L’indignation, l’urgence et la honte …

Sommes nous fatigués de nous indigner ? En quelques jours, l’actualité nous aura donné à voir un étrange raccourci de ces indignations qui semblent s’évanouir aussi vite qu’elles avaient occupé l’espace médiatique. Ainsi, se souvient-on seulement de deux chiffres qui pourraient à eux seuls, résumer les deux indignations de la semaine passée : 548 d’un côté, 20 milliards de l’autre ?

548 Euros représentent les ressources mensuelles moyennes des personnes accueillies par le Secours Catholique en 2016*. 20 milliards d’Euros est la somme de ce qui échappe chaque année à l’impôt en France par le biais de l’optimisation fiscale des grandes entreprises et des grandes fortunes. Coïncidence, la publication du rapport annuel de l’organisation caritative est intervenue au cours de la même semaine que celle de l’enquête internationale sur les « Paradise papers » dont Le Monde et France Inter ont révélé les mécanismes. Plus étonnante encore la quasi absence de lien entre les deux phénomènes, non qu’il faille établir un lien de causalité entre les deux, mais plus simplement parce que 20 milliards d’Euros, c’est à peu de choses près l’équivalent de ce que le budget de l’Etat aura consacré en 2017 à la politique du logement et à l’égalité des territoires ! Pensons un instant à ce que pourrait faire l’Etat avec ces 20 milliards qui lui manquent…

Il y a urgence. D’abord parce que de telles révélations portent un rude coup à ce que l’on appelle le consentement à l’impôt sans lequel ne peuvent vivre les états démocratiques. Ensuite parce que les remèdes à apporter prendront des mois, voire des années à être conçus et plus encore à donner des résultats. Remédier à la complexité des mécanismes des « Paradise papers », et à la fluidité d’une finance globalisée ne se fera pas d’un coup de baguette magique. Si l’on s’en tient à notre seul continent, cela nécessitera une prise de conscience collective au sein des opinions publiques européennes, une réelle volonté politique, des dirigeants qui devront convaincre leurs homologues, bien des tâtonnements dans l’élaboration des solutions, et leurs transpositions dans les législations fiscales des états-membres de l’Union européenne…

Sans doute ne mettrons-nous jamais un terme à la cupidité des hommes et à la cynique logique de l’argent. D’autant que les bénéficiaires et les acteurs de l’optimisation fiscale ne semblent nullement embarrassés par ces révélations, se réfugiant derrière l’apparente légalité des processus mis en œuvre pour échapper à l’impôt. Comme si la honte pouvait ne jamais les atteindre. Comme s’ils savaient déjà que notre indignation retombera comme un soufflé sorti du four…

Dans son essai intitulé « Radicalisons-nous ! », Gaultier Bès écrit que « le rêve néo-libéral a tourné au cauchemar et la farce financière ne fait plus rire les foules ». La justesse de ce constat appelle de notre part autre chose que des indignations sporadiques, mais une urgente et constante pression sur nos élus et nos gouvernants. Et lorsqu’une bénéficiaire de l’aide du Secours Catholique déclare : « Ras le bol de devoir parler de ce qui est difficile, ras le bol de devoir se justifier en permanence », on se prend à rêver de ce jour où l’on entendra ces très riches qui aujourd’hui échappent à l’impôt déclarer « ras le bol de devoir se justifier en permanence ». Pour que la honte change de camp, en quelque sorte…

* A ce chiffre on pourrait ajouter le fait que la France compte encore 570 bidonvilles dans lesquels 16000 personnes dont plus d’un tiers de mineurs vivent dans des conditions indignes ; que 31000 enfants sont à la rue, et que 37% des personnes pouvant bénéficier de prestations sociales telles que le RSA ne les réclament pas en raison de la difficulté des démarches à accomplir, ou parfois plus simplement en raison de la honte qu’elles éprouvent à avouer leur situation…

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Etrange superstition pour libre penseur.e

Au théâtre de la politique, il suffit de ne pas craindre de jouer les trublions, de ne pas avoir sa langue dans sa poche, de faire fi des tabous, bref de « cliver » pour capter la lumière. Au risque parfois d’oublier que la lumière peut révéler des failles et des incohérences. De ce point de vue, on ne peut que se réjouir de la constance de journalistes qui ne se satisfont pas des opérations de communication bien organisées et des « éléments de langage » qui mettent l’accent sur certaines facettes d’un personnage public en occultant sciemment d’autres aspects moins clairs ou pas toujours cohérents.

Il faut donc saluer l’excellent portrait de Marlène Schiappa publié par l’hebdomadaire « La Vie » dans sa dernière édition. En quelques mois, la jeune Secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes a réussi à se mettre à dos nombre d’électeurs catholiques (mais pas que..). En 2016 déjà, dans une vidéo de la Fondation Jean Jaurès, elle dénonçait « le joug des religions » et s’insurgeait contre la diffusion de la messe à la télévision. Voici quelques semaines, celle qui s’était affichée aux côtés des plus ardents partisans de l’euthanasie déclarait que le gouvernement allait prochainement ouvrir la PMA à toutes les femmes. Il n’en fallait pas plus pour fâcher ceux pour lesquels ce sont là des points de crispation majeurs. Alors, qu’un hebdomadaire chrétien ose avec elle la rencontre et le questionnement et publie un portrait à la fois bienveillant et sans concession, voilà qui était osé !

