Ré-enchanter la campagne ?

Morne campagne ! Aux « affaires » ont succédé les violences suscitées dans certaines banlieues par un contrôle policier particulièrement brutal. Désormais, les déclarations des candidats semblent se perdre dans une indifférence grandissante de l’opinion. Il y a bien, ici et là, des propos plus vifs qui tentent de ranimer la flamme, mais on sent bien que le cœur n’y est pas.

A gauche, la tentative avortée d’une union tactique entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélanchon aura fait couler plus d’encre qu’elle n’aura mobilisé les énergies de ceux qui auraient pu construire un front commun. La force des égos l’aura emporté sur l’opportunité de créer une nouvelle dynamique et confirmé le caractère irréconciliable des deux camps. Quant à l’esquisse d’un programme commun entre le candidat du PS et celui des écologistes, elle ne fait rêver que ceux qui ne se sont pas encore aperçu du fait que les « verts » ne représentent plus grand-chose.

A droite, un François Fillon plus que jamais droit dans ses bottes poursuit une campagne peu audible tant il a troublé certains de ses électeurs et doit faire face à un profond désenchantement. Enfin, le centre dont Emmanuel Macron occupait encore seul l’espace en attendant que François Bayrou ne se déclare, cherche le projet qui pourrait être le sien.

Pendant ce temps, imperturbable, la candidate du Front National poursuit sa campagne avec la tranquille assurance que les affaires de détournements de fonds et d’emplois fictifs qui la cernent n’auront pas de prise sur son électorat.

Dans un peu plus de soixante jours, nous allons voter. Nous devrions donc être en train de débattre de l’avenir, c’est à dire de la place et du rôle de l’Etat dans notre société, de la manière de rendre l’école plus performante, de la façon dont la collectivité doit faire preuve de solidarité à l’égard des plus pauvres et des exclus, de la contribution de la France à la relance du projet européen, de la voix qu’elle devra faire entendre sur la scène internationale… Mais il n’en est rien ! Dans ce contexte morose, comment éviter que le désenchantement ne se transforme en abstention record pour les scrutins des 23 avril et 7 mai ?

Il semble bien que les électeurs de Marine Le Pen soient les plus résolus, ceux qui seront les moins enclins à changer d’avis. Les autres sont manifestement moins déterminés quant au bulletin qu’ils mettront dans l’urne. Un nombre élevé d’abstentionnistes risque donc de profiter à la candidate du FN. Au premier tour en lui assurant une confortable avance sur ses adversaires, ce qui peut contribuer à créer une dynamique en sa faveur. Au second en la faisant bénéficier des effets dévastateurs de mauvais reports de voix à, droite, au centre ou à gauche.

Sans aucun doute, la perte de confiance dont pâtissent l’ensemble des formations qui ont occupé le devant de la scène des années durant pèse lourd dans ce climat. Mais l’abstention pourrait être autant l’effet de la morosité que de cette perte de confiance. Qui saura ré-enchanter la campagne ?

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J’arrête !

C’est décidé : j’arrête ! J’arrête d’écouter les prétendus humoristes qui ironisent à longueur d’émissions radios ou télé et les animateurs qui se servent des tribunes dont ils ont été généreusement dotés pour transformer la vie publique en foire à la dézingue. Ils jouent au chamboule-tout, condamnent au pilori tous ceux qui proposent leur projet, car personne – ou plutôt, presque personne… – voyez-vous, ne trouve grâce à leurs yeux.

Les uns et les autres détestent la complexité des débats d’idées qui fait appel à notre intelligence parce qu’ils ne savent jouir que de leurs bons mots. Ils sont fatigués dès qu’un de leurs interlocuteurs parle plus de soixante secondes d’affilée, et faute de pouvoir se montrer à la hauteur de ses idées, ils se jettent, tels des chiens sur des os à ronger, sur sa moindre défaillance, sur la plus petite révélation, sur une suspicion de faute passée pour le déstabiliser, le sommer de s’expliquer au grand tribunal auto-proclamé où ils jouent le rôle de procureur. Et ils guettent avec avidité le mot mal choisi qu’ils sauront renvoyer comme un boomerang, ou encore la sueur qui perle sur le front qui sera, à leurs yeux, un signe évident de culpabilité.

