Déclin ?..

Le pire n’est pas certain ! Pourtant, des lézardes apparaissent partout dans l’édifice de ce que fut une nation  forte, jalousée parfois, mais le plus souvent respectée. La Poste abandonne sa mission de service public sans se préoccuper des fractures territoriales qu’elle va provoquer. Notre système de santé que bien des pays nous enviaient est aujourd’hui à bout de souffle. Notre modèle éducatif peine à faire acquérir les savoirs les plus élémentaires à nos enfants et reproduit les inégalités sociales et culturelles qu’il avait pour mission de corriger. Notre Justice est à la peine. Notre diplomatie n’est plus que l’ombre d’elle-même. Notre industrie florissante et notre indépendance énergétique ne sont que de lointains souvenirs. Quant à l’intégration de populations venues d’ailleurs, nous nous en sommes si bien occupés que des quartiers entiers sont entrés dans une dissidence que ne parvient guère plus à camoufler la politique du ”pas de vague” qui avait prévalu jusque-là….

Nous pourrions poursuivre longtemps la désespérante litanie de ces constats qui illustrent le lent mais inexorable déclin de notre pays. Hélas, chaque fois, ce sont les moins favorisés qui pâtissent le plus de ces défaillances et de ces abandons. On peut, bien sûr, s’exclamer : ”c’est la faute à Macron !”, ce qui nous éviterait toute réflexion sérieuse sur le sujet. On peut aussi en rejeter la faute sur un libéralisme débridé à l’oeuvre depuis des décennies et dont on peine à entraver la marche. Ce serait oublier les considérations politiciennes, les accommodements idéologiques et les aveuglements qui ont prévalu des décennies durant dans chacun des domaines cités plus haut. 

On peut enfin considérer que l’Etat n’est pas pour rien dans ce déclin : une machine administrative qui échappe souvent aux élus et veille jalousement à préserver son autonomie. Un Etat, hypertrophié et fort dispendieux par ailleurs, qui ne cesse de se mêler de tout, et multiplie les réglementations comme pour se donner l’illusion qu’il maîtrise des situations concrètes qu’il ignore par ailleurs. Le paradoxe est que cela le distrait d’assumer pleinement les fonctions régaliennes qui sont les siennes et d’être un stratège apte à dessiner notre avenir. Bref, un Etat omniprésent et impuissant en même temps ! 

De Bercy à la rue de Grenelle, de la place Vendôme à l’avenue de Ségur, les couloirs des ministères vivent au rythme de l’urgence à laquelle répondent nos élites en multipliant les dispositifs anti-crise et des plans qui sont autant de tentatives de colmater des brèches ouvertes depuis trop longtemps. Et, dans ce contexte, peu importe que les dépenses publiques s’envolent sans que des garanties soient apportées quant au résultat attendus à long terme ! Chacun sait que la facture sera renvoyée à plus tard…

Alors, nous pourrons continuer à nous étriper autour de l’âge de départ à la retraite, ce qui fait plutôt rigoler nos voisins qui sont loin d’avoir les mêmes avantages que nous. Nous pourrons toujours regarder avec bienveillance les défilés des mécontents et préférer le confort douillet de notre immobilisme au changement. Nous pourrons enfin continuer à rester sourds aux signaux d’alarme qui résonnent de tous côtés. 

C’est ainsi que, lassé d’être ce qu’il fut, notre pays poursuivra son déclin. Sans se soucier des séismes à venir. 

Alors pour 2023, pourquoi ne pas nous souhaiter lucidité et courage ?..

 

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Que déborde la joie de Noël !

Nous courons après des trains qui ont déserté. Nous nous agitons dans les derniers préparatifs d’une fête qui devrait aussi apporter un peu de lumière à ceux qui désespèrent : enfants abandonnés sur les routes de la guerre et de l’exil, femmes qui accouchent dans la nuit de la solitude et de leur pauvreté, vieillards relégués au fond des couloirs d’un EHPAD, hommes qui subissent la torture derrière les murs de leurs prisons, peuples qu’écrasent les bombes… Pour eux, ce soir, osons un geste de fraternité !  

