L’urgence et l’impatience…

Etaient-ils naïfs au point de croire qu’ils pourraient incarner le renouveau démocratique ? Se sont-ils bercés d’illusion parce qu’ils avaient la certitude d’avoir parfaitement mesuré l’espoir de changement qu’exprime notre pays ? Malgré la cohorte de ses « Faizeux », malgré les dizaines de milliers de personnes qui ont voté sur internet, ni Alexandre Jardin, ni Charlotte Marchandise la candidate sélectionnée dans le cadre de LaPrimaire.org, n’ont obtenu le nombre nécessaire de parrainages pour se présenter aux suffrages des Français. Serait-ce donc que le « système » a encore de beaux jours devant lui ?

Force est de le reconnaître, à l’exception d’un parfait inconnu (F. Asselineau), ceux qui se retrouvent sur la ligne de départ font peu ou prou partie du sérail, pour avoir déjà été candidats. On observera ainsi que l’extrême gauche est bien représentée. Toujours prompte à nous expliquer comment il faut abattre le système, jamais capable de se mettre d’accord, elle dispose cependant d’une opportunité de faire entendre sa voix inversement proportionnelle à ses scores électoraux passés. Avec elle, tout se passe comme si elle n’avait d’autre raison d’être que de faire un tour de piste tous les cinq ans pour profiter d’un temps d’antenne que lui octroient ainsi généreusement les élus qui la parrainent.

Si l’on peut s’interroger sur cette étrange survivance de l’ultra-gauche dans notre paysage électoral, on peut tout autant s’étonner que, dans la crise de la représentation politique que nous traversons, aucun des mouvements citoyens qui ont émergé ces cinq dernières années, n’aient pu obtenir la consécration d’une candidature. Est-ce, comme l’affirme Alexandre Jardin, l’effet de menaces de représailles proférées par des parlementaires auprès de maires ruraux ? Est-ce une conséquence des pesanteurs de notre système qui inciterait davantage les élus locaux à parrainer ceux qui en font déjà partie, dont l’extrême gauche ? Ou serait-ce plutôt le résultat d’une erreur de stratégie de la part des promoteurs de ces mouvements citoyens qui ont cru pouvoir passer directement à la case présidentielle sans investir au préalable la vie locale, terrain où se trouvent les « parrains » ?

Dès le début des années 70, la gauche militante s’était engagée dans la vie associative et dans la vie locale, inspirant des politiques nouvelles, et rajeunissant peu à peu ses cadres et ses élus. Après le coup d’envoi donné à « l’Union de la gauche » par François Mitterrand lors du Congrès d’Epinay en 1971, le nouveau Parti socialiste a pu s’appuyer sur eux. Et faire reposer ainsi sa prise de pouvoir de 1981 sur un vaste réseau enraciné dans le pays.

Il serait injuste aujourd’hui, de nier l’implication locale des récents mouvements citoyens. Cependant, leur diversité d’approches, leur dispersion sur le territoire, ne leur donnent ni visibilité sur le plan national, ni cohérence idéologique et programmatique. Et s’ils peuvent faire état d’expériences très positives de renouveau démocratique dans certaines localités, cela semble aujourd’hui encore trop anecdotique pour opérer le renversement citoyen qu’ils entendent promouvoir. Au surplus, ces mouvements semblent également dans l’incapacité de faire émerger des candidats aptes à affronter le suffrage universel dans chacune des 577 circonscriptions pour les élections législatives, garantie d’une crédibilité politique.

On pourra souligner que le mouvement lancé par Emmanuel Macron qui s’est situé, dès l’origine, en marge de notre système institutionnel a, lui aussi, fait l’impasse d’un investissement dans la vie locale. Le calendrier, d’ailleurs, ne le lui permettait pas. Mais en suscitant des adhérents et des cadres directement sur internet, il a en quelque sorte, réglé cette question par une implication citoyenne directe. La notoriété et le succès ont fait le reste : des élus le rejoignent, même si le plus dur reste à faire pour lui, c’est à dire donner une cohérence à ce qui est aujourd’hui un rassemblement parfois un peu disparate.

A l’évidence, il y a urgence à renouveler notre démocratie. Mais nous voilà confrontés à une contradiction qui va mettre notre patience à rude épreuve : l’impossibilité de faire coïncider urgence et démarche de long terme.

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Trop, c’est trop ?

