habitude face à ses contradicteurs. Contraint par le droit de réponse de publier une mise au point, il ne manquait jamais de faire suivre celle-ci d’un commentaire qualifié de « 6 entre crochets » par les professionnels en raison de sa présentation typographique*. En des termes choisis, en quelques phrases bien ciselées il réduisait à néant le propos du contradicteur. Une manière de souligner que « Le Monde » et ses rédacteurs auraient le dernier mot. Une manière d’affirmer ce statut bien particulier de « quotidien de référence ».

Aujourd’hui, lorsqu’un dessin de Xavier Gorce ** évoque à la fois les familles recomposées et l’inceste, à la suite de la publication du livre de Camille Kouchner « La familia grande » et de ses révélations, les réseaux sociaux se déchaînent. Alors, « Le Monde » cède, s’excuse et désavoue son dessinateur. Peut-être ce dessin n’était-il pas le meilleur de Xavier Gorce. Peut-être cet épisode révèle-t-il quelques faiblesses dans l’organisation interne du quotidien et son processus de validation. Il n’empêche : il aura suffi que les réseaux sociaux s’enflamment pour que la direction du « Monde » leur donne raison. Si au moins nous avions la certitude que la grande masse de ceux qui se sont indignés étaient des lecteurs assidus du « Monde », des abonnés payants… Mais ce n’est même pas sûr !

La Direction du « Monde » peut bien s’abriter derrière sa ligne éditoriale pour justifier ses excuses. Mais affirmer, comme le fait Jérôme Fenoglio, le Directeur du « Monde » que ce dessin « pouvait être lu comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste » interroge***. Car une telle phrase fait peu de cas du second degré qui est le propre de nombre de dessins de presse. Et cet épisode risque de faire jurisprudence même si « Le Monde », bien sûr, affirme se refuser à pratiquer toute forme de censure !… Car ce qui est ici en cause, c’est la possibilité de faire un trait d’humour sur certains faits ou certaines situations. Au-delà, c’est l’aptitude de nos concitoyens à décoder la caricature appliquée à une situation particulière. Ce qui était possible hier semble ne plus l’être désormais. Et de l’islamisme radical aux considérations ethniques ou sexuelles, des postures victimaires jusqu’aux revendications identitaires, la liste des sujets tabous ne manque pas de s’allonger. Et « le Monde » se place de lui-même dans le piège qui se referme sur lui.

Il y aura toujours des incultes incapables de comprendre le sens des mots. Il y aura toujours des personnes inaccessibles à l’humour et au second degré. Il y aura toujours ceux qui placeront leur identité, leur conception de la morale ou de la bienséance au dessus de tout. Les uns et les autres ont l’indignation facile. Quand celle-ci rejoint des sensibilités à fleur de peau, quelles qu’en soient les raisons, la matière inflammable des réseaux sociaux s’embrase quasi-instantanément. Et les leçons de morale fusent de tous côtés. Face à de tels débordements dont on connaît les effets ravageurs, en s’excusant, les responsables éditoriaux du « Monde » ont fait preuve de faiblesse. A moins que ce ne soit une illustration du fait que « Le Monde » est rattrapé par ses vieux démons que sont l’absence de lucidité et la peur de ne pas être « dans le camp du bien ». Comme au temps de choix éditoriaux pour le moins regrettables…

* « 6 entre crochets » fait référence à la taille des caractères et à l’insertion du texte entre des figures typographiques appelées « crochets »

** En l’espèce, ce dessin présentait un petit pingouin demandant : « si j’ai été abusé par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ? ».

*** Cela provoque d’ailleurs de vifs débats au sein de la rédaction, comme en témoigne la convocation d’un Comité de rédaction ce mercredi 27 janvier après-midi par la Société des Rédacteurs du Monde.

 

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La démocratie en dangerS…

Ce n’est pas trop tôt ! Ce personnage provocateur, grossier, menteur, qui répand la haine est enfin privé de parole. Et les beaux esprits de se réjouir d’une telle décision ! Sauf que dans leur hâte à se débarrasser de l’encombrant Mr. Trump, ils commettent plusieurs erreurs. Des erreurs qui, autant que les rodomontades de celui qu’elles visent, constituent de sérieuses menaces pour la démocratie.

