Bleu bonnet ou bonnet bleu ?

Cela s’appelle jouer avec le feu. Tout à sa stratégie de débordement du FN sur sa droite pour mieux en siphonner les électeurs (du moins, le croit-il..), Nicolas Sarkozy fait de la surenchère sécuritaire et identitaire jusqu’à hystériser le débat et attiser les haines. Il en finit même par faire apparaître le discours de Marine Le Pen comme modéré. Un comble ! Et il obtient un résultat qu’il sous estime sans doute : le retour du TSS, le « Tout Sauf Sarkozy » qui avait fonctionné à plein régime en 2012, assurant alors à François Hollande une élection moins par adhésion à la personnalité de ce dernier que par rejet de la sienne…

Faisons un retour en arrière : lors de l’élection présidentielle de 1969, la gauche ayant été éliminée au premier tour, ne restaient en lice que l’ancien Premier ministre du général De Gaulle, Georges Pompidou et le centriste Président du Sénat, Alain Poher. Le second tour opposait donc deux modérés dans un climat moins tendu qu’aujourd’hui. Le communiste Jacques Duclos avait alors appelé à l’abstention estimant que Poher – Pompidou, c’était « bonnet blanc et blanc bonnet ».

Cette fois, la société française vit sous tension. L’extrême impopularité de François Hollande et la division de son propre camp nous portent à croire que le vainqueur de la primaire à droite a de bonnes chances de devenir le prochain locataire de l’Elysée. Dans ce contexte, peut-on raisonnablement penser que seuls les électeurs de la droite -et accessoirement du centre- seraient concernés par la primaire de novembre prochain ?

En effet, la perspective de voir Marine Le Pen arriver en tête au soir du premier tour et, en tout cas se qualifier pour le second, change la donne. L’électorat de gauche est saisi par le doute et semble avoir déjà fait son deuil de l’échéance de 2017. Il est surtout, par avance, tétanisé à l’idée de devoir rejouer le scénario de 2002 dans lequel il avait, non sans regrets, déposé dans l’urne un bulletin au nom de Jacques Chirac, un homme qu’il critiquait, dans le seul but d’échapper au pire. Sauf qu’aujourd’hui, à ses yeux, Sarkozy n’est pas Chirac. S’il combattait avec vigueur le second, sa détestation du premier est bien plus grande encore.

Des électeurs de gauche s’interrogent donc. Et, sans surprise, peu à peu s’accroit le nombre d’entre eux qui voient dans la primaire de la droite l’opportunité à saisir pour être sûrs ensuite de ne pas se trouver dans l’obligation de voter Nicolas Sarkozy contre Marine Le Pen en mai prochain. D’autant que les coups de butoir que donne Nicolas Sarkozy fragilisent la possibilité ultérieure d’un « Front républicain » pour le second tour (le « tous unis contre Marine Le Pen »), et font du scrutin de 2017 une élection à haut risque pour notre pays.

C’est ainsi que la primaire de la droite prend des allures d’application à la politique du principe de précaution. Elle pourrait avoir désormais, pour des électeurs de gauche, un enjeu d’une autre nature, moral celui-là : éviter le tragique dilemme de ce que l’on pourrait cette fois qualifier de « bonnet bleu ou bleu bonnet ».

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On prend les mêmes… ou on change ?

On prend les mêmes et on recommence ! Voilà des mois que l’on disserte sur le nécessaire renouvellement de notre vie politique, mais tout se passe comme si l’on devait en 2017 rejouer le film de 2012. Oh, il y aura bien quelques variantes dans le scénario : Nicolas Sarkozy n’est pas assuré d’être désigné challenger pour la droite et François Hollande devra bien affronter quelques concurrents de son propre camp puisque le voilà abandonné et trahi par plusieurs de ses anciens ministres. Mais en cette rentrée la bataille qui sévit au sein de chaque camp oppose aujourd’hui nombre de protagonistes qui sont loin d’être des nouveaux venus en politique.