Car il n’y a pas de trêve de Noël pour les cyniques et leurs alliés que sont les lâches et les indifférents ! Les uns manient les armes. Les autres – dont nous sommes parfois – se réfugient dans l’abondance et le confort douillet de leurs foyers pour regarder ailleurs, dans un aveu d’impuissance qui les arrange. Et si cette nuit une porte ouverte, une main tendue, un geste de pitié apportaient à ceux qui connaissent la souffrance, la tristesse et l’angoisse du lendemain, le répit dont ils ont besoin, un sourire, une lueur d’espoir ?  Et si cette nuit, nous osions enfin être de ceux qui s’aventurent dans la nuit une lampe à la main pour faire vivre le mot de fraternité ?

Que la joie de Noël déborde de nos coeurs et franchisse les murs de nos maisons… Très joyeux Noël à tous !

 

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L’histoire d’un bateau…

C’est l’histoire d’un bateau. Un bateau qui a parcouru la Méditerranée, emportant avec lui 600 migrants à la recherche d’une terre où ils pourraient enfin vivre en paix. C’est l’histoire de ces femmes et de ces hommes qui avaient connu le viol, les massacres et les pillages, les destructions et la misère. Ils avaient tout abandonné, leur village, leur pays pour fuir ceux qui y semaient la mort. Mais jamais ils n’oublièrent de transmettre à leurs enfants, aux enfants de leurs enfants, et jusqu’à aujourd’hui, le souvenir de ces temps de désolation.

C’est l’histoire d’un gouvernement qui leur avait concédé le droit de s’installer sur une terre déjà habitée par d’autres. Une terre pauvre, mais une terre de soleil et de paix. Alors, ce qui devait arriver arriva : la population locale vit en eux les alliés d’une autorité qui leur imposait sa loi. Et une menace pour leurs maigres richesses. Comment auraient-ils pu bien les accueillir ? Du rejet à la violence, le pas fut vite franchi. Surtout quand les habitants de cette terre voulurent s’affranchir de la tutelle d’un pouvoir lointain et peu attentif à leur sort. Et puis le temps passa. Les armes se sont tues. Avec les années, les décennies, le calme est revenu. Les filles des migrants ont épousé des fils de cette terre. Les vieilles querelles ne sont pas toutes oubliées, mais enfin, ils vivent en paix. Ils étaient grecs, ils étaient corses. Ensemble, ils ont combattu les pirates barbaresques au XIXème siècle. Ensemble, ils ont pris le maquis pour résister à l’occupation nazie. Aujourd’hui, à Cargèse, deux églises se font face et illustrent cette cohabitation qui avait débuté dans la douleur en 1676.

Non, ce n’était pas l’Ocean Viking. Et l’histoire de ce bateau qui s’appelait le Saint Sauveur ne saurait être transposée en 2022. Pourtant, elle nous en dit long sur les méfiances et les haines qui s’invitent chez nous dès lors qu’arrivent des étrangers qui ne parlent pas notre langue, ne partagent ni notre religion ni notre culture. Elle nous en dit long aussi sur les décisions que prennent parfois des autorités éloignées des populations qu’elles gouvernent. Elle nous en dit long enfin sur les difficultés de l’intégration et la nécessité de lui donner le temps de faire son oeuvre… A la condition que chacun accepte de dépasser ses peurs.  

Ne soyons pas naïfs. L’histoire de ce bateau  de 1676 où se trouvaient certains de mes ancêtres, ne se répète pas. C’est une toute autre histoire qui s’écrit aujourd’hui même si, en toile de fond, règnent la violence et la mort, la misère et la détresse. C’est une histoire qui nous confronte à un mouvement migratoire planétaire d’une ampleur sans précédent et que rien ne semble pouvoir arrêter. Le vieillissement et le déclin démographique de nombre de nos pays occidentaux fait face à la pression de la jeunesse des pays du sud, singulièrement en Afrique. Les murs, les barbelés, les étendues d’eau sont des barrières illusoires qui ne pourront jamais, quoi qu’on fasse, arrêter les plus déterminés de ceux qui espèrent, chez nous, ramasser les miettes de nos sociétés d’abondance. 

Alors, nous avons le choix : nous retrancher avec nos peurs derrière des murs de plus en plus hauts à l’efficacité douteuse, ou faire preuve de créativité pour aborder enfin cette question migratoire avec deux exigences : la régulation et l’intégration car sans elles, il ne saurait y avoir de coexistence harmonieuse. La dignité, la notre comme celle de ceux qui arrivent sur notre sol, est à ce prix.

 

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Après la gifle, la claque ?

