Hanouna – Kadyrov, même combat !

Il simule une bagarre qui se termine par la fausse mort d’un homme et demande à un de ses collaborateurs d’en assumer la responsabilité. Pas grave : c’était pour rire ! Le harcèlement sexuel, monnaie courante dans son émission. Pas grave : c’était pour rire ! Il fait passer de fausses annonces sur un site de rencontres pour draguer de façon salace des homosexuels en direct à l’antenne. Pas grave : c’était pour rire !

Pour lui, ce ne sont que des plaisanteries mal comprises, tout au plus de simples dérapages. Et quand la polémique enfle, il se moque de ceux qui protestent, ou cible le CSA contre lequel il entend porter plainte parce que celui-ci fait savoir qu’il a déjà reçu plus de 20 000 signalements au sujet de son émission. Bref : si ça tourne vinaigre ce n’est jamais de sa faute !

A 5 heures d’avion de Paris le président autocrate de Tchétchénie a lancé une vaste campagne visant les homosexuels. Internements, torture, appels à la délation, familles incitées à « laver leur honneur » en tuant leur enfant homosexuel : la panoplie de l’horreur s’installe sur le territoire de cette république de la Fédération de Russie.

Quoi de commun entre les deux ? D’un côté nous avons un bourreau qui terrorise ses collaborateurs, considère les autres comme des objets soumis à ses caprices pervers, et prend pour cible les homosexuels en recourant à tous les clichés les plus éculés qu’il banalise auprès d’un public jeune. De l’autre, un président qui gouverne son pays par la terreur et s’appuie sur ces mêmes clichés pour lancer sa chasse aux homosexuels. En somme, Cyril Hanouna prépare le terrain pour tous les Ramzan Kadyrov d’ici et d’ailleurs !

Comme un apprenti dictateur, Cyril Hanouna défie les institutions et prend à parti son public dans une opération de dénigrement. De transgression en transgression, il teste la résistance du CSA et celle des autres médias et se réjouit des appels à la sanction qui résonnent auprès de ses fans comme autant de tentatives de porter atteinte à la liberté d’expression. Son impunité ? Il la tient de l’argent qui est la seule loi à laquelle se soumet la direction de la chaîne sur laquelle il sévit. L’argent qu’apportent des annonceurs dont certains commencent (il est temps !) à se dire qu’il n’est pas bon d’associer son image à ces spectacles nauséabonds…

Il y a soixante quinze ans, il fallait plus de cinq heures pour se rendre de Paris à Berlin. A Berlin, était organisée de manière méthodique la chasse aux homosexuels et l’extermination de centaines de milliers de juifs. A Paris, des journalistes et des animateurs de radio se faisaient les chantres de cette extermination en répétant à l’envi les caricatures et les clichés les plus ignobles. Aujourd’hui, Cyril Hanouna n’est que le triste clone de ces gens là ! Pour combien de temps encore ?

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Coup de vieux !…

Un Président de 39 ans qui a bâti son projet sur le pari d’une recomposition du paysage et des comportements politiques, cela flanque un coup de vieux. Surtout à tous ceux qui ne parviennent pas à se défaire de leurs anciennes et mauvaises habitudes.

Mauvaises habitudes : les parachutages et le nomadisme électoral qui donnent aux électeurs l’impression qu’ils ne sont que des pions dans un calcul carriériste. N’est-ce pas, M. Mélanchon ?

Mauvaise habitude : le « retenez-moi ou je fais un malheur » destiné à relancer marchandages en coulisses et tractations d’appareils. N’est-ce pas M. Bayrou ?

Mauvaise habitude : prendre le moindre prétexte pour taper en oubliant que sur certains sujets, l’on n’a pas de leçon à donner. C’est le cas lorsque, à droite, on s’indigne du sort réservé à M. Valls ou que l’on dénonce la procédure d’investiture centralisée du mouvement créé voici un an par le nouveau Président de la République. N’est-ce pas M. Baroin ?