Au jeu du plus ancien, c’est François Fillon qui l’emporte puisqu’il a été élu député pour la première fois voici 35 ans, en 1981 ! Viennent ensuite Jean-Luc Mélanchon, Alain Juppé et François Bayrou, devenus tous trois parlementaires en 1986 – trente ans déjà ! Puis enfin ex-æquo, François Hollande et Nicolas Sarkozy dont le premier mandat de député date de 1988, voilà vingt-huit ans… Pas étonnante, cette impression de voir toujours les mêmes têtes ! Et, paradoxe, les plus jeunes qui ont accompagné certains d’entre eux des années durant, les Le Maire, Kosciuzko-Morizet, Valls, Montebourg, Duflot, etc. semblent si marqués par leurs passages au gouvernement, ils ont été si bien formatés par leurs partis respectifs qu’ils peinent à incarner le renouveau.

A titre de comparaison, l’actuelle Premier ministre Britannique, Theresa May a été élue à la Chambre des Communes en 1997, son prédécesseur David Cameron avait été élu pour la première fois en 2001 et a quitté la scène politique en juillet dernier, au lendemain du référendum sur le « Brexit ». Quant au Président du Conseil italien, Matteo Renzi, il a commencé sa carrière comme élu local à Florence en 2004 ! Comment mieux dire que certains de nos voisins savent mieux que nous concilier expérience et renouvèlement de leur personnel politique ?

Quand on prend les mêmes, la question devient : peut-on – et comment – faire du neuf avec du vieux ? Et cette question revient avec d’autant plus d’acuité que domine l’impression que notre pays est, depuis longtemps, à la traîne tandis que les défis qui lui sont lancés sont d’une rare gravité. Alors, faut-il parier sur des valeurs sûres ou chercher des têtes nouvelles ? Les valeurs sûres : des hommes qui, parce qu’ils ont déjà exercé le pouvoir d’une manière ou d’une autre, ont fait preuve de leur solidité à défaut d’avoir réussi en tout. Les têtes nouvelles : un saut dans l’inconnu, un pari sur l’inexpérience ?

Mais la question du renouvellement peut se poser d’une manière différente : faire du neuf, c’est aussi changer de logiciel. Cela signifie changer de point de vue sur les traditionnels clivages droite – gauche qui structurent encore notre vie politique mais la figent dans d’indépassables affrontements. C’est placer au centre des débats les questions cruciales pour notre avenir que sont la protection des ressources de la planète, la régulation de l’économie, la maîtrise de nos dépenses publiques, notre capacité d’intégration de populations nouvelles dans un monde sans frontières, l’éducation, notre capacité d’innovation…

Pour cela, encore faut-il être capable de s’interroger sur les conservatismes qui nous empêchent de progresser et de changer notre vision passéiste d’un monde dont nous avons longtemps cru être le centre, et d’une Europe que nous voulions voir gouvernée à l’aune de nos intérêts.

On aimerait être sûr que des hommes rompus à la politique politicienne depuis plus de trente ans sachent penser autrement. Mais quand on voit certains d’entre eux nous faire croire qu’ils ont changé tout en étant obsédés par le retour à une identité illusoire, quand on en entend d’autres nous déclarer que leur faire confiance c’est éviter le pire, quand les troisièmes ressortent de vieilles recettes qui ont échoué partout où elles ont été tentées, on aimerait davantage entendre des voix qui nous proposeraient un logiciel différent.

Si les Français ont une relation compliquée avec la politique c’est à la fois parce qu’ils en attendent beaucoup (trop ?) et que, dans le même temps, ils ont été déçus par tant de promesses non tenues, tant d’engagements non suivis d’effet ; parce que les victoires passées se sont bâties sur des mensonges et des illusions ; parce qu’en définitive, on ne leur demande pas de choisir un projet, mais d’éliminer le (ou la) candidat(e) dont ils ne veulent pas.

Il fut un temps où les Guignols de l’info brocardaient un Jacques Chirac – « Super-menteur » et un Nicolas Sarkozy – « Super-Petit Menteur ». Aujourd’hui, les super-menteurs sont à la manœuvre, persuadés que plus c’est gros, mieux ça passe. Persuadés qu’il ne faut pas changer la manière de faire de la politique* parce que cela leur porterait préjudice. Au risque de nous faire rater le train de l’Histoire.

