L’Etat « fort » de Marine Le Pen décrypté

L’Etat fort que nous propose Marine Le Pen n’est pas celui dont nous avons besoin. Seulement une illusion qui nous conduit à la ruine. L’article de Jérôme Perrier sur le site Telos en fait une brillante démonstration. A lire !

http://www.telos-eu.com/fr/vie-politique/marine-le-pen-ou-le-mythe-de-letat-fort.html

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Pas le droit à l’erreur…

Il est bien parti ! Inconnu voilà cinq ans, jamais élu parce que jamais candidat à quelque mandat que ce soit, Emmanuel Macron a réussi sa première confrontation avec le suffrage universel. Celui qui avait été le rapporteur de la « Commission Attali » mise en place voici près de dix ans par Nicolas Sarkozy pour « libérer la croissance », celui qui conçu la loi controversée qui porte son nom, pourrait bien l’emporter au soir du 7 mai et devenir, à 39 ans, le plus jeune Président de la République de notre histoire.

Pour y parvenir, encore faudra-t-il qu’il évite les erreurs dans les deux semaines qui lui restent à parcourir. Eviter les images qui, comme celles de la soirée de dimanche, pourraient donner l’impression qu’il anticipe une victoire pas encore acquise. Ne pas confondre insouciance et optimisme de la volonté. Eviter les faux pas dans le débat qui l’opposera à Marine Le Pen, laquelle voudra l’enfermer dans un rôle de champion d’une mondialisation heureuse, tandis qu’elle endosserait le costume de défenseure des oubliés. Ne pas oublier le désarroi de près de 50% des électeurs qui ont, à la fois, rejeté les partis de gouvernement, et exprimé colère et inquiétude…

Et après ? Après, il lui restera à disposer d’une majorité parlementaire. Ce n’est pas gagné d’avance, sauf si l’on considère que le PS voudra s’y rallier pour faire oublier sa faillite, ce qui serait un piège mortel pour Emmanuel Macron. Il lui faudra sortir de concepts marketing pour donner corps à son projet, et adopter une méthode de gouvernement qui permette de dépasser vraiment les oppositions stériles dont les Français ne veulent plus. Il lui faudra réformer sans être prisonnier d’intérêts catégoriels ou victime de frondeurs qui, en agitant la rue, le condamneraient à la procrastination et à l’immobilisme. Il lui faudra aussi savoir écouter ceux qui n’auront pas voté pour lui. Surtout, il lui faudra réussir là où ses prédécesseurs ont échoué…

En attendant, il nous reste à faire le pari de la raison à défaut d’être pleinement convaincus. Il nous faut savoir dépasser les caricatures instrumentalisées au cours de la campagne pour choisir l’avenir. Il nous faut cesser d’imaginer que les perdants auraient été nécessairement victimes de complots alors qu’ils ont perdu d’abord en raison de leur propre aveuglement. Il nous faut cesser de tergiverser en estimant que ce serait bonnet blanc et blanc bonnet car son mouvement créé voici quelques mois pour refonder notre vie démocratique n’a rien de commun avec un parti totalitaire bâti sur la haine qui n’hésite ni devant l’exclusion, ni devant la violence.

Dans les urnes, se jouera à la fois l’avenir de notre démocratie, la cohésion de notre société, le rôle de notre pays et l’avenir de l’Europe. Alors, oui, Emmanuel Macron n’a pas le droit à l’erreur. En attendant, nous non plus !

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Il est grand temps de se réveiller !

Attendions-nous de cette campagne électorale qu’elle nous donne quelques clés pour surmonter la crise qui frappe notre économie, remet en cause notre modèle social et menace la cohésion de notre société autant que les valeurs qui la fondent ? Sans doute ! Comme nous attendions-nous qu’elle redonne de l’espoir à ceux qui désespèrent des échecs successifs des politiques suivies depuis des années ou qu’elle nous donne l’opportunité de revivifier notre démocratie.

Hélas, force est de reconnaître que les doutes sur l’intégrité des uns, les questions esquivées par les autres, les aveuglements sur la réalité des projets et des programmes ont escamoté les débats et, pour finir, créé un vide. Saisis de vertige, les médias sont désormais fascinés par l’incertitude et, plus encore, par les surprises qu’elle réserve ou les dangers qu’elle comporte sans en prendre la réelle mesure.

