Des livres pour l’été ( suite )

Après la critique de la Révolution Française par Jean-François Colosimo, passons à un plaidoyer pour la découverte et le respect de l’autre…

2 ° « Pierre et Mohamed » d’Adrien Candiard – éditions Taillandier-Cerf

Il y a un peu plus de 22 ans, le 1er août 1996, Pierre Claverie, évêque d’Oran était assassiné avec son chauffeur, Mohamed Bouchikhi. De l’amitié entre ces deux hommes de religions différentes : un évêque catholique et un jeune musulman, Adrien Candiard a imaginé deux monologues qui se répondent, et constituent un magnifique plaidoyer pour le respect, un appel à la tolérance.

« L’émergence de l’autre, la reconnaissance de l’autre, l’ajustement à l’autre sont devenus pour moi des hantises. C’est vraisemblablement cde qui est à l’origine de ma vocation religieuse. Je me suis demandé pourquoi, durant toute mon enfance, étant chrétien – pas plus que les autres -, fréquentant les églises – comme d’autres -, entendant des discours sur l’amour du prochain, jamais je n’avais entendu dire que l’Arabe était mon prochain. Peut-être l’avait-on dit, mais je n’avais pas entendu. Je me suis dit : désormais, plus d frontières, plus de fractures. Il faut que l’autre existe sans quoi nous nous exposons à la violence, à l’exclusion, au rejet.

J’ai donc demandé, après l’indépendance, à revenir en Algérie, pour redécouvrir ce monde où j’étais né mais que j’avais ignoré. C’est là qu’a commencé ma véritable aventure personnelle – une renaissance. Découvrir l’autre, vivre avec l’autre, se laisser aussi façonner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive.

Dans cette expérience faite de la clôture, puis de la crise et de l’émergence de l’individu, j’acquiers la conviction personnelle qu’il n’y a d’humanité que plurielle et que, dès que nous prétendons posséder la vérité ou parler au nom de l’humanité – dans l’Eglise catholique, nous en avons la triste expérience au cours de notre histoire – nous tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion.   …/…

On parle de tolérance, je trouve que c’est un minimum et je n’aime pas trop ce mot, parce que la tolérance suppose qu’il y ait un vainqueur et un vaincu, un dominant et un dominé, et que celui qui détient le pouvoir tolère que les autres existent. On peut évidemment donner un autre sens à ce mot, mais j’ai trop l’expérience de ce qu’il signifie dans la société musulmane dans son acception condescendante pour l’accepter vraiment. Bien sûr, il vaut mieux que le rejet, l’exclusion, la violence, mais je préfère parler du respect de l’autre… »

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Des livres pour l’été..

Comme chaque année, ce blog va prendre des distances avec l’actualité. Il vous proposera dans les quatre semaines à venir des extraits de livres qui sont autant de sources de réflexion sur les menaces qui pèsent sur nos sociétés européennes. La haine et la tolérance, la défense des libertés et le respect du droit, sont autant de sujets qui méritent que l’on s’y arrête. Quelques auteurs nous y invitent. Suivons les !…

1° « Aveuglements – religions guerre civilisations » par Jean-François Colosimo – éditions du Cerf

En cette nuit du 4 août, et si l’on changeait de point de vue sur la Révolution Française ? C’est ce à quoi nous invite notamment l’essayiste Jean-François Colosimo dans son « Aveuglements ». Un ouvrage décapant et d’une rare richesse, déjà mentionné sur ce blog (cf. la rubrique Notes de lecture). Dans cet extrait, il y démonte les mécanismes de la terreur mis en œuvre par les révolutionnaires : Robespierre, Saint-Just, Danton. Des mécanismes qui, selon lui, inspireront les révolutionnaires russes de 1917, les dérives léninistes et staliniennes, comme le régime nazi. Terrible filiation à laquelle Jean-François Colosimo nous invite à réfléchir…

« Peu importe que la « monarchie de droit divin et absolue » n’ait jamais signifié autre chose qu’un pouvoir indépendant du pape et libre des seigneurs ; que l’édit de tolérance de 1787 ait restitué un état-civil aux protestants, le décret royal de 1788 aboli la torture, la convocation des états généraux en 1789 majoré le tiers-état ; que plusieurs des réformes mises en œuvre par la suite, dont l’émancipation des Juifs, sont alors en préparation. La violence qui va s’abattre sur le « tyran Capet » sera plus souveraine que lui.

Une foudre tombée du ciel, vengeant lers siècles, doit anéantir le « criminel contre l’humanité » dont Maximilien Robespierre requiert l’exécution devant la Convention, le 3 décembre 1792 (l’expression que vient d’inventer le chef de file des Terroristes connaîtra un riche avenir quoique retournée contre son auteur). Le 17 janvier 1793, la mort immédiate est votée à une voix près. De quoi hésiter ? Là encore, une souveraineté doit supplanter l’autre. Celle du peuple, de la démocratie, du scrutin est à ce prix. Il ne saurait y avoir de merci pour l’ennemi par essence qui, dans l’intervalle, est devenu coupable de naissance.

…/…

Dans les propos émis dans l’instant et tels que rapportés, apocryphes ou non, il est beaucoup question de sang et de bonheur. De sacrifice et d’apothéose. Le monarque, sur l’échafaud : « je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. » Le sang-culotte qui, une fois le couperet tombé, se barbouille d’hémoglobine et en asperge par trois fois la foule : « Le sang d’un roi porte bonheur ! » La transsubstantiation est achevée. « Louis doit mourir pour que la patrie vive », avait promis Robespierre. mais le sang appelle le sang. Il ne suffit pas d’écimer l’ancien monde, il faut le décimer. A décapiter le chef, on perd la tête. La machine à tuer est lancée. Elle frappera mécaniquement, massivement. Le 10 mars, le Tribunal criminel extraordinaire est institué. Le 17 septembre, la loi des suspects est adoptée afin que soient arrêtés, jugés et éliminés ceux qui «  n’ayant rien fait contre la Liberté, n’ont rien fait pour elle », commente Saint-Just, son inspirateur, qui, bientôt, déclarera : « le bonheur est une idée neuve en Europe » – pérégrination messianique qui explique, sans doute, pourquoi ledit bonheur quitte alors la France et n’y a pas beaucoup été revu depuis. 

