Du naufrage au sursaut ?…

Nous assistons à un naufrage. Naufrage moral de ceux qui à droite, se prétendant héritiers du gaullisme, rallient le camp des petits enfants de Pétain, des collabos et de l’OAS pour sauver leurs sièges et peut-être même prétendre à un maroquin ministériel. Naufrage moral de ceux qui à gauche, faisant fi du bon résultat de la liste menée par Raphaël Glucksmann aux européennes, se sont empressés de rallier le camp des insoumis et de leur chef. Et ils s’étonnent ensuite lorsque celui-ci, digne héritier de Staline, inaugure le ”nouveau Front Populaire”  en privant d’investiture trois insoumis qui avaient eu l’audace de le critiquer ? Mélanchon ou la purge comme mode de gouvernance en quelque sorte… Naufrage moral de l’ancien président de la République François Hollande enfin qui, toute honte bue, se porte candidat aux législatives espérant sans doute tenter un ”come back” qui lui fasse oublier ses propres échecs et les déconvenues que les ”frondeurs” devenus ”insoumis” lui avaient fait subir lorsqu’il était à l’Elysée. Tout cela en laissant de côté les convictions qu’il avait prétendu défendre auparavant.  

Voici donc venu le temps des trahisons. Oh, pas la trahison des hommes, celle-ci est fréquente en politique parce que les amitiés y sont rarement exemptes de rapports de force. Mais la trahison des idées, des convictions, des valeurs. Et si un tel reniement peut assurer aux âmes faibles un avenir immédiat, c’est un poison mortel dont elles ne se relèvent jamais.

Naufrage européen aussi. Pas seulement parce que la France est désormais affaiblie face à ses partenaires européens après le vote du 9 juin. Mais aussi car pendant que nos leaders se livrent aux délices d’une campagne électorale éclair, ils consacrent peu de temps à Bruxelles où se sont engagées les tractations en vue des désignations aux postes-clés du Parlement et des instances européennes. A coup sûr, la France y perdra de précieux moyens d’influencer le cours du mandat qui s’ouvre. Et nul doute que nombreux seront ceux qui ne manqueront pas ensuite de tirer à boulets rouges sur les ”diktats imposés par Bruxelles”. Parmi eux, bien sûr, on retrouvera des Jordan Bardella qui se sont fait remarquer par l’inexistence de leur contribution aux travaux du Parlement… Nous pensions pourtant avoir voté pour influer sur le cours de notre histoire européenne. Triste désillusion ! 

Naufrage enfin de ce que l’on appelle la ”macronie” qui semble peu à peu s’auto-dissoudre dans la volonté de son chef de jouer cavalier seul.  En adoptant une posture de chef de campagne, il prend désormais le risque de subir une défaite encore plus cinglante qui porterait atteinte aux institutions. 

Nul besoin de faire l’inventaire des calculs médiocres, des renoncements et des fautes accumulées depuis des décennies qui nous ont conduit à ce naufrage. Tout a été dit ou presque à ce sujet. Il reste que face à la menace que constitue la montée de l’extrême droite, les manifs et les leçons de morale sont non seulement inefficaces, mais aussi contre-productives. A l’opposé, la menace que représente la candidature à peine cachée de Jean-Luc Mélanchon à Matignon n’est pas moindre tant son tempérament d’apprenti dictateur apparaît au grand jour. 

  Faudra-t-il qu’à l’heure où montent de toute part les périls qui nous menacent nous placions à la tête du gouvernement de la France un jeune homme inexpérimenté, pur produit marketing issu d’un parti totalitaire ou un autocrate nostalgique de la terreur bolchévique ? Pas sûr que partir en campagne en ordre dispersé permette d’éviter le pire. Le mode de scrutin, les règles électorales autant que la dispersion des voix risquent fort de favoriser une bipolarisation autour des extrêmes. Et de réduire à la portion congrue les formations modérées d’un ”arc républicain” devenues quasiment inaudibles dans le tumulte de ce printemps.  

En se souvenant que le 18 juin 40, une voix solitaire s’était faite entendre pour redonner espoir à un pays ayant subi une défaite morale autant que militaire, il nous restera alors à attendre que se lèvent des femmes et des hommes capables de susciter le sursaut. Mais attendre combien de temps ? Et à quel prix ?…

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