Et le résultat vaut la peine d’être lu, car nous y découvrons des facettes jusque-là ignorées d’une femme qui apparaît désormais comme une figure vedette de la macronie. Sans doute ne fallait-il pas aller bien loin pour découvrir que son père n’était autre que le Président de l’Association internationale de la Libre Pensée, organisation qui a mené la bataille en justice contre l’installation de crèches dans les lieux publics et plus récemment contre la croix surmontant la statue de Jean-Paul II à Ploërmel. Ces batailles n’ont rien de surprenant lorsque l’on sait que les statuts de cette organisation présentent « les religions comme un obstacle à l’émancipation de la pensée », soulignant qu’elles détournent les hommes « de leurs buts terrestres en développant dans leur esprit la superstition et la peur de l’au-delà ». En suivant cette affirmation pour le moins caricaturale et erronée, nous aurions donc d’un côté – celui de la « libre pensée » – le culte de la raison, et de l’autre – celui des religions – les superstitions et la peur de la mort. Or, grâce à ce portrait, nous découvrons une femme formée à cette école de pensée qui avoue regretter de n’être pas allée au catéchisme, qui déclare réciter la prière du « Je vous salue Marie » trois fois avant de monter en avion, par peur d’un crash et qui affirme « je me fais ma religion » !

Bien sûr, cet aveu rend Marlène Schiappa plus humaine parce que plus fragile que l’image publique qu’elle tend à se forger. Mais il révèle aussi une certaine incohérence. Sans doute, ne demande-t-elle « à personne de comprendre ses croyances et ses superstitions », mais on reste perplexe lorsque l’on constate que formée à cette école de la Libre Pensée, elle reste attachée à des superstitions, voire à des expressions d’une certaine forme de foi sur lesquelles le culte de la raison et du progrès scientifique n’ont eu aucun effet. Bref, des décennies de combat de cette organisation contre la religion restent vaines, même pour une jeune femme qui a grandi dans cette mouvance.

Cette révélation pourrait demain être exploitée par les adversaires de Marlène Schiappa ; elle souligne dans le même temps une certaine faiblesse intellectuelle qui laisse rêveur. D’abord parce que si ses combats pour l’égalité entre les femmes et les hommes peuvent susciter une très large adhésion, en revanche ceux qu’elle entend livrer sur la PMA engagent notre société bien au-delà des seuls principes d’égalité qu’elle brandit, et seront bien plus délicats à mener. Sans doute campera-t-elle sur ses positions qui se réduisent à l’affirmation d’un vague credo égalitariste. C’est un  peu court pour bousculer les fondements anthropologiques et philosophiques sur lesquels repose la filiation !

Et dans cette bataille, ses superstitions apparaîtront au mieux comme une preuve de légèreté ou une marque d’immaturité, au pire comme un signe de vacuité intellectuelle et morale.

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La démocratie représentative en danger !…

La démocratie est en danger ! Oh, pas parce que des hordes fascisantes s’apprêteraient à renverser le gouvernement, à disperser les parlementaires, à museler les grands médias… Non, plus simplement parce que l’on assiste depuis des mois, des années, à un travail de sape méthodique qui vise, ni plus ni moins, à ruiner ce que nos ancêtres ont mis des générations à bâtir. Plus grave, c’est au nom d’une certaine idée de la démocratie que cet ébranlement systématique est organisé, sans même que soit évoquée la moindre solution de remplacement.

Il est vrai que depuis des années que nous assistons, impuissants, à une crise larvée de notre système démocratique. Incapacité de renouvellement de nos élites, remise en cause par ces dernières des résultats de référendums au motif que les électeurs n’auraient rien compris au choix qui leur était proposé, mise en évidence de la surreprésentation de certaines catégories d’électeurs au détriment de celles qui se seraient abstenues, désenchantement des citoyens et désintérêt pour la chose publique, montée des populismes, etc. sont autant de symptômes alarmants auxquels bien peu de remèdes ont été proposés. Et, depuis quelques mois, d’autres signes sont apparus qui laissent présager des remises en cause plus radicales. Qu’on en juge :

Au lendemain d’une élection dont le résultat ne souffre pas la contestation au regard des règles en vigueur, de beaux esprits font remarquer de tous côtés qu’un taux d’abstention élevé rend un pouvoir et un parlement illégitimes. En clair, quoi qu’ils entreprennent, non seulement nul soutien ne peut leur être accordé, mais surtout les lois adoptées seraient considérées par certains comme nulles et non avenues ! La suite logique est survenue quelques mois plus tard, lors de la contestation du projet de loi réformant le code du travail : le leader d’un parti qui a échoué lors des dernières élections, a revendiqué la loi de la rue pour y trouver la légitimité que les urnes lui avaient refusé.