Un soir d’été 2002, le Directeur de la rédaction d’un grand quotidien s’étonnait devant des amis : « Comment se fait-il que cet homme (Jacques Chirac) sur lequel ont été publiés tant d’articles, tant d’enquêtes révélant ses turpitudes, celui que les Guignols de l’Info avaient qualifié de Supermenteur, ait été le Président le mieux élu de toute l’histoire de la Vème République ? ». Notons au passage que, convaincu de la nécessité de mener une opération de moralisation de la vie publique, ce grand journaliste avait lui-même publié nombres d’articles à charge. Il éprouvait ainsi tardivement la curieuse impression d’avoir été désavoué par le suffrage universel…

Un peu plus d’un mois avant l’élection présidentielle de 2017, le feuilleton des révélations sur François Fillon dresse de lui un portrait peu flatteur. Et après un Nicolas Sarkozy un brin bling-bling, voilà un homme pas particulièrement désintéressé et aimant vivre dans le luxe à condition que celui-ci ne soit pas tapageur. Derrière chaque révélation, des insinuations, des soupçons de conflit d’intérêts, et surtout le constant rappel d’une contradiction : celle qui oppose les efforts prévus dans le programme du candidat et l’aisance dans laquelle il entend vivre. Trop d’argent donc, et en retour, trop d’acharnement ?

Dans le même temps, les réseaux sociaux déversent sur Emmanuel Macron de multiples accusations, somment les autorités judiciaires d’engager des poursuites à son endroit, dénoncent les liens multiples qu’il aurait avec la finance, et les soutiens scandaleux dont il bénéficierait dans les médias. Jusqu’à une caricature aux ignobles relents antisémites.

L’emballement de la campagne électorale sur le terrain des « affaires » résulte au moins partiellement du rapport de forces qui s’est installé dans notre pays. La présidente du Front National ayant préempté la première place, curieusement, nul ne songe plus à la lui contester. Il en résulte une bataille acharnée pour la seconde, chacun étant convaincu que c’est celui qui devra l’affronter au second tour qui emportera l’élection. Une bataille dans laquelle tous les coups, y compris les plus bas, sont donnés.

Dans cette bataille, certains médias n’ont donc pas hésité à s’engager, persuadés que le temps est venu de cette moralisation de la vie publique qui n’a toujours pas eu lieu à leurs yeux. Et ils savent pouvoir s’appuyer sur une opinion qui, désormais, exige la tolérance zéro. Une opération « mains propres » en quelque sorte. Bienvenue, certes, mais pas sans risque.

D’une part, étrangement, Marine Le Pen se trouve confortée par tous les autres candidats dans sa position de leader puisqu’ils la ménagent en se réservant leurs coups. D’autre part, la bataille qui se déroule renforce une part de l’opinion dans l’idée du « tous pourris ». A ce petit jeu, deux gagnants et un perdant. Les gagnants : le camp de la présidente du FN et celui des abstentionnistes. Le perdant : la démocratie.

Alors, sans doute serait-il temps de méditer la réflexion de 2002 de ce directeur de rédaction…

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Les digues sont rompues…

Irréconciliables ! Le qualificatif s’employait jusque-là à gauche et s’appliquait aux différentes familles issues d’un parti socialiste moribond. Depuis ce dimanche, il s’applique à la droite, laquelle prend acte dans la douleur de ses propres déchirures.

Les déclarations de ces sympathisants de François Fillon qui affirmaient au Trocadéro qu’ils voteraient plutôt Le Pen que Juppé en dit long sur la part de détestation qui provoque un tel rejet. Elle est aussi révélatrice de l’opposition entre des lignes politiques radicalement différentes qu’avaient mises en évidence les primaires, et qui sont désormais incompatibles, « l’affaire » des assistants parlementaires du candidat désigné en novembre ayant abouti à un durcissement de son propre camp. Elle est enfin et surtout le signe annonciateur d’un lendemain de premier tour particulièrement difficile pour cette droite qui se voyait déjà au pouvoir…

Rassemblement, vous avez dit rassemblement ? Voilà un mot qui fait partie du vocabulaire traditionnel des gaullistes et dont on peut aujourd’hui douter qu’il ait encore du sens pour cette famille politique. En effet, il semble bien fini le temps où, quelque soit le candidat désigné par son parti, la droite votait massivement et sans trop d’états d’âme pour lui. Les batailles les plus âpres avaient eu lieu avant, en coulisses, les rancœurs étaient remisées pour répondre à l’exigence d’unité.

Nous voilà désormais face à une radicalisation d’un nombre important d’électeurs qui voient en Alain Juppé le représentant d’un centre honni, et en Emmanuel Macron, le rejeton mondialiste d’un François Hollande détesté. On comprend dès lors que le premier ait mis un terme à toute idée de plan B autour de sa candidature, considérant qu’il était trop tard. On comprend aussi que le second n’allait pas, de sitôt, recueillir leur vote dans le seul but de faire barrage au Front national.

