Aveuglements…

Et si le COVID 19 rendait aveugle ? C’est ce que laisse supposer la décision du Conseil d’Etat qui a ordonné le 18 mai au gouvernement de lever « l’interdiction générale et absolue de rassemblement dans les lieux de culte » et d’édicter sous huit jours, des « règles strictement proportionnées au risque sanitaire ». Car, force est de le reconnaître, la cécité a été hélas largement partagée.

Aveuglement du gouvernement d’abord qui, tout à sa bataille contre la pandémie, a voulu desserrer l’étau du confinement avec un luxe de précautions pour les écoles et les entreprises, sans rendre possible le retour au culte pour les croyants des diverses religions. Peut-être aussi redoutait-il, sans pouvoir l’avouer, une affluence dans les mosquées incompatible avec les mesures sanitaires lors de la fête de l’Aïd… Et plutôt que de devoir faire des mécontents en raison d’un calendrier religieux particulièrement dense*, plutôt que d’accepter les propositions de dispositions formulées notamment par les évêques de France, il a préféré porter atteinte, « par une mesure de portée générale et absolue », à la liberté fondamentale qu’est la liberté de culte qui comporte, comme le fait observer le Conseil d’Etat, le droit de participer collectivement à des cérémonies dans les lieux de culte.

Aveuglement des autorités religieuses ensuite, qu’elles soient catholiques, juives ou musulmanes qui n’ont pas souhaité que leur dialogue avec les autorités civiles débouchent sur une épreuve de force. Peut-être aussi redoutaient-elles de se trouver mises au banc des accusés en cas de nouveau foyer de contamination lié à des célébrations religieuses. Le rassemblement évangélique de Mulhouse, qui a largement contribué à la propagation du virus dans l’Est de la France, leur a donné à réfléchir. Aucune d’elles ne souhaitait être désignée comme bouc-émissaire en cas de rebond de la pandémie. Et si l’on excepte le « coup de gueule » sans lendemain des évêques de France, rien n’est venu exprimer leur détermination à réclamer que soit mis un terme aux atteintes à la liberté de culte.

Aveuglement enfin de certains intellectuels chrétiens qui, engagés dans une critique vigoureuse à l’égard de l’institution ecclésiastique, n’ont pas pris la mesure du désir de retour aux sacrements de la part de nombre de catholiques et plus encore de l’importance de la défense de cette liberté fondamentale. Sans doute d’autres urgences telles que la solidarité ou la préservation de la santé leur paraissaient prioritaires. Fallait-il pour autant renoncer à une liberté consacrée par l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ** ?

Le plus navrant dans cette affaire est, au fond, qu’à l’aveuglement du gouvernement se soit ajouté celui de tous ceux qui avaient renoncé au point de laisser la défense de cette liberté fondamentale aux plus radicaux des identitaires, nostalgiques d’une chrétienté révolue. Ceux-là même qui exultent aujourd’hui en se posant comme les seuls défenseurs de la Foi alors que leur discours est un discours d’exclusion, et parfois de haine, bien loin des valeurs évangéliques. Preuve est ainsi faite qu’au combat de la liberté il faut rester lucide et ne jamais renoncer…

* A l’Aïd des musulmans qui marque la fin du Ramadan, du 23 au 24 mai, succèdent les fêtes de Chavouot pour les juifs du 28 au 30 mai et, pour les chrétiens, la Pentecôte le 31 mai.

** Cet article précise que « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites »

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Peur de la mort, peur de la vie…

C’est un ennemi invisible, méconnu, imprévisible. Sans effet ou si peu sur certains, il conduit d’autres à la mort. Depuis des semaines qu’il fait des ravages sur notre sol, comment ne pas éprouver de la peur ? Peur de la maladie, peur de la mort. Pour l’affronter – ou plutôt pour l’éviter – nous nous sommes d’assez bonne grâce reclus chacun chez soi, quoi qu’il nous en ait coûté.

Chaque jour, cette peur est alimentée par les chiffres assénés par nos autorités qui dressent le bilan de ceux qui ont du être hospitalisés et ceux qui n’ont pas résisté. Plus ou moins bien, nos gouvernants ont pris les choses en main, alternant langage guerrier et propos qui, tout en nous faisant la morale, nous dépossèdent de notre capacité à agir. Et les médias nous ont, plus que de raison, abreuvés d’images prises dans nos hôpitaux, de photos de patients entre la vie et la mort, de services sur-encombrés, d’opérations spectaculaires de transferts vers d’autres régions moins atteintes par le virus. Sans compter les heures d’antenne exclusivement consacrées à ce sujet.

Pour faire face à la peur, nous avons nos rituels. Les applaudissements quotidiens pour les soignants qui résonnent en ces soirées printanières comme une manifestation collective de notre bonne conscience. Les manifestations de solidarité : celle, réelle, de ceux qui se sont engagés au service des plus fragiles et celle, plus virtuelle, qui se répand sur les réseaux sociaux. Les liens nouveaux que tissent les applications numériques entre ceux qui ne veulent pas se perdre de vue. Les machines à coudre mises à contribution pour produire des masques en quantité. Et puis ce souci de tromper l’ennui par l’humour et la musique partagés, par la fuite éperdue dans une vie rêvée. Vie d’avant ou vie d’après, c’est selon…

Aujourd’hui, approche le temps de cette libération espérée. Le temps où nous pourrons de nouveau – de manière mesurée il est vrai – marcher dans les rues, retrouver les commerces dont nous étions privés, rendre visite à un proche, élargir le cercle de nos déplacements, et voir nos enfants regagner l’école. Oui. Mais voilà : nous avons peur ! Peur de cet autre qui pourrait être un collègue de travail ou un voisin, un frère ou un ami, et qui serait sans le savoir porteur de l’ennemi invisible. Peur de celui qui, par négligence ou plus probablement par distraction, oublierait l’un de ces gestes barrière sensés nous protéger. Nous avons peur. Peur de nous dé-confiner !