Très récemment, au cours de l’émission « La Grande table », sur France Culture, la philosophe Sandra Laugier a affirmé : « Dès que l’on a un vote solide derrière soi, est-ce que cela signifie que l’on est mandaté par le peuple, en particulier pour prendre des mesures qui sont très nuisibles à une partie des citoyens, même minoritaire, même très minoritaire ? ». Le seul fait de poser cette question de cette manière, laisse entendre qu’il serait illégitime qu’un pouvoir, fut-il légalement élu, porte atteinte aux droits d’une partie des citoyens. En clair, nous n’avons plus affaire à une société dans laquelle les gouvernants seraient mandatés pour servir l’intérêt général, mais à une société atomisée, éclatée en communautés, en minorités toutes également respectables et qui, à ce titre, ne pourraient accepter que l’on porte atteinte à leurs intérêts.

Dans ce cas, nous pourrions poursuivre le raisonnement jusqu’à l’absurde en ne prenant qu’un exemple : les très riches taxés à raison de leur fortune ou de leurs hauts revenus ne seraient-ils pas en droit de considérer que le gouvernement n’est pas mandaté pour porter atteinte à leurs intérêts ?

Plus sérieusement, pris isolément, ces faits ne mériteraient sans doute pas que l’on s’y attarde. Mais mis en perspective, ils révèlent des évolutions préoccupantes. En effet, des politiques hier (avec le plus parfait cynisme !), des philosophes aujourd’hui (parfois dans la plus totale ingénuité !), répandent peu à peu l’idée que non seulement la démocratie est imparfaite (ce dont chacun peut convenir), mais surtout, qu’elle met en place des gouvernements illégitimes, que la démocratie représentative est obsolète et qu’il est temps d’en changer. Sans pour autant qu’ils prennent soin de préciser par quoi la remplacer ! Nombre de nos concitoyens s’habituent ainsi peu à peu à cette idée, sans même faire la différence entre un gouvernement dénoncé par certains comme illégitime et un gouvernement qui serait antidémocratique, entre des représentants qu’ils peuvent critiquer et des représentants dont il faudrait se passer… Certes, nous savons qu’entre les qualificatifs « illégitime » et « illégal », il y a plus que des nuances. Mais pour combien de temps ?

Derrière ces provocations, apparaît la question du bien commun. Force est de reconnaître l’extrême difficulté qu’il y a, aujourd’hui, à redéfinir ce qui pourrait être ce bien commun. Les grandes échéances électorales auraient dû nous en donner l’occasion. Il n’en a rien été. Or, faute d’être parvenus à redéfinir l’intérêt général, un bien commun sur lequel une majorité de citoyens puisse se mettre d’accord, nous en sommes réduits à une confrontation d’intérêts particuliers. Qui pourrait alors se prévaloir d’une quelconque autorité pour arbitrer entre des intérêts particuliers ou catégoriels ? Pour élever les uns au rang d’intérêt général et abaisser les autres ?…

En réalité, faute de redéfinir simultanément la notion d’intérêt général et des pistes d’amélioration de notre démocratie, nous assistons à un délitement du corps social, à une perte de sens des mots que nous employons pour définir nos règles institutionnelles, et à la mise en place progressive de rapports de forces. Tôt ou tard, cela se traduira par une confrontation explosive. Ce n’est qu’une question de temps.

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La démocratie, victime de la révolte catalane, ?

La révolte catalane serait-elle le premier acte d’une  contestation de grande ampleur contre la démocratie libérale et représentative au nom des passions identitaires ? Pour comprendre ce qui se trame entre Madrid et Barcelone, je vous invite à lire l’article de Benoît Pellistrandi sur le site Telos

https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/le-caractere-inedit-de-la-revolte-catalane.html

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Bienvenue au pays de la délation…

Il aura fallu qu’une actrice raconte qu’elle a été victime d’un prédateur sexuel, qu’elle le désigne nommément, pour que soudain, la parole se libère. Dévoilant au grand jour ce qui, paraît-il, était « bien connu dans le milieu », d’autres ont révélé ce qu’elles avaient également subi. Et l’homme qui, la veille, apparaissait tout puissant se retrouve soudain abandonné de tous et sa carrière de producteur ruinée.

Il avait, dit-on, le pouvoir de faire ou de défaire les carrières de celles qui le sollicitaient. Un pouvoir dont il abusait sur des femmes qui n’avaient d’autre désir que de mettre leur nom au générique d’un film. Après la violence, l’ambition, la soumission, la honte avaient fait le reste, lui assurant des années durant une impunité totale. Jusqu’au jour où…

Aujourd’hui, ces révélations s’accompagnent d’un déchaînement d’une rare virulence sur les réseaux sociaux, aux USA comme en France. Cette affaire après d’autres qui ont, voici quelques mois, mis en cause chez nous l’un des leaders du parti écologiste, produit un effet de ras le bol salutaire. En libérant leur parole, il permet aux femmes humiliées de retrouver leur dignité. Il met aussi fin au sentiment d’impunité dans lequel vivent leurs agresseurs, et pourrait ouvrir la voie à des actions judiciaires.