La politique de l’autruche est celle qui consiste à se mettre la tête dans le sable pour éviter de voir et d’entendre les menaces. C’est exactement ce à quoi aboutissent les décisions qui consistent à priver de manière permanente le Président sortant des USA de ses moyens d’expression favoris sur les réseaux sociaux. Car quelques jours après la sidérante attaque du Capitole par ses partisans, si les propos qu’il a tenus en public sont directement responsables des débordements violents auxquels nous avons assisté, il n’en reste pas moins qu’ils révèlent la face obscure d’une Amérique fracturée. Refuser de le voir, c’est non seulement s’interdire d’en prendre toute la mesure, c’est aussi se priver des moyens d’en comprendre les ressorts, mais c’est enfin et surtout lui donner des raisons supplémentaires de se poser en victime de la vindicte des élites politiques, médiatiques et économiques. Bref de renforcer la fabrique du ressentiment. Et, sous couvert d’étouffer un feu sous la cendre, d’en multiplier les braises.

La deuxième erreur consiste à penser qu’il s’agit d’une mesure salutaire. Bien sûr, on a de bonnes raisons de penser que l’hôte de la Maison Blanche jusqu’à ce 20 janvier est un fauteur de troubles. On peut ajouter qu’il a sciemment suscité la violence de ses partisans. Et ainsi affirmer qu’en le privant de ses moyens de communication privilégiés avec eux, on réduira sa capacité de nuire. Il n’empêche. L’atteinte à la liberté d’expression est si évidente qu’elle constitue, en elle-même une mesure anti-démocratique parce qu’elle vise un leader politique (quoi que l’on pense de celui-ci !). Que ne dit-on dès lors qu’il s’agit d’un opposant à Poutine, Erdogan ou Xi Jinping ! De plus, mesure inouïe, il s’agit ici d’un Président encore en exercice d’une grande nation…. Ajoutons au passage qu’il s’agit là de pudeurs bien tardives de la part de réseaux sociaux qui ont, des années durant, joué avec le feu, et qui continuent de le faire par ailleurs…

La dernière observation, et pas la moindre, à ce sujet porte sur le mode de décision qui a conduit à la suppression des comptes Twitter et autres de D. Trump. Qui a pris ces décisions et en vertu de quoi ? Les patrons de géants du web ? Des « comités d’éthique » (mais alors que n’ont-ils réagi plus tôt !) ? Et sur quelles bases : des décisions juridiques, une vague notion de ce que l’on appelle la décence commune ou encore des appréciations morales ? En réalité, nous avons assisté à des décisions d’une extrême gravité qui constituent de réelles menaces pour l’état de droit et la démocratie. Parce que prises en toute opacité, sur la base de critères pas définis, sans aucune procédure, ces décisions font fi du droit et de la justice. Et si l’on n’y prend garde, elles constituent le premier acte d’une privatisation d’un exercice qui devrait relever exclusivement de la compétence des autorités judiciaires. De ce point de vue, nous avons toutes les raisons d’être inquiets.

Sans doute les yeux sont-ils rivés vers Washington et la manière dont s’effectuera la transmission de pouvoirs à la Maison Blanche. Sans doute, les inquiets seront-ils rassurés par les déploiements dans le pays de la Garde Nationale chargée de protéger ses institutions. Sans doute, les manifestations des partisans de Mr. Trump seront-elles observées à la loupe tant leurs modes d’action et leurs effets sont aujourd’hui imprévisibles et constituent une réelle menace pour la démocratie. Mais l’on ferait bien de s’interroger sur le rôle de ces géants de la communication et des réseaux sociaux trop prompts à confondre leur fonction avec celle de censeurs. L’occulter au seul motif que le silence de Trump est un soulagement serait une faute. Les laisser faire, c’est leur remettre sans contrôle les clés de l’édifice démocratique des USA. Et du nôtre par voie de conséquence car ce qui vaut à Washington aujourd’hui s’appliquera sans aucun doute chez nous demain.