 

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Les papillons de nuit du pouvoir

Par une douce soirée d’été, prolongez le bonheur de la conversation avec des amis autour d’une table du jardin. Pour cela, posez-y une lampe. Peu à peu, les mouches, moustiques, papillons de nuit et autres insectes vont s’agiter autour de la lampe au risque de vous gâcher votre plaisir. Il en est du pouvoir comme de cette lampe dans la nuit : il attire toutes sortes d’insectes : courtisans, affairistes, personnages qui veulent se rendre indispensables pour prendre leur part de lumière, faire fructifier leur commerce, bénéficier des facilités qu’apporte la vie quotidienne sous les ors de la République ou satisfaire leur soif d’autorité.

L’affaire Benalla relève de cette logique. Celui-ci fait partie de ces hommes qui ont su se rendre utiles au point de se croire indispensables durant une campagne présidentielle et qui, une fois terminée la conquête du pouvoir, sont chargés d’une mission aux contours pas toujours précis qui leur permet de rester dans l’intimité du prince et de s’en réclamer. Il en résulte un sentiment de supériorité, qui pousse les esprits fragiles à la confusion et à l’abus de pouvoir.

Si l’on peut comprendre qu’un chargé de sécurité à la Présidence de la République ai souhaité assister en observateur à une opération de maintien de l’ordre, comment a-t-on pu tolérer qu’il s’y rende pour faire le coup de poing ? Comment a-t-on pu le doter des signes extérieurs d’appartenance à la police (casque, brassard, radio) ? Comment a-t-on pu multiplier passe-droits et petits arrangements ?

On peut aussi s’étonner du caractère symbolique de la sanction prise à son encontre à l’Elysée lorsque son comportement a été connu. Mais pourquoi en aurait-il été autrement ? En effet, tous les caprices de cet homme avaient été satisfaits : une accréditation à l’Assemblée Nationale où ses fonctions ne l’appellent nullement, une voiture équipée d’une plaque de police, de gyrophares, et d’une sirène deux tons, un logement de fonction de 200m2 rénové pour l’accueillir, un permis de port d’arme obtenu dans des conditions surprenantes, une habilitation « secret défense »… Et l’on découvre maintenant que ce brigadier de réserve de la gendarmerie nationale de 26 ans a même obtenu le grade de lieutenant-colonel… Tout cela sans qu’une quelconque expertise lui ait été reconnue ! Décidément, rien ne pouvait lui être refusé.

Ne soyons pas naïfs : compte tenu de la lourdeur de leur charge, les princes qui nous gouvernent ont besoin d’hommes de confiance qui puissent gérer à leur place mille et un soucis quotidiens. Au point parfois d’entrer dans une forme de dépendance à l’égard de ces derniers… Ne soyons pas dupes non plus : inutile de nier la fascination que le pouvoir exerce sur les hommes, au point de conduire certains à vouloir en tirer parti d’une manière ou d’une autre. Notamment ceux qui y trouvent l’occasion de se livrer à leur penchant pour la violence en se glissant subrepticement derrière des opérations de maintien de l’ordre ou en endossant le rôle d’exécuteurs des basses œuvres. N’a-t-on pas, en d’autres temps, dénoncé les barbouzes du SAC ou le comportement de tels ou tels conseillers de certains ministres ou même présidents, de droite comme de gauche ?…

D’un côté, il y a donc un proche du chef de l’Etat qui se livre à des exactions, un homme qui agit au mépris des règles, fait de l’abus de pouvoir et du mélange des genres une banalité et trouve normal d’avoir des facilités et des privilèges qui n’ont rien à voir avec sa fonction. De l’autre, il y a un Président et ceux qui, dans son entourage, se sont laissé aveugler par cet homme, l’ont laissé faire, ont cédé à ses caprices, le confortant ainsi dans ses obsessions et l’installant dans un sentiment d’impunité.

Depuis l’abolition des privilèges, la grandeur de notre démocratie est d’avoir su progresser, non sans faux pas il est vrai, vers une plus grande transparence de la vie publique, vers la réduction des risques de conflits d’intérêts, et dans le sens d’une éthique publique plus rigoureuse. Sur ce sujet, les médias font désormais preuve d’un acharnement obstiné. Quant à l’opinion, elle manifeste depuis plusieurs années, une exigence grandissante. Et les hommes qui ont failli ont fait l’amère expérience du rejet, nous rappelant à chaque fois qu’il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne.

Si Emmanuel Macron a remporté l’élection présidentielle, voici plus d’un an, ce n’est pas seulement parce qu’il a su renouveler l’offre politique alors que l’on constatait la déliquescence des formations traditionnelles. C’est aussi parce que l’éthique publique avait été mise à mal et qu’il offrait aux électeurs le visage de la virginité. L’exigence éthique qui en est résulté a atteint un niveau jamais égalé dans notre pays. La faute d’Emmanuel Macron et de son entourage est sans doute de l’avoir quelque peu oublié.

Quant à M. Benalla, sa faute est bien sûr de s’être livré à des violences inacceptables. Mais par les copinages et les petits arrangements ainsi mis en lumière mettent à mal l’image du Président qui n’a pas été assez vigilant. Il l’a lui même reconnu. Et l’on se prend à regretter qu’Emmanuel Macron n’ait pas plus tôt médité la phrase du roi de Macédoine Antigonos II (2ème siècle v. JC) : « gardez moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge »…

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Un moment fraternité, et après ?

Ils ont chanté la Marseillaise. Ils ont crié « Vive la République ! », proclamé leur amour de la France. Que pouvait-on espérer de mieux ? A leur suite, des centaines de milliers de supporters sont descendus dans les rues pour célébrer ces dieux du stade et communier avec ferveur dans la religion du foot.