Pour autant, l’apparition sur Twitter du #BalanceTonPorc destiné à briser l’omerta sur le harcèlement sexuel au travail laisse perplexe. En invitant les femmes à donner le nom de leur agresseur et à fournir des détails sur l’agression dont elles ont été victimes, son initiatrice entre dans la zone dangereuse de la diffamation. Jusqu’à présent, sur les quelques 50 000 tweets comptabilisés dimanche (ce compte Twitter avait été ouvert deux jours plus tôt !), rares sont les femmes ayant désigné leur agresseur, se contentant le plus souvent de raconter des scènes et de citer des propos tenus. Si le risque de poursuites en diffamation reste alors limité, cela instaure cependant un climat de doute quant à la réalité des faits mentionnés en dissociant ces révélations de toute action judiciaire, au risque d’en faire une bulle nauséabonde sans lendemain.

Mais au-delà de la diffamation, le second danger auquel nous expose cette initiative est celui de la banalisation de la délation. Dans un climat d’hyper-sensibilité à l’égard de ce type d’affaires, le tribunal des réseaux sociaux rend inaudible la parole de l’accusé. En quelque sorte, internet se substitue à la Justice, sans en respecter les règles. Car d’un côté, cela prive les victimes de faire reconnaître par un tribunal les agressions qu’elles ont subies tandis que, de l’autre, le passage devant le juge leur imposerait de faire la preuve de ce qu’elles avancent, ce qui est le plus souvent quasi impossible. Au bout du compte, l’infamie, la mise à mort sociale sont inéluctables pour qui se trouve soudain accusé.

Or, s’il s’agit d’un exutoire pour une douleur jusque-là indicible, il n’est pas sûr que cela contribue efficacement au changement culturel profond qui est à l’évidence nécessaire. En outre, ce qui vaut aujourd’hui pour les questions de harcèlement sexuel (comme de pédophilie, d’ailleurs !) pourrait demain s’appliquer à d’autres sujets… Est-on sûr que la suspicion comme mode de traitement de telles déviances permettrait une moralisation de notre société ? Et que cela faciliterait le « vivre ensemble » ?

Sans doute a-t-on oublié que la délation a accompagné les périodes les plus sombres de notre histoire. Sous couvert de patriotisme, elle a fait plus de 200 000 victimes conduites à l’échafaud et à la mort sous la Terreur en 1793. Entre 1940 et 1944, des centaines de courriers ont dénoncé à la Gestapo, aux autorités de Vichy et à la Milice des familles juives, des résistants et d’autres qui ne l’étaient pas. En 1945, l’épuration a parfois répété les mêmes errements, la simple dénonciation octroyant au passage à certains collaborateurs un tardif brevet de patriotisme.

Chaque fois, la haine de l’autre, la jalousie souvent, la lâcheté toujours, ont été les carburants d’un mécanisme indigne et souvent mortel. Chaque fois les principes les plus élémentaires de la Justice ont été bafoués. Avons-nous vraiment envie de redevenir un pays de délation ?

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« La fragilité des grands principes… »

L’état d’urgence, il fallait bien en sortir un jour ! Depuis les attentats du 13 novembre 2015, nous vivons sous le régime de l’état d’urgence, régulièrement prorogé. La dernière prolongation devant s’achever le 1er novembre prochain, trois possibilités s’offraient au gouvernement : faire adopter une énième prolongation, mettre en œuvre une nouvelle loi antiterroriste ou revenir à l’état de droit initial. L’assassinat de deux jeunes femmes à Marseille, les attentats déjoués démontrent s’il en était besoin, que la menace terroriste n’a guère diminué. Dans ce contexte, impossible de donner l’impression de baisser la garde.

C’est ainsi que, dans une indifférence quasi-générale, et au grand dam des défenseurs scrupuleux de nos libertés, seront pérennisées dans notre droit commun certaines dispositions d’un état d’exception. Cela confirme qu’un pouvoir quel qu’il soit, conduit à instaurer un « état d’urgence » le fait sans même envisager le coup d’après, c’est à dire la manière d’en sortir… Et au final, on n’en sort qu’en rognant un peu plus sur nos libertés.

Pour comprendre la logique dans laquelle nous semblons inexorablement entraînés, il est fort utile de lire le bref ouvrage que vient de publier François Sureau intitulé « Pour la Liberté »*. François Sureau est un personnage singulier. Romancier, ancien conseiller d’Etat, juriste présidant une association d’accueil des réfugiés, proche de François Fillon, il est l’avocat de la Ligue des Droits de l’Homme. A ce titre, et dans le cadre de la procédure des Questions prioritaires de Constitutionnalité, il a plaidé à trois reprises devant le Conseil Constitutionnel la non conformité à notre Constitution de dispositions législatives relatives à l’état d’urgence. La première visait à pénaliser la consultation de sites terroristes. La seconde créait un délit « d’entreprise individuelle terroriste ». La troisième entravait la liberté d’aller et venir. A trois reprises, il l’a emporté, la haute juridiction ayant annulé les dispositions prévues dans les textes.