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Pour 2021…

Après une année de certitudes ébranlées, laissons un peu de place au doute ;

Après une année d’ironie et de sarcasmes, de haine et de suspicion, laissons de la place à la bienveillance et aux mains tendues ;

Après une année de tumulte et d’ignorance, faisons place au silence, au murmure des livres, aux bonheurs intranquilles de la découverte,

Après une année de repli sur soi, faisons place aux sourires enfin dévoilés et à la douceur des regards.

Très belle année 2021 !

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Et Gilbert Bécaud chantait…

Comme elle nous paraît loin, cette France que l’on regarde avec cinquante années de distance ! Les images sont le plus souvent en noir et blanc comme dans les photos de Doisneau, plus rarement en couleurs. Les tenues, les coiffures, tout nous semble désuet, jusqu’au ton des actualités de l’époque, un brin grandiloquent au point de paraitre quelque peu ringard comparé à celui de nos chaines d’info en continu. Non, pas de nostalgie : ne les regrettons pas, ces années-là ! Pourtant, on ne peut regarder les informations télévisées de ce 9 novembre 1970 sans penser que ce jour-là, avec le Général de Gaulle, c’est une part de la grandeur de notre pays qui s’en est allée.

Pour les uns, l’émotion est intacte. Et, même s’ils se sont opposés à lui, ils se souviennent avec exactitude de la tristesse qui les a envahie lorsqu’ils ont appris la disparition de l’homme du 18 juin. Ils se souviennent de ces images d’une foule envahissant à Paris la place de l’Etoile pour la rebaptiser, avant toute décision officielle, du nom de Charles de Gaulle. Ils se souviennent encore de ce matin brumeux du 12 novembre où, à Colombey les Deux Eglises, un cercueil drapé de tricolore, porté par un véhicule blindé a franchi le portail de la Boisserie pour des obsèques à la simplicité toute familiale tandis que les grands de ce monde et les officiels étaient rassemblés sous la voûte de Notre Dame de Paris… Et tant d’autres images leur restent en mémoire, comme autant de témoignages intacts de leur admiration et de leur reconnaissance.

Pour d’autres, les plus nombreux, ceux qui n’ont pas vécu ces jours de novembre d’il y a cinquante ans, c’est l’occasion de découvrir ou re-découvrir des pages de notre histoire. Et quelles pages ! Des combats de la 1ère guerre mondiale à l’homme du 18 juin et de la Libération de Paris ; des ultimes soubresauts de la IVème République perdant son honneur dans la guerre d’Algérie jusqu’à la proclamation de nouvelles institutions et à l’élection du Président de la République au suffrage universel ; de la décolonisation à la politique extérieure qui, dans les balbutiements de la construction européenne, assurait à notre pays une place singulière dans un monde marqué par la guerre froide et l’opposition entre l’Est et l’Ouest… Que d’événements où la tragédie côtoie les querelles de peu d’importance, où la grandeur ne s’embarrasse pas de nos faiblesses. Une époque où sa vision du monde nous appelait à voir plus haut, plus loin.

Des années d’une vie où quoi qu’on en dise, la rectitude morale, l’intérêt général et une haute idée de la nation française primaient sur toute autre considération. Peut-être est-ce de cela plus que de tout autre chose que nous sommes nostalgiques aujourd’hui ? A moins que nous ne cherchions aussi dans son exemple les ressorts d’un sursaut dont nous avons tant besoin. Lui qui, à maintes reprises, n’a craint ni les obstacles, ni les condamnations les plus sévères et les critiques les plus acerbes, ni la solitude enfin pour tracer un chemin qui n’était pas seulement le sien, mais surtout celui du sursaut. Une voie qui soit capable d’inverser le cours du destin quand celui-ci était funeste.

Le temps n’est pas aux regrets, mais ces années-là, – qui s’en souvient encore ? – Gilbert Bécaud chantait :

« … Cet homme légendaire

Au milieu des vivants,

Le jour où on l’enterre, je te parie cent francs…

Tu le regretteras, tu le regretteras

Tu le regretteras longtemps ».

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La résignation ou le sursaut

Le cancer est une maladie qui se développe à bas bruit. Discrètement, l’air de rien. Parfois, sans signe extérieur flagrant, sans symptôme caractérisé, le patient se réveille alors que la maladie s’est déployée à partir d’un foyer initial et a pris le temps de répandre ses métastases dans tout l’organisme. Trop tard ! Il n’y a alors, pour éradiquer le mal, que des thérapies de choc, particulièrement brutales et qui mettent l’organisme sens dessus dessous. Sans toujours parvenir à l’éradiquer et éviter l’issue fatale. Nous découvrons aujourd’hui tardivement qu’il en est de même, au sein de notre société, avec l’islamisme radical.