Cette gaité quasi-unanime a occulté des violences, des voitures brulées et des magasins mis à sac par ceux qui profitent de ce type d’événement pour libérer leur haine de l’autre, leur mépris pour notre pays, et s’exclure ainsi de la collectivité nationale. Peut-on pour autant nier que la soirée de dimanche qui a suivi la victoire des Bleus, la journée de lundi marquée par leur accueil triomphal sur les Champs Elysées aient compté pour rien dans l’idée que l’on peut se faire d’une certaine idée de la Fraternité ?

Elle était jusque-là la grande oubliée d’une société qui s’accommode de la grande pauvreté et d’un nombre grandissant d’exclus. Au point qu’elle ne sait que faire face à la tragédie de ces migrants qui, par centaines, trouvent la mort en Méditerranée. Et pourtant, le mot figure, comme la Liberté et l’Egalité sur lesquels nous sommes si sourcilleux, aux frontons de nos mairies. Mais elle est si malaisée à définir, (sauf à affirmer que nous avons tous le même Père !…), si difficile à faire vivre qu’on l’avait mise au placard. Et voilà qu’à dix jours d’intervalle, les 6 et 16 juillet, la Fraternité retrouve des couleurs. Avant la victoire des Bleus à Moscou, c’est en effet au Palais Royal à Paris que la Fraternité était revenue sur le devant de la scène.

Il aura fallu qu’une procédure pénale aille jusqu’à son terme, que la Cour de Cassation soit saisie par le doute et se tourne vers le Conseil Constitutionnel pour que ce dernier tranche enfin et nous rappelle quelques évidences. La question posée n’était autre que celle du « délit de solidarité », en d’autres termes de la validité des poursuites engagées à l’encontre de militants qui avaient accueilli et transporté des migrants non loin de la frontière italienne.

Sans doute la décision rendue le 6 juillet * satisfera-t-elle les militants et les associations qui agissent en faveur des migrants sans papiers qui rejoignent notre sol. Sans doute irritera-t-elle ceux qui refusent l’injonction à accueillir sans distinction tous les étrangers. Il n’en demeure pas moins que cette décision doit être lue attentivement car elle définit un point d’équilibre que l’on cherchait vainement depuis des mois et des années dans la politique suivie par nos gouvernements successifs comme dans les textes législatifs en vigueur ou encore dans les décisions de nos juridictions.

Les « sages » du Conseil Constitutionnel ont opportunément rappelé que la devise de la République comme notre constitution font référence à l’« idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité », ce qui fait de la Fraternité « un principe à valeur constitutionnelle ». Le principe posé, il a une conséquence : « la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national ».

Pour autant, le Conseil constitutionnel a pris la précaution de souligner qu’ « aucun principe non plus qu’aucune règle de valeur constitutionnelle n’assure aux étrangers des droits de caractère général et absolu d’accès et de séjour sur le territoire national. En outre, l’objectif de lutte contre l’immigration irrégulière participe de la sauvegarde de l’ordre public, qui constitue un objectif de valeur constitutionnelle ». En clair, la sauvegarde de l’ordre public a, autant que le principe de fraternité, « valeur constitutionnelle ». Et de surcroît, il n’y a pas de droit absolu des étrangers à un accueil inconditionnel sur le territoire national.

Sans doute le rappel de la valeur constitutionnelle de la sauvegarde de l’ordre public suscitera-t-il le doute de ceux qui ont vu leur magasin pillé, leur voiture défoncée ou incendiée. Mais l’on peut considérer que derrière ce rappel, derrière le souci d’équilibre du Conseil constitutionnel s’exprime d’une certaine manière la prudence dont le Pape François a régulièrement évoqué la nécessité lorsqu’il invitait nos gouvernants européens à faire plus et mieux pour l’accueil des migrants. Or, la prudence, c’est avant tout la maîtrise des flux pour créer les conditions d’une intégration réussie. Celle d’une relation gagnant – gagnant entre ceux qui accueillent et ceux qui sont accueillis.

Si l’espace de quelques heures, la France qui célébrait ses footballeurs a pu croire venu le temps de la Fraternité, force est de reconnaître qu’il ne s’agit que d’une illusion d’optique. Parce qu’une fois retombée la fièvre des Champs Elysées, les lendemains se révèlent tout aussi difficiles qu’avant. Parce que les violences démontrent que l’intégration reste dans certaines zones un échec et que les valeurs républicaines sont loin d’être partagées par tous. Bref, loin d’être acquise, la Fraternité d’un jour reste à construire chaque jour. Et c’est pas gagné !

* Décision 2018-717/718 QPC du 6 juillet dont on retrouvera le texte intégral sur le site du Conseil Constitutionnel

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Enfants à vendre !

On pourrait trouver cette affaire stupéfiante. Elle est pourtant, aujourd’hui, d’une terrible et affligeante banalité… Voilà, en France, un couple d’hommes désireux d’avoir un enfant qui se tourne vers une femme, laquelle propose la location de son utérus moyennant finances. Elle met au monde un enfant et, après avoir déclaré à ses « clients » que le fruit de sa grossesse était décédé, elle le vend à un autre couple, une femme et un homme cette fois qui prétendent maintenant avoir « adopté » l’enfant. Ainsi un enfant a été vendu deux fois, la mère dans son cynisme ayant en quelque sorte doublé la mise. Et, dans cette affaire, chacun des protagonistes a, en toute connaissance de cause, délibérément violé la loi. Le couple d’hommes qui recourt à la GPA interdite ; la mère qui s’est livrée à une escroquerie d’un genre nouveau puisque son objet n’est autre qu’un enfant ; et enfin le couple qui prétend adopter l’enfant en se plaçant en dehors des règles en la matière.