Leur délire narcissique nous entraîne vers des abîmes insondables car nul n’échappera à cette entreprise de destruction massive. Et surtout pas notre démocratie…

C’est décidé, j’arrête de regarder les posts nauséabonds sur Facebook qui remplacent le débat d’idées par la diffusion de rumeurs. J’arrête de lire les affirmations invérifiables, les attaques personnelles, les tentatives d’abattre des hommes qu’ils soient politiques, intellectuels ou médiatiques, en visant leurs proches, leurs enfants. J’arrête de lire toutes ces ripostes qui tendent à démontrer que si l’un a été pris les doigts dans le pot de confiture, ses adversaires ne s’en privent pas. J’arrête parce que, voyez vous, certains qui se présentaient il y a quelques années comme des chevaliers blancs, ceux qui se prétendent des patriotes seuls capables de changer le système, n’ont même plus besoin d’entonner l’air du « tous pourris ». L’engrenage fatal s’est mis en route : le lien pervers qui s’est établi entre médias et réseaux sociaux fait le job à leur place ! Et les réveils seront cruels. Très cruels !

Je redoute ce qui en résultera. Oui, la démocratie est abaissée par ceux qui en ont tiré profit. Oui, les mœurs de certains de nos dirigeants passés ou actuels sont sujets à la critique. Oui, certaines règles peuvent et doivent être changées. Oui, la démocratie mérite mieux que de médiocres manœuvres d’appareils et de sordides règlements de comptes. Mais dès que l’on se repaît du spectacle qui nous est proposé, dès que l’on confond campagne électorale et remugles de caniveau, dès que l’on succombe aux plaisirs de relayer une rumeur, de partager sur son compte Facebook ce que l’on croit être une information sans même la vérifier, on tombe dans le piège de ces prétendus patriotes chevaliers blancs qui attendent en toute tranquillité que nous leur préparions le terrain et, in fine, que la démocratie se livre, défaite, entre leurs mains.

On a vu à quelques jours d’intervalle deux faits apparemment anodins qui devraient nous alerter. A Washington, le nouveau Président des USA a fait sortir d’une conférence de presse un journaliste impertinent. A Paris, le service de protection de la Présidente du Front National a viré manu-militari un journaliste qui osait aborder un sujet dérangeant. En somme, que ceux qui dérangent dégagent !

Alors continuons comme ça, et c’est cet ordre-là qui règnera. Ensuite, il sera trop tard pour pleurer…

Plus que jamais me reviennent les mots prononcés en 1940 par le philosophe Emmanuel Mounier qui définissait « les trois consignes de l’intelligence en temps de crise : fidélité, lucidité, vigilance ». Il est temps d’être lucides ! Il est plus que temps de faire preuve de vigilance !

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Donner la parole à ceux qui sont sans voix

Voter, c’est accorder sa voix à celui ou celle en qui l’on place sa confiance. Eux, ils n’ont plus de voix. Exclus parce que personne ne leur fait confiance, parce que les accidents de la vie, des événements qui leur sont étrangers ou encore la misère les ont mis à la rue, sur les routes de l’exil, ou les ont relégués dans des logements précaires.

Une campagne électorale, c’est un débat d’idées. C’est aussi une mobilisation de moyens considérables, un combat dont la férocité n’a d’égale que la bassesse des coups qui sont donnés, un combat dont l’enjeu est le pouvoir. Eux, ils n’ont à leur disposition que de bien pauvres moyens pour se battre tous les jours avec opiniâtreté, pour simplement survivre.

Le plus souvent, d’autres parlent à leur place. Le plus souvent, on ne les écoute pas, par lassitude, ou parce que notre impuissance nous fait honte. Et le plus souvent, nous laissons à d’autres la tâche de prendre soin d’eux. Nous déléguons à des associations que, parfois, nous soutenons financièrement, à des bénévoles dont nous admirons le dévouement, nous qui en sommes souvent incapables, ce devoir de fraternité qui pourtant nous incombe. Une fraternité dont nous avons parfois oublié qu’elle était, aux frontons de nos mairies, indissociable de l’égalité et de la liberté.

Alors, une fois n’est pas coutume, pour sortir du tintamarre de la campagne, pour faire entendre d’autres voix, je vous invite à leur donner la parole !