Tardivement ? En est-on vraiment sûr, tant les signes annonciateurs, les rapports alarmistes, les inquiétudes d’élus, de responsables du Renseignement ou de la police, les alertes lancées par des enseignants ou des intellectuels auraient dû nous inquiéter. Oui, mais voilà : malgré les signaux, nous avons préféré ne pas voir. Préféré écouter ceux qui ont tout fait pour nous empêcher de voir. Par refus de stigmatiser ceux qui se réclament de l’Islam ; par honte du racisme à peine dissimulé de ceux qui réclamaient des mesures radicales ; ou encore à cause d’un vague sentiment de culpabilité à l’égard de populations que nous avions reléguées dans des banlieues malcommodes et ainsi condamnées à un entre-soi mortifère…

Aujourd’hui, le meurtre barbare d’un enseignant et le triple assassinat de Nice dans les mêmes conditions provoque une prise de conscience où la sidération, l’effroi et l’émotion se mêlent au désir de vengeance, et à la volonté d’en finir avec ce mal.

Assassiné au seul motif qu’il avait fait un cours d’instruction civique sur la liberté d’expression comme un élément constitutif de nos valeurs républicaines, cet enseignant était devenu la cible d’une haine répandue sur les réseaux sociaux. Une haine qui a atteint son but : donner à un individu de « bonnes raisons » pour un passage à l’acte.

Elle est bien mince, la frontière qui sépare l’auteur de ce meurtre et ceux qui ont nommément désigné sa victime à partir d’affirmations, on le sait maintenant, erronées et diffamatoires. Bien ténu ce qui distingue l’acte barbare de ces appels à la vengeance. Si, d’un point de vue juridique, caractériser un appel au meurtre reste ici une affaire délicate tant le droit ne peut se satisfaire de considérations générales sur un mouvement d’opinions, on reste confondu devant l’enchaînement de propos haineux, de détails précis, et de fausses affirmations qui ont conduit un jeune réfugié d’origine Tchétchène habitant un autre département, à se rendre à proximité du collège où exerçait cet enseignant pour l’exécuter.

A Nice, c’est la haine des « infidèles », de ceux qui professent une autre foi que celle de l’Islam qui a semé la mort. Trois personnes exécutées en raison de leur foi catholique par un Tunisien arrivé en France après avoir traversé la Méditerranée et un passage par Lampédusa.

Face à ces actes barbares, il y a la parole des politiques. Ceux qui réclament une réaction plus vigoureuse que jamais. Ceux qui n’ont eu de cesse d’encourager les organisations de l’islamisme radical et font mine aujourd’hui de protester face à la violence qu’elles suscitent quand ils ne cherchent pas à excuser les meurtriers. Ou encore ceux qui mettent dans le même sac musulmans paisibles et islamistes radicaux au point de vouloir les mettre tous sous surveillance, quand ce n’est pas réclamer leur exclusion de la communauté nationale. Qu’ils soient réfugiés de fraîche date, installés depuis longtemps ou nés sur notre sol.

Il y a aussi les appels à la Fraternité. Une Fraternité qui ne serait pas un mièvre abandon face à ceux qui affirment haut et clair leur volonté de domination. Une Fraternité qui serait à la fois lucide et courageuse. Lucide pour ne pas être dupe des intentions de ceux qui entendent mettre à bas notre société. Courageuse pour affronter le mal avec détermination mais en évitant les confusions et le simplisme qui font le lit des totalitarismes.

Qu’on y prenne garde : sombrer dans la haine de l’Islam équivaut à désigner comme coupables ceux qui se réclament de cette religion. C’est rejouer la logique du bouc émissaire qui, en d’autres temps, a conduit des millions de juifs dans les camps de la mort et les chambres à gaz. Et c’est la négation même des valeurs dont nous nous réclamons. Dans le même temps, ménager cet islam qui ne parvient pas à éradiquer en son sein les forces du mal au point d’être aveugles et lâches, c’est se rendre coupable des meurtres à venir.