Certains de nos concitoyens, en attente de solutions n’ayant pas encore été essayées croient découvrir dans les promesses de la candidate d’un parti extrémiste les remèdes à tous leurs maux. D’autres, en quête d’un souffle nouveau, ont cru le trouver dans le lyrisme d’un homme qui leur donne l’illusion de faire vibrer l’avenir.

Pourtant, l’une et l’autre ne sont que deux visages différents d’une même illusion, d’une même nostalgie et d’un même danger. Illusion car tous deux prétendent qu’il suffirait de se replier à l’intérieur de nos frontières, de rompre avec l’Europe pour résoudre tous nos problèmes. Illusion car tous deux promettent d’accroître les dépenses publiques de 100 ou 200 milliards d’Euros, n’hésitant pas à multiplier par deux ou davantage la dette de notre pays, comme si distribuer l’argent que l’on n’a pas et accroître la pression fiscale de manière drastique suffirait pour donner du travail à tous les chômeurs et du pouvoir d’achat à ceux qui ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Marchands d’illusions, ils ne conduiraient qu’à la ruine.

Tous deux sont nostalgiques d’une France qui n’a jamais existé que dans leurs rêves. Une France qui serait pure parce que débarrassée de ses étrangers, une France vivant en autarcie, une France où l’Etat serait l’unique ordonnateur de notre économie, de notre bien–être, de nos besoins et, pourquoi pas, de nos pensées…

Tous deux représentent un réel danger. Danger parce que l’un et l’autre ont, au cours de cette campagne, semé la haine. Haine des patrons, des riches et des puissants, haine des élites et des médias, haine de la démocratie représentative, haine de ceux qui ont l’Europe et le monde pour horizon, haine de l’immigré et du musulman, haine de l’autre et de celui qui pense différemment… Danger parce que, malgré ses tentatives de dédiabolisation l’une s’appuie sur un parti totalitaire qu’elle a hérité de son père et qui ne voit autour de lui que des ennemis. Danger parce que l’autre camouffle son sectarisme et l’absurdité de son programme derrière sa culture et son talent de tribun. Peut-on vraiment accorder notre confiance à homme qui préfère Chavez et Castro à des démocrates comme Angela Merkel ?..

L’une et l’autre puisent leurs références dans des idéologies mortifères. Alors, peu importe qu’un zeste de high tech et l’intervention d’un bataillon de geeks sur les réseaux sociaux leur donnent les apparences de la modernité : il n’est plus temps de se laisser griser par les délires de l’une ou de l’autre, de se laisser emporter par le désir d’un grand chambardement ou les frissons d’un grand soir !

Oui, cette campagne donne l’étrange impression d’être passée à côté de ses enjeux. Oui, le choix qui nous est proposé n’est pas satisfaisant. Oui, les autres principaux candidats ne parviennent pas totalement à nous convaincre qu’ils parviendraient à mettre un terme à la crise que nous traversons. Mais cessons de croire que l’Europe ou les étrangers seraient les seules causes de nos malheurs. Cessons de croire qu’abattre le système améliorerait le sort de chacun sans, dans le même temps, détruire des pans entiers de notre économie, ruiner notre système de protection sociale, susciter des troubles graves dont les plus fragiles, les plus pauvres seraient les premières victimes.

Il y a mieux à faire que de choisir entre la peste brune et le rouge choléra ! Les semeurs d’illusions ne récolteraient que la déception, la ruine et la misère, la discorde et la violence. Il est temps de revenir à la raison. Il est grand temps de se réveiller !

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Mais de quelle fraîcheur parle-t-on ?

Si l’on en croit nombre d’éditorialistes et commentateurs après le débat organisé entre les onze candidats à l’élection présidentielle, on pouvait se réjouir car la présence des « petits » candidats avait apporté de la « fraîcheur » à ce débat ! Comme si, enfin, un vent frais soufflait sur la campagne… Outre que l’on peut s’étonner de la condescendance qu’exprime cette expression, on peut aussi s’interroger sur la réalité de cette « fraîcheur ».