A l’initiative de l’association Georges Hourdin*, cinq grandes associations : Le Secours Catholique, ATD-Quart Monde, la Cimade, Amnesty International et Le Secours Islamique se sont regroupées pour raconter la vie, les galères, mais aussi les initiatives qui permettent aux exclus et aux plus démunis de relever la tête. Les apprentis journalistes formés par l’association Reporters Citoyens les ont écoutés, les ont fait parler pour que leur parole nous parvienne dans toute sa vérité. Enfin, un partenariat avec Le Monde a été conclu qui permet de diffuser sur son site internet les vidéos, interviews, portraits et reportages réalisés. Et, en mars, tout cela fera le sujet d’un supplément du quotidien.

Durant les semaines à venir, ces interviews, portraits et reportages seront en ligne. Prenez-en connaissance grâce au lien ci-dessous. Découvrez de belles histoires de parcours fracassés et de renaissances. Et n’hésitez pas à faire connaître, à partager la parole de ces femmes et de ces hommes qui nous donnent une salutaire leçon d’humanité ! Merci.

http://www.lemonde.fr/paroles-de-sans-voix/

* Cette association porte le nom du fondateur de l’hebdomadaire « la Vie Catholique » créé au lendemain de la guerre. Elle regroupe les familles de ceux qui l’ont accompagné dans la création de ce journal et du groupe de presse La Vie-Télérama… qui fait aujourd’hui partie du groupe Le Monde.  

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2017 : pour une éthique de la responsabilité ?

Que de dégâts ! Quoiqu’il arrive désormais, la révélation de la rémunération de l’épouse de François Fillon laissera planer un doute et entachera la crédibilité de celui qui apparaissait, voici quelques semaines, comme le favori de l’élection présidentielle. Et au-delà, porte atteinte à notre démocratie.

Sans doute, la ficelle est-elle bien grosse, et la manœuvre particulièrement tordue qui a consisté à lancer ces informations et une hâtive enquête préliminaire en ce début d’année… Sans doute y a-t-il quelque chose d’écœurant dans le flot d’injures et le déchaînement de haine qui se répand sur les réseaux sociaux. Pour autant, on ne peut se contenter ni de crier à la machination, ni de s’insurger contre la part de sexisme qui transparaît dans certains commentaires. Il est plus que temps, en effet, de prendre acte du fait que nous avons changé d’époque.

Fini le temps où des petits arrangements entre amis pouvaient passer inaperçus et procurer à des hommes politiques les grands moyens de leurs non moins grandes ambitions ! Fini le temps d’une fausse transparence, et des accommodements avec la vérité ! Fini le temps où des élus et leurs proches pouvaient empocher sans vergogne des sommes sans commune mesure avec les rémunérations des Français, et sans que soit établi un lien entre leur montant et le travail fourni ou les compétences nécessaires ! Au surplus, de tels montants donnent la désagréable impression que nos élus restent étrangers aux contingences du commun des mortels…

Bien sûr, on pourra toujours regretter que l’indignation soit à géométrie variable, puisque l’omerta règne toujours sur les sommes pharamineuses des contrats de stars du petit écran si prompts à donner des leçons à la terre entière. On pourra observer aussi que le tollé provoqué par de telles affaires n’est jamais aussi violent – et donc au moins en partie injuste – que lorsque des élus sont en cause. Cela signifie seulement qu’il y a des fonctions qui impliquent un niveau d’exigence morale supérieur aux autres.

Au cours des vingt dernières années, tant d’affaires ont défrayé la chronique politico-judiciaire* que nous pensions que nos élus en avaient retenu quelques leçons. Dans le même temps, ne nous trompons pas : les règles de transparence et de lutte contre les conflits d’intérêts ont considérablement progressé dans notre pays et, quelles que soient les dispositions prises, il restera toujours une zone de flou entre le comportement éthique d’un élu et celui qui ne le serait pas, fût-il respectueux des règles légales.

Cela signifie-t-il qu’il faille encore et encore réglementer et interdire ? Force est de le constater : nous voilà désormais au temps de la tolérance zéro. Et, quoi qu’il arrive le 7 mai prochain au soir, la question de l’éthique de la responsabilité sera centrale pour la qualité de notre démocratie. Nos futurs élus seraient bien inspirés d’y réfléchir dès à présent, non pour s’en emparer au point de se présenter comme les chevaliers blancs prêts à faire le ménage : nul n’y croirait. Mais pour se fixer des règles exigeantes en la matière et s’y conformer.