L’affaire est devant les tribunaux et le sort de l’enfant est en jeu. Restera-t-il confié au couple qui l’a acheté ? Portera-t-il le nom de son père biologique ? La mère devra-t-elle rendre l’argent qu’elle a perçu ? On aurait envie de dire que les réponses à ces questions sont bien dérisoires au regard du fait que chacun a ici oublié qu’un enfant n’est pas un objet que l’on peut se procurer sur un marché et qu’il est, de fait, la victime des appétits de quelques adultes ! On souhaiterait d’ailleurs vivement que la Justice entame des poursuites pénales à l’encontre de chacun des acteurs de ce qui est une sinistre farce…

Bien sûr, derrière chacun des protagonistes de cette affaire, on trouvera sans doute bien des souffrances qui aboutissent à une forme de refus de se conformer à la loi. Parce que dans la tête de chacun d’eux, le principe « c’est mon choix, c’est mon droit » ne souffre aucune limite. Et surtout pas celles que la société entendrait faire respecter. Mais si ces souffrances méritent une attention particulière, doit on, pour autant, considérer pour rien la violation de deux principes : le refus de la merchandisation de l’humain, et celui de la condamnation absolue du trafic d’enfants ?

Sans doute, les partisans de la GPA ne manqueront-ils pas d’en tirer argument pour affirmer que cela démontre que cette pratique doit être légalisée, encadrée, précisément pour éviter de telles dérives.

C’est oublier que cette affaire révèle au grand jour les mécanismes profonds de la GPA : le fait de considérer qu’une grossesse n’est pour une femme qu’un travail comme un autre méritant rémunération ; le rapport de force qu’elle instaure entre commanditaires et mère porteuse ; le chantage qui peut en résulter ; la surenchère qui peut s’établir entre acheteurs d’enfants ; la mise au second plan de l’intérêt de l’enfant qui devient l’objet de spéculations financières… Et n’oublions pas que d’autres affaires nous ont déjà renseigné sur le comportement d’acheteurs d’enfants qui ont rejeté le « produit » commandé dès lors que le nouveau né n’était pas conforme à leurs vœux… Et l’on voudrait, après cela, nous faire croire à une « GPA éthique » ?

Au-delà de ces questions, une autre nous est ici posée qui montre combien ce sujet – comme quelques autres relevant de la bioéthique – met en cause la philosophie même de notre droit. C’est celle des limites imposées à la liberté individuelle et au principe d’autonomie de la volonté de chacun. Or, le droit à une liberté subjective exprimé par le christianisme est devenu un principe universel ou, du moins, qui régit depuis des siècles la façon de vivre dans nos sociétés occidentales* et a très largement inspiré l’évolution de notre droit. Il est alors quasiment impossible d’imaginer aujourd’hui contrecarrer cette souveraineté subjective**. Faut-il pour autant, au nom du respect de cette souveraineté subjective, accepter tout et n’importe quoi ?

Les réponses que la société peut apporter à cette interrogation relèvent d’une hiérarchisation des principes, certains étant considérés comme supérieurs au principe de la souveraineté subjective. La première porte sur les limites que la loi peut imposer à la merchandisation de l’humain. Refuser la vente d’organes, c’est par extension, refuser qu’ils soient loués. Et l’on ne pourrait dès lors pas prétendre que cela serait acceptable au motif qu’une femme y consentirait. Pas plus que ne sont acceptables la prostitution ou l’esclavage qui seraient prétendument consentis.

La seconde concerne la protection de l’enfant. En effet, dans cette affaire, chacun des protagonistes entend satisfaire ses propres désirs sans prendre en considération le fait que l’objet de leurs transactions n’est précisément pas un objet, mais un sujet qu’il conviendrait de respecter avec d’autant plus de rigueur qu’il est dans l’impossibilité d’exprimer sa propre volonté : un nouveau-né. Face à la souveraineté subjective des adultes soutenons que la société est en droit de réaffirmer que la protection de l’enfant, et donc de sa souveraineté propre, constitue un principe supérieur qu’elle entend faire respecter. Cela l’autorise ainsi à se substituer à des parents ou à des prétendus parents dans l’expression de la souveraineté de l’enfant. Après tout n’a-t-elle pas récemment décidé de le faire – malgré quelques polémiques – en ce qui concerne les vaccinations obligatoires ?

Au-delà des questions que les tribunaux devront trancher quant au sort de l’enfant, on aimerait que la Justice s’empare de ces questions d’une autre nature et rappelle la supériorité de certains principes. Et au passage, puisque nous sommes sur le terrain du droit, on sera toujours surpris de constater que d’ardents défenseurs du principe de précaution pourtant inscrit dans la Constitution, le tiennent pour quantité négligeable dès lors qu’il s’agit de bioéthique, et que l’humain est en cause… Mais on a les cohérences qu’on peut !

* Hegel le souligne dans ses « Principes de la philosophie du droit »

** A cet égard, on lira avec intérêt dans le n° de mai de la revue « Etudes » l’article de Pierre Le Coz, Professeur de philosophie à l’Université d’Aix-Marseille, intitulé : « La bioéthique à l’heure de la transition individualiste ».

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L’Europe ? Même plus en rêve ?…

Alors qu’à Valence en Espagne, débarquaient épuisés les migrants recueillis par l’Aquarius, un « Axe » des ministres de l’Intérieur hostiles à l’immigration était constitué. Il rassemble, dans un premier temps, ceux d’Italie, d’Autriche et d’Allemagne. Ce groupe de ministres qui pourrait, semble-t-il, être rejoint par ceux des Pays Bas et du Danemark se retrouve à peu de choses près sur la même ligne politique que celle qui a été adoptée par le « groupe de Visegrad », lequel rassemble la Hongrie de Viktor Orban, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie.

On pourra toujours se rassurer en constatant que sur 27 états-membres de l’Union, cela ne fait pas la majorité, tant s’en faut. Pourtant, il y a là comme le symptôme d’un désastre moral. Et il n’est pas sûr que l’annonce, ce mercredi par Emmanuel Macron et Angela Merkel, d’un budget et d’une nouvelle forme de gouvernance de la zone Euro pour 2021 suffise à dissiper le malaise.