Si nous faisons preuve de lucidité, nous observerons que l’extension sans limite du principe de précaution nous empêche de retrouver notre liberté. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les protocoles élaborés dans l’urgence pour retrouver le chemin de l’école ou du travail. Des règles parfois si éloignées du réel qu’elles rendent ce retour quasi-impossible. Le luxe de détails est tel que l’on s’interroge : avons-nous vraiment envie d’y remettre les pieds ou préférons-nous rester confinés au risque de périr d’asphyxie après l’effondrement de notre économie ? Il est vrai que le moindre manquement à l’un des principes ou à l’une des directives énoncés dans ces protocoles pourrait entraîner la mise en cause de la responsabilité de celui qui aurait été négligent, pour mise en danger de la vie d’autrui. On connaît la suite : droit de retrait des uns, poursuites, procès au pénal…

Serait-ce alors que nul ne souhaite prendre le moindre risque, assumer la moindre responsabilité ? Avons-nous oublié que nous sommes placés malgré nous et tous ensemble dans une situation qui, de mémoire d’homme, n’a pas de précédent ? Serait-ce qu’une fois de plus, collectivement, nous attendons tout de l’Etat y compris l’impossible promesse de protection absolue contre la mort ? Ce qui équivaut à le condamner à l’impuissance. Pas étonnant que nous vivions dans un pays paralysé par l’accumulation de textes et de normes qui constituent autant de handicaps dans un monde qui exige de l’agilité !

Ce faisant, nous ne parvenons pas à nous avouer que ce dont nous avons peur, c’est la vie qui nous attend. Cette vie qui nous conduit désormais à devoir vivre dans l’intranquillité. Cette vie dans laquelle nous devons affronter le risque. Hier c’était celui des attentats, face auxquels nous avons fait front commun. Aujourd’hui c’est celui d’une pandémie qui, sans doute, en annonce d’autres. Demain, ce sera celui des conséquences du réchauffement climatique…

Depuis des décennies, nos sociétés nous ont fait croire à l’illusion d’un progrès sans fin. Au point que nous ne parvenons pas à comprendre aujourd’hui l’incertitude dans laquelle se débattent les scientifiques. Elles ont mis la mort à l’écart au point que nous ne savons plus la regarder en face. Il aura suffi d’un virus importé de Chine pour que notre quiétude se fracasse contre le mur d’une réalité qui se rappelle à nous de la plus brutale des façons. Oui, la vie est à coup sûr une « maladie mortelle sexuellement transmissible ». Et nous la devons à nos parents et aux parents de nos parents. Et à chaque instant, nous courons le risque de la perdre. Ce qui lui donne toute sa saveur… L’avions-nous oublié ?

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Résurrection !

Nous traversons l’angoisse, la maladie, la mort de proches que nous n’aurons pas pu accompagner pour un dernier A Dieu. Nous connaissons le silence et la solitude, le vide des heures qui s’égrènent et les journées qui s’écoulent à rythme lent, le travail mis entre parenthèses au risque de faire sombrer nos entreprises, de perdre nos emplois. Nous connaissons l’attente d’un appel téléphonique d’enfants et de petits-enfants que nous ne pouvons voir ou seulement par écran interposé, d’un film ou d’une émission qui pourraient nous distraire. Et pendant ce temps, le flot des informations dresse le tragique bilan de la maladie ou fait écho à de vaines polémiques et nous semble incapable d’aborder d’autres sujets. Tout cela sans que nous puissions percevoir si le terme de ce confinement serait dans deux, quatre semaines ou davantage, ce qui ne fait que rajouter à notre désarroi…

Nous sommes confrontés au vide, celui de nos églises où se déroulent des célébrations sans assemblée de croyants, comme celui des rues de nos villes et de nos villages et nous voilà désemparés. Nous connaissons la sécheresse d’une traversée du désert et nous avons soif. Soif de retrouvailles avec ces autres qui nous agacent parfois mais dont nous découvrons aujourd’hui combien ils sont importants pour nous ; soif de marcher à pas lents dans la lumière du printemps qui nous réserve tant d’enchantements. Soif de la vraie rencontre.

Nous sommes confrontés au vide et nous avons peur. Peur de la maladie bien sûr, pour nos proches et pour nous-mêmes, pour tous les soignants qui sont en première ligne dans ce combat. Peur de cet enchaînement incompréhensible qui fait passer certains d’entre nous des premiers signes à la fièvre, de la fièvre au lit, du lit à l’hôpital, du service réanimation à l’annonce brutale et incompréhensible d’un décès. Mais nous avons aussi peur de ce temps suspendu que nous ne savons pas nécessairement bien emplir de nos vies. Peur de ce vide qui nous met face à nous-mêmes.