Faut-il interdire à un parlementaire de prendre pour assistant son conjoint ou l’un de ses enfants comme c’est le cas au Parlement européen** ? Pas sûr. Pas sûr non plus que l’on puisse exiger d’un élu de pouvoir prouver à tout moment un emploi du temps, les personnes rencontrées, les documents rédigés par un collaborateur : ce serait s’engager dans une voie inquisitoriale qui constituerait une réelle atteinte à la liberté et à l’indépendance du parlementaire lequel doit aussi pouvoir mener son travail en toute discrétion.

En revanche, il est temps de réduire le nombre de parlementaires, limiter le cumul des mandats, plafonner les indemnités, limiter dans le temps le nombre de mandats exercés, réaffirmer la fonction de contrôle du Parlement sur l’action gouvernementale : autant de mesures qui s’imposent pour revivifier notre démocratie. Tout comme l’instauration d’un véritable statut de l’élu qui permettrait d’éviter que des fonctionnaires ne trustent les mandats.

Mais ne nous donnons pas bonne conscience : ne faisons pas l’économie d’une reconnaissance collective, par nos concitoyens, du coût de la démocratie. Car ce n’est pas en exigeant de nos parlementaires qu’ils travaillent avec des bouts de ficelle que nous aurons une démocratie digne de ce nom !

* Est-il utile de rappeler les emplois fictifs de la mairie de Paris, celui de Xavière Tibéri au Conseil général de l’Essonne, l’affaire Urba qui révéla un système de fausses factures derrière lequel se cachait le financement du PS, le scandale de la MNEF qui éclata à la fin des années 90 et mit en évidence les arrangements financiers dont ont bénéficié nombre d’actuels caciques du PS alors condamnés ? Faut-il rappeler l’affaire Bygmalion et des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ? Ou encore l’affaire Riwal du nom de cette société qui assure des prestations de communication pour Marine le Pen, et les assistants parlementaires fantômes de députés FN au Parlement européen ?…

** Il suffit de ne pas être marié pour contourner cette règle, comme le fait Mme Le Pen qui y emploie son compagnon Louis Alliot.

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Que le meilleur perde !

Sous ce titre, il y a 31 ans presque jour pour jour, était publié un éloge de la défaite en politique*. Ses auteurs, le politologue Frédéric Bon et le rédacteur en chef du magazine « Actuel » Michel-Antoine Burnier, y développaient avec humour une thèse selon laquelle loin d’essayer de gagner, les hommes politiques s’efforcent de perdre. La plupart du temps, constataient-ils, ils y parviennent. Parfois, certains échouent et doivent assumer l’insupportable fardeau du pouvoir. Et il arrive même que d’autres, plus pervers, ne jouent pas le jeu et font tout pour gagner !

Au lendemain du premier tour de la primaire de la gauche, constatons que nous tenons avec Benoît Hamon, arrivé en tête, un spécimen de ces hommes décidés à perdre. N’a-t-il pas, au soir de ce premier tour, déclaré qu’il s’inscrivait dans la lignée des Bernie Sanders, Jeremy Corbyn ou encore de Podemos. Des leaders aux USA et en Grande Bretagne et un parti, en Espagne qui, tout sympathiques qu’ils soient, ont pour caractéristiques communes l’impuissance et l’échec.

On pouvait penser qu’au jeu du « que le meilleur perde », Manuel Valls avait joué un coup particulièrement subtil et pris une longueur d’avance. En effet il semblait (bien tardivement !) regretter d’avoir usé et abusé de l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter – sans vote à l’Assemblée Nationale – les lois Macron et El Khomry, lois les plus contestées du quinquennat. Il a donc annoncé que s’il était élu il proposerait la suppression de cet article de la Constitution. Ainsi, non content de se désavouer lui-même, il manifestait sa volonté de pérenniser l’impuissance gouvernementale en privant les prochains locataires de l’Hôtel Matignon d’un dispositif qui permet de gouverner quand les vents sont contraires… De ce fait, il s’assurait de perdre sur les deux tableaux : d’abord de la crédibilité et donc des suffrages et, si cela n’avait pas suffi, des moyens de gouverner !

