L’urgence, et après…

Dimanche, le ressentiment et la haine l’ont emporté. Et depuis, nous connaissons l’inquiétude des lendemains, la tristesse et la honte. Pour éviter ça, il eût fallu écouter les cris de détresse lancés depuis des décennies par les femmes et les hommes angoissés par les bouleversements d’un monde dans lequel ils ne trouvaient plus leur place. Mais face à cette angoisse, quelles réponses leur ont été apportées ?

Nous avons connu les rodomontades d’une droite impuissante, l’attachement obsessionnel des libéraux pour les lois d’un marché dérégulé – promesse d’un futur radieux, l’abandon des classes populaires par la gauche au profit de minorités caressées dans le sens du poil. Tandis qu’à Paris des ministres, toutes tendances confondues, rejetaient sur Bruxelles autant la responsabilité de décisions qu’ils avaient eux-mêmes validées, que de l’excès de normes imposées par leur propre administration sur laquelle ils n’exerçaient pas leur autorité… Et les leçons de morale comme les insultes adressées à des électeurs déboussolés* ont servi de mantra, nous exonérant de toute analyse sérieuse sur le sujet.

Aujourd’hui, nous n’avons d’autre urgence que d’essayer d’enrayer cette infernale course à l’abîme. Les bricolages électoraux de dernière minute bâtissent rarement les digues qui permettent de stopper les lames de fond**. Mais ils valent mieux que la résignation. Si comme nous l’espérons le sursaut espéré l’emportait, il resterait au Président de la République à mettre en oeuvre une politique imposée par des formations politiques réunies autour des seules valeurs qui leur sont communes. Et il lui faudra pour cela abandonner la pratique institutionnelle qui est la sienne, notamment depuis sa réélection il y a deux ans…

Si par malheur, le RN s’imposait, nous deviendrions les spectateurs impuissants d’un bras de fer. D’un côté, un Président persuadé qu’il pourrait à lui seul constituer un rempart contre les excès d’un programme dangereux. De l’autre un parti populiste dont les documents électoraux vantent une ”union nationale” qu’il ne conçoit que dans l’allégeance et non dans l’acceptation des différences***. Au Parlement, ne resteraient plus que les derniers représentants d’une droite en miettes, d’une alliance centriste défaite et d’une gauche sur laquelle J-L. Mélanchon aura réussi son OPA ****.

Nous aurions alors à répondre à une double exigence. Rebâtir et résister. Rebâtir pour être en mesure tôt ou tard de reprendre en mains le pays . Pour cela il faudra faire preuve non seulement de créativité pour sortir des sentiers battus, mais aussi des vertus plus rares telles que  la lucidité et l’humilité. Et avant tout, il nous faudra résister : résister au mensonge et à la haine, résister à l’indignité et aux atteintes à l’état de droit. Cela nous demandera courage et discernement.

*Voilà pourtant des années que nous savons que qualifier de ”racistes” ou de ”xénophobes” les électeurs du FN – RN est inefficace. Et qui a prêté attention à la déclaration en 1984 de L. Fabius alors Premier ministre de F. Mitterrand qui avait estimé que ”l’extrême droite ce sont de fausses réponses à de vraies questions” ?…  

**Comment un candidat modéré peut-il faire comprendre à un électeur qu’il lui faut maintenant voter pour un candidat LFI  lequel, depuis des mois, ne cesse de l’insulter et d’affirmer que voter RN ou voter pour ceux qui soutiennent E. Macron, c’est pareil ?

***C’est bien ce qu’exprime la volonté de J. Bardella de n’exercer le pouvoir qu’en cas de majorité absolue. 

*** Ceux qui en doutent encore et le pensent isolé n’ont qu’à visionner l’intervention qu’il a faite dès 20h15 dimanche soir et regarder avec attention  qui l’entourait alors…

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