Pour l’été… « Le Choc des incultures »

Le temps de l’été ce blog prendra une nouvelle fois des chemins de traverses. Ceux que nous ont proposé certains auteurs au cours des derniers mois, dans des ouvrages qui méritent que l’on s’y arrête. Culture, identité, religions, Islam… sont des mots qui ont marqué l’année qui vient de s’écouler avec ses drames, ses passions, ses surprises. Je vous propose  de les revisiter au cours des semaines qui viennent.

Pour commencer, des réflexions sur culture et identité que nous propose Francis Balle au travers de quelques extraits de son récent essai « Le choc des incultures » que je vous encourage vivement à lire.

« Ce que l’hypermodernité fait apparaître depuis la destruction des tours jumelles de New-York en 2001, davantage encore à la faveur de la numérisation progressive des médias après 2005, et de la plupart des activités humaines depuis, plutôt qu’au lendemain de l’effondrement du système spicétique entre 1989 et 1991, c’est le rapport de force dont les cultures sont les instruments, celui-là même dont la vraie culture constitue, en dernière analyse, l’ultime et véritable enjeu.

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La quête éperdue d’une identité – ce que l’on appelle, communément et maladroitement, la « crise des identités » – est le fruit amer d’une époque qui chante les louanges de la « communication » et qui voit la multiplication effrénée des échanges entre les hommes, les pays et les civilisations. Cette quête sisyphéenne n’est que la mise en lumière, dans une période d’échanges accrus, de cette vocation de l’humanité à « fabriquer » des différences. Le « propre » de l’homme, son état de nature, c’est précisément la culture.

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Le danger, pour le XXI° siècle, n’est pas celui de l’américanisation à marche forcée. Il n’est pas davantage dans le « choc des civilisations » – l’ « Occident » contre l’ « Islam », comme s’il n’y avait qu’un islam et comme si l’Occident, à travers son industrie, son droit et son horizon d’espérance, ne représentait pas, pour beaucoup, une étape nouvelle de l’aventure humaine. Il ne résulte pas non plus de la seule rivalité entre les puissances économiques, du moins telle que l’on peut aujourd’hui l’entrevoir, entre l’ensemble américain, l’Asie-Pacifique, l’Europe élargie et les pays émergents ou réémergents. il provient surtout des excès ou des dérives de chacune des cultures qui traversent les sociétés d’aujourd’hui et influent conjointement sur chacun de nous. Il résulte de l’addition de ces excès et de ces dérives et, plus encore, de l’effet d’entraînement de certaines de ces dérives .

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Le culte qu’un peuple voue à son patrimoine n’a pas seulement pour vertu de fonder son amour-propre ; il est aussi une voie de passage pour la rencontre avec les autres peuples. C’est par le truchement des œuvres de leur « vraie » culture que les pays ou les peuples peuvent le plus aisément engager le dialogue, apprendre à se respecter les uns les autres, prendre conscience de leur destin commun, se sentir moins étrangers les uns des autres.

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Si l’on prétend, si peu que ce soit (et autrement que par de vaines incantations en faveur du dialogue entre civilisations), réparer les dégâts occasionnés par ce qu’il appelle le « dérèglement du monde », il faut réentendre l’avertissement d’Amin Maalouf qui, dès 1998, s’inquiétait de ce qu’il appelait « les identités meurtrières ». « Pour aller résolument vers l’autre, écrivait-il, il faut avoir les bras ouverts et la tête haute, et l’on ne peut avoir les bras ouverts que si l’on a la tête haute* ».

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De la belle formule de Maalouf, tirons la leçon d’abord pour nous-mêmes. Nous n’avons pas encore pris la mesure des dégâts commis par notre désintérêt pour les humanités, les nôtres et celles des autres, contemporaines ou anciennes, que depuis l’école primaire jusqu’à l’université, nous n’avons cessé de réduire à la proportion congrue.

La France s’enorgueillit, à bon droit, s’être une nation littéraire, admirée, voire aimée pour cette raison. Depuis un demi-siècle, elle a pourtant abandonné ce que le monde entier nous envie, au cœur même de l’institution qui devrait être en première ligne : l’école.

De ce lâche abandon, la gauche et la droite sont pareillement coupables : les plus productivistes, à droite, parce que les humanités sont à leurs yeux inutiles ; les plus idéologues, à gauche, parce qu’ils soupçonnent ces mêmes humanités de reproduire les inégalités sociales en favorisant les héritiers de la bourgeoisie. Ni les uns ni les autres ne perçoivent que cet abandon entraine immanquablement les médias, soumis aux lois du marché et non à celles qu’ils rêveraient d’imposer, dans la voie de la médiocrité. L’information tend au bavardage sans fin et aux débats simplistes, les divertissements se coupent de la seule culture aux sources de laquelle ils devraient s’abreuver »…

Francis Balle « Le Choc des incultures » – 142p. éditions de l’Archipel 2016.

* Amin Maalouf « les identités meurtrières » (éd.Grasset 1998)

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Santa subito !

En avril 2005 à Rome, lors des obsèques du Pape Jean-Paul II, de nombreux catholiques se sont écriés « Santo subito ! », réclamant ainsi qu’il soit canonisé sans attendre. Le 30 juin dernier, quelques heures à peine après l’annonce du décès de Simone Veil, les pétitions commençaient à circuler pour réclamer qu’elle soit inhumée au Panthéon*. Serait-elle déjà considérée comme une sainte laïque ?