La lecture de cet ouvrage qui réunit les textes de ses brillantes plaidoiries nous rappelle que si « les temps sont difficiles », cela ne nous autorise en rien à fouler aux pieds les principes qui fondent notre démocratie, sauf à donner la victoire à ses adversaires par une sorte de « soumission totale aux modes de pensée des adversaires de nos mœurs ». Et François Sureau d’affirmer : « la tristesse de ce temps ne tient pas seulement à ce climat de violence civile nouveau pour notre génération de citoyens. Il tient aussi à l’évidente fragilité des grands principes dans notre conscience même ». Une bonne manière de nous interpeler : aurions-nous oublié les principes pour lesquels nos parents, et avant eux nos ancêtres se sont battus au péril de leur vie ? Serions nous devenus incapables de les défendre, de les partager ?

S’il démontre que certaines dispositions sont contraires aux principes fondamentaux de notre droit, François Sureau va plus loin. Son propos attire notre attention sur la logique dans laquelle elles s’inscrivent. Et, au-delà du sujet sur lesquels portent ses trois plaidoiries, il relève que désormais les logiques administrative et policière l’emportent sur d’autres préoccupations. Ainsi, c’est le Ministère de l’Intérieur qui a la main lorsqu’il s’agit de rédiger un projet de loi antiterroriste. Pas étonnant alors que les textes qui en résultent fassent appel à des mots attrape-tout, à des concepts flous dont s’accommode une police soucieuse de limiter les entraves que des textes précis pourraient mettre à son action. Mais chacun sait que le diable se niche dans les détails c’est à dire dans le flou, les mots vagues et imprécis. C’est là, au moins en partie, la conséquence de la perte d’influence du Ministère de la Justice dans l’élaboration des lois, y compris lorsque celles-ci peuvent, de près ou de loin, concerner nos libertés publiques. Comme si ces questions étaient trop sensibles pour être laissées entre les mains de magistrats…

Bien sûr, s’est largement répandue dans l’opinion publique l’idée que dès lors que l’on n’a rien à se reprocher, peu nous importe que l’on élargisse le périmètre des contrôles, interpellations et palpations laissées à l’appréciation des forces de l’ordre. Peu nous importe que l’on assigne à résidence un individu qui pourrait devenir dangereux, même s’il n’y a de sa part pas le moindre indice d’un commencement d’exécution d’un quelconque projet criminel. Peu nous importe que soient prises avec l’aval du « juge des libertés » des mesures à l’encontre d’un individu au seul motif que celui-ci aura été mentionné dans une « note blanche** » interne aux services de police. Oui, mais voilà, cet individu qui n’est pas nous pourrait le devenir demain au seul motif qu’il nous prendrait l’idée de nous opposer à la politique d’un gouvernement et que celui-ci disposerait alors d’un arsenal législatif suffisant…

François Sureau croit en la vertu du droit. Mais il constate qu’après « chaque attentat, des ministres bien intentionnés recommandent de continuer à se distraire comme s’il s’agissait d’un acte de résistance, alors que de l’autre main ils nous introduisent dans l’univers si commode pour eux, si dégradant pour nous, de la servitude administrative ». Et il souligne : « je ne sais rien de plus triste ni de plus humiliant que cet abaissement et cette hypocrisie ». En sommes-nous réduits à ce constant abaissement, à cette hypocrisie ?

* « Pour la liberté » par François Sureau – éditions Tallandier essais 78 pages

** Sont appelées « notes blanches » des notes internes aux administrations, notamment aux services de police, qui n’ont ni en-tête ni signature

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Sombre dimanche pour la démocratie…

Chacun se croit autorisé à avoir un avis sur la question catalane. Les uns pour s’étonner qu’un pays démocratique refuse la procédure en apparence la plus démocratique : celle du référendum. Les autres, pour rester crispés autour d’un juridisme strict et refuser de prendre en compte – au point de vouloir l’empêcher – un vote somme toute illégal eu égard à la loi constitutionnelle espagnole.

Nous pouvons observer la crise catalane comme une affaire exclusivement intérieure qui ne concernerait que l’Espagne. Nous pouvons débattre à l’infini des causes profondes du séparatisme catalan. Nous pouvons dénoncer aussi bien la provocation des autorités de Catalogne que la force opposée par le pouvoir madrilène à ce que l’on pouvait considérer comme un simulacre de consultation. Et, au-delà, s’inquiéter de la difficulté à trouver une issue à la crise. Il reste que, quoi qu’il arrive, ce 1er octobre aura été, et pas seulement pour les Espagnols, un sombre dimanche pour la démocratie.