Il y a belle lurette, en effet, que l’Europe ne fait plus rêver que les peuples qui n’en font pas partie. A Bruxelles, un déficit démocratique et l’absence de projet au sein de l’Union semblent laisser les rênes à une administration qui paraît auto-centrée et déconnectée du réel. A Londres, les britanniques ont pris la tangente. A Madrid, Lisbonne ou Athènes, la priorité est de sortir du marasme auquel les ont condamnés des plans d’austérité destinés à combattre une dette déraisonnable. Outre-Rhin, Angela Merkel est menacée par la pression que l’extrême droite exerce sur ses propres amis politiques. En Italie, l’improbable conjonction des populistes anti-système et de l’extrême droite permet à cette dernière de mener un travail de sape contre l’UE. Dans les démocraties issues du bloc de l’Est, se sont installés des pouvoirs « illibéraux » qui se fichent comme d’une guigne des valeurs sur lesquelles a été fondée l’Union. Et pendant ce temps, à Paris, on rêve toujours de réécrire la partition pour sortir de la cacophonie, que ce soit sur la gouvernance de la zone Euro, le commerce ou l’immigration…

Aujourd’hui, sur d’autres continents, l’Europe fait envie. D’abord, parce qu’elle a su transformer une terre où se sont déroulés les pires massacres que l’humanité ait connu en havre de paix. Ensuite, parce que les puissances économiques qui la composent connaissent malgré tout la prospérité et parce que leurs populations bénéficient d’un niveau de confort et de services collectifs inégalés. Enfin, parce qu’elle est, malgré toutes les critiques formulées, un espace de liberté démocratique que nous jalousent bien des peuples qui en sont privés.

Oui, l’Europe ne nous fait plus rêver, incapables que nous sommes de rêver pour elle. Nous avons oublié les guerres qui ont ensanglanté notre continent. Nous mesurons la richesse économique dont nous disposons à l’aune des inégalités qui persistent. Nous faisons la fine bouche estimant que nos gouvernements démocratiquement élus gouvernent contre le peuple. Et nous avons peur. Peur de perdre nos emplois, notre protection sociale, nos retraites, notre culture… Et cette peur nous a fait perdre de vue que c’est sur notre continent que sont nés la démocratie et les droits de l’homme.

Alors, peu à peu, le rejet de l’immigration devient le seul point commun d’une Europe en panne de projet et en quête d’unité. Dans un an, les élections européennes seront-elles celles du sursaut ou celle du repli ? Les frontières que nous avons mis tant d’années à abolir pour faciliter les échanges, pour que circulent les hommes et les idées vont-elles être remplacées par les murs qui sont déjà dans bien des têtes ?

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Le silence et la honte

A l’issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement français a fait la déclaration suivante : «La France a l’intention d’adopter une attitude d’humanité. Si les navires qui transportent les émigrants touchent un de ses ports, la France n’a pas l’intention de leur fermer ses portes… Elle adoptera à leur égard une position humaine en fournissant des secours immédiats à ceux qui voudront demeurer sur son sol ».

Nous aurions aimé entendre une telle déclaration à propos de l’Aquarius et de ses 629 migrants sauvés in extremis en Méditerranée il y a quelques jours. Mais voilà, cette déclaration date de 1947, le porte-parole du gouvernement était un certain François Mitterrand et les migrants évoqués étaient les 4554 passagers de l’Exodus en route vers la Palestine. Aujourd’hui, silence embarrassé de la France. Un silence assourdissant…

Bien sûr, comparaison n’est pas raison. Quoique… En 1947, le souvenir des persécutions et de la mise à mort de millions de juifs conduisait des milliers de survivants à vouloir rejoindre leur « terre promise » qui n’était pas encore l’Etat d’Israël. Rien de tel aujourd’hui dira-t-on. Mais peut-on oublier si aisément que si certains fuient la misère et l’absence de tout avenir dans leur pays, nombre d’entre eux veulent échapper à la mise en coupe réglée de territoires par des chefs de guerre sanguinaires et aux persécutions ethniques ou religieuses ? Et peut-on occulter le fait qu’en Libye notamment, ils ont connu l’esclavage et le viol ?

Face au désastre humanitaire que subissent certains pays africains, face à la tragédie qui se joue quotidiennement en Méditerranée et à nos frontières et dont le bilan se compte en milliers de morts, la France, l’Europe pouvaient-ils rester silencieux et impuissants face aux 629 rescapés de l’Aquarius ? En choisissant le silence et l’immobilisme par peur de leurs opinions publiques, ils ont encouru le déshonneur. Ils ont, par défaut, fait triompher la ligne cynique et irresponsable adoptée par le nouveau gouvernement populiste d’Italie qui jubile. En oubliant, par la même occasion, que l’exaspération dont ont fait preuve dans les urnes les électeurs italiens est, au moins en grande partie, due à l’incapacité de leurs voisins à prendre leur part du « fardeau ».

Sur la question migratoire, depuis des mois, des années, l’Europe a baissé les bras, incapable de s’entendre et de dégager une ligne de conduite cohérente, qui se distingue de celle adoptée par les « démocraties » d’Europe de l’Est qui se qualifient désormais d’illibérales (Hongrie, Pologne…) En France, humanité et fermeté, telle serait la ligne du gouvernement. Mais force est de le constater : le devoir d’humanité semble souvent oublié. Quant à la « fermeté », elle n’aurait pour but que de rassurer l’opinion, sans pour autant satisfaire ceux qui voudraient la fermeture de nos frontières ? Serions-nous donc perdants sur les deux tableaux ?

Ne soyons pas naïfs. L’immigration qui vient d’Afrique subsaharienne nous dérange. A la fois parce qu’elle nous confronte à des cultures différentes et parce qu’elle est le fait de personnes majoritairement de confession musulmane. Or, nous constatons à la fois l’échec de l’intégration de vagues migratoires précédentes et la radicalisation rampante de quartiers qui vivent désormais sous d’autres lois que celles de la République. Quand, dans le même temps, ce qui a structuré au fil des siècles notre identité semble se déliter, des Français en nombre grandissant ressentent une réelle insécurité culturelle qui les conduit au repli sur soi et au rejet de l’autre.