Pourtant, souvenons-nous ! Pour les chrétiens, tout a commencé avec le vide d’un tombeau. Et avant ce tombeau, la tragédie de la Passion, la trahison et l’abandon, la souffrance et la mort. S’il n’y avait eu la haine et la lâcheté, s’il n’y avait eu le sang versé, il n’y aurait pas eu ce tombeau vide. Ce n’est que parce qu’il y a eu ce vide que, soudain, nos vies se sont emplies d’une irrésistible espérance.

Alors, un jour viendra où nous connaîtrons enfin la joie de pouvoir sortir de nos foyers, de donner à nos aînés reclus dans un EHPAD la tendresse qui leur a tant manqué, de serrer nos proches dans nos bras, de flâner sans scrupule dans les rues de nos villes et de nos villages, de passer un moment avec des amis… Un jour viendra où nous repasserons la porte de nos églises, et nous aurons alors comme l’impression d’une résurrection !

Résurrection parce qu’enfin nous pourrons revivre, partager, célébrer. Résurrection parce qu’après une telle épreuve nous pourrons tirer les leçons du passé et tenter de bâtir un monde meilleur. Résurrection si nous savons remplacer la rentabilité à tout prix par la sobriété, le chacun pour soi par la fraternité…

Joyeuse fête de Pâques à tous !

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Liberté, Liberté chérie…

Liberté de circuler ? Aux oubliettes ! Liberté de se rassembler, de manifester ? Pas question ! Liberté de pratiquer sa religion ? N’y pensez pas ! Pas plus que d’aller faire du jogging ou de partir en vacances… En quelques semaines, quelques unes de nos libertés fondamentales ou plus élémentaires ont été balayées par la pandémie. Nous voilà assignés à résidence par le simple fait de mesures gouvernementales, sans même que nous ayons jugé utile d’en contester le bien-fondé. Et le plus surprenant n’est pas tant que ces libertés aient été réduites à néant, que notre acquiescement spontané et sans rébellion à ces mesures contraires à notre culture et à notre devise républicaines.

Seules nous restent la liberté de penser et la liberté d’expression. Ce qui explique sans doute d’ailleurs les propos en tous sens diffusés sans retenue sur les réseaux sociaux et sur les ondes. Et le besoin irrésistible de partager, sans distinction parfois, infos et intox, humour bienveillant et ironie méchante, bons sentiments et manifestations d’agressivité… Au surplus, la gravité de cette crise, son caractère sans précédent ouvrent des heures d’antenne à des « experts » et à des donneurs de leçons comme à tous ceux d’entre nous qui ressentent le besoin de faire part de leur quotidien, d’exprimer leurs états d’âme comme pour mieux évacuer l’angoisse qui les taraude. Mais, mise à part cette liberté de parole, c’est le mécanisme même de cette privation de liberté qui doit nous interroger.

Bien sûr, nous ne sommes pas dans ces pays qui subissent des dictatures et où le seul fait de contester une mesure gouvernementale peut mener à la case prison. Nous ne sommes pas non plus dans ces « démocraties illibérales » comme la Hongrie où le pouvoir se saisit de l’occasion pour fouler aux pieds les libertés fondamentales et renforcer l’arsenal répressif et liberticide qu’il ne cesse d’accroître depuis des mois. Nous sommes dans une démocratie digne de ce nom qui place le pouvoir exécutif sous le contrôle du Parlement et sous le regard des médias. Tout cela le contraint à une plus grande transparence. Même si cela révèle ses erreurs (et celles de ses prédécesseurs !), ses tâtonnements, les inévitables hésitations auxquelles le confronte une situation inédite ainsi que les cafouillages de nos administrations. Il n’empêche : que l’on ait confiance ou pas, nous avons perdu des libertés et nous l’avons accepté, quand nous ne l’avons pas nous-mêmes souhaité !..

Cet étrange renoncement au nom d’un impératif de préservation de la santé en dit long sur notre état d’esprit et sur nos priorités. Nous vivons une forme de désenchantement parce que nous avons été éduqués dans l’idée que rien n’arrêterait le progrès, et nous voilà face à son échec, incapable qu’il est de répondre à notre angoisse, incapable d’enrayer la maladie. Tout comme nous en découvrons d’ailleurs au fil des ans le caractère destructeur pour notre planète. Et du désenchantement à la soumission à des règles qui nous rassurent, il n’y a qu’un pas que nous avons bien vite franchi…

Ensuite, tout dans notre société nous conduit à mettre la mort à l’écart, à considérer que le droit à la santé, le prix que l’on accorde à la vie doivent primer sur tout le reste. Y compris sur la liberté. Et il est à cet égard singulier que des peuples généralement considérés comme indisciplinés (en Italie et en France…) se soient comme d’autres pliés à l’exigence du confinement sans regimber. Sans doute étions-nous préparés à un tel abandon après des vagues terroristes, après le déferlement de haine auquel ont donné lieu les récentes réformes comme les manifestations des « gilets jaunes », après des mois au cours desquels l’invective a remplacé le débat. Comme si la lassitude devant les menaces, les désordres et le tohu-bohu nous invitait à préférer renoncer à nos libertés. Sans doute aussi le fait que nous gardions encore malgré tout foi en l’Etat Providence contribue-t-il également à notre renoncement. Il reste que nous avons renoncé. Alors quelle leçon en tirer ?