Benoît Hamon a une autre idée, plus ingénieuse celle-là puisqu’elle a un goût de nouveauté que ne peut avoir le reniement de Manuel Valls. En effet, si d’aventure et par malheur, il lui arrivait de l’emporter en mai prochain, il a d’ores et déjà programmé une recette infaillible pour atteindre cette impuissance dans le gouvernement de l’Etat que l’on a tant reproché à François Hollande. Cette recette infaillible se nomme le « 49-3 citoyen ». Ce dispositif qu’il souhaite introduire dans la Constitution comporte deux parties et peut se résumer de la manière suivante : donner à 1% du corps électoral (soit 400 000 électeurs ! ) la possibilité d’imposer au Parlement l’examen d’une proposition de loi. Jusque-là rien que de très classique car, après tout, cela rejoint les référendums d’initiative populaire que connaissent nos voisins de Suisse. Il reste que faute de clarification et de régulation, la multiplication de propositions de lois encombrera le Parlement et paralysera le travail législatif… Ce qui est sans doute l’objectif recherché !

Mais le coup de génie de Benoît Hamon tient à la deuxième partie de ce dispositif : il s’agit en effet, ni plus ni moins, que de permettre à ce 1% du corps électoral, de s’opposer à la promulgation d’une loi adoptée par le Parlement. Plus besoin de manifestations de rues : syndicats, organisations de tous poils, mobilisations sur les réseaux sociaux suffiront à priver le gouvernement et la majorité parlementaire de toute capacité d’agir. Avec ce « 49-3 citoyen », quelques récentes lois n’auraient pas été promulguées : le mariage de personnes de même sexe, la loi Macron, la loi El Khomry, demain, la loi sur le délit d’entrave numérique en matière d’avortement… On pourra alors se demander à quoi sert le Parlement… Bref, avec de telles idées, les gouvernants de demain n’ont pas fini de rigoler !

Il y a cinq ans, au jeu du « que le meilleur perde », François Hollande avait à moitié échoué puisqu’il avait été élu. Mais une fois Président de la République, il a réussi à ne pas exercer le pouvoir et, comble du succès, à ne pas se représenter ! Aujourd’hui, il a fait des émules : ceux qui, sous couvert de renouveau démocratique, font de l’impuissance une vertu… L’impuissance, une vertu démocratique ?

* « Que le meilleur perde » de Frédéric Bon et Michel-Antoine Burnier – 192 p – Editions Balland

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Reconstruire, à gauche ?…

Reconstruire, réinventer, retrouver, repenser, redéfinir… Décidément, la liste est longue de ces verbes maintes fois utilisés dans l’actualité et qui nous invitent à un renouveau. Styliste du langage, Jeanne Bordeau* les a rassemblés dans un de ses tableaux de mots qu’elle expose comme chaque début d’année, et l’on peut s’interroger, à quelques semaines d’échéances électorales majeures, sur le sens que pourrait leur donner la gauche pour revivifier la démocratie et la justice sociale.

Fallait-il que cette gauche soit sur le point d’être balayée lors des prochaines élections pour que ses candidats proposent, en ordre dispersé, un catalogue hétéroclite de propositions parfois incompatibles entre elles, et dont un des rares points communs semble être l’accroissement de la dépense publique ? Faudra-t-il qu’elle fasse une cure d’opposition pour prendre le temps de penser à un nouveau modèle ? Faut-il pour cela que ses caciques soient renvoyés dans leurs foyers ?

On se souvient qu’il avait fallu que la SFIO subisse de nombreux échecs avant que François Mitterrand ne parvienne à lui imposer sa loi et à en faire un PS capable de conquérir le pouvoir. On se souvient moins du fait que cette conquête avait été précédée par un bouillonnement d’idées, par de nombreuses initiatives qui avaient permis de revivifier la démocratie locale, d’expérimenter des pratiques politiques nouvelles dans des quartiers et des municipalités, de renouveler les femmes et les hommes en faisant exercer des responsabilités à une nouvelle génération d’élus.

La cure d’opposition imposée alors à la gauche en raison de son incapacité à affronter la décolonisation, de la faillite de la IVème République, et du gaullisme triomphant, lui avait permis de retrouver des forces nouvelles. Cela avait été rendu possible parce qu’elle ne s’était pas contentée de batailler contre des gouvernements qui n’avaient pas ses faveurs, mais parce que dans le même temps, elle fourbissait les armes de son avenir : elle s’était largement investie dans un tissu associatif foisonnant qui lui avait apporté idées et militants. Et il lui aura fallu 23 ans pour y parvenir et accéder au pouvoir !

Aujourd’hui, comme en 1958, c’est son incapacité à affronter les défis du présent et à esquisser le futur qui la condamne, tout autant qu’un éloignement de réalités locales portées par des associations et des mouvements citoyens. Le fait que ses candidats à la primaire soient, presque exclusivement, issus de l’appareil d’un parti dans lequel ils ont fait carrière montre à quel point celui-ci s’est éloigné de ses bases.