* oubliant que « la différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération », selon la formule du Révérend James Freeman Clarke (prédicateur américain 1810-1888)…

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L’enjeu médiatique des présidentielles

Antoine de Tarlé, ancien dirigeant d’Ouest France, du groupe des publications de La Vie Catholique et de Télérama est un observateur attentif des évolutions des médias. Il vient de publier sur le site TELOS une réflexion sur le rôle des médias dans les campagnes électorales, notamment l’impact des réseaux sociaux, aux USA aujourd’hui et, dans quelques semaines en France. Une réflexion qui nous invite à l’exigence… et à la vigilance. Et qui nous montre que cela n’est pas sans incidence sur l’économie des médias.

http://www.telos-eu.com/fr/vie-politique/lenjeu-des-presidentielles-est-aussi-mediatique.html

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Et nous avions changé de monde…

Chacun de nous se souvient de ce 11 septembre, de l’endroit où il était voilà quinze ans, de ce qu’il faisait à l’heure où il a appris que des avions avaient percuté les tours jumelles du World Trade Center. Chacun a en mémoire les images de ces corps tombant en silence dans le vide, de la fumée qui envahit le ciel new-yorkais, de cette poussière grise enfin, se répandant dans Manhattan et donnant à ce matin des allures crépusculaires.

Chacun de nous se souvient de ce 13 novembre, de l’endroit où il était, de ce qu’il faisait à l’heure où il a appris que des tueurs avaient pénétré la salle de spectacle du Bataclan et y exécutaient méthodiquement ceux que l’on croyait encore pouvoir appeler des « otages ». Ou encore de ce 14 juillet à Nice…

Comment pourrait-on oublier la sidération avec laquelle nous avons regardé ces images en boucle, l’incrédulité et l’angoisse qui nous ont saisis en pensant à ceux qui y étaient, à ceux dont nous redoutions qu’ils y soient ? Et, le 13 novembre comme le 11 septembre, nous sommes restés devant nos écrans, muets de stupeur et d’effroi. Sans comprendre…

Ils nous connaissaient trop bien, ces ennemis venus de l’intérieur, de nos quartiers, de nos écoles, que ce soit à New York ou à Paris. Ils nous connaissaient trop bien et nous déversaient soudain ce trop plein de haine qui les habitait, cette violence si forte qu’elle devait à leurs yeux emporter des dizaines, des centaines de femmes et d’hommes. Ils connaissaient trop bien nos faiblesses. Celles des peuples qui chassent la mort de leur quotidien et se trouvent démunis face à des adversaires qui ne la redoutent pas. Celles de femmes et d’hommes qui, submergés par un flot d’images, attendent des réponses simples et rapides à l’émotion qu’elles suscitent.

Ce 11 septembre, nous avions changé de monde mais, de ce côté-ci de l’Atlantique, nous pensions naïvement pouvoir rester à l’abri. Il aura fallu un 13 novembre pour comprendre dans quels engrenages nous pouvions d’être entraînés. La suite, on la connaît : ce fut Guantanamo – zone de non droit ; le Patriot Act qui n’a empêché ni l’attentat de Boston, ni la tuerie d’Orlando ; les mensonges de George Bush ; la guerre en Irak qui devait aboutir à la chute de Saddam Hussein et à la disparition de l’état irakien… Autant de décisions que nous n’avons pas manqué de dénoncer. Et chez nous, ce furent l’état d’urgence, le navrant débat sur la déchéance de nationalité, les querelles sur la laïcité, la surenchère sécuritaire, les menaces sur notre état de droit…

D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, ces tragédies auront mis à l’épreuve des convictions et des valeurs forgées par des décennies de démocratie et de combats pour la liberté. De part et d’autre, l’irruption de tueurs déterminés aura suffi pour nous conduire au rejet de ceux qui n’ont ni les mêmes origines ni les mêmes croyances que nous. Elle nous soumet, ici comme aux USA voici quinze ans, à la tentation d’un abandon de l’état de droit dans la vaine espérance d’une sécurité sans faille que seuls nous promettent les vendeurs d’illusions. Ceux là même qui croient que montrer ses muscles, c’est faire preuve de courage. Ils oublient – et veulent nous faire oublier – que cet abandon de nos valeurs se paie au prix fort et de façon différée dans le temps. Ils oublient – et veulent nous faire oublier – que le courage, c’est aussi résister à cette tentation.