Ils sont pathétiques ! Il aura suffi que le successeur pressenti de Jean-Luc Mélanchon donne une gifle à son épouse, que celle-ci soit rendue publique, pour que les caciques de la NUPES multiplient les déclarations les plus étranges sans se rendre compte du ridicule de leur posture.

En droit, une main courante n’est, rappelons-le, qu’une façon de prendre date par une déclaration unilatérale, laquelle ne constitue pas même un début de preuve. Tout au plus est-elle utile dans le cadre d’une affaire judiciaire pour donner des indications quant au déroulement de faits dont la matérialité reste à démontrer. Et, bien sûr, jamais une main courante déposée dans un commissariat n’a à être rendue publique. 

Mais quoi qu’on pense de cette fuite dont la source est encore inconnue*, force est de reconnaître que le spectacle donné par la gauche extrême et les déclarations embrouillées de ses leaders mettent à mal leur volonté de s’afficher comme les seuls vrais défenseurs de la cause féminine. On ne peut prendre la tête de la lutte contre les violences faites aux femmes et, par des déclarations sembler éprouver le besoin de minimiser de tels actes voire même de les nier. On ne peut déclarer qu’en matière de lutte contre les féminicides, les mains courantes déposées dans les commissariats ou les gendarmeries ne peuvent être négligées, et s’étonner aujourd’hui de l’emballement médiatique auquel cette affaire donne lieu. Le plus navrant est d’ailleurs qu’ils ne prennent pas même conscience du fait que chaque déclaration les enfonce davantage !

Mais s’il n’y avait que la France Insoumise qui jouait cette partition ! Les écologistes eux aussi s’en donnent à coeur joie, entre dénonciations et déni, règlements de compte et démissions. Bref, ceux qui depuis des années se revendiquent comme le seul camp du bien se prennent les pieds dans le tapis de la morale et donnent le spectacle d’une gauche ”faites ce que je dis, pas ce que je fais…”

Ceux qui croyaient à une refondation de la gauche autour de la dynamique créée par la NUPES lors des élections législatives en seront pour leurs frais. Nous savions que cet étrange attelage souffrait d’un cruel manque de cohérence programmatique. Mais voilà que c’est d’un autre côté que vient le discrédit. Le naufrage annoncé n’en sera que plus affligeant ! Au demeurant, si nous laissons de côté ces médiocres affaires de comportements inappropriés à l’égard des femmes, et les questions de cohérence qu’elles posent, faire un détour par Stockholm et Rome devrait les inviter à la modestie et à la prudence. En Suède et en Italie, la droite populiste accède au pouvoir sur fond de perte d’influence de la social-démocratie, de recul de la gauche traditionnelle et d’incapacité des gouvernements à traiter efficacement la question migratoire. Faut-il que chez nous, après l’effondrement du Parti socialiste, le discrédit grandissant des forces de gauche laisse un vide tel que cela ouvrirait un boulevard pour une alliance des forces de droite satellisées autour de la plus radicale d’entre elles ? N’oublions pas que depuis juin dernier, le Rassemblement National évite les déclarations tonitruantes et se distingue par sa volonté d’afficher son sérieux et son sens des responsabilités… 

Au bout du compte, le contraste pourrait lui profiter. Et notre démocratie en faire les frais. Après l’affaire de la gifle, la gauche se prépare-t-elle à subir une claque ? Et nous avec ?

* Même si elle a pu être encouragée au sommet de la hiérarchie, la source est nécessairement policière. Alors souvenons-nous seulement qu’en déclarant ”la police tue”, Jean-Luc Mélanchon et les dirigeants de la France Insoumise ne se sont pas faits que des amis dans les rangs des forces de l’ordre et notamment chez les syndicats de policiers… 

 

 

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Vertus monarchiques ?…

La reine est morte. Et la France regarde émue et fascinée le spectacle d’une Grande Bretagne à la vie rythmée, pour quelques jours, par les cérémonies, les hommages, les défilés de célébrités et d’anonymes qui se recueillent devant le royal cercueil. Mais pourquoi une telle fascination ? 

Bien sûr, nous sommes fascinés, avouons-le, par le faste suranné des rituels de la monarchie britannique dont certains remontent au Moyen-Âge. Il y a dans ces costumes d’apparat, ces cérémonies, les termes même qui sont employés à cette occasion, une étrangeté qui nous ramène à des temps révolus. Et pourtant, c’est ainsi que s’exprime la pérennité de cette nation. La longévité du règne d’Elizabeth II la rend encore plus tangible. Et nous nous interrogeons : qu’est-ce qui nous fait défaut, à nous Français, pour retrouver  cette forme de ferveur nationale qui dépasse bien des clivages sociaux et partisans, et que nous constatons au fil des reportages et interviews ? Assurément, nos rituels républicains, jusqu’aux défilés et aux bals du 14 juillet n’y parviennent guère ! 