Ce parallèle ne plaira sans doute pas à ceux qui, en raison de leurs convictions, n’ont jamais vraiment pardonné à Simone Veil la loi qui porte son nom et qui a dépénalisé l’avortement. Au-delà, il y a lieu de s’interroger sur ce qui a inspiré un tel mouvement, quasi unanime, de l’opinion. Qui cherche-t-on ainsi à honorer ? Serait-ce l’ancienne déportée – matricule 78651 – revenue d’Auschwitz ? L’infatigable témoin de cette tragédie qui se faisait un devoir d’en partager la mémoire ? A moins que ce ne fut l’inlassable militante de la construction européenne qui professait le refus de la haine, l’impérieuse nécessité du pardon entre des « peuples condamnés à vivre ensemble » ?

Un peu tout cela, sans doute, mais aussi plus certainement, la femme politique qui, bien que réservée à l’égard des ultras du féminisme, a permis des avancées significatives de la condition féminine. Et c’est là que les éloges se noient dans cette zone grise où prospèrent les ambigüités, les simplifications hâtives et une manière de réécrire l’histoire au profit d’arrière-pensées fort peu innocentes. Car enfin, Simone Veil n’était pas, tant s’en faut, la militante d’un avortement de convenances ! Oublie-t-on que l’objectif de sa loi de 1974 était de mettre un terme aux 300 000 avortements clandestins auxquelles étaient alors réduites nombre de femmes en détresse ? Oublie-t-on que Simone Veil n’avait cessé de rappeler que « chaque avortement est un drame et un échec » ? Oublie-t-on qu’elle avait pris soin d’encadrer ce « droit à l’avortement » d’un certain nombre de contraintes pour éviter sa banalisation ? Mais tout cela a été occulté par celles et ceux qui ont préféré voir dans la loi de 1974 une porte ouverte dans laquelle ils allaient s’engouffrer pour imposer peu à peu leurs vues. Cela a encore été le cas en décembre dernier avec l’instauration du « délit d’entrave numérique » à l’avortement…

Nous voilà confrontés à l’étrange paradoxe d’une société qui, dans le même temps, honore celle qui avait conçu un texte de loi équilibré et n’a de cesse de rompre cet équilibre. Il est vrai que dans des débats où la passion l’emporte sur la raison, le seul fait d’émettre une opinion qui s’écarte du politiquement correct ne suscite que des sarcasmes. C’est ainsi que la participation de Simone Veil à la « Manif pour tous » avait été moquée par ceux qui se refusaient à y voir l’expression d’une conscience soucieuse du bien commun, toujours cohérente, et considéraient qu’il ne s’agissait là que du signe d’un déclin dû à son grand âge. Leur attitude pourrait se résumer de la manière suivante : quand une grande figure s’exprime, retenons ce qui nous arrange, dénigrons le reste !

Si les visiteurs du Panthéon, après que Simone Veil y ait fait son entrée, ne retenaient que cela et se laissaient prendre à cette dérive, ce serait une tragique méprise. Pire : une forme de trahison à l’égard de ce qu’elle fut.

* Alors que son père, sa mère, son frère, séparés dans l’horreur des camps restent à jamais sans sépulture, comment aurait-on pu, fût-ce au Panthéon, séparer Simone Veil de son mari décédé en 2013 ?

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L’ère du soupçon

Après la campagne électorale que nous avons subie, pouvait-on espérer autre chose ? A peine nommés, quatre ministres sont suspectés, l’un d’avoir tiré parti de sa situation pour réaliser en famille une profitable opération immobilière, les trois autres, d’avoir abusé de mandats d’élus européens pour faire salarier comme assistants parlementaires des collaborateurs de leur propre parti. Et les voilà promptement exfiltrés. A peine élue, une jeune députée qui travaillait auparavant dans un cabinet de lobbying européen à Bruxelles se trouve en butte à des critiques de la part de certains médias considérant que sa position « pose de sérieuses questions quant à de potentiels conflits d’intérêts ». Bref, avant même d’avoir mis les pieds à l’Assemblée Nationale, et bien que n’exerçant plus son activité professionnelle, elle était suspecte de vouloir violer les règles en vigueur en la matière. Et sa légitimité d’élue du suffrage universel, sérieusement contestée.

Au tribunal des médias et des réseaux sociaux, plus besoin d’avocats de la défense : ceux-ci sont inaudibles. La sérénité indispensable au bon fonctionnement de la Justice est absente. Enfin, pas même besoin de sentence : elle semble déjà prononcée par les accusateurs. Bref, la suspicion vaut condamnation…

Depuis quelques mois, les déchaînements de ce type sont devenus monnaie courante. Et nous posent de multiples questions.