Saurons nous y résister ?

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Y a-t-il une Europe des valeurs ?

Pour compléter la réflexion, à lire ici, sur l’excellent site Telos l’analyse d’une étude menée dans les pays européens sur les valeurs qui caractérisent notre continent et nous réunissent… et celles qui nous séparent !

http://www.telos-eu.com/fr/societe/y-a-t-il-une-europe-des-valeurs.html

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Brexit : qui a vraiment quitté l’UE ?

Les résultats du référendum britannique du 23 juin dernier avaient été ressentis comme un séisme de magnitude 8 sur l’échelle de Richter Européenne. Deux mois plus tard, le sujet semble presque oublié chez nous tant les querelles françaises ont été avivées par les attentats, la « polémique burkini » et la rentrée pré-électorale. D’autant que les britanniques semblent prendre leur temps comme pour en retarder les effets, au point que l’on peut s’interroger : qui a vraiment quitté l’Union européenne ?

Le gouvernement britannique semble aujourd’hui en proie à des débats internes sur l’art et la manière de négocier, sur les traités qu’il conviendra de signer comme pour conserver tous les avantages de l’appartenance à l’UE sans en subir les inconvénients. Et il justifie sa volonté d’attendre la fin de 2017 pour engager la procédure de l’article 50 du Traité par des arguments pour le moins légers. Serait-il en définitive plus européen qu’on ne le croit ?…

C’est sur le continent qu’il faut chercher la réponse à la question. Et les résultats aux élections régionales de Mecklembourg – Poméranie qui constituent un sérieux revers pour Angela Merkel dans son fief électoral, apportent un précieux éclairage. En effet, que la CDU – parti qui a porté le projet européen – y soit devancée par l’AfD, parti d’extrême droite qui a mis le rejet de l’Euro et les questions sécuritaires et identitaires au cœur de son programme, montre à quel point la politique menée par Mme Merkel suscite le rejet de l’opinion. Et pas seulement sur la question de l’accueil des réfugiés.

Seraient-ce les européens eux-mêmes qui auraient abandonné l’Europe ? Certes, on ne ménage pas les critiques à l’égard de nos dirigeants que l’on dit incapables de redonner du souffle au projet européen ; de dessiner une politique commune qui ne se réduise pas à la gestion de la libre concurrence dans un grand marché d’un peu plus de 508 millions d’habitants ; de déterminer ensemble une politique qui réponde à l’urgence de la crise humanitaire et migratoire qui s’invite à nos frontières. Mais les opinions publiques le veulent-elles qui se recroquevillent peu à peu frileusement derrière leurs frontières et qui se réfugient dans le rêve d’un passé plus fantasmé que réel ? Et de ce point de vue, la France n’a guère de leçon d’Europe à donner à ses voisins, elle qui ne s’embarrasse pas du respect des règles communes…

Incapables de discerner dans le fonctionnement de l’Union européenne ce qui peut nous protéger, nous nous replions sur nos pays respectifs en espérant que l’Etat-providence y suppléera. En oubliant que nos états n’ont guère plus les moyens d’assurer seuls ce que nous attendons d’eux. D’ailleurs, les britanniques qui sont aujourd’hui dans l’obligation de recruter nombre de fonctionnaires pour prendre en main des domaines qui avaient été transférés à Bruxelles savent désormais qu’ils en mesureront tôt ou tard le coût pour leurs finances publiques.

Avant le référendum britannique, dans une ultime négociation, David Cameron avait obtenu des concessions des dirigeants européens, espérant ainsi renverser le cours de l’histoire. En vain. Et ce marchandage dans lequel les dirigeants européens ne s’étaient pas grandis en cédant à certaines de ses exigences sonnait comme un aveu d’impuissance à définir ensemble un futur commun.

D’un côté des dirigeants européens inaptes à définir un discours, de l’autre, des européens décidés à ne pas les écouter ? Qui relèvera le défi ?…

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La transparence… au service de la manipulation !