Y aurait-il alors, de ce côté-ci de la Manche, comme le regret jamais avoué d’un rendez-vous raté ? Celui de la France avec la monarchie constitutionnelle. Un ancien ministre socialiste de François Mitterrand en a même fait l’éloge voici quelques jours sur un plateau de télévision ! C’est dire s’il y a parfois chez les républicains attachés à l’égalité plus qu’une nostalgie à l’égard d’un système mis à bas lors de la Révolution de 1789. En coupant la tête d’un roi, nous nous sommes interdits de revenir à la royauté et nous avons rejeté toute la symbolique qui s’y attachait. Il y a là comme une sorte d’impensé politique que la Constitution de la Vème République et l’élection du Président de la République au suffrage universel n’ont pas permis de résoudre. Le monarque républicain qu’est, d’une certaine manière, notre Président élu ne parvient jamais – et semble-t-il de moins en moins bien – à incarner la nation comme l’a fait la souveraine britannique. 

Alors serait-ce plus simplement une question de vertu ? Elizabeth II a témoigné, tout au long de son règne, d’un engagement total au service de la charge qui reposait sur ses épaules. Nul ne choisit sa naissance. Les enfants des princes pas plus que les autres. Et les devoirs qui leur incombent ne sont pas moindres. Mais certains ont compris que chacun de leurs gestes, de leurs propos, avaient une signification qui dépassait de loin leur propre personne. La reine Elizabeth était de ceux-là. Convaincue de la nécessaire exemplarité de ceux que la naissance avait désignés pour servir leur peuple, elle avait soumis jusqu’à sa vie de famille à cette exigence. Et les difficultés rencontrées ne l’ont jamais fait dévier de la ligne qu’elle s’était fixée. Le sens du devoir et de l’honneur, le courage, l’abnégation, le souci de rester au contact avec le peuple britannique malgré les nécessités du protocole, une foi profonde que rien n’a pu ébranler, la volonté indéfectible de ne jamais faillir à toutes les contraintes de sa tâche jusqu’aux tout derniers jours de sa vie sont des vertus trop rares pour ne pas être soulignées. 

Au fil des ans, sa silhouette nous était devenue familière. Pas seulement pour les adeptes de la presse people. Et si nous éprouvons aujourd’hui quelques regrets en la voyant disparaître, c’est aussi sans doute parce que les vertus qu’elle a incarnées nous semblent négligées, en particulier chez nos ”élites”. Et parce que d’une certaine manière, nous espérons toujours assister à leur restauration… 

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L’IVG, plus petit commun dénominateur ?

Mais quelle mouche les a donc piqués ? Une décision de la Cour Suprême des USA* , et voilà que certain(es) paniquent en France à l’idée d’une éventuelle remise en cause du droit à l’avortement au point de vouloir l’inscrire dans la Constitution. Pourtant, aucun programme des formations politiques représentées au Parlement ne comporte la moindre remise en cause de la législation en vigueur. Alors, fallait-il, une fois de plus, se laisser aller à la dictature de l’émotion ? 

Nous pourrions faire observer que de ce côté-ci de l’Atlantique, nous assistons depuis des années à une extension quasiment sans limite du droit à l’avortement : allongement du délai permettant à une femme d’avorter ; condamnation des actions qui auraient pour effet de culpabiliser les femmes recourant à l’IVG ; remise en cause de la clause de conscience des médecins, etc. Et les arguments de ceux qui tentent de freiner ce mouvement sont systématiquement balayés. Rien de commun avec la situation des USA où, depuis des années, des activistes ”pro-vie” ** se livrent à un harcèlement souvent violent contre les médecins qui pratiquent des avortements et les femmes qui y recourent  ! Au surplus, notre Conseil Constitutionnel a déjà reconnu l’avortement comme une liberté fondamentale***. Alors, pourquoi procéder de la sorte, et pourquoi cet empressement des macronistes, au moment où l’on cherche encore les contours d’une majorité qui permette de gouverner ? La réponse à la première question tient en quelques mots : les droits acquis par les femmes étant fragiles, toute possibilité de les renforcer doit être utilisée. Et pour certain(e)s, peu importe que ce soit utile ou pas, peu importe que la méthode soit bonne ou mauvaise.   