Fraîcheur, l’exaltation des « luttes » Par Nathalie Arthaud ou Philippe Poutou ? Fraîcheur, cette manière de mettre dans le même sac les patrons et les riches comme si tous étaient d’abominables exploiteurs et des fraudeurs du fisc ? Fraîcheur cette dénonciation de l’Europe accusée des pires maux ? Fraîcheur, les discours qui proclament « demain on rase gratis » ? Allons donc ! Décidément, il n’y a aucune fraîcheur là-dedans. Juste la simplification à outrance, la constante recherche de boucs émissaires, la stigmatisation d’adversaires caricaturés, l’expression d’une haine qui ne se cache plus, la démagogie à tout va, l’incapacité à se défaire d’une idéologie passéiste et liberticide…

Si la « fraîcheur » se résume au coup de colère d’un Philippe Poutou accusateur d’autres candidats qu’il considère corrompus, cela signifie que les commentateurs s’intéressent davantage aux postures qu’au débat sur l’avenir de notre pays. Si apporter de la « fraîcheur » dans le débat politique, c’est promettre tout et n’importe quoi en sachant que c’est impossible, alors c’est juste un mensonge. Si faire preuve de « fraîcheur », c’est se montrer résolument anti-libéral, alors inquiétons-nous quant à l’idée que nos éditorialistes se font d’une Liberté qui serait, dès lors, à géométrie variable.

Etrange pays que le nôtre qui donne tous les cinq ans à des représentants de formations politiques, un temps de parole inversement proportionnel à leur nombre d’adhérents *, comme s’il fallait pendant quelques semaines se donner l’illusion d’un renouvellement du débat ! Etrange pays que celui où le mot de Liberté est le premier de notre devise républicaine et où, dans le même temps, on réclame partout l’intervention de l’Etat ! Un Etat qui, à vouloir tout faire, tout maîtriser, ne cesse de manquer à ses missions essentielles, comme il ne cesse de vouloir restreindre des libertés en imposant des normes et des contraintes qui étouffent l’économie, l’agriculture, la vie des collectivités, l’initiative…

Il est vrai que dans ce pays, il est de bon ton de réclamer des droits et, simultanément, de fustiger ceux qui entendent y associer les mots devoir ou responsabilité. Il est vrai que l’on s’y réjouit de la diminution du nombre de foyers imposables sans penser que l’impôt c’est aussi la contribution de chacun aux services procurés par la collectivité. Il est vrai que l’on n’y tolère la réussite que pour, aussitôt, dénoncer la richesse qu’elle crée.

Non, la « fraîcheur », ce n’est pas ce qui donne à bon compte les frissons que suscitent les rêves d’un grand soir révolutionnaire ! Non, la « fraîcheur », ce n’est pas ce qui nous invite à replonger dans des idéologies qui conduisent à l’affrontement et à la ruine ! Désolé : cette « fraîcheur »-là a des relents nauséabonds ! Pourquoi faudrait-il s’en réjouir ?

* Doit-on rappeler que le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) de Philippe Poutou ne revendique pas plus de 2000 adhérents tandis que Lutte Ouvrière à laquelle appartient Nathalie Arthaud ne peut se prévaloir que de 6 à 8 000 adhérents au plus ?

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De quoi avons nous peur ?

Il y a des sondages qui passent inaperçus parce qu’en cette période électorale, ils ne sont pas de ceux qui évaluent les chances des candidats. Pourtant ils nous révèlent une face cachée de ce que nous sommes, de ce que nous pensons et méritent que l’on s’y arrête. Celui qui a été réalisé par l’institut Harris Interactive* au sujet de la question des réfugiés à l’occasion du 25ème anniversaire du Secours Islamique en est une bonne illustration.

Que nous dit-il ? Que nous sommes réticents à l’accueil de réfugiés : ce n’est pas nouveau, bien que notre pays en ait accueilli fort peu par rapport à certains de nos voisins et, en tout cas, bien moins que ce à quoi nous nous étions engagés ! Que nous pensons que l’accueil des réfugiés relève d’abord des Etats et des gouvernements et en second lieu des grandes associations humanitaires : en d’autres termes, que ce n’est pas notre affaire… Que nos voisins italiens et allemands estiment qu’ils ont déjà été suffisamment accueillants : ils ont déjà très largement pris leur part. Que les Britanniques qui sont les moins nombreux à estimer que cela relève de l’Etat sont aussi les plus nombreux à penser que chaque citoyen est redevable de cet accueil, contrairement à nous…

Ces quelques constats confirment l’impression d’une France qui, comparée à ses voisins, se replie sur elle-même, de Français qui préfèrent éluder le sujet, en faire porter le poids sur un Etat providentiel qui leur éviterait de se sentir atteints par cette crise …

Mais ce sondage nous révèle une autre vision de nous mêmes, plus préoccupante. En effet, à la question portant sur le risque de conflit grave qui nous imposerait de devoir quitter notre pays, 43% des Français estiment que ce risque est aujourd’hui important. Un peu plus de quatre Français sur dix considèrent donc que notre pays est sérieusement menacé de troubles de grande ampleur qui pourraient les conduire à prendre le chemin de l’exil !