La première porte sur le nouveau puritanisme qui entre en vigueur et définit la morale publique de manière quasi totalitaire. Nous savons bien que nous sommes confrontés à une défaite morale et qu’il est urgent de redéfinir l’éthique publique. Mais cela doit-il se faire de cette manière ? Où sont nos penseurs dans ce débat ? Celui-ci serait-il déjà confisqué par des médias volontiers donneurs de leçons, et pas toujours exempts eux-mêmes de critiques ? Et d’où tireraient-ils la légitimité leur permettant s’ériger en autorité morale apte à définir les règles qui s’imposent aux gouvernants comme à l’ensemble de la société ? Qu’ils constituent un contre-pouvoir, voilà qui est louable. Qu’ils se prennent pour des justiciers exerçant une justice dont ils définissent eux-mêmes les règles, voilà qui est préoccupant. On aurait envie d’entendre davantage juristes et philosophes s’emparer de ce sujet…

La seconde se résume ainsi : sommes-nous passés de la présomption d’innocence à la présomption de culpabilité ? Comme le souligne dans une interview au « Point » Dominique de la Garanderie, ancienne Bâtonnière du barreau de Paris, « la présomption d’innocence a volé en éclats ». Cette présomption d’innocence qui découle de l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, implique que tout accusé a droit à une justice équitable et impartiale. Peut-on encore parler d’impartialité lorsque l’instruction est publique et essentiellement à charge ? Et avons-nous oublié que la présomption d’innocence est un principe juridique essentiel pour la protection des individus et de leurs droits ? La fouler aux pieds, c’est inévitablement provoquer des dégâts humains considérables. Sommes-nous devenus cyniques au point de ne pas nous en préoccuper ?

La troisième concerne directement notre vie publique, ses mécanismes, son financement et le recrutement de nos élus. Pour un parlementaire, qu’il soit national ou européen, les frontières sont nécessairement floues entre le caractère local des responsabilités qu’il exerce et celles qu’il assume au sein d’une formation politique. Les positions qu’il prend sont à la fois le fruit d’une expertise, d’une présence sur le terrain auprès de ses électeurs, du travail en relation étroite avec les administrations, et enfin des réflexions collectives menées au sein de la formation politique qui l’a investi, y compris avec des collaborateurs. Enfin, à l’heure de la mobilité et du télétravail, peut-on sérieusement affirmer que pour travailler sur des dossiers européens, il faut nécessairement et exclusivement être localisé à Bruxelles ou à Strasbourg ? Alors, qui peut dire sans crainte de se tromper, où commence le travail d’un assistant et où se termine celui d’un permanent de parti politique ? Il ne s’agit pas ici d’excuser toute dérive, mais seulement de raison garder dans la manière de traiter ce sujet, et de veiller à éviter les confusions…

S’agissant enfin du recrutement de nos élus, il faut être clair : pour éviter tout risque de conflit d’intérêt, faudrait-il interdire les fonctions électives à toute personne ayant exercé une activité dans une entreprise privée ou dans un cadre libéral, mais pas à un militant syndical ou à un fonctionnaire ? Curieuse conception de la représentativité de nos élus, curieuse conception de l’équilibre qui consisterait à estimer qu’un fonctionnaire ou un militant syndical seraient nécessairement purs dans leurs intentions tandis que celui qui a, dans le passé, défendu des intérêts particuliers, serait a priori suspect… Et l’on s’étonnera ensuite que la représentation nationale soit déconnectée des réalités du terrain et de l’économie !

Tout cela nous invite à nous rappeler que l’éthique n’est pas qu’un ensemble de règles morales qui s’imposent, mais qu’elle est aussi un appel à la responsabilité des femmes et des hommes auxquels nous confions les rênes de nos collectivités territoriales ou de la Nation. Enfin et surtout, craignons de vivre dans une société qui serait entrée dans l’ère du soupçon…

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Irréconciliables ?…

Comment mieux résumer en deux phrases la faillite des partis de gouvernement : « Il n’y a plus grand chose de commun entre nous » ; « Les idées ne sont jamais débattues ». Le propos de Xavier Bertrand, président de la région Hauts de France décrit la situation de son parti Les Républicains. Mais il aurait tout aussi bien pu être prononcé par un leader socialiste.

La première de ces deux phrases dit en termes pudiques les querelles d’égo, le bal des ambitieux, les alliances tactiques qui obéissent à des considérations personnelles plus qu’à la définition de projets collectifs. Et elle camouffle les haines accumulées, les tentatives de déstabilisation, les coups tordus émanant de leur propre camp qui ont visé aussi bien François Fillon qu’Alain Juppé à droite, François Hollande, Manuel Valls ou encore Benoît Hamon à gauche. Sans doute les partis concourent-ils à l’expression de la vie démocratique en sélectionnant en leur sein celles et ceux qui peuvent à tous les niveaux, local régional ou national, exercer le pouvoir. Mais ce sont les mécanismes et les critères de cette sélection qui apparaissent désormais pervertis au point de devenir inopérants.

Les institutions de la Vème République et surtout l’élection du Président de la République au suffrage universel direct ne sont pas sans effet sur cette évolution des grands partis politiques. A droite, répondant à cette logique des institutions, le culte du chef a transformé la conquête du pouvoir et son exercice en un parcours d’obstacles où des courtisans se rassemblent en écuries concurrentes pour se disputer la mainmise sur le parti, ses finances et sa force militante. A gauche, le goût de la « synthèse » chère au Parti socialiste a été peu à peu dévoyé au profit de la recherche du plus petit commun dénominateur. Au point que le PS en a oublié le caractère éminemment réducteur que résume le qualificatif « petit »…