Plus floue est la réponse à la seconde question. En effet, nous sortons d’une période de crise et d’une étrange séquence électorale au cours de laquelle, nombreuses ont été les remises en cause de nos institutions. Les adeptes du référendum d’initiative citoyenne, les promoteurs d’une VIème République, les tenants d’une révision de notre système électoral et de notre mode de scrutin, etc. partent tous d’un même constat : un essoufflement de notre système démocratique, et la nécessité de trouver les ressorts de sa revitalisation. Nous aurions donc pu penser  que face à un risque de blocage des institutions, face à cette nécessité assez largement admise d’une refondation républicaine, ouvrir la réflexion sur un projet de réforme de la Constitution qui ferait consensus aurait montré une réelle volonté réformatrice.

Hélas, des esprits sans imagination, et sans doute peu soucieux de modifier un système qui leur aura été utible, ont donc choisi de saisir l’occasion  pour tenter de trouver autour de l’IVG les contours d’une impossible union nationale. Car, bien entendu, honnis soient ceux qui oseront s’opposer à une telle proposition, lesquels, seront aussitôt assimilés aux activistes ”pro-vie” les plus radicaux qui sévissent outre-Atlantique. La manoeuvre est de celles qui, en d’autres temps, auraient été dénoncées vigoureusement par les forces d’opposition. Rien de tel aujourd’hui : on acquiesce ou l’on se tait. 

Nous savons qu’en matière de droit, l’émotion est rarement bonne conseillère. Nous savons aussi, pour reprendre les propos d’éminents juristes qu’on ne saurait toucher à notre Constitution que ”d’une main tremblante”. Mais des politiques qui raisonnent à courte vue ne s’embarrassent pas de telles considérations. Et n’hésitent pas à enrôler la cause des femmes en la mettant au service de leurs intérêts politiciens. L’IVG serait-il leur plus petit commun dénominateur ? 

 *Décision qui, il faut le souligner, ne vise pas à interdire l’avortement, mais renvoie la responsabilité de la législation sur ce sujet à chacun des états de l’Union. La nuance est importante.

** Lobby ”pro-vie” qui n’est pas à une contradiction près puisque c’est dans ses rangs que l’on trouve les défenseurs les plus acharnés de la vente et du port d’armes….

*** On lira avec intérêt à ce sujet l’analyse de Bertrand Mathieu, constitutionnaliste et  professeur de droit à Paris I , dans laquelle il souligne notamment que ”le droit en vigueur pose le principe selon lequel la liberté d’avorter constitue un élément de la liberté personnelle de la femme, et relève, dès lors d’une exigence constitutionnelle” . Analyse publiée dans ”La Croix” du 28 juin.

 

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La patrie des livres…

Aux incultes qui agonisent d’injures Sylvie Germain qui a eu le malheur de voir l’un de ses textes choisi en vue de l’épreuve du Bac de français ; à ceux qui n’ont ni les mots pour comprendre ni ceux pour s’exprimer ; à ceux qui sont les déshérités de notre langue, les abandonnés de l’éducation, les perdants de la pensée, les assignés à résidence dans le ressentiment et la colère… A tous ceux-là, je dédie ces quelques lignes de Mohamed MBougar Sarr jeune écrivain né au Sénégal et vivant en France, un extrait tiré de son roman ”La plus secrète mémoire des hommes”, prix Goncourt 2021 : 

”Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres. Les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a ouverts un jour, les livres qu’on prétend avoir lus, les livres qu’on ne lira jamais, mais dont ne se séparerait non plus pour rien au monde, les livres qui attendent leur heure dans une nuit patiente, avant le crépuscule éblouissant des lectures de l’aube. Oui, disais-je, oui : je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de la bibliothèque”. 

Oui, rejoignez la patrie des livres ! Parce qu’en venir aux mots nous évite d’en venir aux mains !.. 

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A gauche, combien de divisions ?

L’image était belle : autour du leader de ”La France Insoumise”, des visages venus de tous les horizons de la gauche entonnant la Marseillaise et faisant avec leurs doigts de V de la victoire*. Pour ceux que les divisions de la gauche tout au long de la campagne présidentielle avait plongés dans la désespérance, quel réconfort ! Las, il n’aura pas fallu plus de 48h pour que l’édifice se lézarde. Samedi, la journée de la NUPES aura-t-elle été la journée des dupes ? 