En effet, à première vue, il nous semble invraisemblable qu’un état démocratique réponde aux urnes par la force, parce qu’en démocratie, l’expression du suffrage universel est source de toute légitimité. Priver un peuple du droit de se rendre aux urnes relèverait donc d’une logique totalitaire. Pour autant on ne peut nier que l’appel aux urnes ait été imposé par les séparatistes qui ont fait fi du cadre constitutionnel en vigueur en Espagne. Or, il n’y a pas de démocratie sans respect d’un cadre légal. Si l’on ajoute que les indépendantistes ont mené une campagne au cours de laquelle leurs opposants n’avaient que peu de possibilités de se faire entendre, on serait tenté de dire « bonjour la démocratie ! »…

La crise catalane ne serait-elle au bout du compte que l’une des facettes de celle que traversent nos démocraties, caractérisée par la défiance grandissante à l’égard des choix effectués par leurs électeurs ? Rappelons nous : le Traité constitutionnel européen est rejeté par les Néerlandais et par les Français en 2005 ? Qu’importe, les dirigeants européens trouvent une solution pour en appliquer l’essentiel des dispositions sans tenir compte du vote de ces peuples ! Au lendemain de la consultation sur le Brexit en Grande Bretagne, des voix s’élèvent pour faire remarquer que les électeurs n’ont pas toujours raison, comme pour avancer l’idée qu’après tout, on pourrait aussi bien ne tenir aucun compte de leur vote… En 2016, la France ne sait plus comment sortir de la polémique sur le projet d’aéroport Notre Dame des Landes ? Le Président de la République ne trouve rien de mieux que de faire organiser un référendum dont les résultats pourtant clairs ne sont suivis d’aucun effet ! Les élections présidentielles désignent un Président ? Des voix en contestent aussitôt la légitimité en raison du nombre des abstentionnistes…

Bien sûr, on pourra toujours observer que les libertés fondamentales sont, en Europe occidentale, bien mieux respectées que dans d’autres zones géographiques. Tout comme y est globalement respectée la séparation des pouvoirs. Il n’en reste pas moins que la liste est longue de ces faits et de ces déclarations qui mettent à mal la souveraineté populaire et suscitent le doute quant à la pertinence du modèle démocratique, et des valeurs sur lesquelles il repose. Et il serait vain, après cela, de vouloir donner des leçons à des peuples d’Afrique, du Moyen Orient ou d’Asie ou de tenter d’y exporter notre modèle.

En réalité, cette crise de la démocratie est indissociable de l’affaiblissement des états que nous constatons depuis plusieurs décennies. Affaiblissement face aux géants de l’économie et aux logiques financières qui ne connaissent pas les frontières. Affaiblissement lorsque l’Etat-Providence n’a plus les moyens d’assurer ses missions principales. Affaiblissement lorsque des transferts de compétence au profit de l’Union Européenne sont pour nos dirigeants autant d’alibis de leur impuissance sur le mode « c’est pas nous, c’est Bruxelles ! ». Ajoutons à cela les abandons de prérogatives au profit de collectivités territoriales qui, sans pour autant disposer de davantage de moyens, deviennent des états dans l’Etat. Cela est aussi vrai en France qu’en Espagne, par exemple. Il en résulte une désaffection à l’égard de l’Etat, tandis que la démocratie locale n’en a pas pour autant été revivifiée.

Depuis quelques années, la France connaît des soubresauts qui sont autant d’appels à une plus grande qualité démocratique, qui nous invitent à rapprocher les citoyens des centres de décisions qui les concernent directement. Mais si force doit rester à la loi et non à la rue, encore faut-il trouver et mettre en œuvre les moyens de rénover notre démocratie. Et par là montrer que nous avons retenu la leçon catalane. Car quand Madrid répond aux urnes par la force, n’est-ce pas l’aveu d’un pouvoir qui a déjà compris que l’essentiel lui échappait ?

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Les urnes ou la rue ?

Sur une falaise de Normandie surplombant une plage de sable fin, des milliers de tombes blanches rappellent le sacrifice de ceux qui sont tombés ici pour que cesse la barbarie nazie. Et la « Route de la Liberté » qui va des plages normandes jusqu’à Berlin est jalonnée de ces cimetières militaires qui rappellent combien ce combat a coûté en vies humaines. Sans doute Jean-Luc Mélanchon aurait-il été bien inspiré de venir ici méditer sur le « pouvoir de la rue » plutôt que de proférer une contre-vérité historique…

Oublions la stupidité de ce propos. Oublions le cynisme qu’il recouvre car pour faire vibrer « les gens », certains n’en sont pas à une énormité près… Et interrogeons nous plutôt sur le rapport entre la rue et la démocratie, entre le peuple et ses représentants élus.

L’élection d’Emmanuel Macron est due à un phénomène de décomposition politique doublé d’une sorte de fatigue démocratique qui s’est traduite notamment par un taux élevé d’abstention. Pour autant, nul ne peut oublier que le suffrage universel a, sans contestation possible et en vertu de règles claires, désigné un Président de la République et lui a donné une nette majorité parlementaire. Bien mal inspirés sont donc ceux qui en contestent la légitimité, surtout lorsque leur propre élection comme député repose sur une base électorale elle-même tronquée en raison d’une forte abstention.