Il est vrai qu’un Président de 39 ans, cela rebat les cartes. Et Les Républicains ont beau tenter de se donner un coup de jeune en mettant en avant un homme au physique de jeune premier jusque-là cantonné aux seconds rôles, ils ne peuvent cacher qu’il est de 13 ans plus âgé que celui qui vient de rentrer à l’Elysée ! Cela ne rend que plus évidente l’incapacité dans laquelle la droite a été de renouveler son personnel politique. De plus, quand cet homme tient des propos qui semblent réitérer ceux de ses aînés, on ne peut que constater que sa période d’apprentissage n’a que trop duré et qu’au final, il n’en a retenu que des réflexes aujourd’hui dépassés. C’est ce que démontrent à la fois le geste d’Edouard Philippe qui a accepté de devenir Premier ministre et celui de certains leaders de la droite qui entendent participer à la recomposition en cours…

En réalité nous sommes entrés dans une période intermédiaire. Tandis qu’émerge une force nouvelle qui n’a pas encore pris ses marques, tandis que s’engage une démarche différente, les pesanteurs restent vives au sein des formations politiques traditionnelles qui ne parviennent pas à changer de logiciel. Au point que même M. Valls considère comme « pathétique » le spectacle offert par son propre parti.

Oui, une législature ne sera pas de trop pour se débarrasser des scories du passé, pour apprendre à penser autrement la politique.

Qu’on ne se méprenne pas : pas question ici de faire du « jeunisme », de s’enthousiasmer sans discernement de tout ce qui viendrait du côté du vainqueur de l’élection présidentielle. Mais tout de même, s’ils croient que, de cette manière, ils vont nous convaincre, ses opposants se trompent. Et c’est sans doute en vain qu’ils tentent de nous persuader qu’il convient d’imposer au Président élu une cohabitation avec des forces qui l’ont combattu.

En réalité, derrière ces postures, ces déclarations à l’emporte-pièce, se cache une réalité plus prosaïque : l’argent ! L’heure est venue où il faut se compter. Compter ses électeurs, compter ses députés. Car peu importe que l’on soit majoritaire ou pas. Seuls comptent ces chiffres sur lesquels seront calculées les sommes allouées aux partis politiques pour leur financement public. Un exemple : avec moins de 5% d’électeurs au premier tour de l’élection présidentielle, N. Dupont-Aignant ne peut être remboursé de ses frais de campagne. Il était donc urgent qu’il mette un terme à son accord avec le Front National pour présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. La seule manière pour lui de s’assurer d’un nombre d’électeurs qui garantisse sa survie. De la même manière, il est essentiel pour J-L. Mélanchon de recueillir le maximum de voix sur l’ensemble du territoire, et donc de capitaliser (un gros mot pour lui, pourtant !) sur son score électoral à Marseille…

Ce qui compte donc aujourd’hui pour les grandes formations politiques, ce n’est pas réellement d’influer sur le cours des choses dans les mois à venir ; c’est de se compter et de résoudre des problèmes de trésorerie. Pour elles, le reste a peu d’importance : la recomposition attendra !

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Un choix radical

Après une élection hors normes, certains semblent décidés à faire comme si rien ne s’était passé. Un Président est élu ? Qu’à cela ne tienne, à droite et à gauche, tout en espérant l’empêcher de gouverner après les élections législatives, ils entament déjà le procès en illégitimité. Ont-ils oublié qu’avec 41% des électeurs inscrits ayant voté pour lui, Emmanuel Macron n’est pas plus mal élu que Nicolas Sarkozy en 2007, François Hollande en 2012 et bien mieux que Georges Pompidou en 1969* ? Sont-ils si peu respectueux du verdict des urnes qu’ils tiendraient pour quantité négligeable 66% des suffrages exprimés et plus de vingt millions d’électeurs ? Ou, à les écouter, faudrait-il réduire l’explication d’un vote au seul rejet de la candidate d’un parti extrémiste ?

Voilà un an, ce que l’on appelait alors la « tripartition » du paysage politique nous laissait comme perspective une montée irrésistible du Front national et un affrontement au second tour entre sa présidente et le représentant de la droite, tant la gauche était alors divisée et discréditée. Le rejet des partis de gouvernement laissait également envisager le fait que nombre de Français déçus des échecs successifs des politiques de droite comme de gauche, auraient envie d’essayer une solution jamais tentée.

Au final, c’est bien ce qu’ils ont fait ! Mais pas de la manière envisagée alors ! Si l’on divise le corps électoral en catégories et sous catégories, de multiples explications peuvent  être données au résultat sorti des urnes dimanche soir. Mais on peut tout aussi bien trouver à ce corps électoral pris dans son ensemble, une certaine forme de génie. En effet, las des logiques partisanes qui les conduisent à l’échec, les Français ont voulu donner sa chance à une solution jamais éprouvée. Au fil des mois, si l’on excepte les candidatures « de témoignage » qui n’ont jamais suscité d’intérêt significatif dans l’opinion, trois candidatures répondaient à cette quête de nouveauté. En écartant de manière claire Jean-Luc Mélanchon au premier tour et Marine Le Pen au second, les Français ont retenu la solution nouvelle la moins extrême, mais aussi la plus radicale.