Nous pourrons toujours nous enorgueillir du fait que globalement, nous aurons durant cette période fait passer l’intérêt collectif au dessus de nos désirs individuels. Nous pourrons aussi nous satisfaire de l’esprit de responsabilité que cela manifeste (à quelques exceptions près !..). Mais pourrons-nous le moment venu, retrouver la lucidité sur les raisons de notre consentement, sur les causes profondes de nos abandons ?

Non, ne croyons pas que les pays autoritaires soient plus efficaces contre la maladie que nos démocraties. Le déni des autorités chinoises au début de la pandémie en est la tragique illustration. L’intelligence collective est notre meilleure alliée face à la crise. Parce que nous sommes toujours plus intelligents à plusieurs que seul. Parce que l’innovation et la créativité au service de solutions sont aussi le fruit de confrontations d’idées. Parce qu’il n’y a pas d’intelligence collective sans liberté. Liberté de penser, liberté de s’exprimer, liberté de débattre. Liberté, liberté chérie !..

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir

J’écris ton nom

 Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté

Paul Eluard

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Le goût amer du 49-3

La réforme des retraites valait mieux que cette mascarade. Concertation désordonnée et sans résultat tangible ; confusion gouvernementale et maladresses à répétition au point de perdre l’appui des syndicats initialement favorables à la réforme ; projet si mal ficelé que le gouvernement affirme qu’il est encore à améliorer : l’exécutif avait décidément tendu des verges pour se faire battre. Il eût été mieux inspiré de remettre l’ouvrage sur le métier quand il en était encore temps !

Simultanément, nous avons vu le front uni de ceux qui ne veulent rien changer ; le conservatisme de certains syndicats et de corporations accrochées à leurs avantages et qui s’étaient préparés de longue date à l’épreuve de force ; l’obstruction de la part de ceux qui n’ont jamais accepté le verdict des urnes de mai 2017. Rien d’étonnant à ce que l’article 49-3 de la constitution soit mis en application.

Coup de force, affirment ceux qui n’ont rien trouvé de mieux pour exister que de jouer à « belle marquise, d’amour, vos beaux yeux, mourir me font… ». Car, à en juger par un grand nombre des 23000 amendements au projet de loi sur les retraites déposés par les députés de La France Insoumise, les amis de Jean-Luc Mélanchon se sont livrés à un exercice qui ressemble fort à la découverte de la prose par M. Jourdain. Lorsque celui-ci se perd dans des variations de style, il suscite le rire et se couvre de ridicule. Mais de cela, J-L. Mélanchon n’en a cure qui prétend jouer son rôle d’opposant en utilisant de cette manière toutes les recettes du « vieux monde ».

C’est son droit. Il reste que l’on peut s’interroger sur l’usage qui est ainsi fait du droit d’amendement des parlementaires. Car il n’est pas sûr que remplacer « chaque année » par « tous les ans » et inversement, améliore le texte. Tout comme l’on cherche vainement dans les amendements de La France Insoumise un projet alternatif. D’ailleurs, J-L. Mélanchon ne s’en est pas caché : après avoir annoncé qu’il ferait de l’obstruction, il s’en défend aujourd’hui tout en usant de tous les moyens dont il dispose pour s’opposer et retarder l’adoption de ce texte. Ce pourrait être de bonne guerre sauf que de tels amendements ne témoignent ni d’une réelle créativité (merci les logiciels de traitement de texte qui, sans grand effort, permettent de telles variations !), ni d’un sens aigu de la démocratie car cet exercice qui dévalue les amendements « sérieux » en les noyant parmi tant d’autres fantaisistes, ressemble fort à une caricature de régime parlementaire, à un dévoiement des institutions. Il faut donc rappeler que le leader de la France Insoumise, qui totalise plus d’une trentaine d’années de mandats parlementaires, milite pour une nouvelle constitution. Comment mieux espérer le provoquer qu’en effectuant un constant travail de sape des institutions ?

Dans un jeu politique tout en tensions, la provocation appelle la provocation. Naturellement, en réplique à l’obstruction, le gouvernement se trouvait acculé, comme poussé à la faute. Pour sortir de cette situation, il ne pouvait que recourir à l’arme du 49-3. Car après tout, nul ne peut le priver de l’usage des prérogatives que lui donne la Constitution. Et si des élus LREM quittent le navire, déçus qu’il n’ait été donné aucune chance au travail parlementaire, l’usage du 49-3 face à un blocage organisé ne peut être qualifié de « déni de démocratie ». N’en déplaise aux amnésiques comme François Hollande, qui le critique aujourd’hui alors qu’il était un zélé parlementaire socialiste lorsque Michel Rocard, Premier Ministre de François Mitterrand, y a recouru pas moins de 28 fois  (et qui oserait aujourd’hui qualifier Michel Rocard d’autocrate ?). Ou encore lorsqu’il a autorisé à six reprises Manuel Valls Premier Ministre à l’utiliser. Autant de cris d’orfraie qui cachent les reniements d’hier…

Il reste que cet épisode laissera un goût amer. L’intransigeance et la confusion gouvernementales ont tout à la fois suscité la colère des uns et l’inquiétude des autres, sans vraiment parvenir à convaincre des avancées de la réforme. Le mécontentement restera donc, annonciateur de grognes et de sanctions électorales à venir. Le nécessaire travail parlementaire qui aurait pu être fructueux a été gâché par l’épreuve de force engagée par quelques uns. Et les institutions en sortent affaiblies. Quel gâchis !..