Ce qui s’est passé à Vénissieux est emblématique des fractures et des contradictions que porte en elle la coalition opportuniste que Jean-Luc Mélanchon a constituée après son échec à la présidentielle. L’investiture dans cette ville de la banlieue lyonnaise d’un ”insoumis” dont les engagements et les propos** sont contraires à la tradition universaliste et anti-raciste de la gauche est symptomatique de la complaisance de ce mouvement à l’égard de ceux qui n’ont de cesse de distiller leur haine des autres et de la France. La détermination d’une élue communiste à affronter cet individu faisant observer que se soumettre à cette décision d’investiture serait renier ses propres engagements et les combats de toute une vie ; la fermeté du soutien qu’elle a obtenu du leader du PC Fabien Roussel, montrent assez que dans son OPA sur la gauche, Jean-Luc Mélanchon n’avait aucune vision de ce que pourrait être une coalition digne de l’espoir qu’elle suscitait. Au final, le candidat des ”insoumis” a battu en retraite, retirant sa candidature après la polémique provoquée par son parachutage. A Paris, dans le Nord, en Dordogne, en région lyonnaise et ailleurs, d’autres dissidences voient le jour, signes que l’alliance contractée voilà une semaine n’a d’union que le nom. De 2012 à 2017, François Hollande a subi les assauts des frondeurs qui l’ont réduit à l’impuissance. En 2022, c’est avant même le premier tour des législatives où il espère prendre sa revanche que Jean-Luc Mélanchon observe les lézardes qui menacent déjà son propre édifice. 

Au surplus, tout cela était prévisible car l’accord électoral, certes souhaité par les électeurs, mais imposé par les ”insoumis” et annoncé à grand renfort de tambours et de trompettes souffre de deux faiblesses insurmontables.

La première tient à la nature même du partage des circonscriptions entre formations politiques. En l’espèce, celui-ci s’attache à l’arithmétique électorale issue du premier tour de la présidentielle, et répond à l’obsession de chaque formation de pouvoir constituer un groupe à l’Assemblée Nationale. Mais lorsqu’un tel partage ne tient compte ni des réalités de terrain ni de l’équation personnelle des candidats potentiels, il ne faut pas s’étonner que la vraie vie se refuse à entrer dans les cases prévues par les apparatchiks. KO debout après leurs résultats calamiteux à la présidentielle, écologistes, communistes et socialistes se sont livrés pieds et poings liés à celui qui, seul, avait tiré son épingle du jeu.  Tout cela dans le seul espoir de sauver les meubles et retrouver quelques moyens financiers et politiques leur permettant de survivre. Et ils ont subi sans broncher les humiliations imposées par un tribun colérique qui entendait les réduire à la portion congrue. Les logiques d’appareil l’ont emporté. Au mépris de tout le reste. Démarche non seulement peu glorieuse mais de plus à l’efficacité douteuse, on le constate déjà aujourd’hui.  

La seconde faiblesse est plus grave car non seulement elle est source de divisions à venir, mais pire : promesse d’une incapacité future à gouverner. C’est à dire mener une politique cohérente et prendre les décisions qui s’imposent face aux défis qui nous attendent. Sur l’Europe, sur la politique étrangère, notamment au sujet de la ligne de conduite à suivre à l’égard de la Russie de Poutine et de l’Ukraine, tout oppose les socialistes et les écologistes à la France Insoumise. Sur le modèle républicain, la laïcité, l’intégration des populations issues de l’immigration, sur l’économie, que de divergences aujourd’hui mises sous le tapis. Il fallait être aveugle pour ne pas le voir ! 

Mais l’aveuglement ne date pas d’hier ! En effet, ce manque de lucidité était déjà perceptible dans les appels au vote utile avant le premier tour de la présidentielle. En acceptant de voter pour un homme avec lequel ils avaient de profonds désaccords, nombre d’électeurs de gauche lui ont, sans le savoir, donné un blanc-seing. Peu ou prou, ils se sont comportés comme des actionnaires tentés par l’appât du gain et apportant leurs actions d’une société à celui qui se livre à une OPA inamicale… Ils ont cru renouer avec l’espoir, ils n’auront fait que contribuer à l’effondrement du PS et d’EELV et retarder la nécessaire réflexion en vue de la rénovation de la gauche. Aujourd’hui, il va leur falloir boire le calice jusqu’à la lie, aller de divisions en désillusions avant que ne se mettent enfin au travail ceux qui auront pour ambition de concevoir un vrai projet de gauche social, universaliste, soucieux de la planète et  porteur d’un futur désirable pour tous. En attendant, nous serons contraints de continuer à compter : la gauche, combien de divisions ?