La moins extrême parce que les candidatures de la France Insoumise et du Front National portaient des propositions, certes modernisées, mais puisant leur inspiration dans les idéologies qui ont déjà conduit à la ruine et à l’affrontement en Europe au siècle passé. Parce que derrière ces deux candidatures se profilaient des projets aux relents totalitaires, tandis que celle d’Emmanuel Macron se situait dans la plus pure tradition démocratique.

La plus radicale parce qu’en bâtissant en moins d’un an un mouvement « ni de droite, ni de gauche », « et de droite, et de gauche » qui le porte au sommet de l’Etat, Emmanuel Macron transgressait tous les usages et les codes de la politique française depuis des décennies. La plus radicale aussi parce qu’en se situant résolument dans une perspective européenne, il n’hésitait pas à aller à contre-courant de l’opinion eurosceptique dont on ne cessait de nous dire qu’elle était dominante. De ce point de vue, le choix de l’Hymne à la Joie pour faire son entrée de manière solennelle devant le Louvre dimanche soir est éclairant : il nous signifiait que ré-enchanter l’Europe était sa priorité. La plus radicale enfin parce sa démarche transpolitique et pragmatique autant que son âge donnent soudain un coup de vieux aux formations empêtrées dans leurs logiques et leur attachement à des clivages qui, sans avoir disparu, n’en sont pas moins devenus inefficaces.

Si l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme avec les attentes des Français, c’est bien cela qui s’est produit le 7 mai. Et c’est bien par rapport à ce constat que les vieilles formations politiques vont désormais devoir se redéfinir.

Bien sûr, cela ne signifie pas qu’Emmanuel Macron ait partie gagnée. Lucide, il l’était bien plus que d’autres il y a un an. Et cette lucidité l’a conduit au succès. Il l’est tout autant aujourd’hui, sachant qu’il ne disposera d’aucun « état de grâce ». Il lui faut, en effet, franchir avec succès les élections législatives et disposer d’une majorité, même relative, qui soit cohérente ; il lui faut engager sa démarche et conduire sa politique sans jamais négliger l’impérieuse nécessité de la pédagogie qui a tant fait défaut à son prédécesseur. Il lui faudra enfin et surtout apaiser les craintes qui se sont exprimées ces derniers mois. Quant à la haine qui s’est déversée à flots ininterrompus depuis des semaines, c’est à nous qu’il appartient d’y mettre un terme. Faute de quoi ce ne serait pas son échec : à coup sûr, ce serait le nôtre !..

* En 2007, Nicolas Sarkozy avait obtenu les suffrages de 43% des inscrits, en 20012, F. Hollande avait recueilli ceux de 39% des inscrits et G. Pompidfou en 1969, 37,5%…

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Sortir de la confusion…

Le pire n’est pas certain. Il n’est pas exclu non plus, tant il est vrai que la confusion la plus grande règne dans les esprits. Un leader de la gauche radicale éprouve les plus grandes difficultés à faire la différence entre la candidate d’un parti d’extrême droite et un centriste. Un ex-candidat se réclamant du gaullisme passe alliance avec le parti qui réunit ceux qui, dans les années 60, n’avaient de cesse que de vouloir abattre le général De Gaulle. Des responsables se réclamant du christianisme appellent à voter pour celle qui, il y a peu, affichait son mépris à l’égard de ces curés qu’elle enjoignait à « rester dans leurs sacristies ». A droite comme à gauche, certains responsables politiques préfèrent le silence ou des contorsions verbales pour éviter de devoir prononcer le nom de celui qu’ils ont combattu…

La liste est longue de ces fractures, de ces haines et de ces pertes de repères qui sont la marque de la décomposition politique sur laquelle prospère aujourd’hui l’extrême droite.

Si dans une semaine les électeurs écartent le pire, il nous restera à surmonter la division et la confusion. Cette campagne aura, en effet, été marquée par une violence verbale encore jamais atteinte. Sans doute une campagne électorale conduit-elle tout candidat à se distinguer de ses adversaires. De là à s’en distinguer jusqu’à la caricature, il n’y a qu’un pas qui a été vite franchi ! A quelques jours du second tour, force est de constater que c’est ce qu’ont fait, des semaines durant, la quasi totalité des autres candidats qui ont visé Emmanuel Macron et négligé de cibler celle qui, disent-ils aujourd’hui, serait une catastrophe absolue pour la France.