Ce que révèle cette attitude de nos gouvernants comme celle de nombreux Français*, c’est la faiblesse de nos convictions, l’affaiblissement des valeurs qui étaient les nôtres. Cela souligne l’incapacité de nos élites qu’elles soient politiques ou intellectuelles à redonner corps à ces valeurs, à définir des politiques ambitieuses d’intégration comme de co-développement avec les pays d’origine. Alors, que faire d’autre que se replier sur un entre-soi rassurant lorsque l’on se sent faible et menacé ? C’est ce qui nous arrive, avec une honte bien vite balayée par d’autres préoccupations : la limitation de vitesse à 80km/h, l’avenir des pensions de réversion pour les veuves, ou encore la fin du conflit à la SNCF…

Dans nos montagnes, la fonte des neiges met à jour les corps sans vie de migrants qui avaient affronté l’hiver pour rejoindre notre Eldorado. Des migrants chassés des vallées et qui n’ont eu d’autre choix que d’affronter l’altitude. Ils l’ont démontré : rien ne les arrêtera. Ni la mer, ni les montagnes, ni les murs derrière lesquels nous nous réfugierons comme dans une prison. Des murs pour cacher notre honte, pour oublier que derrière, nous avons relégué une certaine idée de la Fraternité…

* Y compris nombre de catholiques, si l’on en croit une étude rendue publique cette semaine. Cette étude a été menée par l’IFOP à l’initiative de l’Eglise de France, du Secours Catholique, du CCFD-Terre Solidaire et du Service jésuite des réfugiés qui souhaitaient mieux connaître les perceptions et attitudes des catholiques à l’égard des migrants. Ainsi un tiers des fidèles s’opposerait à l’accueil des migrants tandis qu’un cinquième seulement souscrit sans restriction au message du Pape François en faveur de l’hospitalité.

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A Rome, une leçon d’économie…

De tous côtés, les sonnettes d’alarme ne cessent de sonner. Il y a ces économistes qui parlent déjà d’un « suicide du capitalisme ». Il y a ces journalistes catalogués comme des chantres du libéralisme qui, soudain, en découvrent les perversions. Et voilà que le Vatican s’en mêle ! Quand certains populistes se contentent de recycler des schémas archaïques et une idéologie qui a partout échoué, nous vient de Rome une analyse particulièrement sévère de l’évolution de notre système économique et des propositions décapantes.

Le Dicastère pour le service du développement humain intégral qui peut être considéré comme un des ministères du gouvernement de la Papauté a en effet publié voici quelques jours ses « Considérations pour un discernement éthique sur certains aspects du système économique et financier actuel ». Un texte élaboré par des experts du Vatican, mais aussi par des économistes de bien d’autres horizons. Un titre pour le moins rébarbatif et d’une apparente neutralité.

Neutralité, lorsque ce document dénonce avec vigueur un « égoïsme aveugle, limité au court terme », et qui « exclut de ses horizons la préoccupation de créer et de partager la richesse » ? Neutralité lorsqu’il souligne que la liberté économique, détournée de sa référence au bien, « tend à incliner vers des formes d’oligarchie qui, à terme, nuisent à l’efficacité du système économique », et le conduisent à brève échéance à la ruine ? Neutralité lorsqu’il préconise des solutions radicales ?…

Sans doute n’est-ce pas la première fois qu’au Vatican, l’on s’en prend à l’avidité des plus riches, à leur incessante quête de profits maximisés. Et le Pape François a, plus d’une fois, dénoncé un libéralisme perverti parce qu’il écrase l’homme et détruit la planète. Mais une étape est aujourd’hui franchie par le Vatican dont les mots sonnent comme une condamnation sans appel d’un capitalisme financier qui a abandonné l’objectif de production de richesse pour se soumettre au diktat de l’argent. C’est le cas lorsque des actionnaires exigent une forte augmentation des profits dans une économie de faible croissance et se comportent ainsi comme des prédateurs, destructeurs de richesse et d’emplois. C’est le cas lorsque « l’optimisation fiscale » conduit des individus et des entreprises à placer leurs avoirs financiers dans des paradis offshore pour échapper totalement à l’impôt. C’est le cas lorsque les produits financiers élaborés par les banques sont si complexes que nul consommateur ne peut les maîtriser ou les comprendre, ce qui aboutit à des abus de position dominante…

Les experts du Vatican et ceux qui les ont accompagné dans ce travail d’analyse lancent donc un cri d’alarme car ils estiment que le système a échappé à ceux qui en sont les acteurs et qu’il est désormais dans l’incapacité de s’auto-réguler, de corriger ses propres défauts.

C’est là que ce document trouve tout son intérêt. S’il est incapable de se réformer, de retrouver un sens éthique qui lui fait défaut, quel serait son avenir ? Sans que ce document ne se livre de façon détaillée à un tel exercice d’anticipation, il est aisé de comprendre l’alternative à laquelle nous sommes confrontés. Elle est à la fois simple et inquiétante : soit les états trouvent les moyens d’imposer des réformes profondes qui pourraient à la fois sauver le capitalisme et l’économie, soit nous serions tôt ou tard confrontés à une déflagration telle que les crises financières que nous avons connues ces dernières années passeraient pour d’aimables plaisanteries. Et les conflits sociaux et politiques qui en résulteraient feraient basculer l’humanité dans la violence.