Sommes-nous à ce point traumatisés par les attentats qui ont frappé notre pays ? Avons-nous une sensibilité à fleur de peau qui nous donnerait l’impression que nous, Français, sommes, plus que d’autres, directement menacés par les crises que connaissent d’autres régions du monde ? Serait-ce enfin que les tensions qui agitent la société française sont telles que nous serions nombreux à considérer qu’il nous faudrait quitter notre pays pour nous mettre à l’abri de troubles graves?

On peut toujours s’insurger contre cette fâcheuse tendance à l’auto – flagellation, à l’impression que rien ne va plus dans notre pays et que celui-ci ne peut que connaître le pire. Après tout, ceux qui ont trouvé refuge sur notre sol y connaissent une société en paix et somme toute relativement riche. Serions-nous donc incapables d’apprécier la chance qui est la nôtre ?

Ce sentiment d’insécurité fait aussi écho à l’étrange situation de notre pays dans cette période électorale. Nous avons conscience d’assister à la fin d’une époque, à l’écroulement d’un système et nous pressentons que cela ne se fera pas sans dégâts. Nous pressentons que notre pays est si affaibli qu’il ne peut plus ni tenir la place qui était la sienne dans le monde, ni même faire face seul aux menaces qui surgissent de toutes parts. Nous savons que notre grille de compréhension des rapports géopolitiques est sans doute obsolète, mais n’en avons pas trouvé d’autre. Nous voyons bien que l’économie connaît des mutations qui nous inquiètent et que les technologies changent notre rapport au travail mais aussi et surtout notre rapport aux autres. Nous savons que notre modèle de protection sociale est fragile…

Ce que ce sondage nous indique, c’est que nous avons peur ! Peur de l’avenir. Peur du monde qui nous entoure. Une peur d’autant plus vive que nous n’avons plus confiance dans les responsables qui prétendent diriger notre pays. Une peur qui se nourrit de notre désarroi et, surtout de notre absence de confiance en nous mêmes. Et si l’enjeu des prochaines échéances électorales était avant tout celui-là : nous redonner confiance en nous mêmes ?…

* Enquête réalisée dans cinq pays impactés par l’arrivée de réfugiés : France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne et Canada.

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Du bon usage de la traîtrise en politique…

Traître ! Le mot est fort. Et l’opprobre qui en résulte disqualifie durablement celui – ou celle – qui se voit accoler une telle étiquette. L’histoire politique est riche de ces figures honnies qui en poursuivant leur chemin ont trahi la confiance des leurs, affaibli la cause à laquelle ils semblaient attachés pour rejoindre le camp adverse. Et la campagne à laquelle nous assistons n’échappe pas à la règle. Et pourtant…

Pourtant, parler de traîtrise nous renvoie à l’idée même que l’on se fait de l’engagement en politique. En effet, n’est un traître que celui qui s’affranchit d’un pacte que l’on considérait comme définitif. Comme si l’adhésion à un parti était une manière de se lier les mains sans possibilité de retrouver sa liberté. Celui qui abandonne son camp apparaît le plus souvent comme prêt à se renier pour voler au secours de la victoire et obtenir les faveurs du vainqueur. Mais si la politique est d’abord affaire de convictions avant d’être une affaire d’appartenance, on peut tout aussi bien considérer que le « traître » est celui qui pose un acte de liberté en faisant un pas de côté, et en trouvant ailleurs que dans son propre parti, une plus grande opportunité de défendre ses idées.

Au surplus, nombreux sont ceux qui aujourd’hui quittent leur camp, soit parce qu’ils estiment que leur candidat ne porte pas -ou plus- les valeurs qui sont les leurs, soit parce qu’ils ont acquis la conviction que leur parti a lui même trahi les idées sur lesquelles il était fondé.