Ces électeurs-là ne se comporteront décidément pas de la même manière que la droite républicaine dans le passé… C’est sans doute parce qu’ils croient encore que leur champion parviendra à déjouer tous les pronostics et se qualifiera pour le second tour de la présidentielle pour affronter Marine Le Pen. Et qu’il retrouvera ainsi l’état de grâce qui lui semblait promis début décembre. Après tout, les sondages avaient sous-estimé François Fillon avant la primaire de la droite et du centre. Or non seulement ils oublient les dégâts provoqués par « l’affaire », mais de surcroit ils négligent la nécessaire dynamique de rassemblement qu’impose notre mode d’élection présidentielle. C’est ce que traduisent aujourd’hui les sondages qui placent François Fillon en troisième position dans les intentions de vote pour le premier tour

Si cette tendance se confirmait, la question qui se poserait alors à l’électorat de droite est celle de son choix au second tour. A l’évidence, pour une part de celui-ci, la droite la plus conservatrice, et parfois la plus identitaire, les digues sont rompues. Plus aucun obstacle n’empêchera ces électeurs de voter pour Marine Le Pen. Pour d’autres, choisir Emmanuel Macron serait se faire violence tant ils s’opposent à ce que représente l’ancien ministre de l’économie, à sa conception d’un libéralisme ouvert et en grande partie dérégulé. Se résigneront-ils à voter contre leurs convictions profondes pour éviter de porter le FN au pouvoir ? Rien n’est moins sûr. Se réfugieront-ils alors dans l’abstention avec les risques que cela comporte ? Pour d’autres enfin, représentants d’une droite modérée et pro-européenne, un candidat de centre gauche sera toujours préférable à la candidate de la droite extrême.

Face à cet éclatement de leur électorat, les leaders de la droite se disperseront. Les uns resteront fidèles à leur détermination passée et appelleront à faire barrage à Marine Le Pen, rejouant ainsi à l’envers le film de 2002. D’autres, suivant en cela une part de leur électorat, se montreront FN-compatibles. Il y aura enfin ceux qui se retrouveront écartelés, en particulier ceux qui ont été élus aux régionales grâce aux voix de la gauche… C’est alors, après une phase de décomposition sans précédent, que pourra commencer une tentative de recomposition de la droite. Cette droite dont les primaires nous avaient fait oublier qu’elle aussi était divisée en familles irréconciliables…

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Recomposition – décomposition…

Ils sont nombreux, ceux qui détestent le béarnais qu’ils estiment responsable de la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 parce qu’il avait déclaré qu’il voterait à titre personnel pour François Hollande. Ils sont nombreux, ceux qui détestent cet ancien banquier passé par Bercy où, emporté par un libéralisme effréné et dans l’ignorance de la réalité, il avait engagé une série de réformes, visant notamment des professions réglementées. Les uns et les autres considèrent qu’ils ont trahi. Le premier, la droite à laquelle il était allié depuis des années. Le second, le Président de la République qui l’avait pourtant promu.

Oui, mais voilà : les uns et les autres auraient tort de ne voir en François Bayrou et Emmanuel Macron que deux traitres à leurs causes car, après tout, nous pourrions tout aussi bien considérer à l’inverse qu’ils ont été fidèles à leurs propres convictions : le centriste François Bayrou en abandonnant un Nicolas Sarkozy engagé dans une dérive jugée préoccupante, puis un François Fillon résolument ancré à droite ; Emmanuel Macron, en quittant un François Hollande trop pusillanime pour aller jusqu’au bout d’une logique réformiste qu’il semblait pourtant appeler de ses vœux.

L’alliance qu’ils ont concrétisée pourrait bien constituer l’une des prémices d’une recomposition politique qu’après tout nombre de Français réclament. Bien sûr,  on peut s’interroger sur la nature et les limites de la recomposition initiée par un tel rapprochement. D’une part, on ne manquera pas de rappeler que François Bayrou a tant fait le vide autour de lui qu’à l’exception d’un irréductible carré de fidèles, l’essentiel de ses troupes de 2007 se retrouve aujourd’hui « En Marche ». D’autre part, on restera perplexe face à certains ralliements engrangés par Emmanuel Macron car il n’est pas sûr qu’un simple recyclage d’élus socialistes en quête d’un nouveau parrain pour conserver leur siège aux législatives trouve grâce aux yeux des Français.

Mais les irréductibles ennemis de ce duo seraient bien inspirés, non seulement de se rappeler qu’il ne faut jamais insulter l’avenir, mais aussi et surtout de s’interroger sur la manière dont ils devront eux-mêmes se positionner à l’avenir. D’abord, le cas échéant, lors du second tour de l’élection présidentielle face à Marine Le Pen, ensuite dans les mois qui suivront.

Ne sous estimons pas les conséquences du séisme que représenterait un second tour de l’élection présidentielle où ne figureraient ni le représentant du PS, ni celui de la droite républicaine. Ces deux partis, après avoir dominé la vie politique depuis des décennies, seraient alors confrontés à une crise sans précédent facilitée par la mise à l’écart des battus (aux primaires et aux élections). Une crise dominée par des règlements de compte que l’on appellera pudiquement « devoir d’inventaire ». Une crise marquée par des tentatives de conquête des appareils par ceux qui voudront instaurer leur propre domination sur leur famille politique dans la perspective des échéances futures et où ils verront une opportunité pour redéfinir projets, ligne politique et règles de comportement.