Les défis ne manquent pas sur lesquels la gauche pourra, enfin, faire preuve de créativité : revivifier une démocratie confisquée localement par certains élus et par une administration hypertrophiée productrice d’un excès de normes qui paralyse entreprises et collectivités locales ; assurer la régulation de l’économie sans lui imposer des contraintes qui la privent de toute possibilité d’être compétitive et créatrice d’emplois ; repenser le droit social en prenant en compte les réalités de la nouvelle économie ; rénover un modèle éducatif que le pédagogisme et l’égalitarisme condamnent à l’échec tout en renforçant les inégalités ; concilier justice sociale et développement durable pour ne pas condamner les plus pauvres au chômage et à la précarité énergétique ; redéfinir des mécanismes de solidarité qui semblent à bout de souffle et sont menacés tant par le communautarisme que par l’individualisme…

Oui, il y a du travail pour qui voudra bien s’y consacrer ! Un travail peut-être ingrat car peu susceptible de placer à brève échéance sous les feux des projecteurs ceux qui s’attelleront à la tâche. Un travail qui suscitera critiques et jalousies. Mais c’est le prix de la refondation. Une refondation d’autant plus nécessaire que notre démocratie a besoin d’une gauche solide et crédible.

* Fondatrice de l’Institut de la qualité d’expression, elle conseille entreprises et institutions sur l’efficacité, la cohérence et le style de leur langage en communication.

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Le spectacle de trop ?

Il y a dans la primaire de la gauche quelque chose de pathétique. Pas parce qu’aucun des candidats ne semble en mesure de susciter un engouement tel qu’il puisse franchir le cap du premier tour de l’élection présidentielle, mais parce que chacun des prétendants semble n’avoir d’autre projet que de conquérir le pouvoir tout en ignorant ce qu’il en fera et avec qui. Cela donne l’impression d’un spectacle qui tourne à vide, dont le seul but serait de permettre à des comédiens de faire un tour de piste sans scénario ni le moindre dessein d’intéresser les spectateurs.

Mais ce spectacle n’est, au fond que la réplique de celui donné par François Hollande lui-même. Dans un livre qui tient à la fois du règlement de comptes et de la chronique élyséenne, son ancien conseiller Aquilino Morelle confie que ce qu’il appelle son « abdication » n’est que l‘effet d’une « vérité simple et cruelle » qu’il résume ainsi : « François Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir ; il voulait seulement être Président de la République ». Brutal constat qui, ajouté à celui des journalistes du « Monde » Gérard Davet et Fabrice Lhomme* montrant un Président commentateur désabusé de sa propre impuissance, révèle l’ampleur du malentendu sur lequel s’est construite sa victoire de 2012.

Le Président de la République a beau jeu de constater en privé que si la campagne de Manuel Valls semble patiner, c’est parce qu’il « n’a pas de projet, qu’il tourne en rond » parce qu’au fond « son projet, c’était de me virer ». Son ancien Premier ministre lui renvoie une image qui est n’est guère différente de la sienne : le reflet d’une certaine vacuité. Au surplus, Manuel Valls qui espérait se placer en favori d’une primaire organisée pour le seul bénéfice du Président sortant, se trouve, à la place de ce dernier, pris au piège du devoir d’inventaire d’un quinquennat raté dont il doit, quasiment seul, assumer les erreurs, les contradictions, et l’impopularité.

Si l’on complète le tableau par celui des prétendants, on se demande qui pourra susciter l’envie et réveiller les ardeurs d’un « peuple de gauche » dépité. Benoît Hamon qui semble manquer d’épaisseur ? Arnaud Montebourg à l’égo surdimensionné et à la vision économique étatiste ? Ou Vincent Peillon qui accumule déclarations choquantes et contre-vérités** ?

Pas étonnant que les électeurs de cette gauche social-démocrate et les militants soient résignés. Les premiers n’étant pas très sûrs d’aller voter à la primaire organisée par la « Belle Alliance », les seconds pas vraiment mobilisés pour en assurer le bon déroulement.

Pendant ce temps, les deux candidats qui, issus de la gauche, ont rejeté toute idée de participer à cette primaire, déroulent leurs projets, mènent leur campagne tambour battant. Emmanuel Macron remplit des salles de supporters et de curieux. Jean-Luc Mélanchon, quant à lui, mène tous azimuts une campagne efficace, où il mêle dialogue citoyen et harangue avec la verve qu’on lui connaît.