Comment s’étonner alors que l’agressivité dont ils fait preuve soit exploitée par des militants et des sympathisants qui ne reculent devant aucune injure, aucune attaque personnelle, jusqu’aux plus basses ? Comment ces responsables politiques peuvent-ils espérer ensuite recoller les morceaux et inviter les foules qu’ils ont chauffées à blanc, à voter pour celui qu’ils n’ont eu de cesse de prendre pour cible ? Comment ne pas comprendre que les abstentionnistes déclarés ou ces électeurs qui voteront blanc ou nul trouvent une facile justification à leur comportement dans ce déchaînement auquel se sont livrés leurs favoris du premier tour ?

Etrange absence de clairvoyance qui a conduit des candidats à adopter une stratégie jusqu’au-boutiste, faisant peu de cas des nécessaires rassemblements pour le second tour ! Etrange perte de repères qui amplifie le discrédit de la parole politique puisque nous voilà sommés de voter pour celui qui était la cible de toutes les attaques ! A cela s’ajoute l’affaiblissement de l’éthique publique, à la disparition progressive de l’intérêt général derrière la défense d’intérêts particuliers ou la promotion de droits catégoriels qui ont marqué notre vie publique ces dernières années. Comment s’étonner que notre édifice démocratique dont on avait oublié la fragilité ait été peu à peu ébranlé ? Comment s’étonner qu’il nous apparaisse aujourd’hui lézardé au point d’exiger d’urgents travaux de refondation ?

Une démarche de recomposition politique est plus que jamais nécessaire. Or, il ne nous en est proposée qu’une qui soit pleinement démocratique : celle entreprise par Emmanuel Macron. Comme bien d’autres, il a compris le processus de décomposition qui était à l’œuvre. Mais plus et mieux qu’eux, il aura su l’exprimer. Seul, il aura osé s’affranchir des frontières partisanes et bâtir du neuf sans s’embarrasser du vieux, faisant au mieux passer les incrédules de droite comme de gauche, pour d’aimables ringards. Seul, il aura osé incarner un projet qui s’appuie sur ce constat et propose de le dépasser.

C’est ce qui, jusque-là, a fait son succès. Il lui reste pour l’emporter à le confirmer par une attention plus vive encore à l’égard de tous ceux qui se vivent comme des victimes des mutations en cours. Puis il lui faudra ouvrir des perspectives qui les sortiront de leur désespérance et prendront à contre-pied ses adversaires d’hier. Faute de quoi ses transgressions n’auront été que la marque d’une certaine insolence et son mouvement, une illusoire aventure individuelle.

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L’Etat « fort » de Marine Le Pen décrypté

L’Etat fort que nous propose Marine Le Pen n’est pas celui dont nous avons besoin. Seulement une illusion qui nous conduit à la ruine. L’article de Jérôme Perrier sur le site Telos en fait une brillante démonstration. A lire !

http://www.telos-eu.com/fr/vie-politique/marine-le-pen-ou-le-mythe-de-letat-fort.html

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Pas le droit à l’erreur…

Il est bien parti ! Inconnu voilà cinq ans, jamais élu parce que jamais candidat à quelque mandat que ce soit, Emmanuel Macron a réussi sa première confrontation avec le suffrage universel. Celui qui avait été le rapporteur de la « Commission Attali » mise en place voici près de dix ans par Nicolas Sarkozy pour « libérer la croissance », celui qui conçu la loi controversée qui porte son nom, pourrait bien l’emporter au soir du 7 mai et devenir, à 39 ans, le plus jeune Président de la République de notre histoire.