Pour faire une mayonnaise, il faut quelques ingrédients faciles à trouver et les mélanger en les fouettant afin de faire « monter la sauce ». Pour faire une polémique, c’est à peu près pareil : prenez un sujet qui, en apparence, peut être banal ; choisissez des conditions atmosphériques favorables : de préférence l’été car l’actualité tourne alors au ralenti. Il suffit alors d’apporter le tour de main de quelques rédacteurs en chef et journalistes convaincus qu’ils tiennent là un « bon sujet », d’y ajouter quelques politiques en quête de positionnement favorable dans l’opinion et quelques sociologues en quête de reconnaissance. Le tour est joué : vous avez obtenu une très belle « sauce burkini » !

Devant cette polémique, comment ne pas être atterré du jeu pervers qu’ont joué médias et politiques au cours de cet épisode qui aura navré les observateurs étrangers, réjoui les fondamentalistes musulmans et servi les seuls intérêts du FN ! Jeu pervers des médias car enfin, si cette tenue nous renvoie une double question sur le vivre ensemble et la conception de la femme pour certains musulmans, cela méritait-il autant d’heures d’antenne, autant de colonnes dans les journaux, des débats à l’infini sur la nécessité de légiférer ? Comme si d’autres sujets ne méritaient pas davantage d’attention : le drame de familles d’agriculteurs étranglés par les dettes et qui ne trouvent d’autre issue à leurs difficultés que le suicide, par exemple ! Quelques décimètres carrés de tissu valent ils plus que des vies humaines brisées ? Mais sans doute ne s’agit-il là que de réalités trop rurales pour être compréhensibles par des rédacteurs en chef…

Le jeu des politiques qui ont succombé à la tentation est tout aussi pervers. D’une part, ils savaient bien que l’été finissant, cette tenue serait remisée au placard dès la rentrée. D’autre part, ils savaient aussi que surfer sur cette vague leur permettrait de flatter les réflexes racistes et islamophobes de certains de nos concitoyens. Mais comment résister à un micro qui se tend, à l’œil d’une caméra lorsque l’on est prêt à tout pour conquérir ou reconquérir le pouvoir ?..

Cette rentrée nous renseigne d’ailleurs étrangement sur cette attraction-répulsion qui caractérise les liens entre journalistes et politiques. Et il aura fallu qu’un Président de la République en exercice et un ancien président obsédé par l’idée de revanche nous apportent malgré eux un éclairage inattendu sur ce phénomène pour mieux le comprendre.

François Hollande, a toujours apprécié le contact direct avec les journalistes. Nombre d’entre eux peuvent témoigner des nombreux appels téléphoniques, des SMS qu’ils reçoivent de lui, de sa disponibilité pour leur répondre quand ils le sollicitent. Aujourd’hui, deux livres* (un troisième est également annoncé pour cet automne) sont publiés révélant l’étrange détachement avec lequel gouverne le Président qui passe plus de temps à rencontrer des journalistes qu’à échanger avec ses ministres ! En clair, il leur sert des informations pour mieux se servir d’eux. Au passage, on observera qu’un Président qui reçoit impromptu des journalistes pour commenter en quasi-direct l’action gouvernementale rend celle-ci plus difficile et quasi-impossible la tâche de ses propres communicants…

S’agissant de son prédécesseur, on savait qu’il avait hésité entre la carrière de journaliste et celle d’avocat. Il a choisi la seconde parce que plus lucrative et plus propice à satisfaire ses ambitions politiques à ses yeux. Il n’en a pas moins suffisamment observé la première pour en acquérir un réel sens de la communication, pour en comprendre toutes les faiblesses et tous les travers. Au point de savoir, mieux que personne, lui tendre les pièges dans lesquels elle tombe. A preuve, depuis des semaines, les proches de N. Sarkozy avaient expliqué que son entrée en campagne s’accompagnerait d’un mouvement de saturation de l’espace médiatique. Une stratégie annoncée en toutes franchise et transparence. Et qu’a-t-on observé ? Que dans presque tous les médias, les journalistes lui ont déroulé le tapis rouge. Y compris ceux qui lui étaient les plus défavorables. Pas seulement en lui donnant de la place, mais surtout en reprenant sans distance critique son argumentation ! Ils sont ainsi devenus les acteurs de sa stratégie.