* Etrange image d’ailleurs si l’on se souvient que nombre de ces personnalités nous avaient habitués à les voir lever le poing, chanter ”l’Internationale” et ne pas ménager leurs critiques à l’égard de la France et de la République…

** Des propos qui lui ont valu une condamnation en Justice pour injure raciale… 

 

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Bonnet blanc et blanc bonnet ?

Le pire n’est pas certain. Mais il n’est pas exclu non plus ! Car enfin, peut-on sérieusement laisser croire qu’entre Le Pen et Macron, ce serait ”bonnet blanc et blanc bonnet” ? Non, nous ne sommes pas en 1969 où, lors du second tour de la présidentielle, le gaulliste conservateur Georges Pompidou affrontait le centriste Alain Poher ! Un affrontement sans risque pour notre démocratie. Oui, le communiste Jacques Duclos qui avait obtenu plus de 21% des suffrages au 1er tour pouvait alors inviter à l’abstention lors du second tour en renvoyant dos à dos les deux finalistes avec cette formule restée célèbre.

Sans doute peut-on comprendre le désenchantement de ceux qui ne se reconnaissent pas dans le choix qui s’offre à nous pour ce second tour. Mais ceux-là peuvent-ils se laisser guider par leur seul ressentiment ? Ont-ils seulement lu le programme de la candidate de la droite extrême ? En nous parlant de pouvoir d’achat, elle tente de faire oublier les mesures phares que contient son programme : réformes institutionnelles et changements profonds de notre état de droit qui menacent notre démocratie. En appelant ses chats à la rescousse, elle camoufle son dessein de repli frileux à l’intérieur de nos frontières, son abandon de toute ambition européenne dans une sorte de ”frexit” qui ne dirait pas son nom, son alignement sur la politique de Poutine… 

Enfumage ! La patriote qu’elle prétend être nous prépare un avenir médiocre, celui d’une province de seconde zone en échange d’une promesse d’ordre, et de reflux des ”étrangers” présentés comme la cause de tous nos maux. Enfumage encore celui auquel se sont livrés ceux qui comme Eric Zemmour, par la violence de leurs propos, l’ont fait apparaître comme une candidate modérée.  Enfumage enfin la dénonciation d’une ”dictature macronienne” dont le pass sanitaire serait l’expression la plus aboutie. Ceux qui ont tenu de tels propos devraient regarder du côté de Shanghaï pour comprendre la manière dont un pouvoir totalitaire gère la pandémie !..  

Qu’Emmanuel Macron ne soit pas exempt de reproche, c’est incontestable. Mais enfin, peut on sérieusement prétendre qu’il représenterait une menace pour nos institutions et notre démocratie ? A l’heure du bilan, ses erreurs, ses maladresses, son arrogance parfois comptent-elles autant que la menace de la prise de pouvoir par un clan qui réécrit l’histoire, occulte son passé vichyssois, ses complicités jamais démenties avec des groupuscules nazis et les factieux de l’OAS, les alliances nauséabondes qui l’accompagnent encore et toujours depuis des décennies ?  

Alors, Jean-Luc Mélanchon peut bien essayer de jouer à saute-mouton avec le second tour de la présidentielle en rêvant déjà à l’après législatives. En dédaignant le vote du 24 avril, il montre que seule l’intéresse l’OPA qu’il a déjà partiellement réussie sur la gauche et qu’il entend désormais élargir en se positionnant comme le seul opposant à celui ou celle que les urnes consacreront dimanche au soir. Et apparemment, peu lui importe que ce soit la candidate du pire. Décidément, il est des raisonnements à courte vue qui discréditent à jamais ceux qui les tiennent !