Pour y parvenir, encore faudra-t-il qu’il évite les erreurs dans les deux semaines qui lui restent à parcourir. Eviter les images qui, comme celles de la soirée de dimanche, pourraient donner l’impression qu’il anticipe une victoire pas encore acquise. Ne pas confondre insouciance et optimisme de la volonté. Eviter les faux pas dans le débat qui l’opposera à Marine Le Pen, laquelle voudra l’enfermer dans un rôle de champion d’une mondialisation heureuse, tandis qu’elle endosserait le costume de défenseure des oubliés. Ne pas oublier le désarroi de près de 50% des électeurs qui ont, à la fois, rejeté les partis de gouvernement, et exprimé colère et inquiétude…

Et après ? Après, il lui restera à disposer d’une majorité parlementaire. Ce n’est pas gagné d’avance, sauf si l’on considère que le PS voudra s’y rallier pour faire oublier sa faillite, ce qui serait un piège mortel pour Emmanuel Macron. Il lui faudra sortir de concepts marketing pour donner corps à son projet, et adopter une méthode de gouvernement qui permette de dépasser vraiment les oppositions stériles dont les Français ne veulent plus. Il lui faudra réformer sans être prisonnier d’intérêts catégoriels ou victime de frondeurs qui, en agitant la rue, le condamneraient à la procrastination et à l’immobilisme. Il lui faudra aussi savoir écouter ceux qui n’auront pas voté pour lui. Surtout, il lui faudra réussir là où ses prédécesseurs ont échoué…

En attendant, il nous reste à faire le pari de la raison à défaut d’être pleinement convaincus. Il nous faut savoir dépasser les caricatures instrumentalisées au cours de la campagne pour choisir l’avenir. Il nous faut cesser d’imaginer que les perdants auraient été nécessairement victimes de complots alors qu’ils ont perdu d’abord en raison de leur propre aveuglement. Il nous faut cesser de tergiverser en estimant que ce serait bonnet blanc et blanc bonnet car son mouvement créé voici quelques mois pour refonder notre vie démocratique n’a rien de commun avec un parti totalitaire bâti sur la haine qui n’hésite ni devant l’exclusion, ni devant la violence.

Dans les urnes, se jouera à la fois l’avenir de notre démocratie, la cohésion de notre société, le rôle de notre pays et l’avenir de l’Europe. Alors, oui, Emmanuel Macron n’a pas le droit à l’erreur. En attendant, nous non plus !

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Il est grand temps de se réveiller !

Attendions-nous de cette campagne électorale qu’elle nous donne quelques clés pour surmonter la crise qui frappe notre économie, remet en cause notre modèle social et menace la cohésion de notre société autant que les valeurs qui la fondent ? Sans doute ! Comme nous attendions-nous qu’elle redonne de l’espoir à ceux qui désespèrent des échecs successifs des politiques suivies depuis des années ou qu’elle nous donne l’opportunité de revivifier notre démocratie.

Hélas, force est de reconnaître que les doutes sur l’intégrité des uns, les questions esquivées par les autres, les aveuglements sur la réalité des projets et des programmes ont escamoté les débats et, pour finir, créé un vide. Saisis de vertige, les médias sont désormais fascinés par l’incertitude et, plus encore, par les surprises qu’elle réserve ou les dangers qu’elle comporte sans en prendre la réelle mesure.

Certains de nos concitoyens, en attente de solutions n’ayant pas encore été essayées croient découvrir dans les promesses de la candidate d’un parti extrémiste les remèdes à tous leurs maux. D’autres, en quête d’un souffle nouveau, ont cru le trouver dans le lyrisme d’un homme qui leur donne l’illusion de faire vibrer l’avenir.

Pourtant, l’une et l’autre ne sont que deux visages différents d’une même illusion, d’une même nostalgie et d’un même danger. Illusion car tous deux prétendent qu’il suffirait de se replier à l’intérieur de nos frontières, de rompre avec l’Europe pour résoudre tous nos problèmes. Illusion car tous deux promettent d’accroître les dépenses publiques de 100 ou 200 milliards d’Euros, n’hésitant pas à multiplier par deux ou davantage la dette de notre pays, comme si distribuer l’argent que l’on n’a pas et accroître la pression fiscale de manière drastique suffirait pour donner du travail à tous les chômeurs et du pouvoir d’achat à ceux qui ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Marchands d’illusions, ils ne conduiraient qu’à la ruine.

Tous deux sont nostalgiques d’une France qui n’a jamais existé que dans leurs rêves. Une France qui serait pure parce que débarrassée de ses étrangers, une France vivant en autarcie, une France où l’Etat serait l’unique ordonnateur de notre économie, de notre bien–être, de nos besoins et, pourquoi pas, de nos pensées…

Tous deux représentent un réel danger. Danger parce que l’un et l’autre ont, au cours de cette campagne, semé la haine. Haine des patrons, des riches et des puissants, haine des élites et des médias, haine de la démocratie représentative, haine de ceux qui ont l’Europe et le monde pour horizon, haine de l’immigré et du musulman, haine de l’autre et de celui qui pense différemment… Danger parce que, malgré ses tentatives de dédiabolisation l’une s’appuie sur un parti totalitaire qu’elle a hérité de son père et qui ne voit autour de lui que des ennemis. Danger parce que l’autre camouffle son sectarisme et l’absurdité de son programme derrière sa culture et son talent de tribun. Peut-on vraiment accorder notre confiance à homme qui préfère Chavez et Castro à des démocrates comme Angela Merkel ?..