Les meurtres barbares de Conflans–Sainte Honorine et de Nice sont les expressions dramatiques de métastases d’un cancer profond. Alimentées par des discours de haine, par la terrifiante logique des réseaux sociaux sur lesquels aucune éthique ne parvient à s’imposer, encouragés par les propos de dirigeants étrangers, ces métastases qui sommeillent dans nos quartiers, qui ont des profils les plus divers, utilisent à la fois les techniques de communication les plus modernes et les instruments les plus rudimentaires pour semer la mort.

Non, les assassins n’étaient pas des « crétins décérébrés » comme le pensent certains qui, en utilisant ces termes, les exonèrent déjà d’une part de leur responsabilité. Il sont le dernier maillon d’une chaîne de haine qui repose sur le refus de la liberté : liberté de critiquer, liberté de croire et de pratiquer sa propre religion, liberté des femmes à disposer d’elles-mêmes, liberté de se vêtir comme bon nous semble… Une chaîne qui enrôle son propre dieu le considérant sans doute trop faible pour se défendre lui-même, trop bienveillant quand il tolère d’être brocardé par des caricatures ou quand il affronte la concurrence d’autres religions. Une chaîne de haine qui décide d’appliquer sa propre loi et ses châtiments barbares.

Face à cela, il est trop facile de déclamer qu’il ne faut plus rien laisser passer. C’est tout aussi grotesque que de proclamer, au lendemain des attentats de novembre 2015, que rester à la terrasse d’un bistrot était une manière d’entrer en résistance ! Les enseignants qui ont trop subi les lâchetés de leur hiérarchie les sommant d’éviter l’affrontement à tout prix sont bien placés pour rester sceptiques face à de telles déclarations. Ils savent d’expérience qu’ils resteront seuls en première ligne. Au risque d’y perdre la vie !

C’est tout le logiciel de nos réponses à l’islamisme radical qu’il convient de revoir de fond en comble. Qu’on ne s’y trompe pas : nous payons des décennies de lâchetés, d’abandons, d’accommodements, et ce n’est pas en quelques mois que l’on parviendra à ramener à la République ceux qui n’ont que la haine au cœur. Qu’on ne s’y trompe pas, quelle que soit l’énergie déployée, des années seront nécessaires – sans jamais baisser la garde – pour combattre un mal aussi insidieux que celui auquel nous sommes confrontés. Car le cancer est profond et les métastases nombreuses. Et face à cette maladie, il n’y a que la résignation ou le sursaut.

Les médecins qui soignent des cancéreux savent que la combativité et le moral de ces derniers ont un rôle au moins aussi déterminant que les thérapies employées pour l’emporter face à la maladie. Et puisque nous sommes malades, garder le moral, c’est d’abord ne pas céder au désespoir. C’est aussi et surtout retrouver dans la richesse de notre histoire et de notre culture – qui ne se réduit pas à la caricature – des raisons d’espérer. Car après tout, si certains ont pu trouver refuge dans notre pays, c’est parce que celui-ci a su, au fil des siècles et des décennies récentes, se bâtir un arsenal de valeurs et de droit qui assurent aussi la protection de ceux qui sont en danger dans leur propre pays. Que ceux-là aient pu l’oublier est confondant. Mais il y a plus confondant encore, et c’est peut-être de là que vient une part du mal qui nous frappe : qu’on ait oublié de le leur rappeler…

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Ce n’est pas qu’une affaire de fringues…

Voilà des années, on s’étripait sur les ondes à cause de lycéennes voilées. En 2020, à Strasbourg ou Mulhouse, des jeunes femmes ont été agressées dans la rue parce qu’elles portaient des jupes courtes. Dans un lycée, une élève a été sèchement priée de se rhabiller par un enseignant qui n’appréciait pas le col échancré de son tee-shirt. Aujourd’hui, ce sont donc la jupe qui fâche, le décolleté qui indigne, le nombril apparent qui choque. Et le Ministre de l’Education nationale d’affirmer que l’on ne peut venir au lycée que dans une « tenue républicaine » ! De tels incidents, et le fait que le Ministre de l’Education Nationale ait cru utile de s’emparer du sujet, révèlent les étranges et dangereux glissements auxquels nous assistons.