S’agissant des idées, force est de reconnaître qu’à droite, comme à gauche, il ne fait pas bon en avoir lorsque l’on est militant. D’ailleurs, il y a belle lurette que ces partis ont externalisé à des think-tanks la production d’idées. A droite, la Fondation pour l’Innovation politique, l’Institut Montaigne, l’IFRAP* ou la Fondation Concorde jouent ce rôle. A gauche, ce sont la Fondation Jean Jaurès ou Terra Nova qui produisent notes et propositions que l’on retrouve ensuite recyclées dans les programmes des candidats, comme ce fut le cas avec François Hollande en 2012. Comme si les militants étaient fermement invités à ne pas formuler des idées qui pourraient perturber les jeux internes, comme s’ils étaient tout juste bons à coller des affiches ou distribuer des tracts avant les échéances électorales… Et l’on s’étonne que les partis politiques se soient peu à peu éloignés des réalités du terrain ? Pas surprenant ensuite que les mouvements qui ont récemment fait irruption dans la vie politique (La République En Marche d’Emmanuel Macron ou la France Insoumise de Jean-Luc Mélanchon) aient construit leurs programmes à partir d’une démarche collaborative utilisant les ressources d’internet !

Il aura fallu le mécanisme pervers des primaires et l’irruption d’un trublion (Emmanuel Macron) décidé à faire sauter le système pour assister à l’effondrement de ces grands partis et aux balbutiements de la recomposition tant de la droite que de la gauche. Mais, de part et d’autre, le retour au débat d’idées ne se fera pas sans affrontements entre des tendances radicalement opposées. « La guerre à droite aura bien lieu », a déjà pronostiqué dans un ouvrage** récent l’enseignant en Sciences politiques Guillaume Bernard, qui a théorisé la bataille dans laquelle s’affrontent deux droites, une « classique » et une autre « moderne ». A gauche, la guerre avait déjà commencé. Il faudrait pourtant que tous découvrent que les désaccords peuvent, dans certaines conditions, être féconds. Alors, irréconciliables ?

*IFRAP : Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques. L’Ifrap comme les autres think-tanks qui apportent leurs idées à la droite sont d’inspiration libérale.

** Ouvrage publié aux éditions Desclée De Brouwer

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Les leçons du 18 juin…

Nous avons connu une époque où la République avait oublié ses valeurs. L’Etat était successivement passé de la résignation à la soumission, puis à la collaboration, à la complicité et au crime. Une poignée de femmes et d’hommes avaient cependant refusé de se résigner et de se soumettre. Au delà de leur attachement à une certaine idée de la France, ils avaient pour point commun de ne pas se satisfaire du politiquement correct de l’époque. Ils n’avaient pas hésité à transgresser les codes des milieux auxquels ils appartenaient, à s’affranchir des règles et des lois.

Résister ne fut pas sans douleur, on le sait. Mais si nombre d’entre eux y perdaient la vie, tous en sauvant leur honneur, sauvaient celui d’un pays.

Comparaison n’est pas raison car les circonstances historiques n’ont rien à voir. Mais faudra-t-il rappeler cette leçon à ces nouveaux députés En Marche, si d’aventure, leur étaient soumis des textes allant à l’encontre de ce que leur dicte leur conscience, si étaient mis en cause, dans l’action gouvernementale, la dignité de l’homme ou ses droits fondamentaux ? Faudra-t-il évoquer avec eux le souvenir de leurs premiers pas en politique lorsque, à contre-courant, ils s’étaient lancés dans une bataille qui n’était pas gagnée d’avance ? Faudra-t-il les inviter à ne pas oublier que leur succès provient autant de l’effondrement de forces à bout de souffle que de leur propre capacité à faire un pas de côté, à enfreindre les usages en vigueur pour opérer un changement de point de vue porteur d’avenir ?

Bien sûr, cette leçon ne vaudra sans doute pas pour les ralliés de la dernière heure, ceux qui ont profité des circonstances pour s’offrir à bon compte une virginité dans laquelle s’est dissoute leur ancienne étiquette. Pour ceux-là, se conformer aux consignes de leur mouvement sera le gage de leur tranquillité. Mais pour tous les autres, pour ces nouveaux venus qui se sont engagés avec la ferme volonté de rénover la vie politique, ils pourront opportunément se rappeler que le projet auquel ils ont adhéré est fondé sur une démarche résolument anti-conformiste. Et que la force de leur engagement, la richesse de leurs idées, la créativité qui peut en résulter, trouvent leur source dans cette conviction que le renouveau ne pouvait provenir que de la diversité des points de vue, de la confrontation d’opinions différentes et, s’il le faut, de la transgression. Alors, tomberont-ils dans un nouveau conformisme ?

Bien sûr, ils seront confrontés aux pressions d’un pouvoir gouvernemental qui, comme tous les pouvoirs, cherchera à limiter la contestation par souci d’efficacité. Cela, d’autant que la majorité est moins écrasante qu’annoncée. Bien sûr, la discipline de parti s’invitera dans leurs rangs et certains, plus capés, ne manqueront pas d’arguer de l’inexpérience de beaucoup pour tenter de les faire plier à leurs exigences. Ce faisant, ils leur feront le même procès en incompétence que ceux qui, à droite comme à gauche, leur déniaient hier la capacité à assumer un rôle de parlementaire…

Au bout du compte, soit ils garderont leur capacité à faire entendre une petite musique différente, celle qui fera la richesse des débats, soit, par lassitude ou par facilité, ils se laisseront aller à une implacable discipline de groupe. Dans ce dernier cas, leur capacité à l’insoumission et à la transgression disparaîtra. La République En Marche s’arrêtera d’avancer pour s’installer dans le confort des palais du pouvoir. Celui dans lesquelles s’évanouissent les espérances.