Alors- oui, il est temps de se rappeler ces vers du poème d’Aragon ”La rose et le réséda” écrit en 1943 :  

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat”…

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Voter ”utile” et perdre son âme…

On ne pouvait y échapper ! L’éparpillement des électorats de droite comme de gauche conduisent, à quelques jours de l’échéance, à la multiplication des appels au ”vote utile”. En d’autres termes, un vote qui abandonnerait les ”petits” candidats, ceux qui ne peuvent espérer faire mieux que recueillir entre 2 et 5% des voix, au profit de ceux qui s’approchent ou dépassent 10% des intentions de vote. Bien sûr, notre démocratie présente cette particularité de permettre à des groupuscules rassemblant quelques centaines de militants à peine de participer à la course à l’Elysée. Et ce faisant, de disposer d’une tribune sans commune mesure avec leur poids politique réel. Mais il y a comme une sorte de mépris de la part de ceux dont l’injonction semble nous dire : ”fini de jouer, passons aux choses sérieuses !”

 Alors faut-il s’y résigner ? Et pour quelles mauvaises raisons ?

A droite, le vote ”utile” serait de se tourner vers le polémiste qui, depuis des mois, ne cesse de donner des coups de buttoir à une société déjà bien fragile, sans s’être montré capable d’endosser les habits de présidentiable. Tout cela afin de hâter une recomposition de la droite. Pour atteindre cet objectif, il lui faut ”siphonner” l’électorat de Valérie Pécresse et démontrer ainsi qu’il n’y a plus d’avenir pour la droite modérée. L’objectif exprimé sans détour est de mettre un terme au ”cordon sanitaire” qui sépare encore cette droite et la droite extrême, lequel conduit encore ses électeurs à se refuser à voter pour Le Pen. Bien évidemment, cette recomposition ne se ferait qu’autour des thèses qu’il développe. Ceux qui ont vécu comme une blessure la campagne de 2017 et l’échec de François Fillon, ceux qui éprouvent depuis lors du ressentiment, estimant que la victoire qui leur était due leur a été ”volée”, sont évidemment visés par cet appel au ”vote utile”. A l’évidence cependant, céder à cette tentation serait signer l’arrêt de mort de cette droite modérée. Ce serait la livrer pieds et poings liés entre les mains de ceux qui n’ont aucun scrupule à réécrire l’histoire et à travestir la réalité. Ce serait accepter de camoufler derrière une apparence de ”bon sens” des projets profondément anti-démocratiques et en rupture complète avec les valeurs de notre République.

Eric Zemmour, par la radicalité de son discours, par la haine savamment distillée tout au long de sa campagne, a fourni à Marine Le Pen une apparence de respectabilité. Faudrait-il aujourd’hui tomber dans l’ultime piège qu’il nous tend ?

Le même mécanisme est à l’oeuvre à gauche. Traumatisés par le souvenir du 21 avril 2002 et l’échec de Lionel Jospin, meurtris par le naufrage du Parti socialiste en 2017, par la vacuité des idées et la calamiteuse campagne d’Anne Hidalgo, nombreux sont les électeurs de gauche pour qui, aujourd’hui, le ”vote utile” serait de mettre un bulletin au nom de Jean-Luc Mélanchon dans l’urne. Sans doute rêvent-ils ainsi de bousculer la prophétie du second tour annoncé Le Pen-Macron. Une manière d’exorciser cette fatalité, comme si ce bulletin de vote était un gri-gri doté de pouvoirs magiques ! Mais ont-ils oublié la part active que ce même Mélanchon a prise dans cet effondrement ? Sont-ils aveugles au point de ne pas voir que sa complaisance constante à l’égard des communautarismes de tout poil va à l’encontre de l’universalisme républicain ? Ne l’ont-ils jamais entendus affirmer qu’il préférait Poutine ou Castro à Angela Merkel, preuve de son aversion pour la démocratie ? Ont-ils la mémoire courte au point de ne pas se souvenir qu’en 2017, il avait répugné choisir entre Macron et le Pen au second tour ?

Oui, la gauche est orpheline. Lui faut-il pour autant se livrer dimanche à cet homme qui n’a de cesse que de vouloir imposer sa loi ?

Cette question du ”vote utile” qui est aussi celle du moindre mal en politique, se pose parce que l’alternative que l’on nous annonce n’est guère enthousiasmante, reconnaissons-le. Mais, et c’est une nouveauté, elle se pose cette fois en d’autres termes. C’est la conception que l’on a de la démocratie, sa survie même qui sont en cause. Pas les étranges considérations politiciennes auxquelles se se livrent ceux qui en appellent à cette manière de se déterminer. A droite comme à gauche, la question du ”vote utile” peut donc aujourd’hui se résumer en une formule : faut-il accepter de perdre ou se résigner à perdre son âme ? Et la poser ainsi, c’est déjà y répondre…

 

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