Passons sur le propos ministériel évoquant une « tenue républicaine » car on ne voit guère ce que signifie cette expression. Sauf à ironiser en se référant à la « Liberté guidant le peuple » de Delacroix ou à certains bustes de Marianne aux décolletés avantageux et que l’on peut trouver dans nos mairies… Et rien dans les règlements de l’Education Nationale ne permet de distinguer ce qui serait défendu et ce qui serait autorisé.

Mais laissons-là ce qui se passe au sein des établissements scolaires pour s’intéresser à ce qui se déroule dans l’espace public. Observons donc qu’un an après le mouvement Me-Too et la dénonciation planétaire de comportements machistes, force est de constater que rien n’a vraiment changé puisque nous nous trouvons une fois de plus dans un rapport déséquilibré dans lequel ce sont les femmes qui sont accusées de provocation. Comment ne pas s’affliger du fait que ces incidents entrent en résonnance avec l’affirmation « elles l’ont bien cherché ! », excuse classique visant à atténuer la responsabilité des violeurs ? Ainsi, considérant comme un fait acquis et invariable que l’homme est incapable de maîtriser ses propres pulsions, c’est la liberté vestimentaire des femmes qu’il conviendrait de restreindre !…

Constatons aussi, hélas, que nous assistons à un élargissement à l’ensemble de l’espace public de ce que nous pensions réservé à certains quartiers. Là, la pression masculine est telle que des jeunes filles ont abandonné la jupe et arborent un voile dans le seul but d’éviter agressions verbales et harcèlement. Aujourd’hui, à l’évidence, ces comportements ont franchi les frontières de ces quartiers. Et des jeunes hommes entendent désormais exprimer partout leur domination sur les jeunes filles qu’ils croisent dans la rue. Cette domination qui passe par la violence verbale et physique entend imposer leur propre conception morale et religieuse de la pudeur. Une autre manière d’affirmer que le corps des femmes n’appartient pas à celles-ci, mais est la propriété de leur père, de leurs frères, de leur mari… Des hommes et des hommes seulement… Et comme rien n’a fait obstacle à la domination que ces mâles exercent sur leur « territoire », l’impunité leur a donné des ailes au point de vouloir l’imposer ailleurs.

Bien sûr, les évolutions de la mode ont toujours questionné le regard que les hommes portent sur les femmes. Voilà quelques décennies l’irruption de la mini-jupe qui a traversé la Manche, a suscité maints débats pour ou contre ce vêtement, symbole de liberté pour des femmes revendiquant une certaine forme d’égalité dans le droit à la séduction. Bien sûr aussi, les modes vestimentaires des jeunes filles d’aujourd’hui suscitent maints débats, lesquels commencent au sein même des familles.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’enjeu de la querelle de fringues à laquelle nous assistons aujourd’hui n’est pas celui d’une énième réplique de la bataille de la mini-jupe. Il est triple. C’est, évidemment, et d’abord, la liberté que l’on reconnaît aux femmes de se vêtir comme elles l’entendent. Il est aussi dans le refus d’une regrettable confusion entre décence, pudeur et pudibonderie. Car il n’est plus question de pudeur ni de décence. Ce sont les pudibonds, et eux seulement, qui mènent la danse. Il est enfin et surtout dans l’acceptation ou le refus de reconnaître comme légitime tel ou tel groupe d’hommes qui s’auto-désigne comme arbitre des élégances… et entend imposer son autorité sur les fringues, mais pas que. Alors, que choisit-on : la décence ou la pudibonderie ?

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Derrière les meilleures intentions…

Ah, que l’on voudrait les aimer ! Mais pourquoi s’obstinent-ils donc à tout gâcher ? Oui, ils sont animés des meilleures intentions : ils veulent sauver la planète ! C’est sans doute pour cela qu’ils obtiennent quelques succès électoraux. Mais, à part ça, obsédés par l’urgence climatique, les écologistes en arrivent parfois à confondre les symboles et les solutions, à prendre leurs propres rêves pour des réalités, à vouloir imposer leur idéologie.