Le Vatican esquisse donc quelques pistes. On pourra trouver anecdotique le fait qu’il réclame qu’un véritable enseignement éthique soit dispensé dans les écoles de commerce. Mais il ne s’arrête pas là. Il demande ainsi une régulation des marchés impliquant une autorité supra-nationale, laquelle imposerait une transparence financière faisant obligation aux entreprises multinationales de rendre publiques leurs activités et les taxes qu’elles paient dans les pays où elles opèrent. Il réclame avec insistance la séparation, au sein des activités bancaires, entre activités de crédit et d’épargne d’une part, et activités spéculatives d’autre part. Il appelle enfin les états à légiférer, à sortir de la spirale de la dette et à combattre avec vigueur l’évasion fiscale qui prive les populations des services qu’ils sont en droit d’attendre. Or, nous le savons, c’est sur ces maux que prospèrent les populismes, de droite comme de gauche, lesquels conjuguent solutions simplistes et repli sur soi, autoritarisme et nationalisme exacerbé.

Déjà conscient de telles menaces, l’écrivain Denis Tillinac écrivait voici quinze ans* : « L’humanité du XXIème siècle doit impérativement surmonter le capitalisme. C’est sa mission historique. Sa survie en dépend. Mais elle n’a la moindre chance d’y parvenir qu’avec des vertus, des concepts et une vision radicalement différents des fantasmes socialisants du XIXème siècle. Elle peut les trouver dans le message et la mémoire du catholicisme, il suffirait de les mettre au goût du jour ». Dans ce document qui n’a, pour le moment, guère eu d’écho médiatique, le Vatican nous invite à ne pas nous résigner à l’impuissance ou au cynisme. Il reste à passer de la dénonciation d’un système et des vœux pieux à l’émergence d’un nouveau modèle économique. Et, si l’on prend la pleine mesure des dégâts provoqués par ses dérives, il y a urgence !

* Dans son livre « Le Dieu de nos pères – défense du catholicisme » (Bayard Editions)

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L’âge de la relégation ou de la solidarité ?..

Après le lundi de Pentecôte travaillé institué en 2004, pourquoi pas une seconde journée de solidarité pour faire face à la dépendance ? Voilà des mois que les personnels de nos EHPAD dénoncent l’absence de moyens dont ils disposent et la maltraitance qui en résulte pour les personnes âgées dépendantes. L’idée ne serait donc pas absurde. Mais la question est-elle seulement affaire de moyens ? En effet, on peut toujours dénoncer la faiblesse des budgets dont disposent les établissements spécialisés ou les associations de maintien à domicile, telles les ADMR dont les personnels font preuve d’un dévouement remarquable, mais obtenir davantage de crédits de la part du gouvernement résoudra-t-il la question ?

A cet égard, le rapport publié le 16 mai par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui dresse un constat particulièrement sévère de la manière dont la société française traite – ou plutôt maltraite – ses vieux, permet d’identifier quelques pistes.

Explicitement, ce rapport pose la question de la « concentration de personnes âgées entre elles » dans ces établissements spécialisés. Certes, l’objectif est évidemment de sécuriser ces personnes devenues vulnérables. Il est aussi de les intégrer dans des structures qui leur permettent de conserver des liens sociaux et de bénéficier d’un environnement qui les stimule physiquement et intellectuellement. Il n’empêche, qu’on le veuille ou non, même avec les meilleures intentions, cet hébergement dans des lieux auxquels elles se sont résignées à contrecœur aboutit souvent à une forme d’exclusion qui renforce le sentiment de solitude et donne, en outre, l’impression de n’être plus qu’une charge inutile. Cela étant observé, n’oublions pas non plus que le maintien à domicile se traduit aussi par une autre forme de solitude, invisible celle-là, et dont on ne mesure pas toujours les effets.

Car la solitude ne tient pas seulement au fait qu’un quart des personnes de plus de 75 ans vivent seules. Elle résulte également de la perte d’un environnement amical dû à l’âge, mais aussi et surtout de la fragilité des liens familiaux. Ainsi 79% de ces personnes n’ont que peu ou pas de contact avec leurs frères et sœurs, et surtout plus de 40% d’entre elles n’ont que peu, voire pas de contact avec leurs propres enfants ! Abandonnées en quelque sorte… Une rupture des liens familiaux que rien ne vient compenser.

Comment s’étonner ensuite que le taux de suicides qui est en moyenne en France d’un peu moins de 15 pour 100 000 habitants, passe à 30 pour les personnes de 75 ans et plus ? Une différence qui en dit long sur leur sentiment d’abandon et d’inutilité.

Face à ce constat, il faut bien parler des moyens qu’il faut consacrer à nos aînés. Créer un risque dépendance, pourquoi pas ? Une nouvelle journée de solidarité n’est pas non plus sans intérêt. Ne serait-ce que parce qu’elle fait appel à l’effort de ceux qui travaillent au profit de ceux qui les ont précédés et avec lesquels les liens ont été distendus. Elle a en revanche un double inconvénient. D’abord, elle fait peser une charge supplémentaire sur le travail qui est déjà, en France, largement sollicité fiscalement et socialement. Ensuite, parce qu’elle a un effet pervers : celui de donner le sentiment qu’en travaillant une journée de plus au profit exclusif de ses parents âgés, elle exonèrerait une génération de son obligation de visites et d’accompagnement. Bref, ce que le droit qualifie d’actes de « piété filiale ».

Car il ne faudrait pas oublier que c’est avant tout d’humanité qu’il s’agit. Et l’humanité impose de s’interroger sur l’incompatibilité réelle ou non qu’il y aurait pour une génération qui a des enfants et se trouve en pleine activité sociale et professionnelle, à s’occuper un tant soit peu de ses propres parents. L’humanité impose de faire preuve de créativité pour créer ou re-créer des liens trop oubliés et éviter la ségrégation de l’âge. On peut donc saluer les initiatives prises par certains établissements, associations et collectivités qui créent des ateliers inter-générations ou des cantines où les enfants partagent leurs repas avec des personnes âgées. Elles montrent que des solutions sont possibles pour sortir les aînés du ghetto dans lequel ils se trouvent trop souvent relégués. Pour autant cela ne règle pas la question des liens familiaux à resserrer.