L’un et l’autre obtiennent des scores d’audience inégalés, une popularité en hausse et des intentions de vote qui évoluent dans le même sens. L’un et l’autre engrangent soutiens et financements.

Chez Emmanuel Macron, c’est le fruit d’un positionnement, d’une approche novatrice et d’idées qui bousculent les clivages habituels, auxquels s’ajoutent les premiers résultats – même imparfaits – de la loi qui porte son nom. Pour Jean-Luc Mélanchon, c’est le résultat d’une étrange combinaison où le repli sur un léninisme archaïque se double d’une stratégie digitale et numérique qui démontre sa capacité d’adaptation à la modernité.

Pour l’un comme pour l’autre, c’est aussi parce qu’ils ont pris acte de la décomposition d’un Parti Socialiste incapable de se régénérer, incapable de susciter d’autre candidat que des apparatchiks qui n’ont de la réalité économique et sociale que des idées préconçues, et incapable de trancher le conflit entre une culture d’opposition et une capacité à assumer les contraintes d’une force de gouvernement.

Si, pour le moment, le spectacle de cette primaire est pathétique, c’est sans doute parce que l’on pressent qu’il s’agit là du dernier tour de piste d’une troupe à bout de souffle. Une troupe qui joue ainsi le spectacle de trop devant des spectateurs attristés parce que la gauche, sans doute, méritait mieux.

* Dans « Un Président ne devrait pas dire ça… » – éditions Stock 

** Notamment en déclarant que les musulmans vivaient en France aujourd’hui comme « il y a 40 ans, les juifs à qui on mettait des étoiles jaunes », ou encore estimant que « la droite, c’est des gens qui considèrent que, par exemple, il est noir ? Il n’a pas le droit de vote »…

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Une femme est libre !

Une femme est libre ! On peut se réjouir de cette nouvelle qui est, après tout, un geste de miséricorde. Mais la décision de François Hollande de gracier Jacqueline Sauvage, condamnée à 10 ans de prison nous appelle à une réflexion sur la Justice, sur les pressions qui s’exercent sur elle, nos responsables politiques, et nos institutions.

La Justice, on le sait, a examiné avec attention le cas de cette femme meurtrière de son mari. Elle a conclu que ce meurtre était un acte de vengeance et nullement un acte de légitime défense. Les avocates de Jacqueline Sauvage savaient sans doute que la stratégie qu’elles avaient adoptée dans le prétoire était vouée à l’échec. Ce qui les a conduites à se lancer dans une bataille d’opinion mobilisant associations et médias pour faire oublier les incohérences des déclarations de Mme Sauvage et à réécrire à leur manière l’histoire tumultueuse de ce couple. Un couple dans lequel le mari était colérique et violent, et l’épouse bafouée et ayant sans doute reçu des coups, mais pas vraiment la victime faible et soumise qu’elle prétend être.

Les magistrats et les jurés* ont-ils été insensibles au drame des 200 000 femmes victimes de violences conjugales chaque année en France ? N’ont-ils pas plutôt, malgré une pression incessante de l’opinion et des médias, pesé rigoureusement l’ensemble du dossier avant d’en tirer à deux reprises, à un an d’intervalle, les mêmes conclusions et de prononcer la même condamnation ?

Dans cette affaire, si le Droit l’a emporté en Justice, l’émotion s’est imposée grâce à une manipulation de l’opinion, faisant de Jacqueline Sauvage le symbole de la cause des femmes battues. Piètre symbole d’ailleurs dont on peut douter qu’il serve vraiment leur cause. Au lendemain de sa libération, les avocates de Jacqueline Sauvage ont laissé entendre qu’elles négociaient pour elle des droits en vue de la publication d’un livre de « témoignage ». Sans doute s’agit-il, en faisant fi de la vérité, de parfaire la thèse de la victime emprisonnée à tort, de la « coupable innocente ». Et au passage, d’en tirer quelque profit…

Et cela pose la question du rapport entre la Justice et l’opinion. La Justice prend le temps de l’examen rigoureux des faits, s’impose la confrontation entre des points de vue contradictoires, celui de l’accusation et celui de la défense, et donne le dernier mot à l’accusé. L’opinion ne s’embarrasse pas de ces subtilités. Elle adopte sans nuance le point de vue de l’émotion. Ce sera tantôt au profit des victimes contre les accusés tantôt, comme ce fut le cas dans cette affaire, au profit de l’accusée au point de vouloir à tout prix l’excuser de ses fautes. Les réseaux sociaux reflètent cette émotion. Les médias et les associations en sont les relais. Les politiques, en sont in fine les réceptacles, les uns pour ensuite réclamer des modifications législatives, les autres pour tenter de modifier le cours de la Justice.