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Bienvenue chez Big Brother !

Cela n’aurait du rester qu’un mauvais porno amateur sans intérêt. Mais il aura suffi d’un activiste russe à l’esprit un peu dérangé, et d’un député sans scrupule en rupture de parti pour que cette navrante vidéo soit vue des milliers de fois et entraine la chute d’un candidat à la Mairie de Paris.

A un mois du premier tour des élections municipales, l’impact est désastreux. Pas seulement pour le candidat, pas seulement pour son parti politique, mais aussi pour la démocratie puisque le débat électoral se trouve ainsi confisqué ! On aurait d’abord envie de crier « Assez ! » tant le sordide donne ici la nausée. Pour autant, dans ce naufrage, il ne faudrait pas inverser les rôles. Peu importe que l’image ainsi donnée de Benjamin Griveaux soit pathétique : il n’a aucunement violé la loi. D’autres, en revanche, l’ont fait délibérément : l’activiste russe Piotr Pavlenski* qui a ouvert le site sur lequel est diffusée la vidéo, le député Joachim Son – Forget** qui lui a donné l’impact que l’on connaît, et quelques autres.

On peut se lamenter sur le spectacle navrant d’une démocratie tombée si bas qu’elle en serait altérée par une affaire de drague malvenue. On peut encore s’insurger sur des méthodes qui ruinent le débat politique et condamner avec la plus extrême vigueur ceux qui les emploient. Il reste que cela nous interroge sur ce que devient notre société.

Il y a d’abord le couple infernal exhibitionnisme – voyeurisme car si un homme se filme dans une telle posture, ce qui est affligeant, il n’en reste pas moins que des dizaines de milliers d’internautes se sont précipités sur cette vidéo et l’ont abondamment relayée. Il y a ensuite l’étrange pudibonderie qui semble avoir saisi ceux qui se sont empressés de la regarder puis de la commenter dans un déchaînement d’invectives. En oubliant au passage qu’ils avaient à leur tour eux-mêmes violé la loi en relayant cette atteinte à la vie privée…

Cela doit nous inquiéter. Pas seulement parce que le spectacle que donne cette affaire sert les adversaires de la démocratie, mais aussi et surtout parce qu’en l’espèce, et une fois de plus, c’est le tribunal des réseaux sociaux qui dicte sa loi au mépris du droit. Certes, le candidat à la Mairie de Paris devait abandonner la bataille des municipales. S’il ne l’avait pas fait, il aurait dû affronter durant les cinq semaines à venir un harcèlement permanent (réunion publique, interview, visite sur un marché ou autre…) et des interpellations sur ce sujet pourrissant la campagne. Mais cela signifie donc qu’il était condamné… sans avoir aucunement violé la loi !

Cette affaire nous le rappelle : le numérique est un monde sans oubli. Tout ce qui a pu être enregistré, tout ce qui a pu un moment circuler sur le web – même entre « personnes adultes et consentantes » – peut être piraté, repris, réutilisé, exploité. Rarement pour le meilleur et plus sûrement pour le pire… Cela pose une tragique question : à tout péché miséricorde dit-on dans l’Eglise, et dans le monde judiciaire, une fois purgée sa peine le délinquant peut se réinsérer dans la société. Mais dans le monde des réseaux sociaux, pas de droit ni à la miséricorde ni à l’oubli, pas de distinction entre la loi et la bienséance. Et peu importe qu’il n’y ait pas de délit : la condamnation morale suffit qui emporte tout et n’a que faire du droit.

Au-delà, cette affaire qui surgit brutalement dans notre actualité ne doit pas nous faire oublier que cette pratique du « revenge porn » dont a été victime Benjamin Griveaux, est courante pour nombre d’adolescents parmi lesquels elle fait des ravages. Une pratique qui les soumet à la dictature d’un groupe au sein de leur lycée ou de leur quartier. Et qui les prépare à devenir à leur tour les censeurs et surtout les acteurs de l’humiliation des autres***.

Nous assistons à l’émergence d’une dictature d’un type nouveau. Celle d’une transparence pervertie où chacun devient le juge du comportement des autres, celle où la multitude des anonymes impose ses propres règles, ses jugements à l’emporte-pièce, sa vision de la bienséance ou de la morale, sa conception de l’ordre, son ironie, etc. Il suffit alors de quelques individus qui n’ont que faire du respect du droit et de la dignité humaine, qui font appel aux plus bas instincts et savent utiliser Internet, Facebook, Twitter ou Instagram pour qu’une société bascule. La haine et l’humiliation font le reste. S’agissant d’une personnalité publique, les médias sont alors condamnés à commenter une information qui leur échappe, tandis que les politiques restent les spectateurs navrés d’un tourbillon qui les emporte.

Cette dictature sert un ordre « moral » nouveau, paradoxe d’une société qui goûte aux délices de la transgression mais dans le même temps se livre à un puritanisme répressif. Une société où le porno est en libre accès, où l’on se récrierait si d’aventure un politique émettait l’idée de l’éradiquer, mais où les réseaux sociaux se chargent d’une mission de police de la morale privée en pratiquant l’anathème et le dénigrement.