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Passons aux choses sérieuses !

Il paraît que près de 8000 candidats à ces élections législatives, c’était une preuve de vitalité démocratique ! On peut en douter : un électeur sur deux ne s’est pas rendu aux urnes, jamais l’abstention n’a été aussi forte ; pour autant l’offre politique n’a jamais été aussi variée.

Ils devraient donc méditer la leçon, ces partis « animaliste », « antispéciste », « décroissant » ou « démondialiste », etc. qui recueillent ici ou là, selon les circonscriptions à peine plus d’une centaine de voix : les électeurs ne les ont pas choisis pour renouveler la vie politique. Ils ont donc au mieux fait de la figuration, au pire rendu plus confus le débat public. Exit donc les partis les plus improbables, les mouvements les plus incongrus, les étiquettes les plus éphémères : un petit tour et puis s’en vont comme dirait la chanson !

Exit également une génération de politiques qui avaient monopolisé le débat depuis quinze ans. Mise à la retraite, cette génération de quadras et de quinquagénaires va connaître des fins de mois difficiles, redécouvrir qu’il y a une autre vie que la politique. Dans ses rangs, nombre d’anciens apparatchiks vont devoir apprendre un métier et, pour certains d’entre eux, passer par la case Pôle Emploi* tant leur expérience professionnelle est quasi-nulle hors la politique. Rude leçon !…

Passons donc aux choses sérieuses.

Les choses sérieuses, ce sont, pour l’avenir, les nécessaires recompositions de la droite et de la gauche. L’une et l’autre ont sombré par leur incapacité à redéfinir leur projet. La droite voulait nous faire croire qu’elle était le parti du mouvement mais elle ne représentait plus qu’une société crispée sur la défense de ses intérêts. La gauche voulait nous faire croire qu’elle était le parti du progrès, elle n’a été que celui qui camouflait la conservation des avantages acquis et l’impuissance économique derrière de prétendues avancées sociétales. Si leurs politiques successives avaient connu le succès, sans doute eussent-elles été pardonnées. Ce ne fut pas le cas. Exit donc ! Il leur reste, pour devoirs de vacances, une indispensable refondation idéologique destinée à esquisser les contours d’une future reconquête du pouvoir. Une refondation d’autant plus difficile et douloureuse que les forces vives vont faire défaut, que les finances seront au plus bas, et que le travail sur les idées n’y a jamais vraiment été encouragé, bien au contraire ! Ajoutons à cela qu’Emmanuel Macron a réussi à siphonner une part du corpus idéologique de la droite et de la gauche avec un positionnement libéral-social, il va donc leur falloir faire preuve de créativité pour faire émerger des projets novateurs. Et comme la bataille parlementaire pour continuer à se faire entendre dans l’espace public risque fort d’être privilégiée, ce n’est pas demain que la droite et la gauche classiques sortiront la tête hors de l’eau…

Les choses sérieuses, c’est aussi la mise en route de cette chambre introuvable que l’on nous annonce pour le 18 juin au soir. Le Parlement sera dominé par un mouvement qui vient à peine de fêter son premier anniversaire. Une domination presque sans partage tant l’opposition sera affaiblie, quantitativement et qualitativement avec la disparition de nombre de ténors. Faut-il s’en réjouir ou s’en lamenter ? Le nouveau Président aura certes les moyens de gouverner, mais la tentation hégémonique n’est jamais très loin lorsque les rangs de l’Assemblée Nationale semblent monocolores. Et « La République en Marche » devrait y prendre garde. On se souvient de cette phrase lancée par le député socialiste André Laignel en octobre 1981 à l’ancien Garde des Sceaux et éminent juriste, le gaulliste Jean Foyer : « vous avez juridiquement tort parce vous êtes politiquement minoritaires ». Une phrase qui disait toute la morgue des vainqueurs et le mépris de l’opposition démocratique. Mais on se souvient également que dans les rangs de l’opposition de l’époque, ce sont moins de vieux briscards qui avaient bataillé avec talent contre certains projets de lois, que de jeunes inconnus qui eux aussi, avaient alors contribué au renouvellement politique de l’époque…

Bien sûr, certains nouveaux élus se laisseront aller aux facilités que leur offrira le système. D’autres découvriront avec délices la tentation des micros tendus et des caméras qui scruteront leurs premiers pas. D’autres enfin ne résisteront pas au plaisir des bons mots qui feront le buzz et pourront les faire remarquer de l’Elysée et de Matignon, tant il sera difficile de sortir du lot parmi quatre cents élus. Mais une génération nouvelle arrive, issue du terrain pour l’essentiel et peu rompue aux disciplines d’appareils avec, en son sein, un nombre jamais atteint de femmes députées. Peut-on sérieusement penser que cela ne va pas modifier en profondeur la manière de faire de la politique ? Débattre, de façon moins clivante et plus respectueuse de l’adversaire que ce que l’on a connu dans le passé. Elaborer la loi en étant plus attentif aux réalités et moins dogmatique. Contrôler le gouvernement avec plus d’acuité… Alors, laissons les passer aux choses sérieuses !

* Faire référence ici à Pôle Emploi est une facilité de langage sachant que les anciens députés (aussi bien ceux qui ne se représentaient pas que ceux qui ont été battus), relèvent d’un dispositif spécifique de retour à l’emploi

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Thanks, Mr. Trump !