L’histoire de la traîtrise en politique nous montre également que les époques -ou les tentatives- de recomposition politique sont particulièrement propices à des abandons et des ralliements spectaculaires. En 1974, Jacques Chirac avait abandonné le candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas pour soutenir un Valéry Giscard d’Estaing qu’il devait ensuite combattre dès 1976. Eric Besson, en 2007, abandonnait le PS pour soutenir Nicolas Sarkozy. Et François Bayrou, en 2012, ne pouvait se résigner à voter pour le Président sortant. Cette fois, ce sont à droite comme à gauche les rapprochements avec Emmanuel Macron qui semblent autant de trahisons.

En 1974, l’affaiblissement de la famille gaulliste issue de la Résistance et l’émergence d’une droite en apparence plus moderne conduisit certains gaullistes à choisir le camp de la modernité (tout en s’illusionnant sur l’influence qu’ils pourraient y avoir). En 2007, Nicolas Sarkozy avait tenté une ouverture destinée à « faire bouger les lignes » avant que sa propre conception du pouvoir ne le conduise à une dérive droitière. Cette fois, ce sont autant l’éclatement de la gauche, l’affaiblissement du candidat de la droite classique et la menace de l’extrême droite qui poussent à la recomposition. Dans cette logique, les clivages anciens sont perturbés. Au « ni de droite ni de gauche », se substitue un « et de droite et de gauche » propice aux ralliements car plus inclusif qu’excluant.

Ne soyons pas naïfs ! La traîtrise en politique est aussi affaire d’intérêts sordides, d’ambitions personnelles et de combinaisons machiavéliques. Mais la réduire à cela, c’est oublier qu’en démocratie, la conquête du pouvoir passe par une tentative de rassemblement le plus large possible d’électrices et d’électeurs sur lesquels asseoir une légitimité. Elle implique donc la recherche de soutiens les plus divers. N’en déplaise à ceux qui, soudain, se sentent abandonnés… Et condamnés à l’échec.

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L’urgence et l’impatience…

Etaient-ils naïfs au point de croire qu’ils pourraient incarner le renouveau démocratique ? Se sont-ils bercés d’illusion parce qu’ils avaient la certitude d’avoir parfaitement mesuré l’espoir de changement qu’exprime notre pays ? Malgré la cohorte de ses « Faizeux », malgré les dizaines de milliers de personnes qui ont voté sur internet, ni Alexandre Jardin, ni Charlotte Marchandise la candidate sélectionnée dans le cadre de LaPrimaire.org, n’ont obtenu le nombre nécessaire de parrainages pour se présenter aux suffrages des Français. Serait-ce donc que le « système » a encore de beaux jours devant lui ?

Force est de le reconnaître, à l’exception d’un parfait inconnu (F. Asselineau), ceux qui se retrouvent sur la ligne de départ font peu ou prou partie du sérail, pour avoir déjà été candidats. On observera ainsi que l’extrême gauche est bien représentée. Toujours prompte à nous expliquer comment il faut abattre le système, jamais capable de se mettre d’accord, elle dispose cependant d’une opportunité de faire entendre sa voix inversement proportionnelle à ses scores électoraux passés. Avec elle, tout se passe comme si elle n’avait d’autre raison d’être que de faire un tour de piste tous les cinq ans pour profiter d’un temps d’antenne que lui octroient ainsi généreusement les élus qui la parrainent.

Si l’on peut s’interroger sur cette étrange survivance de l’ultra-gauche dans notre paysage électoral, on peut tout autant s’étonner que, dans la crise de la représentation politique que nous traversons, aucun des mouvements citoyens qui ont émergé ces cinq dernières années, n’aient pu obtenir la consécration d’une candidature. Est-ce, comme l’affirme Alexandre Jardin, l’effet de menaces de représailles proférées par des parlementaires auprès de maires ruraux ? Est-ce une conséquence des pesanteurs de notre système qui inciterait davantage les élus locaux à parrainer ceux qui en font déjà partie, dont l’extrême gauche ? Ou serait-ce plutôt le résultat d’une erreur de stratégie de la part des promoteurs de ces mouvements citoyens qui ont cru pouvoir passer directement à la case présidentielle sans investir au préalable la vie locale, terrain où se trouvent les « parrains » ?

Dès le début des années 70, la gauche militante s’était engagée dans la vie associative et dans la vie locale, inspirant des politiques nouvelles, et rajeunissant peu à peu ses cadres et ses élus. Après le coup d’envoi donné à « l’Union de la gauche » par François Mitterrand lors du Congrès d’Epinay en 1971, le nouveau Parti socialiste a pu s’appuyer sur eux. Et faire reposer ainsi sa prise de pouvoir de 1981 sur un vaste réseau enraciné dans le pays.