Lorsque le leader des « insoumis » dénonce un « coup d’état » à propos des ordonnances sur le droit du travail, il quitte le registre de la transgression dont raffolent les médias pour se livrer à un glissement sémantique d’une réelle gravité puisqu’il évoque explicitement la violation des règles démocratiques fondamentales. Or, quoi qu’on en pense, ce n’est pas le cas s’agissant de mesures relatives au droit du travail. Qu’un pouvoir démocratiquement élu selon les règles de notre République entende appliquer le programme sur lequel il s’est fait élire et cela dans le cadre d’ordonnances prévues par nos institutions, voilà qui serait, selon Jean-Luc Mélanchon digne d’un dictateur ! En réalité, celui qui est devenu le principal opposant à Emmanuel Macron poursuit inlassablement son travail de sape. Après avoir liquidé le parti socialiste dont il était issu, le voilà qui s’attaque à notre édifice démocratique  en tentant de le délégitimer …

Ce serait anecdotique si l’histoire ne nous avait pas enseigné que les mots ont aussi pour rôle de préparer les esprits à des soubresauts. Or, aujourd’hui, les propos du leader de la France Insoumise s’accompagnent de la part de l’ultra gauche d’incitations à la violence, de justification d’actes inacceptables (on l’a vu au sujet du procès de manifestants contre la loi travail accusés d’avoir mis le feu à une voiture de police et violemment agressé ses occupants), d’incendies volontaires… Ce qui est recherché ici, ce n’est ni plus ni moins que l’instauration d’un climat dans lequel la paralysie du pouvoir et du pays se rejoignent au risque de conduire aux pires excès et aux aventures les plus dangereuses. Les ordonnances sur le droit du travail n’en sont que le prétexte car, en l’espèce, la France Insoumise s’est substituée aux organisations syndicales en dissociant son propre combat du leur. Celles-ci savent battre le pavé pour établir un rapport de forces. C’est ainsi, et ainsi seulement, que la rue peut peser sur le débat démocratique. De là à substituer la rue aux représentants élus du peuple, il y a un fossé que l’on ne saurait franchir sans entrer dans une logique putschiste. Certains l’avaient tenté en février 34. Jean-Luc Mélanchon devrait s’en souvenir…

Bien sûr, les promesses non tenues, l’échec successif de la droite et de la gauche ont suscité un réel désenchantement de nos concitoyens à l’égard des urnes. Le non respect du résultat du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen leur a donné le sentiment que peu importait leur vote. Plus récemment, le fait que le référendum organisé en juin 2016 au sujet du projet d’aéroport «Notre Dame des Landes » n’ait pas été suivi d’effet ne pouvait que renforcer cette impression. Ce doute démocratique oblige donc le chef de l’Etat à en prendre toute la mesure et à mettre en œuvre les réformes institutionnelles qui seraient de nature à redonner le goût des urnes à nos concitoyens. Mais ce n’est pas en donnant un pouvoir quel qu’il soit à la rue que l’on y parviendra. Ce n’est pas parce que l’on s’installe Place de la République que l’on peut en tirer la moindre légitimité. Nous savons, avec l’expérience de Nuit Debout que la parole peut y être confisquée au profit exclusif de certains.

Non, la rue n’est pas toujours la route de la liberté !

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Avis de tempête !

A l’heure où les écoliers se remettaient au travail, médias et réseaux sociaux s’enflammaient pour un mot : fainéant ! Il y a quelques années, nous en étions au temps des petites phrases qui, tirées de leur contexte, faisaient le buzz. Aujourd’hui, tragique réduction du domaine de la réflexion, on ne prend même plus la peine d’écouter la phrase, on ne cherche pas le sens du propos, on se contente de prendre un seul mot et de l’agiter en tous sens pour faire polémique !

Beau progrès, bel exemple pour nos élèves ! Et vous voudriez qu’ils consacrent un peu de leur temps à l’analyse de textes, qu’ils éprouvent de l’intérêt pour la réflexion, qu’ils maîtrisent les subtilités de la langue ? Rude tâche pour leurs enseignants, quand la société et les médias font exactement l’inverse, donnant l’exemple de la paresse intellectuelle !

A peine cette polémique était elle balayée par les vents mauvais d’Irma, qu’un nouveau sujet revenait dans l’actualité : la PMA pour toutes. A en croire ses promoteurs, ce ne serait que justice que de permettre à toutes les femmes sans distinction de préférence sexuelle, et sans qu’il soit tenu compte d’une quelconque infertilité pathologique, de pouvoir accéder à ce « droit » d’avoir un enfant sans être contraintes de faire un coûteux détour par la Belgique ou l’Espagne. Pour le coup, nous voilà sur un sujet sérieux, de ceux qui peuvent, si l’on n’y prend garde, faire descendre dans la rue des milliers d’opposants, refaire l’unité des conservateurs de tout poil contre un gouvernement qui se qualifierait de moderniste : avis de tempête en prévision !

Bien sûr, les promoteurs de cette PMA pour toutes n’ont pas oublié que même si l’on prétend agir sur ce sujet de manière « apaisée *», leurs opposants ne sont pas prêts à laisser refaire le coup de la loi Taubira sans se mobiliser. Lors du Pacs, on nous avait dit : « non, ce n’est pas un mariage homosexuel ». Lors des débats sur le mariage de personnes de même sexe, on nous a dit : « ni PMA ni GPA ». Et maintenant on nous dit : « rassurez-vous : la GPA, pas question ». Cette fois on prétendra, aussi, pour rassurer les braves gens qui n’y verront que du feu, que ce droit opposable à l’enfant ne nous enlèvera aucun droit et permettra seulement à celles qui en sont privées d’en disposer. La belle affaire !