C’est ce qu’a fait François Hollande en exerçant son droit de grâce qui est, après tout, une de ses prérogatives. On peut sans doute la contester en estimant qu’il s’agit là d’une survivance archaïque d’un droit de l’ancien régime. On peut aussi considérer que ce droit de grâce se justifiait au temps où la peine de mort faisait encore partie de notre arsenal pénal, car la vie d’un homme était alors en jeu, ce qui n’est plus le cas. Mais nul ne peut dire qu’il s’agit d’une contestation par le chef de l’Etat du principe de « l’autorité de la chose jugée » puisqu’il se contente d’intervenir sur l’application de la peine, pas sur la condamnation. Et qu’elles qu’aient été les critiques formulées par François Hollande à l’encontre des magistrats, il ne s’agit pas non plus d’une intervention du pouvoir exécutif dans le pouvoir judiciaire.

Il reste que dans cette affaire, la symbolique et l’émotion l’ont emporté sur le Droit. L’opinion en retiendra qu’il suffit parfois de se mobiliser au nom d’une « juste » cause – fût-ce sur une mauvaise affaire – pour imposer sa loi à la Justice, ce qui est pour le moins préoccupant. Car si une femme est libre, n’oublions pas qu’un homme est mort. Exécuté sans autre forme de procès. Et auquel il ne reste plus aujourd’hui que l’opprobre…

* En Cour d’Assise, les jurés sont au nombre de six en première instance, en l’espèce, ils étaient trois femmes et trois hommes lors du procès de 2014. En appel, ils sont neuf : cinq femmes et quatre hommes lors du procès de 2015.

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Pour 2017…

Que règne un esprit de Fraternité, d’attention aux exclus et aux plus démunis,

Que souffle un esprit de Liberté,

Que le respect des personnes et des opinions contraires anime nos débats démocratiques.

Restons vigilants, gardons notre lucidité,

Pour faire ensemble de cette année 2017 une belle et heureuse année !

Et merci de votre fidélité !

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Le fils de Miriam/Marie…

Grand lecteur de la Bible, Erri de Luca ne cesse de méditer l’Ecriture. Incroyant, il écrit des textes qui nous invitent à voir autrement ce qu’elles nous racontent. En ce jour de Noël, voici un extrait du chapitre « Nativité » du petit livre qu’il a publié en  2013 aux éditions du Mercure de France, « Les Saintes du scandale ». Un pur bonheur de lecture !

« La fête célèbre l’enfant, son expulsion des entrailles, l’irruption de la première bouffée d’air à l’intérieur de ses poumons de poisson dans le bassin maternel. Mais la plus grande fête est celle de Miriam/Marie qui pousse et contracte son ventre dans la nuit d’hiver de Beth Lèhem, Bethléem, maison de pain. Son fils devait être pondu là, loin de la Galilée, de Nazareth, son domicile.

La fête est celle de Miriam/Marie, mère de voyage. Beth Lèhem, Bethléem se trouve en Judée, sud d’Israël. Iosèf/Joseph est né là, puis il est allé vivre au nord, en Galilée, qui était une Lombardie, sous le Liban, la Suisse de l’époque. Iosèf était un ouvrier du Sud qui avait émigré pour trouver du travail dans le Nord. Il n’a pas du regretter de partir pour le recensement, voulu par les Romains, qui obligeait à se faire enregistrer dans son lieu de naissance. Ce fils de Miriam/Marie devait naître là, à Beth Lèhem.

Ieshu/Jésus est un Méridional par naissance, et aussi par goût. Il s’entendait bien avec les pêcheurs, il reconnaissait le poisson frais, il inaugurait des pêches miraculeuses. Beth Lèhem, maison de pain : le pain pour manger avec les poissons, c’est une histoire du Sud. »

Très belle fête de Noël ! Que la fin de l’année soit pour vous joyeuse et porteuse d’Espérance… Et rendez-vous le 2 janvier 2017 pour la nouvelle année !

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