Dans les deux cas, nous avons affaire à des personnages narcissiques et cyniques, passés maîtres dans l’art de la manipulation des médias. Et dans les deux cas, nous avons affaire à des médias qui ne sont pas dupes, mais qui s’en font les relais serviles. A ce petit jeu, les journalistes peuvent toujours prétendre être des acteurs de la « transparence », ils sont déjà dépassés par François Hollande et Nicolas Sarkozy qui utilisent déjà celle-ci comme une arme et ont, de ce fait, une longueur d’avance !

Alors, si en cette rentrée, certains ont envie de dire aux journalistes qu’il est temps de ranger le burkini, nous pourrions tout aussi bien les exhorter à faire preuve de davantage de discernement…

* Le premier, « Conversations privées avec le président » des journalistes Antonin André et Karim Risouli est publié aux éditions Albin Michel. Il résulte de 32 entretiens de ces deux jurnalistes avec F. Hollande entre février 2012 et mai 2016. Le second, à paraître chez Stock le 12 octobre prochain est intitulé « Un président ne devrait pas dire ça… ». Ses auteurs sont Gérard Davet et Fabrice Lhomme, tous deux journalistes au « Monde » qui ont eu à cet effet pas moins de 60 rencontres totalisant plus d’une centaine d’heures d’échanges avec le Président de la République entre avril 2012 et juillet 2016.

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Terrorisme : et si les juristes ?…

Il aura suffi d’un été endeuillé à Nice et Saint Etienne du Rouvray, pour que soit relancé le concours de la proposition la plus sécuritaire. On aura tout entendu : création d’un Guantanamo Français, légalisation de l’internement préventif, mise en cause du principe du droit du sol… Tout cela donne le tournis. Et confirme le fait que, faute de connaître le droit, notre classe politique ne sait plus raison garder.

Parmi les déclarations tonitruantes de l’été, celles de Nicolas Sarkozy demandant que l’on mette un terme aux « arguties juridiques » et se moquant de l’état de droit sont parmi les plus frappantes. Voilà un avocat, ancien Président de la République de surcroît et désormais prétendant à le redevenir qui, aux yeux de l’opinion, balaye le droit d’un revers de main, et laisse entendre aux français que l’on peut ne pas en tenir compte. Propos d’une rare inconséquence !..

Mais faire porter l’entière responsabilité de cette étrange déliquescence sur nos seuls politiques est à la fois injuste et inefficace car les juristes seraient bien inspirés de s’interroger sur la responsabilité qu’ils devraient assumer en de telles circonstances. Certes, ils sont nombreux à dénoncer depuis des décennies les lois mal rédigées, les lois de circonstance ou dictées par l’émotion. Mais sauf à se plaindre du caractère administratif de certaines mesures prises dans le cadre de l’état d’urgence, on les a fort peu entendus formuler des propositions sachant répondre aux exigences des temps que nous traversons. Et lorsque l’on sait que l’un des assassins du Père Jacques Hamel portait un bracelet électronique, on reste rêveur devant l’inefficacité de la machine judiciaire face à une radicalisation islamiste – antichambre du terrorisme !