Il serait injuste aujourd’hui, de nier l’implication locale des récents mouvements citoyens. Cependant, leur diversité d’approches, leur dispersion sur le territoire, ne leur donnent ni visibilité sur le plan national, ni cohérence idéologique et programmatique. Et s’ils peuvent faire état d’expériences très positives de renouveau démocratique dans certaines localités, cela semble aujourd’hui encore trop anecdotique pour opérer le renversement citoyen qu’ils entendent promouvoir. Au surplus, ces mouvements semblent également dans l’incapacité de faire émerger des candidats aptes à affronter le suffrage universel dans chacune des 577 circonscriptions pour les élections législatives, garantie d’une crédibilité politique.

On pourra souligner que le mouvement lancé par Emmanuel Macron qui s’est situé, dès l’origine, en marge de notre système institutionnel a, lui aussi, fait l’impasse d’un investissement dans la vie locale. Le calendrier, d’ailleurs, ne le lui permettait pas. Mais en suscitant des adhérents et des cadres directement sur internet, il a en quelque sorte, réglé cette question par une implication citoyenne directe. La notoriété et le succès ont fait le reste : des élus le rejoignent, même si le plus dur reste à faire pour lui, c’est à dire donner une cohérence à ce qui est aujourd’hui un rassemblement parfois un peu disparate.

A l’évidence, il y a urgence à renouveler notre démocratie. Mais nous voilà confrontés à une contradiction qui va mettre notre patience à rude épreuve : l’impossibilité de faire coïncider urgence et démarche de long terme.

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Trop, c’est trop ?

Un soir d’été 2002, le Directeur de la rédaction d’un grand quotidien s’étonnait devant des amis : « Comment se fait-il que cet homme (Jacques Chirac) sur lequel ont été publiés tant d’articles, tant d’enquêtes révélant ses turpitudes, celui que les Guignols de l’Info avaient qualifié de Supermenteur, ait été le Président le mieux élu de toute l’histoire de la Vème République ? ». Notons au passage que, convaincu de la nécessité de mener une opération de moralisation de la vie publique, ce grand journaliste avait lui-même publié nombres d’articles à charge. Il éprouvait ainsi tardivement la curieuse impression d’avoir été désavoué par le suffrage universel…

Un peu plus d’un mois avant l’élection présidentielle de 2017, le feuilleton des révélations sur François Fillon dresse de lui un portrait peu flatteur. Et après un Nicolas Sarkozy un brin bling-bling, voilà un homme pas particulièrement désintéressé et aimant vivre dans le luxe à condition que celui-ci ne soit pas tapageur. Derrière chaque révélation, des insinuations, des soupçons de conflit d’intérêts, et surtout le constant rappel d’une contradiction : celle qui oppose les efforts prévus dans le programme du candidat et l’aisance dans laquelle il entend vivre. Trop d’argent donc, et en retour, trop d’acharnement ?

Dans le même temps, les réseaux sociaux déversent sur Emmanuel Macron de multiples accusations, somment les autorités judiciaires d’engager des poursuites à son endroit, dénoncent les liens multiples qu’il aurait avec la finance, et les soutiens scandaleux dont il bénéficierait dans les médias. Jusqu’à une caricature aux ignobles relents antisémites.

L’emballement de la campagne électorale sur le terrain des « affaires » résulte au moins partiellement du rapport de forces qui s’est installé dans notre pays. La présidente du Front National ayant préempté la première place, curieusement, nul ne songe plus à la lui contester. Il en résulte une bataille acharnée pour la seconde, chacun étant convaincu que c’est celui qui devra l’affronter au second tour qui emportera l’élection. Une bataille dans laquelle tous les coups, y compris les plus bas, sont donnés.

Dans cette bataille, certains médias n’ont donc pas hésité à s’engager, persuadés que le temps est venu de cette moralisation de la vie publique qui n’a toujours pas eu lieu à leurs yeux. Et ils savent pouvoir s’appuyer sur une opinion qui, désormais, exige la tolérance zéro. Une opération « mains propres » en quelque sorte. Bienvenue, certes, mais pas sans risque.

D’une part, étrangement, Marine Le Pen se trouve confortée par tous les autres candidats dans sa position de leader puisqu’ils la ménagent en se réservant leurs coups. D’autre part, la bataille qui se déroule renforce une part de l’opinion dans l’idée du « tous pourris ». A ce petit jeu, deux gagnants et un perdant. Les gagnants : le camp de la présidente du FN et celui des abstentionnistes. Le perdant : la démocratie.