Ne sous estimons pas non plus les difficultés institutionnelles devant lesquelles nous pourrions nous trouver. Le Président élu trouvera-t-il une majorité parlementaire cohérente susceptible de voter les textes correspondant au projet sur lequel il aura été élu ? Son assise sera-t-elle suffisamment solide pour réformer sans affronter la rue au moindre prétexte ? La représentation nationale sera-t-elle conforme au rapport de forces entre les diverses familles politiques ou le scrutin majoritaire donnera-t-il, une fois encore une prime aux deux formations défaites au premier tour de la présidentielle ? Toutes ces questions peuvent se résumer en une seule : le pays sera-t-il gouvernable ?

La recomposition du paysage politique qui se dessine s’accompagne d’une phase de décomposition de celui que nous connaissons aujourd’hui. Cette décomposition, nous le savons, a déjà commencé. Sans doute, peut-on y voir une réelle opportunité pour, enfin, parvenir à une refondation de notre système démocratique. Mais elle n’est pas sans dangers dans une société comme la nôtre, à la fois sous tension et tentée par le désordre, notamment celui qu’occasionnerait le grand « coup de balai » qu’espèrent certains…

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Ré-enchanter la campagne ?

Morne campagne ! Aux « affaires » ont succédé les violences suscitées dans certaines banlieues par un contrôle policier particulièrement brutal. Désormais, les déclarations des candidats semblent se perdre dans une indifférence grandissante de l’opinion. Il y a bien, ici et là, des propos plus vifs qui tentent de ranimer la flamme, mais on sent bien que le cœur n’y est pas.

A gauche, la tentative avortée d’une union tactique entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélanchon aura fait couler plus d’encre qu’elle n’aura mobilisé les énergies de ceux qui auraient pu construire un front commun. La force des égos l’aura emporté sur l’opportunité de créer une nouvelle dynamique et confirmé le caractère irréconciliable des deux camps. Quant à l’esquisse d’un programme commun entre le candidat du PS et celui des écologistes, elle ne fait rêver que ceux qui ne se sont pas encore aperçu du fait que les « verts » ne représentent plus grand-chose.

A droite, un François Fillon plus que jamais droit dans ses bottes poursuit une campagne peu audible tant il a troublé certains de ses électeurs et doit faire face à un profond désenchantement. Enfin, le centre dont Emmanuel Macron occupait encore seul l’espace en attendant que François Bayrou ne se déclare, cherche le projet qui pourrait être le sien.

Pendant ce temps, imperturbable, la candidate du Front National poursuit sa campagne avec la tranquille assurance que les affaires de détournements de fonds et d’emplois fictifs qui la cernent n’auront pas de prise sur son électorat.

Dans un peu plus de soixante jours, nous allons voter. Nous devrions donc être en train de débattre de l’avenir, c’est à dire de la place et du rôle de l’Etat dans notre société, de la manière de rendre l’école plus performante, de la façon dont la collectivité doit faire preuve de solidarité à l’égard des plus pauvres et des exclus, de la contribution de la France à la relance du projet européen, de la voix qu’elle devra faire entendre sur la scène internationale… Mais il n’en est rien ! Dans ce contexte morose, comment éviter que le désenchantement ne se transforme en abstention record pour les scrutins des 23 avril et 7 mai ?

Il semble bien que les électeurs de Marine Le Pen soient les plus résolus, ceux qui seront les moins enclins à changer d’avis. Les autres sont manifestement moins déterminés quant au bulletin qu’ils mettront dans l’urne. Un nombre élevé d’abstentionnistes risque donc de profiter à la candidate du FN. Au premier tour en lui assurant une confortable avance sur ses adversaires, ce qui peut contribuer à créer une dynamique en sa faveur. Au second en la faisant bénéficier des effets dévastateurs de mauvais reports de voix à, droite, au centre ou à gauche.

Sans aucun doute, la perte de confiance dont pâtissent l’ensemble des formations qui ont occupé le devant de la scène des années durant pèse lourd dans ce climat. Mais l’abstention pourrait être autant l’effet de la morosité que de cette perte de confiance. Qui saura ré-enchanter la campagne ?

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J’arrête !

C’est décidé : j’arrête ! J’arrête d’écouter les prétendus humoristes qui ironisent à longueur d’émissions radios ou télé et les animateurs qui se servent des tribunes dont ils ont été généreusement dotés pour transformer la vie publique en foire à la dézingue. Ils jouent au chamboule-tout, condamnent au pilori tous ceux qui proposent leur projet, car personne – ou plutôt, presque personne… – voyez-vous, ne trouve grâce à leurs yeux.