L’une et l’autre puisent leurs références dans des idéologies mortifères. Alors, peu importe qu’un zeste de high tech et l’intervention d’un bataillon de geeks sur les réseaux sociaux leur donnent les apparences de la modernité : il n’est plus temps de se laisser griser par les délires de l’une ou de l’autre, de se laisser emporter par le désir d’un grand chambardement ou les frissons d’un grand soir !

Oui, cette campagne donne l’étrange impression d’être passée à côté de ses enjeux. Oui, le choix qui nous est proposé n’est pas satisfaisant. Oui, les autres principaux candidats ne parviennent pas totalement à nous convaincre qu’ils parviendraient à mettre un terme à la crise que nous traversons. Mais cessons de croire que l’Europe ou les étrangers seraient les seules causes de nos malheurs. Cessons de croire qu’abattre le système améliorerait le sort de chacun sans, dans le même temps, détruire des pans entiers de notre économie, ruiner notre système de protection sociale, susciter des troubles graves dont les plus fragiles, les plus pauvres seraient les premières victimes.

Il y a mieux à faire que de choisir entre la peste brune et le rouge choléra ! Les semeurs d’illusions ne récolteraient que la déception, la ruine et la misère, la discorde et la violence. Il est temps de revenir à la raison. Il est grand temps de se réveiller !

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Mais de quelle fraîcheur parle-t-on ?

Si l’on en croit nombre d’éditorialistes et commentateurs après le débat organisé entre les onze candidats à l’élection présidentielle, on pouvait se réjouir car la présence des « petits » candidats avait apporté de la « fraîcheur » à ce débat ! Comme si, enfin, un vent frais soufflait sur la campagne… Outre que l’on peut s’étonner de la condescendance qu’exprime cette expression, on peut aussi s’interroger sur la réalité de cette « fraîcheur ».

Fraîcheur, l’exaltation des « luttes » Par Nathalie Arthaud ou Philippe Poutou ? Fraîcheur, cette manière de mettre dans le même sac les patrons et les riches comme si tous étaient d’abominables exploiteurs et des fraudeurs du fisc ? Fraîcheur cette dénonciation de l’Europe accusée des pires maux ? Fraîcheur, les discours qui proclament « demain on rase gratis » ? Allons donc ! Décidément, il n’y a aucune fraîcheur là-dedans. Juste la simplification à outrance, la constante recherche de boucs émissaires, la stigmatisation d’adversaires caricaturés, l’expression d’une haine qui ne se cache plus, la démagogie à tout va, l’incapacité à se défaire d’une idéologie passéiste et liberticide…

Si la « fraîcheur » se résume au coup de colère d’un Philippe Poutou accusateur d’autres candidats qu’il considère corrompus, cela signifie que les commentateurs s’intéressent davantage aux postures qu’au débat sur l’avenir de notre pays. Si apporter de la « fraîcheur » dans le débat politique, c’est promettre tout et n’importe quoi en sachant que c’est impossible, alors c’est juste un mensonge. Si faire preuve de « fraîcheur », c’est se montrer résolument anti-libéral, alors inquiétons-nous quant à l’idée que nos éditorialistes se font d’une Liberté qui serait, dès lors, à géométrie variable.

Etrange pays que le nôtre qui donne tous les cinq ans à des représentants de formations politiques, un temps de parole inversement proportionnel à leur nombre d’adhérents *, comme s’il fallait pendant quelques semaines se donner l’illusion d’un renouvellement du débat ! Etrange pays que celui où le mot de Liberté est le premier de notre devise républicaine et où, dans le même temps, on réclame partout l’intervention de l’Etat ! Un Etat qui, à vouloir tout faire, tout maîtriser, ne cesse de manquer à ses missions essentielles, comme il ne cesse de vouloir restreindre des libertés en imposant des normes et des contraintes qui étouffent l’économie, l’agriculture, la vie des collectivités, l’initiative…

Il est vrai que dans ce pays, il est de bon ton de réclamer des droits et, simultanément, de fustiger ceux qui entendent y associer les mots devoir ou responsabilité. Il est vrai que l’on s’y réjouit de la diminution du nombre de foyers imposables sans penser que l’impôt c’est aussi la contribution de chacun aux services procurés par la collectivité. Il est vrai que l’on n’y tolère la réussite que pour, aussitôt, dénoncer la richesse qu’elle crée.