Alors, sans doute serait-il temps de méditer la réflexion de 2002 de ce directeur de rédaction…

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Les digues sont rompues…

Irréconciliables ! Le qualificatif s’employait jusque-là à gauche et s’appliquait aux différentes familles issues d’un parti socialiste moribond. Depuis ce dimanche, il s’applique à la droite, laquelle prend acte dans la douleur de ses propres déchirures.

Les déclarations de ces sympathisants de François Fillon qui affirmaient au Trocadéro qu’ils voteraient plutôt Le Pen que Juppé en dit long sur la part de détestation qui provoque un tel rejet. Elle est aussi révélatrice de l’opposition entre des lignes politiques radicalement différentes qu’avaient mises en évidence les primaires, et qui sont désormais incompatibles, « l’affaire » des assistants parlementaires du candidat désigné en novembre ayant abouti à un durcissement de son propre camp. Elle est enfin et surtout le signe annonciateur d’un lendemain de premier tour particulièrement difficile pour cette droite qui se voyait déjà au pouvoir…

Rassemblement, vous avez dit rassemblement ? Voilà un mot qui fait partie du vocabulaire traditionnel des gaullistes et dont on peut aujourd’hui douter qu’il ait encore du sens pour cette famille politique. En effet, il semble bien fini le temps où, quelque soit le candidat désigné par son parti, la droite votait massivement et sans trop d’états d’âme pour lui. Les batailles les plus âpres avaient eu lieu avant, en coulisses, les rancœurs étaient remisées pour répondre à l’exigence d’unité.

Nous voilà désormais face à une radicalisation d’un nombre important d’électeurs qui voient en Alain Juppé le représentant d’un centre honni, et en Emmanuel Macron, le rejeton mondialiste d’un François Hollande détesté. On comprend dès lors que le premier ait mis un terme à toute idée de plan B autour de sa candidature, considérant qu’il était trop tard. On comprend aussi que le second n’allait pas, de sitôt, recueillir leur vote dans le seul but de faire barrage au Front national.

Ces électeurs-là ne se comporteront décidément pas de la même manière que la droite républicaine dans le passé… C’est sans doute parce qu’ils croient encore que leur champion parviendra à déjouer tous les pronostics et se qualifiera pour le second tour de la présidentielle pour affronter Marine Le Pen. Et qu’il retrouvera ainsi l’état de grâce qui lui semblait promis début décembre. Après tout, les sondages avaient sous-estimé François Fillon avant la primaire de la droite et du centre. Or non seulement ils oublient les dégâts provoqués par « l’affaire », mais de surcroit ils négligent la nécessaire dynamique de rassemblement qu’impose notre mode d’élection présidentielle. C’est ce que traduisent aujourd’hui les sondages qui placent François Fillon en troisième position dans les intentions de vote pour le premier tour

Si cette tendance se confirmait, la question qui se poserait alors à l’électorat de droite est celle de son choix au second tour. A l’évidence, pour une part de celui-ci, la droite la plus conservatrice, et parfois la plus identitaire, les digues sont rompues. Plus aucun obstacle n’empêchera ces électeurs de voter pour Marine Le Pen. Pour d’autres, choisir Emmanuel Macron serait se faire violence tant ils s’opposent à ce que représente l’ancien ministre de l’économie, à sa conception d’un libéralisme ouvert et en grande partie dérégulé. Se résigneront-ils à voter contre leurs convictions profondes pour éviter de porter le FN au pouvoir ? Rien n’est moins sûr. Se réfugieront-ils alors dans l’abstention avec les risques que cela comporte ? Pour d’autres enfin, représentants d’une droite modérée et pro-européenne, un candidat de centre gauche sera toujours préférable à la candidate de la droite extrême.