Les uns et les autres détestent la complexité des débats d’idées qui fait appel à notre intelligence parce qu’ils ne savent jouir que de leurs bons mots. Ils sont fatigués dès qu’un de leurs interlocuteurs parle plus de soixante secondes d’affilée, et faute de pouvoir se montrer à la hauteur de ses idées, ils se jettent, tels des chiens sur des os à ronger, sur sa moindre défaillance, sur la plus petite révélation, sur une suspicion de faute passée pour le déstabiliser, le sommer de s’expliquer au grand tribunal auto-proclamé où ils jouent le rôle de procureur. Et ils guettent avec avidité le mot mal choisi qu’ils sauront renvoyer comme un boomerang, ou encore la sueur qui perle sur le front qui sera, à leurs yeux, un signe évident de culpabilité.

Leur délire narcissique nous entraîne vers des abîmes insondables car nul n’échappera à cette entreprise de destruction massive. Et surtout pas notre démocratie…

C’est décidé, j’arrête de regarder les posts nauséabonds sur Facebook qui remplacent le débat d’idées par la diffusion de rumeurs. J’arrête de lire les affirmations invérifiables, les attaques personnelles, les tentatives d’abattre des hommes qu’ils soient politiques, intellectuels ou médiatiques, en visant leurs proches, leurs enfants. J’arrête de lire toutes ces ripostes qui tendent à démontrer que si l’un a été pris les doigts dans le pot de confiture, ses adversaires ne s’en privent pas. J’arrête parce que, voyez vous, certains qui se présentaient il y a quelques années comme des chevaliers blancs, ceux qui se prétendent des patriotes seuls capables de changer le système, n’ont même plus besoin d’entonner l’air du « tous pourris ». L’engrenage fatal s’est mis en route : le lien pervers qui s’est établi entre médias et réseaux sociaux fait le job à leur place ! Et les réveils seront cruels. Très cruels !

Je redoute ce qui en résultera. Oui, la démocratie est abaissée par ceux qui en ont tiré profit. Oui, les mœurs de certains de nos dirigeants passés ou actuels sont sujets à la critique. Oui, certaines règles peuvent et doivent être changées. Oui, la démocratie mérite mieux que de médiocres manœuvres d’appareils et de sordides règlements de comptes. Mais dès que l’on se repaît du spectacle qui nous est proposé, dès que l’on confond campagne électorale et remugles de caniveau, dès que l’on succombe aux plaisirs de relayer une rumeur, de partager sur son compte Facebook ce que l’on croit être une information sans même la vérifier, on tombe dans le piège de ces prétendus patriotes chevaliers blancs qui attendent en toute tranquillité que nous leur préparions le terrain et, in fine, que la démocratie se livre, défaite, entre leurs mains.

On a vu à quelques jours d’intervalle deux faits apparemment anodins qui devraient nous alerter. A Washington, le nouveau Président des USA a fait sortir d’une conférence de presse un journaliste impertinent. A Paris, le service de protection de la Présidente du Front National a viré manu-militari un journaliste qui osait aborder un sujet dérangeant. En somme, que ceux qui dérangent dégagent !

Alors continuons comme ça, et c’est cet ordre-là qui règnera. Ensuite, il sera trop tard pour pleurer…

Plus que jamais me reviennent les mots prononcés en 1940 par le philosophe Emmanuel Mounier qui définissait « les trois consignes de l’intelligence en temps de crise : fidélité, lucidité, vigilance ». Il est temps d’être lucides ! Il est plus que temps de faire preuve de vigilance !

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Donner la parole à ceux qui sont sans voix

Voter, c’est accorder sa voix à celui ou celle en qui l’on place sa confiance. Eux, ils n’ont plus de voix. Exclus parce que personne ne leur fait confiance, parce que les accidents de la vie, des événements qui leur sont étrangers ou encore la misère les ont mis à la rue, sur les routes de l’exil, ou les ont relégués dans des logements précaires.

Une campagne électorale, c’est un débat d’idées. C’est aussi une mobilisation de moyens considérables, un combat dont la férocité n’a d’égale que la bassesse des coups qui sont donnés, un combat dont l’enjeu est le pouvoir. Eux, ils n’ont à leur disposition que de bien pauvres moyens pour se battre tous les jours avec opiniâtreté, pour simplement survivre.

Le plus souvent, d’autres parlent à leur place. Le plus souvent, on ne les écoute pas, par lassitude, ou parce que notre impuissance nous fait honte. Et le plus souvent, nous laissons à d’autres la tâche de prendre soin d’eux. Nous déléguons à des associations que, parfois, nous soutenons financièrement, à des bénévoles dont nous admirons le dévouement, nous qui en sommes souvent incapables, ce devoir de fraternité qui pourtant nous incombe. Une fraternité dont nous avons parfois oublié qu’elle était, aux frontons de nos mairies, indissociable de l’égalité et de la liberté.

Alors, une fois n’est pas coutume, pour sortir du tintamarre de la campagne, pour faire entendre d’autres voix, je vous invite à leur donner la parole !