D’autres pistes sont donc à explorer : les facilités qui pourraient être accordées en droit du travail au profit des aidants, ceux qui consacrent du temps à un proche âgé. Ou encore les dispositions patrimoniales qui pourraient en droit successoral* récompenser celui des enfants qui – pour des raisons de proximité géographique notamment – serait davantage impliqué dans l’accompagnement d’un parent dépendant et ainsi encourager les solidarités familiales…

Au-delà, redonner de l’humanité et de la dignité, c’est changer le regard que notre société porte sur le grand âge. A occuper nos antennes par des animateurs potaches plus soucieux de jeunisme que d’attention à tous les publics, à célébrer la jeunesse et les corps parfaits on en vient à ne plus vouloir regarder en face une réalité. Celle de la fragilité de personnes dont les mouvements sont plus lents, les gestes maladroits, la parole parfois hésitante. Et l’on oublie ce qu’elles ont apporté et ce qu’elles peuvent encore apporter notamment à des enfants par les histoires qu’elles transmettent, par un témoignage du passé différent de ce qu’ils pourront lire dans des livres.

Plus qu’un appel à davantage de moyens, le rapport du CCNE est une pressante invitation à revoir notre attitude à l’égard de nos aînés. A faire une petite révolution culturelle en quelque sorte pour passer de la relégation à une véritable solidarité. Ce qui concerne chaque famille et chacun d’entre nous…

* La reconnaissance de la « créance d’assistance » avait fait l’objet de propositions lors d’un congrès de notaires en 1999 à Marseille.

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« Les cons, ça ose tout !… »

On se souvient de cette réplique signée Audiard dans « Les Tontons flingueurs » : « les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ! ». Nous en avons eu une parfaite illustration ces derniers jours avec deux faits qui, en apparence, n’ont rien à voir. Dans l’émission de Laurent Ruquier sur France 2 tout d’abord où, avec pour invité Jean-Luc Romero, militant de l’euthanasie, la chroniqueuse Christine Angot a déversé son fiel à l’encontre de l’association JALMAV (Jusqu’à la mort accompagner la vie) dont les membres accompagnent les personnes en fin de vie notamment dans les services de soins palliatifs. Selon elle, cette association* ne serait qu’un ramassis de « catholiques intégristes » (qualificatif évidemment infâmant !), qui s’insinuerait dans ces services, manipulerait les personnes en fin de vie pour les dissuader de recourir à la sédation et, ce faisant, les encourager à souffrir.

On savait Laurent Ruquier prêt à tout pour provoquer. On savait Christine Angot prête à tout pour déverser sa bile et garder son fauteuil grassement rémunéré par notre redevance. Elle a cette fois franchi une étape de plus dans l’ignoble en cherchant à salir celles et ceux qui écoutent les peurs, tiennent les mains de ceux qui savent que leur fin est proche. Elle s’en est prise à des femmes et des hommes qui savent ce que dignité veut dire, tandis que ce mot semble décidément bien absent de son vocabulaire…

Pour servir une cause, il ne suffit plus, aux yeux de certains, de développer des arguments. Il faut refuser le débat car l’issue en est incertaine. Pour cela, quoi de mieux que discréditer ceux qui pourraient apporter la contradiction ? C’est précisément ce à quoi s’est livrée Christine Angot, sa posture n’ayant pour objectif que d’imposer son diktat.

Même observation à propos du site internet d’extrême gauche « Reporterre » où un « journaliste » militant a affirmé que lors de l’évacuation du centre universitaire de Tolbiac, à l’aube du vendredi 20 avril, un étudiant avait fait une chute et avait été gravement blessé à la tête. Démenti de la Préfecture de police, laquelle est aussitôt accusée de camoufler une bavure policière. Une information reprise par d’autres grands médias. Sauf qu’aucun blessé grave correspondant à cette description n’a été admis dans les hôpitaux parisiens… Il faudra un patient travail de vérification de l’information fait par de vrais journalistes pour que cette fausse information se dégonfle… Ce qui n’empêchait pas un responsable du « Media », la chaine de web-télé lancée par « La France Insoumise » de persister à justifier le mensonge de pseudo – témoins !

Que cherchaient-ils ces faux journalistes et vrais militants ? Qu’un mort puisse enfin servir leur cause ? Pouvoir gloser à l’infini sur un cadavre résultant de la « violence policière » ? Faire oublier les dégradations que leur occupation a fait subir aux locaux universitaires ? Masquer la pauvreté intellectuelle de leurs arguments ? Et espérer ainsi franchir une étape de plus dans un conflit qui s’essouffle, parce que, voyez-vous, comme l’affirme Jean-Luc Mélanchon, il faut CON-FLI-CTU-A-LI-SER !

Ici, injure et diffamation, là, mensonge et manipulation, mais toujours la mort et la souffrance sont prises en otage par des individus sans scrupule. Pour servir leurs causes, ils ne reculent devant rien, confirmant que pour eux la fin justifie les moyens quels qu’ils soient. Ils démontrent le peu de cas qu’ils font de la vérité, leur mépris des personnes, leur rejet du vrai débat démocratique, celui qui permet le dialogue, passe par l’écoute et le respect des opinions différentes.

Oui, « les cons ca ose tout »… sauf qu’ici ce n’est pas la bêtise qui est à l’œuvre. C’est la haine. La haine qui toujours précède le totalitarisme. La bêtise quant à elle se retrouve hélas chez ceux qui, par paresse et par lâcheté leur accordent crédit.

* Pour celles et ceux qui ignoreraient ce qu’est JALMAV et les règles qu’elle s’impose, je les invite à se rendre sur le site jalmav-federation.fr, ils constateront notamment qu’il s’agit d’un mouvement laïc, sans appartenance confessionnelle. Ils pourront également consulter l’article 1110-11 du Code de Santé Publique qui encadre de manière stricte le bénévolat en soins palliatifs. Des règles scrupuleusement respectées par les bénévoles de JALMAV et que précisent les conventions obligatoirement établies entre les associations et les établissements de santé dans lesquels elles interviennent.

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