Nous avons connu l’Amérique* généreuse et solidaire, celle de 1917 et de juin 1944. Nous avons connu l’Amérique audacieuse, celle qui ouvrait de nouvelles frontières en se lançant à la conquête de l’espace et qui, depuis la Silicon Valley, a révolutionné nos vies et transformé le monde en un village global. Cette Amérique, celle des GIs d’Omaha Beach, de Kennedy proclamant « Ich bin ein Berliner », ou encore celle des accords de Camp David savait parler au monde et inventer l’avenir.

Certes, nous étions prévenus. Mais en deux semaines, Donald Trump aura remisé cette Amérique-là au placard pour nous présenter le visage d’une Amérique frileuse. Celle qui, comme elle l’a fait à d’autres moments de son histoire, s’installe dans l’illusion que sa grandeur implique le repli sur elle-même. Une Amérique convaincue que se tourner vers l’avenir menacerait son mode de vie et qui se réfugie dans un passé irréel et fantasmé. Mais c’est aussi une Amérique qui nous invite plus que jamais à relever les défis qui s’imposent à nous.

Premier défi : celui de la défense européenne. Après un passage à Ryad, en Arabie Saoudite où il a signé des contrats pour le montant faramineux de 380 milliards de dollars, son escale à Bruxelles et sa rencontre avec les dirigeants européens ont laissé à ces derniers la désagréable impression qu’ils comptaient pour pas grand-chose aux yeux de D. Trump. Le traité de défense Atlantique Nord qu’il qualifiait il y a quelques semaines d’ « obsolète » lui importe peu, considérant que l’OTAN coûte trop cher aux USA. Au point qu’Angela Merkel a déclaré que pour leur défense, désormais les européens ne devront compter que sur eux-mêmes. Bref, même si la chancelière allemande n’est pas enthousiaste, l’Europe de la défense devient une priorité. Face au terrorisme et plus encore face au nationalisme russe qui ne s’embarrasse pas des règles du droit international (on l’a vu avec la Crimée), il devenait urgent de s’engager sur la voie d’une défense commune. L’isolationnisme américain sonnerait-il le réveil des consciences ? Si tel était le cas, nous ne pourrions que nous en réjouir !

Second défi : la transition énergétique. La décision (annoncée !) de retrait des Etats Unis de l’accord de Paris signé en décembre 2015 à l’issue de la COP 21 est un très mauvais coup pour la planète. L’affirmation d’une vision égoïste et court-termiste de la part de la première puissance économique mondiale pouvait avoir pour conséquence un effet contagieux se traduisant, dans la foulée des USA, par le retrait d’autres pays signataires. Il n’en a rien été et cette décision aura un double mérite : un renforcement de la détermination des pays signataires et parmi eux certains grands pollueurs comme l’Inde ou la Chine, et un isolement des USA sans doute plus grand que ne l’imaginait D. Trump. Elle peut en avoir un troisième : donner le signal d’une accélération de la recherche en Europe dans le domaine des énergies renouvelables et de la conservation de l’énergie. Une opportunité à saisir pour qu’elle y prenne un leadership technologique, tandis que la décision de D. Trump pourrait faire prendre du retard aux USA en la matière.

Depuis le vote des britanniques en faveur du Brexit, l’Europe est à la recherche d’un second souffle. Les britanniques, hostiles à toute idée d’Europe sociale, et toujours davantage tournés vers l’Amérique que vers le vieux continent, ne voyaient dans l’Union européenne qu’un vaste marché qui devait répondre aux exigences d’un libéralisme quasi-thatchérien. Libérée du poids des britanniques, stimulée par les volte-face des USA, l’Europe pourrait saisir là l’opportunité lui permettant de sortir du cercle infernal dans lequel elle semblait enfermée depuis quelques années en redessinant un nouvel avenir. L’Europe n’avait pas plus écouté les exhortations de Barrack Obama il y a quelques mois que celles du pape François à Strasbourg en novembre 2014. Faudra-t-il demain qu’elle remercie D. Trump de l’avoir opportunément provoquée ?

* J’emploie ici abusivement le mot Amérique pour désigner les USA…

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Hanouna – Kadyrov, même combat !

Il simule une bagarre qui se termine par la fausse mort d’un homme et demande à un de ses collaborateurs d’en assumer la responsabilité. Pas grave : c’était pour rire ! Le harcèlement sexuel, monnaie courante dans son émission. Pas grave : c’était pour rire ! Il fait passer de fausses annonces sur un site de rencontres pour draguer de façon salace des homosexuels en direct à l’antenne. Pas grave : c’était pour rire !

Pour lui, ce ne sont que des plaisanteries mal comprises, tout au plus de simples dérapages. Et quand la polémique enfle, il se moque de ceux qui protestent, ou cible le CSA contre lequel il entend porter plainte parce que celui-ci fait savoir qu’il a déjà reçu plus de 20 000 signalements au sujet de son émission. Bref : si ça tourne vinaigre ce n’est jamais de sa faute !

A 5 heures d’avion de Paris le président autocrate de Tchétchénie a lancé une vaste campagne visant les homosexuels. Internements, torture, appels à la délation, familles incitées à « laver leur honneur » en tuant leur enfant homosexuel : la panoplie de l’horreur s’installe sur le territoire de cette république de la Fédération de Russie.