Nous n’en sommes qu’aux débuts. Cela commence évidemment par le sexe, terrain de jeu privilégié des nouveaux pères la pudeur. Mais ce mouvement ne s’arrêtera pas en si bon chemin. D’autres domaines seront demain (sont déjà !…) l’objet des nouvelles censures : la religion, l’immigration, l’écologie… A chaque fois le processus est le même : humilier des femmes et des hommes, les discréditer pour rendre inaudibles leurs propos. Tel est l’avenir qui nous attend si nous ne faisons pas preuve de vigilance et de retenue. Bienvenue chez Big Brother !..

* Activiste russe, réfugié politique en France, à l’esprit un peu dérangé si l’on en juge par ses exhibitions « artistiques », et déjà condamné pour d’autres délits.

** Joachim Son – Forget, radiologue et spécialiste des neurosciences, député LREM des Français de l’étranger dans la circonscription regroupant les français de Suisse et du Lichtenstein depuis juin 2017. Il a quitté le parti créé par Emmanuel Macron en décembre 2018 après s’être illustré à maintes reprises par ses tweets provocateurs, ce qui a conduit le magazine « Le Point » à le qualifier de « roi des trolls ».

*** Rappelons que c’est une histoire d’humiliation sexiste qui est au début de l’aventure de Facebook puisque son créateur Mark Zuckerberg en a repris et développé l’idée après avoir piraté le site interne de l’université d’Harvard pour y publier des notes sur le physique des étudiantes…

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Ce que cache le blasphème…

Depuis le début de ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Mila », du nom de cette jeune fille harcelée pour ses propos hostiles à l’Islam, nous voilà contraints de nous prononcer pour ou contre le droit au blasphème. Or, cette question en cache une autre autrement plus complexe.

Commençons par résoudre la question du blasphème. Oui, nous avons entendu sur les ondes, nous avons lu sur les réseaux sociaux, toutes sortes d’affirmations et d’injonctions. Etrangement, une part de la gauche, depuis des associations LGBT jusqu’à Ségolène Royal, semble sinon aux abonnés absents, du moins dans l’embarras, dès lors qu’il faut réaffirmer que le droit de critiquer les religions – jusqu’au blasphème – fait partie de notre liberté d’expression. Rappelons donc que ce n’est pas négociable. Quoi qu’il en coûte aux croyants qui peuvent se sentir blessés par telle ou telle attaque, tel ou tel propos, telle ou telle caricature* (et j’en suis !..), nous devons rester intraitables sur cette question. Car, si nous cédons sur ce point, nous donnerons alors raison aux assassins de « Charlie Hebdo » et à ceux qui leur trouvaient des excuses…

Mais ne regarder l’affaire Mila que sous l’angle de la laïcité donne lieu à une vision tronquée de la réalité. Il faut en effet rappeler que cette lycéenne, qui s’est déclarée lesbienne, fait l’objet d’un rejet violent pour avoir affiché ses préférences. Sa sortie particulièrement insultante à l’égard de l’Islam n’est ainsi pas le point de départ de la polémique, contrairement à ce que l’on croit souvent, mais sa réponse au harcèlement dont elle faisait l’objet. Un harcèlement qui vise ses choix de vie, sa sexualité, la liberté d’une femme de s’affranchir de la tutelle masculine…

Les couacs gouvernementaux à ce sujet** tout comme les réactions à géométrie variable et la confusion d’une part de la classe politique, singulièrement à gauche, et la polémique qui s’en est suivie ne sont peut être que les dommages collatéraux de cet enchaînement de faits mal compris. Et aussi une bonne manière de faire diversion car, en focalisant notre attention sur la laïcité, ce sont les autres questions qui passent au second plan.

La situation de la jeune Mila n’est, rappelons-le, pas isolée. Certes, elle a pris une dimension emblématique en raison des excès de langage de cette jeune fille comme des menaces qui pèsent sur elle et de l’emballement des réseaux sociaux. Mais reconnaissons que dans certains quartiers, il faut une bonne dose de courage à des jeunes femmes pour s’affranchir des pesanteurs de leur milieu, pour refuser de porter le voile, pour assumer leur sexualité en toute liberté, pour ne pas se soumettre au diktat des hommes. Bref, pour disposer de tous leurs droits.

Mais de cette réalité là, il est plus difficile de parler que du seul droit au blasphème ! Cela signifierait qu’il faut reconnaître l’abandon de ces quartiers aux mains des Frères Musulmans et de ceux qui se rapprochent de leur mouvance. Cela signifierait reconnaître que pour de sordides raisons électorales souvent, par faiblesse et lâcheté parfois, il a été préféré ne pas affronter ceux qui, par exemple, contestaient certains enseignements en confondant croyances et savoir, refusaient la mixité et réclamaient des horaires séparés pour les femmes et pour les hommes à la piscine, etc.

D’accommodements en accommodements, au fil du temps, certains musulmans ont ainsi cru qu’ils pourraient s’affranchir des lois de la République. Ils l’ont fait d’autant plus aisément que régulièrement, par respect des cultures d’origine, par refus de stigmatiser une population, notamment des enfants en milieu scolaire, des élus et des responsables administratifs ont cédé face à leurs exigences. Sans jamais se poser la question des points de non-retour auxquels menait cette politique. Au point de menacer à terme l’édifice républicain.