Oubliés les débats sur la révision du code du travail, oubliée l’opposition irréductible des anti-libéraux à l’égard du gouvernement : voilà un sujet qui permettrait de refaire l’unité des libéraux-libertaires et des anti-libéraux : on n’est pas à un paradoxe près !.. La voilà l’opportunité rêvée de stigmatiser et de caricaturer une fois de plus ces cathos-ringards nostalgiques de la famille d’autrefois, ces tradis issus des beaux quartiers de Versailles-Neuilly-Passy ! D’autant que pour faciliter les choses, on prend soin d’écarter la question qui fâche le plus, celle de la GPA, cette grossesse pour acheteurs qui révulse nombre de féministes au motif qu’il s’agit d’une merchandisation du corps de la femme.

Cependant, ce qui est en cause, ce n’est ni la considération que l’on porte aux couples homosexuels, ni une prétendue égalité des droits. C’est le fait de prétexter l’égalité pour réclamer, au profit d’une catégorie (quelque respectable qu’elle soit) l’instauration d’un droit qui n’existe pas. C’est le fait de décider par la loi de priver un enfant de père comme la GPA serait une manière de le priver de sa mère. C’est le fait d’instaurer une inégalité entre les enfants qui ont un père et ceux qui en seront légalement privés. Au final, c’est donc la considération que l’on porte aux les êtres les plus fragiles, ceux qui ne peuvent s’exprimer et qui, de ce fait, on le plus besoin de la protection du droit : les enfants.

En outre, comment pourra-t-on, au nom même de l’égalité, s’opposer demain à la GPA pour les couples d’hommes alors que l’on aura créé un droit à l’enfant opposable pour les couples de femmes ? Dans les deux cas, une même logique est à l’œuvre : le désir est roi, l’enfant devient non seulement un droit, mais l’objet d’un trafic. Trafic de gamètes dans le cas de la PMA pour toutes puisqu’aujourd’hui, le nombre de donneurs de sperme est insuffisant pour répondre à la demande (ce qui pourrait ouvrir la voie pour une « rémunération » de ces donneurs) ; trafic d’enfants et location d’utérus dans le cas de la GPA.

Si l’on en croit l’avis du Comité consultatif national d’éthique en date du 15 juin dernier, cette ouverture de la PMA à toutes les femmes « se concevrait pour pallier à une souffrance ressentie du fait d’une infécondité » due à des orientations personnelles. Comment oublier que cette phrase, à elle seule, servira, au sujet des couples d’hommes, d’argument aux promoteurs de la GPA lesquels dissimulent leur business derrière des considérations sur une pseudo « GPA éthique » ?

Alors, il faudra bien un jour mettre sur la table les questions d’argent. Car tout cela occulte le fait que la PMA est aussi un marché très lucratif ! Et dans le débat, il faudra se poser – au nom de l’égalité – la question du remboursement de la PMA par la Sécurité sociale, sinon, ce sera juste le luxe de celles qui en auront les moyens. En faisant observer que dans le cas de couples de femmes, l’infertilité n’est pas pathologique mais résulte d’une orientation personnelle, cela ouvrirait des droits à remboursement pour une multitude d’autres interventions et actes qui ne répondent pas à un besoin thérapeutique. En période de tension budgétaire, bon courage à ceux qui, pour des raisons d’équilibre financier, devront ensuite annoncer le déremboursement de certains médicaments !…

Dans les débats qui s’annoncent, les fainéants seront ceux qui sans se soucier des questions de fond, sans se soucier de savoir dans quel monde cela nous entraîne, choisiront la facilité qui consiste à se réfugier derrière un prétendu principe d’égalité ou l’argument selon lequel d’autres pays l’ayant fait, il n’y a pas de raison de ne pas faire comme eux. Faire des bêtises au motif que son voisin les a faites est un argument que même un écolier attardé n’oserait plus avancer !..

* « Agir de manière apaisée » : ce sont les termes employé par le candidat Emmanuel Macron à ce sujet lors d’une interview à la Croix le 13 mars dernier.

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« Politique et société »

Que le pape accepte de se livrer, durant un an à une série d’entretiens avec un chercheur français, voilà qui est peu banal ! Dans ces entretiens avec Dominique Wolton, ils abordent sans détour des sujets aussi variés et complexes que l’émigration, l’Europe, la diversité culturelle, la guerre et la paix, l’Islam, l’histoire de l’Eglise, la laïcité, la tradition et la modernité, les médias, la place des femmes dans l’Eglise.. On ne trouve ici ni « langue de buis » propre aux milieux ecclésiastiques, ni jargon de sociologue ou de chercheur en communication. Cela donne un livre intitulé « Politique et société », ouvrage d’une rare densité qui mérite le détour !

A retrouver sur ce blog dans la rubrique « Notes de lecture ».

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