Or, faute de réponses adaptées des juristes c’est, n’en doutons pas, le discours de ceux qui font peu de cas de l’état de droit qui l’emportera. L’action et le contrôle des juges seront ignorés, ce qui menacera durablement nos libertés publiques. Alors, si les juristes se mobilisaient enfin, pour ne pas laisser le dernier mot à des politiques tentés par la surenchère en période pré-électorale ? Pourquoi n’engageraient-ils pas une réflexion collective sur la manière de répondre à la menace d’un type nouveau à laquelle nous sommes confrontés, les individus concernés ne craignant pas la mort ? En clair, les juristes pourraient se pencher sur plusieurs questions majeures et y répondre par des propositions redonnant toute sa place au pouvoir judiciaire : jusqu’où peut aller la surveillance d’individus suspectés de radicalisation ? Comment concilier liberté religieuse et combat contre un fondamentalisme religieux qui rejette les principes de notre République et débouche sur la violence ? La radicalisation constitue-t-elle un délit d’opinion passible de peines préventives de privation de liberté ? Si oui, comment définir et organiser ce régime de privation de liberté ? Comment préparer la réinsertion d’individus radicalisés ? Une fois une peine exécutée, un individu qui reste radicalisé peut-il être remis en liberté sans autre forme de procès ?.. Sans être naïf sur les limites de l’exercice, c’est une approche globale et novatrice de toutes ces questions qui permettra d’améliorer la sécurité de nos sociétés, et donnera à nos concitoyens l’impression que la question du terrorisme est prise à bras le corps.

De telles questions, de tels débats abordés par les politiques le sont le plus souvent à partir d’événements qui suscitent l’émotion et en fonction de clivages, de postures et de calculs à courte vue. Cela se traduit par des propositions brouillonnes, peu soucieuses de notre droit et souvent inapplicables, ce qui fait à la fois le jeu du FN et des islamistes. Nous en avons vu les effets avec le navrant épisode de la « déchéance de nationalité ». Nous savons aujourd’hui que les règles de « l’état d’urgence » ne suffisent pas. Les juristes, eux, peuvent aborder ces débats autrement. Avec le souci de s’inspirer des grands principes généraux de notre droit, une haute conscience des enjeux de la bataille qui est engagée (enjeux en matière de sécurité, de droit des femmes…), et en faisant preuve de créativité.

Les juristes de droit civil savent ce que l’on doit aux travaux de certains d’entre eux – et en particulier les congrès des notaires – pour avoir fait évoluer le droit. C’est le cas en matière de successions, en matière de régimes de protection des personnes vulnérables, en matière immobilière… Parce qu’ils savent concilier les exigences du droit et le regard quotidien de praticiens proches des réalités. Les pénalistes ne peuvent-ils s’en inspirer pour répondre aux urgences de notre temps ? Pour ne pas laisser, sur ce terrain, la parole aux seuls politiques. Pour ne pas laisser à la seule machine administrative le soin de gérer cette question. Pour éviter enfin que le pays de Montesquieu n’abandonne l’esprit des lois au profit de lois de circonstances.

* Droit du sol qui est, au demeurant en France, loin d’être le plus ouvert de tous les pays occidentaux !

 

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Pour l’été, souvenirs à relire… (suite et fin)

Demain, l’humanisme…

Le livre est récent (publié en avril dernier). Il est parfois ardu, tortueux, sans complaisance. Mais il est une constante invitation à la réflexion. Ceux à qui son titre fait redouter une difficile pérégrination vers les sommets, ceux qui craignent de se voir embarqués dans une aventure mystique n’y trouveront peut-être pas le sujet de leur quête. Car « Dieu par la face nord » d’Hervé Clerc * est aussi bien plus que cela : une invitation à découvrir d’autres manières de concevoir la spiritualité, d’envisager le monde. Et c’est un appel à une nouvelle forme d’humanisme. Un humanisme qui prenne en compte ce à quoi nous invite la modernité : l’altérité, la découverte des autres cultures, des spiritualités différentes.

« Les humanistes d’autrefois travaillaient dans l’ombre de la croix, doublement. D’abord parce qu’il existait autour d’eux une chrétienté, et secondement parce qu’ils devaient étendre leurs bras, démesurément et en sens opposés, pour concilier deux cultures de sensibilité contraire : la culture judéo-chrétienne et la culture gréco-romaine, Jérusalem et Athènes. Le choc de ces deux plaques a produit le feu follet nommé « Europe ». Les humanistes se tenaient sur la ligne de fracture, inclassables, toujours en travail, avec en ligne de mire l’universel, lequel n’est jamais atteint.

Aujourd’hui, ce travail est devenu plus compliqué que par le passé. Car ce ne sont plus deux pelotes que l’humanistes doit dénouer pour parvenir à une vision ouverte du monde mais trois : les monothéismes en incluant l’islam ; le pôle grec, porteur de l’indispensable pensée critique ; les pôles indien et chinois.