Aujourd’hui, de récents rapports confidentiels remis au Ministre de l’Intérieur évoquent le nombre élevé de ces quartiers où il ne serait plus possible de faire respecter notre droit. Et ce ne sont sans doute pas les renforts de police dans la cinquantaine de « quartiers de reconquête républicaine » identifiés officiellement par le Ministère de l’Intérieur en 2018 et 2019 qui règleront la question : le mal est plus profond. Il ne s’agit en effet pas seulement de police, mais d’un ensemble de règles communes, et de la conception que l’on se fait de la liberté et des droits des femmes en particulier. Face à ce défi, nous ne pourrons plus nous contenter de vagues discours sur l’intégration. Ce sont les questions des modèles familiaux et du rapport entre les sexes, du déracinement, de la compatibilité entre cultures, du partage de règles communes, etc. qui sont posées.

Et tant qu’elles ne seront pas affrontées, il y aura encore bien d’autres Mila. Visibles ou, pire encore, cachées et affrontant seules la haine et la violence.

* En finançant la radio de service public pour ne citer qu’elle, chacun de nous contribue à payer grassement ceux qui se servent de leur talent d’amuseur (parfois médiocre) pour insulter régulièrement les chrétiens faute d’oser s’en prendre à d’autres religions. Mais puisque le talent leur fait souvent défaut, ne leur demandons pas, en plus, d’avoir du courage !…

** Rappelons qu’avant de reconnaître une «erreur », la Ministre de la Justice avait, dans un premier temps, inversé les rôles en estimant qu’insulter une religion était « une atteinte à la liberté de conscience ». Ce qui assimilait la jeune Mila à une délinquante et semblait légitimer les excès de ses agresseurs.

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Good bye Britannia !

Ils ont vu disparaître leurs industries. Ils ont observé l’abandon de leurs territoires par les services publics. Ils ont peur de l’Europe et de la mondialisation dans lesquels ils ne voient que menaces pour leurs emplois, et leur protection sociale. Ils ont la nostalgie d’une grandeur passée. Ils n’aiment pas les étrangers. Ils en ont tiré une conclusion : ils nous quittent.

Les britanniques ont donné carte blanche à Boris Johnson pour mener à bien le Brexit. Lassés par l’incapacité de leur classe dirigeante à s’entendre, ils ont remis leur sort entre les mains d’un homme qui leur a menti à maintes reprises et, tout en leur faisant miroiter un avenir meilleur, s’est bien gardé d’en définir les grandes lignes. Ils ont donc préféré l’aventure à l’Europe, l’incertitude à la difficile cohabitation avec les autres nations qui forment l’Union Européenne.

Mais si le Brexit peut avoir des répercussions de ce côté-ci de la Manche pour nos entreprises, il nous tend, à nous français, un miroir dans lequel nous pouvons voir le visage déformé de notre propre pays. En effet, les maux évoqués au tout début de ce propos qui sont autant de causes des choix des électeurs britanniques ne nous sont pas étrangers. Ils font des ravages sur notre propre sol et dans l’esprit de nombre de nos concitoyens. Sans doute les britanniques n’ont-ils pas connu récemment d’émeutes à répétition comme celles des « gilets jaunes », ou de grandes grèves paralysant une part de l’activité économique du pays. Il n’en reste pas moins que, chez nous comme chez eux, une partie de la population a fait sécession. Elle s’est séparée de ses élites, les catégories populaires ne se reconnaissant plus dans ses dirigeants économiques et politiques, les journalistes et les intellectuels…

Chez nous, la rupture prend parfois des allures de « grand soir » car certains n’aiment rien tant que de se donner des frissons révolutionnaires (l’image de la tête d’Emmanuel Macron plantée au bout de piques lors de manifestations en est une navrante illustration !). Il reste que la fracture semble bien consommée et que l’on peine à renouer les fils du dialogue. Car pour dialoguer, il faut être deux et accepter de prendre le temps d’écouter ce qu’ont à dire ceux qui pensent différemment.

Le spectre de l’élection présidentielle de 2022 qui se profile à l’horizon n’arrange rien. Il y a les tenants du pouvoir, pressés d’achever leur programme au risque de ne pas tenir compte des réserves que telle ou telle réforme peut susciter. En face, il y a ceux qui feront tout pour l’abattre. Ceux-là sont sans scrupule à l’égard des moyens employés, répandant quotidiennement la haine dont se repaissent les réseaux sociaux. Et entre les deux, nombre de nos concitoyens sont désorientés, perplexes face aux choix du gouvernement, hostiles aux manifestations de violence tout en restant plutôt bienveillants à l’égard de ceux qui défendent leurs propres intérêts. Sans doute parce qu’ils ressentent confusément que, derrière tout cela, se joue l’avenir d’un édifice social qui nous protège tant bien que mal.