A l’initiative de l’association Georges Hourdin*, cinq grandes associations : Le Secours Catholique, ATD-Quart Monde, la Cimade, Amnesty International et Le Secours Islamique se sont regroupées pour raconter la vie, les galères, mais aussi les initiatives qui permettent aux exclus et aux plus démunis de relever la tête. Les apprentis journalistes formés par l’association Reporters Citoyens les ont écoutés, les ont fait parler pour que leur parole nous parvienne dans toute sa vérité. Enfin, un partenariat avec Le Monde a été conclu qui permet de diffuser sur son site internet les vidéos, interviews, portraits et reportages réalisés. Et, en mars, tout cela fera le sujet d’un supplément du quotidien.

Durant les semaines à venir, ces interviews, portraits et reportages seront en ligne. Prenez-en connaissance grâce au lien ci-dessous. Découvrez de belles histoires de parcours fracassés et de renaissances. Et n’hésitez pas à faire connaître, à partager la parole de ces femmes et de ces hommes qui nous donnent une salutaire leçon d’humanité ! Merci.

http://www.lemonde.fr/paroles-de-sans-voix/

* Cette association porte le nom du fondateur de l’hebdomadaire « la Vie Catholique » créé au lendemain de la guerre. Elle regroupe les familles de ceux qui l’ont accompagné dans la création de ce journal et du groupe de presse La Vie-Télérama… qui fait aujourd’hui partie du groupe Le Monde.  

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2017 : pour une éthique de la responsabilité ?

Que de dégâts ! Quoiqu’il arrive désormais, la révélation de la rémunération de l’épouse de François Fillon laissera planer un doute et entachera la crédibilité de celui qui apparaissait, voici quelques semaines, comme le favori de l’élection présidentielle. Et au-delà, porte atteinte à notre démocratie.

Sans doute, la ficelle est-elle bien grosse, et la manœuvre particulièrement tordue qui a consisté à lancer ces informations et une hâtive enquête préliminaire en ce début d’année… Sans doute y a-t-il quelque chose d’écœurant dans le flot d’injures et le déchaînement de haine qui se répand sur les réseaux sociaux. Pour autant, on ne peut se contenter ni de crier à la machination, ni de s’insurger contre la part de sexisme qui transparaît dans certains commentaires. Il est plus que temps, en effet, de prendre acte du fait que nous avons changé d’époque.

Fini le temps où des petits arrangements entre amis pouvaient passer inaperçus et procurer à des hommes politiques les grands moyens de leurs non moins grandes ambitions ! Fini le temps d’une fausse transparence, et des accommodements avec la vérité ! Fini le temps où des élus et leurs proches pouvaient empocher sans vergogne des sommes sans commune mesure avec les rémunérations des Français, et sans que soit établi un lien entre leur montant et le travail fourni ou les compétences nécessaires ! Au surplus, de tels montants donnent la désagréable impression que nos élus restent étrangers aux contingences du commun des mortels…

Bien sûr, on pourra toujours regretter que l’indignation soit à géométrie variable, puisque l’omerta règne toujours sur les sommes pharamineuses des contrats de stars du petit écran si prompts à donner des leçons à la terre entière. On pourra observer aussi que le tollé provoqué par de telles affaires n’est jamais aussi violent – et donc au moins en partie injuste – que lorsque des élus sont en cause. Cela signifie seulement qu’il y a des fonctions qui impliquent un niveau d’exigence morale supérieur aux autres.

Au cours des vingt dernières années, tant d’affaires ont défrayé la chronique politico-judiciaire* que nous pensions que nos élus en avaient retenu quelques leçons. Dans le même temps, ne nous trompons pas : les règles de transparence et de lutte contre les conflits d’intérêts ont considérablement progressé dans notre pays et, quelles que soient les dispositions prises, il restera toujours une zone de flou entre le comportement éthique d’un élu et celui qui ne le serait pas, fût-il respectueux des règles légales.

Cela signifie-t-il qu’il faille encore et encore réglementer et interdire ? Force est de le constater : nous voilà désormais au temps de la tolérance zéro. Et, quoi qu’il arrive le 7 mai prochain au soir, la question de l’éthique de la responsabilité sera centrale pour la qualité de notre démocratie. Nos futurs élus seraient bien inspirés d’y réfléchir dès à présent, non pour s’en emparer au point de se présenter comme les chevaliers blancs prêts à faire le ménage : nul n’y croirait. Mais pour se fixer des règles exigeantes en la matière et s’y conformer.

Faut-il interdire à un parlementaire de prendre pour assistant son conjoint ou l’un de ses enfants comme c’est le cas au Parlement européen** ? Pas sûr. Pas sûr non plus que l’on puisse exiger d’un élu de pouvoir prouver à tout moment un emploi du temps, les personnes rencontrées, les documents rédigés par un collaborateur : ce serait s’engager dans une voie inquisitoriale qui constituerait une réelle atteinte à la liberté et à l’indépendance du parlementaire lequel doit aussi pouvoir mener son travail en toute discrétion.