Quoi de commun entre les deux ? D’un côté nous avons un bourreau qui terrorise ses collaborateurs, considère les autres comme des objets soumis à ses caprices pervers, et prend pour cible les homosexuels en recourant à tous les clichés les plus éculés qu’il banalise auprès d’un public jeune. De l’autre, un président qui gouverne son pays par la terreur et s’appuie sur ces mêmes clichés pour lancer sa chasse aux homosexuels. En somme, Cyril Hanouna prépare le terrain pour tous les Ramzan Kadyrov d’ici et d’ailleurs !

Comme un apprenti dictateur, Cyril Hanouna défie les institutions et prend à parti son public dans une opération de dénigrement. De transgression en transgression, il teste la résistance du CSA et celle des autres médias et se réjouit des appels à la sanction qui résonnent auprès de ses fans comme autant de tentatives de porter atteinte à la liberté d’expression. Son impunité ? Il la tient de l’argent qui est la seule loi à laquelle se soumet la direction de la chaîne sur laquelle il sévit. L’argent qu’apportent des annonceurs dont certains commencent (il est temps !) à se dire qu’il n’est pas bon d’associer son image à ces spectacles nauséabonds…

Il y a soixante quinze ans, il fallait plus de cinq heures pour se rendre de Paris à Berlin. A Berlin, était organisée de manière méthodique la chasse aux homosexuels et l’extermination de centaines de milliers de juifs. A Paris, des journalistes et des animateurs de radio se faisaient les chantres de cette extermination en répétant à l’envi les caricatures et les clichés les plus ignobles. Aujourd’hui, Cyril Hanouna n’est que le triste clone de ces gens là ! Pour combien de temps encore ?

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Coup de vieux !…

Un Président de 39 ans qui a bâti son projet sur le pari d’une recomposition du paysage et des comportements politiques, cela flanque un coup de vieux. Surtout à tous ceux qui ne parviennent pas à se défaire de leurs anciennes et mauvaises habitudes.

Mauvaises habitudes : les parachutages et le nomadisme électoral qui donnent aux électeurs l’impression qu’ils ne sont que des pions dans un calcul carriériste. N’est-ce pas, M. Mélanchon ?

Mauvaise habitude : le « retenez-moi ou je fais un malheur » destiné à relancer marchandages en coulisses et tractations d’appareils. N’est-ce pas M. Bayrou ?

Mauvaise habitude : prendre le moindre prétexte pour taper en oubliant que sur certains sujets, l’on n’a pas de leçon à donner. C’est le cas lorsque, à droite, on s’indigne du sort réservé à M. Valls ou que l’on dénonce la procédure d’investiture centralisée du mouvement créé voici un an par le nouveau Président de la République. N’est-ce pas M. Baroin ?

Il est vrai qu’un Président de 39 ans, cela rebat les cartes. Et Les Républicains ont beau tenter de se donner un coup de jeune en mettant en avant un homme au physique de jeune premier jusque-là cantonné aux seconds rôles, ils ne peuvent cacher qu’il est de 13 ans plus âgé que celui qui vient de rentrer à l’Elysée ! Cela ne rend que plus évidente l’incapacité dans laquelle la droite a été de renouveler son personnel politique. De plus, quand cet homme tient des propos qui semblent réitérer ceux de ses aînés, on ne peut que constater que sa période d’apprentissage n’a que trop duré et qu’au final, il n’en a retenu que des réflexes aujourd’hui dépassés. C’est ce que démontrent à la fois le geste d’Edouard Philippe qui a accepté de devenir Premier ministre et celui de certains leaders de la droite qui entendent participer à la recomposition en cours…

En réalité nous sommes entrés dans une période intermédiaire. Tandis qu’émerge une force nouvelle qui n’a pas encore pris ses marques, tandis que s’engage une démarche différente, les pesanteurs restent vives au sein des formations politiques traditionnelles qui ne parviennent pas à changer de logiciel. Au point que même M. Valls considère comme « pathétique » le spectacle offert par son propre parti.

Oui, une législature ne sera pas de trop pour se débarrasser des scories du passé, pour apprendre à penser autrement la politique.

Qu’on ne se méprenne pas : pas question ici de faire du « jeunisme », de s’enthousiasmer sans discernement de tout ce qui viendrait du côté du vainqueur de l’élection présidentielle. Mais tout de même, s’ils croient que, de cette manière, ils vont nous convaincre, ses opposants se trompent. Et c’est sans doute en vain qu’ils tentent de nous persuader qu’il convient d’imposer au Président élu une cohabitation avec des forces qui l’ont combattu.

En réalité, derrière ces postures, ces déclarations à l’emporte-pièce, se cache une réalité plus prosaïque : l’argent ! L’heure est venue où il faut se compter. Compter ses électeurs, compter ses députés. Car peu importe que l’on soit majoritaire ou pas. Seuls comptent ces chiffres sur lesquels seront calculées les sommes allouées aux partis politiques pour leur financement public. Un exemple : avec moins de 5% d’électeurs au premier tour de l’élection présidentielle, N. Dupont-Aignant ne peut être remboursé de ses frais de campagne. Il était donc urgent qu’il mette un terme à son accord avec le Front National pour présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. La seule manière pour lui de s’assurer d’un nombre d’électeurs qui garantisse sa survie. De la même manière, il est essentiel pour J-L. Mélanchon de recueillir le maximum de voix sur l’ensemble du territoire, et donc de capitaliser (un gros mot pour lui, pourtant !) sur son score électoral à Marseille…

Ce qui compte donc aujourd’hui pour les grandes formations politiques, ce n’est pas réellement d’influer sur le cours des choses dans les mois à venir ; c’est de se compter et de résoudre des problèmes de trésorerie. Pour elles, le reste a peu d’importance : la recomposition attendra !