Cela nous invite à saisir toutes les occasions qui se présentent pour faciliter le dialogue et contribuer à abaisser les tensions. La perspective des élections municipales en est une qui doit nous permettre de revivifier notre démocratie locale : aux citoyens de participer davantage aux décisions qui les concernent ; aux élus d’assumer leurs responsabilités sans jamais perdre le contact avec leurs administrés ; aux représentants des administrations enfin de se mettre vraiment à l’écoute des uns et des autres. Tout cela pour ramener un peu du respect et de la bienveillance dont notre débat public a tant besoin. Faute de quoi, nous serons à terme condamnés, comme les britanniques, à des aventures incertaines. Au risque de confier notre sort à des dirigeants sans scrupule…

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« La Guerre des métaux rares »

A quoi nous mène la transition écologique ? Si nous n’y prenons pas garde, ce sont une catastrophe écologique et un bouleversement des rapports de force planétaires qui nous attendent. En réalité, nous y sommes déjà, faute d’avoir plus tôt pris conscience de nos besoins en métaux rares, ces métaux qui sont indispensables aux composants électroniques sans lesquels nombre de nos équipements les plus sophistiqués ne peuvent fonctionner ! Journaliste, Guillaume Pitron a enquêté et les faits sont là : nous avons délocalisé la pollution tout en perdant des emplois et du savoir faire. Et de surcroît, tout cela a contribué à maintenir les occidentaux dans l’ignorance des véritables coûts écologiques de nos modes de vie. Sans doute faudra-t-il, pour le reconnaître et changer de stratégie, une remise en cause profonde des dogmes sur lesquels prospère aujourd’hui l’écologie politique. C’est le mérite de cette enquête de nous y inviter. C’est le cri d’alarme salutaire que nous adresse ce livre.

A retrouver dans notre rubrique Notes de lecture

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Grèves, manifs, pourquoi ça ne va pas s’arrêter…

Il y a eu les « gilets jaunes », il y a le conflit durable dans les hôpitaux, la grogne dans l’enseignement, la grève dans les transports, chez les dockers ou dans les raffineries, les coupures d’électricité à EDF, les opérations violentes menées par la CGT contre le siège de la CFDT, etc. Autant de manifestations de mauvaise humeur qui ont toutes pour origine des différents comptables : fiscalité et pouvoir d’achat, réduction de moyens et compression de postes, rémunérations et montant des pensions… Omniprésents, les chiffres disent le prix à payer par l’Etat (donc par les contribuables) pour la santé, le maillage territorial des services publics, le statut des agents ou encore le terme de la vie professionnelle réservé aux salariés. Un terme plus ou moins proche, selon que l’on relève ou non d’un statut protégé…

Mais au-delà des querelles de chiffres, ces manifestations de mécontentement social, dont l’ampleur et la durée étonnent nos voisins européens, prennent avec le temps deux autres dimensions.

La première réside dans la désagrégation progressive d’une société qui ne parvient plus à établir un dialogue constructif avec ceux qu’elle a élus pour gouverner. Déconnectés de la réalité quotidienne de nos concitoyens, nos gouvernants semblent enfermés dans une logique comptable et sourds aux appels de détresse comme aux manifestations de mauvaise humeur. Comme en réponse à cette surdité, on assiste à une multitude de réactions catégorielles qui ne parviennent jamais à faire un front du refus. Elles offrent, au contraire, le spectacle d’une atomisation des attentes dans laquelle chacune des catégories concernées reste sourde à celles des autres. Bref, c’est le temps d’un pouvoir sûr d’avoir raison et, face à lui, celui du chacun pour soi. Parfois jusqu’à la haine. Comment, dès lors, espérer renouer les fils du dialogue ? Comment espérer vivre durablement ensemble ?

La seconde dimension rarement évoquée est institutionnelle. Elle tient à la durée des mandats et à notre calendrier électoral. La réduction à 5 ans du mandat du Président de la République et l’inversion du calendrier électoral qui a fait passer les élections législatives après la présidentielle (pour éviter les risques de cohabitation entre un Président et une majorité parlementaire d’opposition), ont un double effet. D’une part, le Président ne dispose que de cinq ans (quatre vraiment utiles) pour appliquer le programme sur lequel il est élu. D’autre part, ce temps très court au regard des lenteurs législatives et administratives aboutit à ce que l’on pourrait appeler une « gestion panique » de la réforme. Celle-ci se caractérise par la précipitation, l’incapacité à établir un véritable dialogue social, et l’absence de pédagogie. Tout cela suscite suspicion et crispations et aboutit à une impasse.

Or, l’impasse conduit inévitablement ceux qui y entrent à devenir des « despérados ». Bref, des « gilets jaunes » aux futurs retraités de la SNCF ou de la RATP, des directeurs d’école et instituteurs aux infirmières des hôpitaux, s’installe peu à peu l’impression que tout rapport de forces est condamné à une impossible traduction politique, c’est à dire à obtenir, par des compromis, des amendements aux projets gouvernementaux. Car la majorité parlementaire, soumise aux désirs du Président de la République, n’offre quasiment aucune perspective de modification substantielle des textes soumis au Parlement. Sans perspective politique, ces mouvements sont condamnés à se durcir, à se radicaliser parfois, et à durer.

Derrière ces crises sociales sans issue, se profile donc une crise institutionnelle qui remet profondément en cause notre pratique démocratique et nos institutions de la Vème République. Pas étonnant dès lors que certains réclament une démocratie directe et que d’autres ne trouvent d’issue que dans la violence. Sans réponse institutionnelle sérieuse nous risquons, à terme, de voir d’autres forces moins scrupuleuses faire main basse sur notre démocratie…

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