En revanche, il est temps de réduire le nombre de parlementaires, limiter le cumul des mandats, plafonner les indemnités, limiter dans le temps le nombre de mandats exercés, réaffirmer la fonction de contrôle du Parlement sur l’action gouvernementale : autant de mesures qui s’imposent pour revivifier notre démocratie. Tout comme l’instauration d’un véritable statut de l’élu qui permettrait d’éviter que des fonctionnaires ne trustent les mandats.

Mais ne nous donnons pas bonne conscience : ne faisons pas l’économie d’une reconnaissance collective, par nos concitoyens, du coût de la démocratie. Car ce n’est pas en exigeant de nos parlementaires qu’ils travaillent avec des bouts de ficelle que nous aurons une démocratie digne de ce nom !

* Est-il utile de rappeler les emplois fictifs de la mairie de Paris, celui de Xavière Tibéri au Conseil général de l’Essonne, l’affaire Urba qui révéla un système de fausses factures derrière lequel se cachait le financement du PS, le scandale de la MNEF qui éclata à la fin des années 90 et mit en évidence les arrangements financiers dont ont bénéficié nombre d’actuels caciques du PS alors condamnés ? Faut-il rappeler l’affaire Bygmalion et des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ? Ou encore l’affaire Riwal du nom de cette société qui assure des prestations de communication pour Marine le Pen, et les assistants parlementaires fantômes de députés FN au Parlement européen ?…

** Il suffit de ne pas être marié pour contourner cette règle, comme le fait Mme Le Pen qui y emploie son compagnon Louis Alliot.

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Que le meilleur perde !

Sous ce titre, il y a 31 ans presque jour pour jour, était publié un éloge de la défaite en politique*. Ses auteurs, le politologue Frédéric Bon et le rédacteur en chef du magazine « Actuel » Michel-Antoine Burnier, y développaient avec humour une thèse selon laquelle loin d’essayer de gagner, les hommes politiques s’efforcent de perdre. La plupart du temps, constataient-ils, ils y parviennent. Parfois, certains échouent et doivent assumer l’insupportable fardeau du pouvoir. Et il arrive même que d’autres, plus pervers, ne jouent pas le jeu et font tout pour gagner !

Au lendemain du premier tour de la primaire de la gauche, constatons que nous tenons avec Benoît Hamon, arrivé en tête, un spécimen de ces hommes décidés à perdre. N’a-t-il pas, au soir de ce premier tour, déclaré qu’il s’inscrivait dans la lignée des Bernie Sanders, Jeremy Corbyn ou encore de Podemos. Des leaders aux USA et en Grande Bretagne et un parti, en Espagne qui, tout sympathiques qu’ils soient, ont pour caractéristiques communes l’impuissance et l’échec.

On pouvait penser qu’au jeu du « que le meilleur perde », Manuel Valls avait joué un coup particulièrement subtil et pris une longueur d’avance. En effet il semblait (bien tardivement !) regretter d’avoir usé et abusé de l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter – sans vote à l’Assemblée Nationale – les lois Macron et El Khomry, lois les plus contestées du quinquennat. Il a donc annoncé que s’il était élu il proposerait la suppression de cet article de la Constitution. Ainsi, non content de se désavouer lui-même, il manifestait sa volonté de pérenniser l’impuissance gouvernementale en privant les prochains locataires de l’Hôtel Matignon d’un dispositif qui permet de gouverner quand les vents sont contraires… De ce fait, il s’assurait de perdre sur les deux tableaux : d’abord de la crédibilité et donc des suffrages et, si cela n’avait pas suffi, des moyens de gouverner !

Benoît Hamon a une autre idée, plus ingénieuse celle-là puisqu’elle a un goût de nouveauté que ne peut avoir le reniement de Manuel Valls. En effet, si d’aventure et par malheur, il lui arrivait de l’emporter en mai prochain, il a d’ores et déjà programmé une recette infaillible pour atteindre cette impuissance dans le gouvernement de l’Etat que l’on a tant reproché à François Hollande. Cette recette infaillible se nomme le « 49-3 citoyen ». Ce dispositif qu’il souhaite introduire dans la Constitution comporte deux parties et peut se résumer de la manière suivante : donner à 1% du corps électoral (soit 400 000 électeurs ! ) la possibilité d’imposer au Parlement l’examen d’une proposition de loi. Jusque-là rien que de très classique car, après tout, cela rejoint les référendums d’initiative populaire que connaissent nos voisins de Suisse. Il reste que faute de clarification et de régulation, la multiplication de propositions de lois encombrera le Parlement et paralysera le travail législatif… Ce qui est sans doute l’objectif recherché !

Mais le coup de génie de Benoît Hamon tient à la deuxième partie de ce dispositif : il s’agit en effet, ni plus ni moins, que de permettre à ce 1% du corps électoral, de s’opposer à la promulgation d’une loi adoptée par le Parlement. Plus besoin de manifestations de rues : syndicats, organisations de tous poils, mobilisations sur les réseaux sociaux suffiront à priver le gouvernement et la majorité parlementaire de toute capacité d’agir. Avec ce « 49-3 citoyen », quelques récentes lois n’auraient pas été promulguées : le mariage de personnes de même sexe, la loi Macron, la loi El Khomry, demain, la loi sur le délit d’entrave numérique en matière d’avortement… On pourra alors se demander à quoi sert le Parlement… Bref, avec de telles idées, les gouvernants de demain n’ont pas fini de rigoler !