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Un choix radical

Après une élection hors normes, certains semblent décidés à faire comme si rien ne s’était passé. Un Président est élu ? Qu’à cela ne tienne, à droite et à gauche, tout en espérant l’empêcher de gouverner après les élections législatives, ils entament déjà le procès en illégitimité. Ont-ils oublié qu’avec 41% des électeurs inscrits ayant voté pour lui, Emmanuel Macron n’est pas plus mal élu que Nicolas Sarkozy en 2007, François Hollande en 2012 et bien mieux que Georges Pompidou en 1969* ? Sont-ils si peu respectueux du verdict des urnes qu’ils tiendraient pour quantité négligeable 66% des suffrages exprimés et plus de vingt millions d’électeurs ? Ou, à les écouter, faudrait-il réduire l’explication d’un vote au seul rejet de la candidate d’un parti extrémiste ?

Voilà un an, ce que l’on appelait alors la « tripartition » du paysage politique nous laissait comme perspective une montée irrésistible du Front national et un affrontement au second tour entre sa présidente et le représentant de la droite, tant la gauche était alors divisée et discréditée. Le rejet des partis de gouvernement laissait également envisager le fait que nombre de Français déçus des échecs successifs des politiques de droite comme de gauche, auraient envie d’essayer une solution jamais tentée.

Au final, c’est bien ce qu’ils ont fait ! Mais pas de la manière envisagée alors ! Si l’on divise le corps électoral en catégories et sous catégories, de multiples explications peuvent  être données au résultat sorti des urnes dimanche soir. Mais on peut tout aussi bien trouver à ce corps électoral pris dans son ensemble, une certaine forme de génie. En effet, las des logiques partisanes qui les conduisent à l’échec, les Français ont voulu donner sa chance à une solution jamais éprouvée. Au fil des mois, si l’on excepte les candidatures « de témoignage » qui n’ont jamais suscité d’intérêt significatif dans l’opinion, trois candidatures répondaient à cette quête de nouveauté. En écartant de manière claire Jean-Luc Mélanchon au premier tour et Marine Le Pen au second, les Français ont retenu la solution nouvelle la moins extrême, mais aussi la plus radicale.

La moins extrême parce que les candidatures de la France Insoumise et du Front National portaient des propositions, certes modernisées, mais puisant leur inspiration dans les idéologies qui ont déjà conduit à la ruine et à l’affrontement en Europe au siècle passé. Parce que derrière ces deux candidatures se profilaient des projets aux relents totalitaires, tandis que celle d’Emmanuel Macron se situait dans la plus pure tradition démocratique.

La plus radicale parce qu’en bâtissant en moins d’un an un mouvement « ni de droite, ni de gauche », « et de droite, et de gauche » qui le porte au sommet de l’Etat, Emmanuel Macron transgressait tous les usages et les codes de la politique française depuis des décennies. La plus radicale aussi parce qu’en se situant résolument dans une perspective européenne, il n’hésitait pas à aller à contre-courant de l’opinion eurosceptique dont on ne cessait de nous dire qu’elle était dominante. De ce point de vue, le choix de l’Hymne à la Joie pour faire son entrée de manière solennelle devant le Louvre dimanche soir est éclairant : il nous signifiait que ré-enchanter l’Europe était sa priorité. La plus radicale enfin parce sa démarche transpolitique et pragmatique autant que son âge donnent soudain un coup de vieux aux formations empêtrées dans leurs logiques et leur attachement à des clivages qui, sans avoir disparu, n’en sont pas moins devenus inefficaces.

Si l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme avec les attentes des Français, c’est bien cela qui s’est produit le 7 mai. Et c’est bien par rapport à ce constat que les vieilles formations politiques vont désormais devoir se redéfinir.

Bien sûr, cela ne signifie pas qu’Emmanuel Macron ait partie gagnée. Lucide, il l’était bien plus que d’autres il y a un an. Et cette lucidité l’a conduit au succès. Il l’est tout autant aujourd’hui, sachant qu’il ne disposera d’aucun « état de grâce ». Il lui faut, en effet, franchir avec succès les élections législatives et disposer d’une majorité, même relative, qui soit cohérente ; il lui faut engager sa démarche et conduire sa politique sans jamais négliger l’impérieuse nécessité de la pédagogie qui a tant fait défaut à son prédécesseur. Il lui faudra enfin et surtout apaiser les craintes qui se sont exprimées ces derniers mois. Quant à la haine qui s’est déversée à flots ininterrompus depuis des semaines, c’est à nous qu’il appartient d’y mettre un terme. Faute de quoi ce ne serait pas son échec : à coup sûr, ce serait le nôtre !..

* En 2007, Nicolas Sarkozy avait obtenu les suffrages de 43% des inscrits, en 20012, F. Hollande avait recueilli ceux de 39% des inscrits et G. Pompidfou en 1969, 37,5%…

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