Face à cet éclatement de leur électorat, les leaders de la droite se disperseront. Les uns resteront fidèles à leur détermination passée et appelleront à faire barrage à Marine Le Pen, rejouant ainsi à l’envers le film de 2002. D’autres, suivant en cela une part de leur électorat, se montreront FN-compatibles. Il y aura enfin ceux qui se retrouveront écartelés, en particulier ceux qui ont été élus aux régionales grâce aux voix de la gauche… C’est alors, après une phase de décomposition sans précédent, que pourra commencer une tentative de recomposition de la droite. Cette droite dont les primaires nous avaient fait oublier qu’elle aussi était divisée en familles irréconciliables…

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Recomposition – décomposition…

Ils sont nombreux, ceux qui détestent le béarnais qu’ils estiment responsable de la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 parce qu’il avait déclaré qu’il voterait à titre personnel pour François Hollande. Ils sont nombreux, ceux qui détestent cet ancien banquier passé par Bercy où, emporté par un libéralisme effréné et dans l’ignorance de la réalité, il avait engagé une série de réformes, visant notamment des professions réglementées. Les uns et les autres considèrent qu’ils ont trahi. Le premier, la droite à laquelle il était allié depuis des années. Le second, le Président de la République qui l’avait pourtant promu.

Oui, mais voilà : les uns et les autres auraient tort de ne voir en François Bayrou et Emmanuel Macron que deux traitres à leurs causes car, après tout, nous pourrions tout aussi bien considérer à l’inverse qu’ils ont été fidèles à leurs propres convictions : le centriste François Bayrou en abandonnant un Nicolas Sarkozy engagé dans une dérive jugée préoccupante, puis un François Fillon résolument ancré à droite ; Emmanuel Macron, en quittant un François Hollande trop pusillanime pour aller jusqu’au bout d’une logique réformiste qu’il semblait pourtant appeler de ses vœux.

L’alliance qu’ils ont concrétisée pourrait bien constituer l’une des prémices d’une recomposition politique qu’après tout nombre de Français réclament. Bien sûr,  on peut s’interroger sur la nature et les limites de la recomposition initiée par un tel rapprochement. D’une part, on ne manquera pas de rappeler que François Bayrou a tant fait le vide autour de lui qu’à l’exception d’un irréductible carré de fidèles, l’essentiel de ses troupes de 2007 se retrouve aujourd’hui « En Marche ». D’autre part, on restera perplexe face à certains ralliements engrangés par Emmanuel Macron car il n’est pas sûr qu’un simple recyclage d’élus socialistes en quête d’un nouveau parrain pour conserver leur siège aux législatives trouve grâce aux yeux des Français.

Mais les irréductibles ennemis de ce duo seraient bien inspirés, non seulement de se rappeler qu’il ne faut jamais insulter l’avenir, mais aussi et surtout de s’interroger sur la manière dont ils devront eux-mêmes se positionner à l’avenir. D’abord, le cas échéant, lors du second tour de l’élection présidentielle face à Marine Le Pen, ensuite dans les mois qui suivront.

Ne sous estimons pas les conséquences du séisme que représenterait un second tour de l’élection présidentielle où ne figureraient ni le représentant du PS, ni celui de la droite républicaine. Ces deux partis, après avoir dominé la vie politique depuis des décennies, seraient alors confrontés à une crise sans précédent facilitée par la mise à l’écart des battus (aux primaires et aux élections). Une crise dominée par des règlements de compte que l’on appellera pudiquement « devoir d’inventaire ». Une crise marquée par des tentatives de conquête des appareils par ceux qui voudront instaurer leur propre domination sur leur famille politique dans la perspective des échéances futures et où ils verront une opportunité pour redéfinir projets, ligne politique et règles de comportement.

Ne sous estimons pas non plus les difficultés institutionnelles devant lesquelles nous pourrions nous trouver. Le Président élu trouvera-t-il une majorité parlementaire cohérente susceptible de voter les textes correspondant au projet sur lequel il aura été élu ? Son assise sera-t-elle suffisamment solide pour réformer sans affronter la rue au moindre prétexte ? La représentation nationale sera-t-elle conforme au rapport de forces entre les diverses familles politiques ou le scrutin majoritaire donnera-t-il, une fois encore une prime aux deux formations défaites au premier tour de la présidentielle ? Toutes ces questions peuvent se résumer en une seule : le pays sera-t-il gouvernable ?

La recomposition du paysage politique qui se dessine s’accompagne d’une phase de décomposition de celui que nous connaissons aujourd’hui. Cette décomposition, nous le savons, a déjà commencé. Sans doute, peut-on y voir une réelle opportunité pour, enfin, parvenir à une refondation de notre système démocratique. Mais elle n’est pas sans dangers dans une société comme la nôtre, à la fois sous tension et tentée par le désordre, notamment celui qu’occasionnerait le grand « coup de balai » qu’espèrent certains…

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