Non, la « fraîcheur », ce n’est pas ce qui donne à bon compte les frissons que suscitent les rêves d’un grand soir révolutionnaire ! Non, la « fraîcheur », ce n’est pas ce qui nous invite à replonger dans des idéologies qui conduisent à l’affrontement et à la ruine ! Désolé : cette « fraîcheur »-là a des relents nauséabonds ! Pourquoi faudrait-il s’en réjouir ?

* Doit-on rappeler que le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) de Philippe Poutou ne revendique pas plus de 2000 adhérents tandis que Lutte Ouvrière à laquelle appartient Nathalie Arthaud ne peut se prévaloir que de 6 à 8 000 adhérents au plus ?

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De quoi avons nous peur ?

Il y a des sondages qui passent inaperçus parce qu’en cette période électorale, ils ne sont pas de ceux qui évaluent les chances des candidats. Pourtant ils nous révèlent une face cachée de ce que nous sommes, de ce que nous pensons et méritent que l’on s’y arrête. Celui qui a été réalisé par l’institut Harris Interactive* au sujet de la question des réfugiés à l’occasion du 25ème anniversaire du Secours Islamique en est une bonne illustration.

Que nous dit-il ? Que nous sommes réticents à l’accueil de réfugiés : ce n’est pas nouveau, bien que notre pays en ait accueilli fort peu par rapport à certains de nos voisins et, en tout cas, bien moins que ce à quoi nous nous étions engagés ! Que nous pensons que l’accueil des réfugiés relève d’abord des Etats et des gouvernements et en second lieu des grandes associations humanitaires : en d’autres termes, que ce n’est pas notre affaire… Que nos voisins italiens et allemands estiment qu’ils ont déjà été suffisamment accueillants : ils ont déjà très largement pris leur part. Que les Britanniques qui sont les moins nombreux à estimer que cela relève de l’Etat sont aussi les plus nombreux à penser que chaque citoyen est redevable de cet accueil, contrairement à nous…

Ces quelques constats confirment l’impression d’une France qui, comparée à ses voisins, se replie sur elle-même, de Français qui préfèrent éluder le sujet, en faire porter le poids sur un Etat providentiel qui leur éviterait de se sentir atteints par cette crise …

Mais ce sondage nous révèle une autre vision de nous mêmes, plus préoccupante. En effet, à la question portant sur le risque de conflit grave qui nous imposerait de devoir quitter notre pays, 43% des Français estiment que ce risque est aujourd’hui important. Un peu plus de quatre Français sur dix considèrent donc que notre pays est sérieusement menacé de troubles de grande ampleur qui pourraient les conduire à prendre le chemin de l’exil !

Sommes-nous à ce point traumatisés par les attentats qui ont frappé notre pays ? Avons-nous une sensibilité à fleur de peau qui nous donnerait l’impression que nous, Français, sommes, plus que d’autres, directement menacés par les crises que connaissent d’autres régions du monde ? Serait-ce enfin que les tensions qui agitent la société française sont telles que nous serions nombreux à considérer qu’il nous faudrait quitter notre pays pour nous mettre à l’abri de troubles graves?

On peut toujours s’insurger contre cette fâcheuse tendance à l’auto – flagellation, à l’impression que rien ne va plus dans notre pays et que celui-ci ne peut que connaître le pire. Après tout, ceux qui ont trouvé refuge sur notre sol y connaissent une société en paix et somme toute relativement riche. Serions-nous donc incapables d’apprécier la chance qui est la nôtre ?