Il y a cinq ans, au jeu du « que le meilleur perde », François Hollande avait à moitié échoué puisqu’il avait été élu. Mais une fois Président de la République, il a réussi à ne pas exercer le pouvoir et, comble du succès, à ne pas se représenter ! Aujourd’hui, il a fait des émules : ceux qui, sous couvert de renouveau démocratique, font de l’impuissance une vertu… L’impuissance, une vertu démocratique ?

* « Que le meilleur perde » de Frédéric Bon et Michel-Antoine Burnier – 192 p – Editions Balland

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Reconstruire, à gauche ?…

Reconstruire, réinventer, retrouver, repenser, redéfinir… Décidément, la liste est longue de ces verbes maintes fois utilisés dans l’actualité et qui nous invitent à un renouveau. Styliste du langage, Jeanne Bordeau* les a rassemblés dans un de ses tableaux de mots qu’elle expose comme chaque début d’année, et l’on peut s’interroger, à quelques semaines d’échéances électorales majeures, sur le sens que pourrait leur donner la gauche pour revivifier la démocratie et la justice sociale.

Fallait-il que cette gauche soit sur le point d’être balayée lors des prochaines élections pour que ses candidats proposent, en ordre dispersé, un catalogue hétéroclite de propositions parfois incompatibles entre elles, et dont un des rares points communs semble être l’accroissement de la dépense publique ? Faudra-t-il qu’elle fasse une cure d’opposition pour prendre le temps de penser à un nouveau modèle ? Faut-il pour cela que ses caciques soient renvoyés dans leurs foyers ?

On se souvient qu’il avait fallu que la SFIO subisse de nombreux échecs avant que François Mitterrand ne parvienne à lui imposer sa loi et à en faire un PS capable de conquérir le pouvoir. On se souvient moins du fait que cette conquête avait été précédée par un bouillonnement d’idées, par de nombreuses initiatives qui avaient permis de revivifier la démocratie locale, d’expérimenter des pratiques politiques nouvelles dans des quartiers et des municipalités, de renouveler les femmes et les hommes en faisant exercer des responsabilités à une nouvelle génération d’élus.

La cure d’opposition imposée alors à la gauche en raison de son incapacité à affronter la décolonisation, de la faillite de la IVème République, et du gaullisme triomphant, lui avait permis de retrouver des forces nouvelles. Cela avait été rendu possible parce qu’elle ne s’était pas contentée de batailler contre des gouvernements qui n’avaient pas ses faveurs, mais parce que dans le même temps, elle fourbissait les armes de son avenir : elle s’était largement investie dans un tissu associatif foisonnant qui lui avait apporté idées et militants. Et il lui aura fallu 23 ans pour y parvenir et accéder au pouvoir !

Aujourd’hui, comme en 1958, c’est son incapacité à affronter les défis du présent et à esquisser le futur qui la condamne, tout autant qu’un éloignement de réalités locales portées par des associations et des mouvements citoyens. Le fait que ses candidats à la primaire soient, presque exclusivement, issus de l’appareil d’un parti dans lequel ils ont fait carrière montre à quel point celui-ci s’est éloigné de ses bases.

Les défis ne manquent pas sur lesquels la gauche pourra, enfin, faire preuve de créativité : revivifier une démocratie confisquée localement par certains élus et par une administration hypertrophiée productrice d’un excès de normes qui paralyse entreprises et collectivités locales ; assurer la régulation de l’économie sans lui imposer des contraintes qui la privent de toute possibilité d’être compétitive et créatrice d’emplois ; repenser le droit social en prenant en compte les réalités de la nouvelle économie ; rénover un modèle éducatif que le pédagogisme et l’égalitarisme condamnent à l’échec tout en renforçant les inégalités ; concilier justice sociale et développement durable pour ne pas condamner les plus pauvres au chômage et à la précarité énergétique ; redéfinir des mécanismes de solidarité qui semblent à bout de souffle et sont menacés tant par le communautarisme que par l’individualisme…

Oui, il y a du travail pour qui voudra bien s’y consacrer ! Un travail peut-être ingrat car peu susceptible de placer à brève échéance sous les feux des projecteurs ceux qui s’attelleront à la tâche. Un travail qui suscitera critiques et jalousies. Mais c’est le prix de la refondation. Une refondation d’autant plus nécessaire que notre démocratie a besoin d’une gauche solide et crédible.

* Fondatrice de l’Institut de la qualité d’expression, elle conseille entreprises et institutions sur l’efficacité, la cohérence et le style de leur langage en communication.

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