Le bêtisier de ces dernières semaines est impressionnant. Quelques exemples : refus du Tour de France à Rennes, et suppression du sapin de Noël à Bordeaux : deux manières de punir ceux qui ne partagent pas leurs goûts. Ecriture inclusive à Lyon, au mépris du bon sens et surtout de la compréhension par tous des écrits municipaux. Toujours à Lyon, refus de participer au traditionnel vœu des échevins au nom de la laïcité, tout en posant la première pierre d’une mosquée : comprenne qui pourra ! Ailleurs, une élue qui considère « légitimes » des squatters qui s’installent dans un logement appartenant à d’autres, comme s’il fallait abattre le droit de propriété. Et, cerise sur le gâteau, un maire de Grenoble qui ne s’inquiète pas lorsque des trafiquants de drogue se pavanent dans ses rues kalachnikov à la main, mais proteste vigoureusement lorsque le Ministre de l’Intérieur y organise une descente de police !.. Tout cela révèle un mépris pour ce qui est populaire, une forme d’inculture, et enfin un renversement de valeurs pour le moins inquiétant.

Reverdir nos villes ? Qui n’applaudirait à cette idée ? Le regretté humoriste Alphonse Allais regrettait déjà, au siècle dernier, que les villes ne soient pas bâties à la campagne. Eux, ils font l’inverse : ils réintroduisent la campagne à la ville. Jardins suspendus, potagers en terrasses, ruches sur les toits et composteurs sur les balcons… Le programme est séduisant. Surtout lors d’un printemps de confinement !

Combattre les énergies fossiles pour ralentir le réchauffement climatique ? Soit ! Donc, vivent les énergies renouvelables, d’autant qu’elles seraient, dit-on, gratuites… Alors, surfant sur cette vague verte et tirant profit de conditions financières avantageuses, des entreprises sèment les éoliennes dans nos campagnes sans se soucier ni de leur réelle productivité, ni de la préservation du patrimoine, ni des conséquences à long terme de leur installation.

Oui, mais voilà, c’est parce qu’ils veulent reverdir nos villes et les rendre plus respirables, parce qu’ils veulent combattre les énergies fossiles, qu’on leur pardonne tout, que l’on tait leurs incohérences, que l’on se couche devant leurs diktats, y compris les plus absurdes et ceux qui n’ont rien à voir avec la protection de la planète.

Le pire n’est pas qu’en réservant des boulevards aux cyclistes ils déclarent la voiture hors la loi, qu’ils suppriment à la fois voies de circulation et places de stationnement pour mieux la faire disparaitre. Tout cela en oubliant que la question de la mobilité reste entière pour les habitants des périphéries. Le pire n’est pas non plus qu’ils rêvent d’une campagne peuplée d’agriculteurs bio et parsemée de champs d’éoliennes, tout en omettant de préciser qu’une éolienne, c’est a minima 800 à 1000 tonnes de béton enfouies dans le sol avec pour effet une stérilisation définitive des parcelles ainsi équipées. Sans compter qu’il nous faut – par l’impôt – subventionner l’électricité ainsi produite.

Non, le pire, c’est d’entendre le maire de Bordeaux qualifier de « fachos » ceux qui osent critiquer sa décision de supprimer un sapin de Noël ! Car qualifier un contradicteur de « facho », c’est une manière de le discréditer, de lui nier le droit d’intervenir dans le débat public et d’y faire entendre ses arguments. C’est refuser de débattre. Le pire, c’est donc que ces écolos là ont une vision à sens unique du débat public. Une vision dans laquelle il faudrait se soumettre à un politiquement correct qui va de la bicyclette aux éoliennes en passant par l’écriture inclusive et les sapins de Noël. Une soumission qui va jusqu’aux accommodements avec les trafiquants de drogue…

Débattre, mais pour quoi faire, pensent-ils, puisqu’ils n’ont que des certitudes, et avant tout celle de faire le bien ? Tandis que les autres seraient coupables, nécessairement coupables de vouloir laisser mourir la planète ! Ils ont oublié que débattre, c’est aussi se taire et écouter ce qu’ont à dire ceux qui ne pensent pas pareil. C’est accepter que l’autre soit porteur d’une vérité qui dérange. Débattre, c’est – au final – être démocrate. Mais ces écolos-là le sont-ils vraiment ?

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