Ce sentiment d’insécurité fait aussi écho à l’étrange situation de notre pays dans cette période électorale. Nous avons conscience d’assister à la fin d’une époque, à l’écroulement d’un système et nous pressentons que cela ne se fera pas sans dégâts. Nous pressentons que notre pays est si affaibli qu’il ne peut plus ni tenir la place qui était la sienne dans le monde, ni même faire face seul aux menaces qui surgissent de toutes parts. Nous savons que notre grille de compréhension des rapports géopolitiques est sans doute obsolète, mais n’en avons pas trouvé d’autre. Nous voyons bien que l’économie connaît des mutations qui nous inquiètent et que les technologies changent notre rapport au travail mais aussi et surtout notre rapport aux autres. Nous savons que notre modèle de protection sociale est fragile…

Ce que ce sondage nous indique, c’est que nous avons peur ! Peur de l’avenir. Peur du monde qui nous entoure. Une peur d’autant plus vive que nous n’avons plus confiance dans les responsables qui prétendent diriger notre pays. Une peur qui se nourrit de notre désarroi et, surtout de notre absence de confiance en nous mêmes. Et si l’enjeu des prochaines échéances électorales était avant tout celui-là : nous redonner confiance en nous mêmes ?…

* Enquête réalisée dans cinq pays impactés par l’arrivée de réfugiés : France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne et Canada.

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Du bon usage de la traîtrise en politique…

Traître ! Le mot est fort. Et l’opprobre qui en résulte disqualifie durablement celui – ou celle – qui se voit accoler une telle étiquette. L’histoire politique est riche de ces figures honnies qui en poursuivant leur chemin ont trahi la confiance des leurs, affaibli la cause à laquelle ils semblaient attachés pour rejoindre le camp adverse. Et la campagne à laquelle nous assistons n’échappe pas à la règle. Et pourtant…

Pourtant, parler de traîtrise nous renvoie à l’idée même que l’on se fait de l’engagement en politique. En effet, n’est un traître que celui qui s’affranchit d’un pacte que l’on considérait comme définitif. Comme si l’adhésion à un parti était une manière de se lier les mains sans possibilité de retrouver sa liberté. Celui qui abandonne son camp apparaît le plus souvent comme prêt à se renier pour voler au secours de la victoire et obtenir les faveurs du vainqueur. Mais si la politique est d’abord affaire de convictions avant d’être une affaire d’appartenance, on peut tout aussi bien considérer que le « traître » est celui qui pose un acte de liberté en faisant un pas de côté, et en trouvant ailleurs que dans son propre parti, une plus grande opportunité de défendre ses idées.

Au surplus, nombreux sont ceux qui aujourd’hui quittent leur camp, soit parce qu’ils estiment que leur candidat ne porte pas -ou plus- les valeurs qui sont les leurs, soit parce qu’ils ont acquis la conviction que leur parti a lui même trahi les idées sur lesquelles il était fondé.

L’histoire de la traîtrise en politique nous montre également que les époques -ou les tentatives- de recomposition politique sont particulièrement propices à des abandons et des ralliements spectaculaires. En 1974, Jacques Chirac avait abandonné le candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas pour soutenir un Valéry Giscard d’Estaing qu’il devait ensuite combattre dès 1976. Eric Besson, en 2007, abandonnait le PS pour soutenir Nicolas Sarkozy. Et François Bayrou, en 2012, ne pouvait se résigner à voter pour le Président sortant. Cette fois, ce sont à droite comme à gauche les rapprochements avec Emmanuel Macron qui semblent autant de trahisons.

En 1974, l’affaiblissement de la famille gaulliste issue de la Résistance et l’émergence d’une droite en apparence plus moderne conduisit certains gaullistes à choisir le camp de la modernité (tout en s’illusionnant sur l’influence qu’ils pourraient y avoir). En 2007, Nicolas Sarkozy avait tenté une ouverture destinée à « faire bouger les lignes » avant que sa propre conception du pouvoir ne le conduise à une dérive droitière. Cette fois, ce sont autant l’éclatement de la gauche, l’affaiblissement du candidat de la droite classique et la menace de l’extrême droite qui poussent à la recomposition. Dans cette logique, les clivages anciens sont perturbés. Au « ni de droite ni de gauche », se substitue un « et de droite et de gauche » propice aux ralliements car plus inclusif qu’excluant.

Ne soyons pas naïfs ! La traîtrise en politique est aussi affaire d’intérêts sordides, d’ambitions personnelles et de combinaisons machiavéliques. Mais la réduire à cela, c’est oublier qu’en démocratie, la conquête du pouvoir passe par une tentative de rassemblement le plus large possible d’électrices et d’électeurs sur lesquels asseoir une légitimité. Elle implique donc la recherche de soutiens les plus divers. N’en déplaise à ceux qui, soudain, se sentent abandonnés… Et condamnés à l’échec.

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