La conciliation se révèle vite impossible si l’on reste à la périphérie. L’humaniste de la Renaissance allait chercher l’unité où elle se trouve : au centre. Et de l’intuition, ou mieux de l’expérience qu’il avait du centre, il repartait en tâtonnant vers la périphérie. En chemin, il s’efforçait de relier, conjoindre, articuler, comme dit Roger-Pol Droit. Jamais il ne se résignait au cloisonnement. Ce faisant, l’humaniste, homme du large, entrait inévitablement en conflit avec les esprits étroits, littéralistes, intégristes, spécialistes, à la pensée fixe, provinciale, enclavée, dont l’activité favorite, hier comme aujourd’hui, est la morne sodomie des mouches.

On l’accusait, on l’accuse encore de syncrétisme, panthéisme, concordisme, salade niçoise. Mais lui sait ce que ses adversaires ignorent : que la vérité ne vit pas ni ne respire dans des carcans, et qu’il convient à présent, dans ce présent que nous nommons la modernité, de faire comme elle. »

* « Dieu par la face nord », par Hervé Clerc, éditions Albin Michel – 312 p.

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Pour l’été, souvenirs à relire… (Suite)

3° … Tous ensemble vers un avenir pire

Sur la plage, entre une partie de pétanque et un pastis, les tourments de la politique nous semblent bien loin. Bien dérisoires aussi. Et l’on ne voudrait qu’en sourire sachant que dans quelques jours, quelques semaines tout au plus, nous serons lancés dans une campagne qui, de primaires en meetings, de débats en déclarations, nous conduira au soir du 2ème tour de l’élection présidentielle de 2017. L’avenir n’est pas écrit et les surprises ne manqueront pas. Alors, pour accueillir les mois qui viennent avec un peu d’humour, relisons la chronique de François Morel, diffusée sur France-Inter, le 17 juin 2011.*

Je voudrais aujourd’hui faire une déclaration solennelle. Nous sommes à moins d’un an de la présidentielle. Le président sortant semble aujourd’hui connaître des difficultés dans les sondages et, par conséquent, celui qui apparaîtra comme le chef de l’opposition, le candidat des socialistes, quel qu’il soit, pourrait avoir de grandes chances de l’emporter. Une chèvre, un mouton, un pré-salé estampillé PS aujourd’hui semblerait devoir l’emporter.

Je voudrais, le plus sereinement possible, et dans le plus grand souci d’apaisement, rassurer de nombreux socialistes et leur dire cette chose très simple qui je crois pourrait les réconforter au moment ou la perspective d’une victoire pourrait les inquiéter : tout désespoir n’est pas perdu.

Oui, je voudrais rassurer tous ces partisans des forces de progrès, toutes ces femmes, tous ces hommes qui pourraient craindre que la conquête du pouvoir ne soit aujourd’hui inévitable.

Non, rassurez-vous, chers combattants des guerres fratricides, chers disciples des petites chapelles, chers vieux chevaux d’écuries piaffant dans vos box solitaires, chers éléphants inquiets sur la piste de la savane s’ouvrant comme un boulevard, je voudrais vous tranquilliser, je voudrais soulager vos angoisses et vous dire ceci : il n’est jamais trop tard pour perdre une élection qui semblait gagnée d’avance.

Et je sais que, de ce point de vue, vous n’êtes jamais décevants, je suis certain que vous saurez mettre tous vos talents (et ils sont nombreux !), toute votre énergie (et elle est grande !), toute votre imagination (et elle est infinie !), pour vous anéantir, pour vous réduire en poussière, pour vous auto-détruire.

Et toi socialiste de Charente, et toi socialiste du Nord et toi socialiste de Corrèze, je sais que tu feras tout pour que Nicolas Sarkozy redevienne le meilleur prétendant au poste de président. Oui, tu es capable, par ton sens de la division, de remettre en selle un candidat sans monture, sans casaque, qui semble momentanément tombé de cheval.

Oui, je sais que tous ensemble, au cours du processus des primaires, vous saurez vous entre-déchirer, vous combattre les une les autres, pour le jour fatidique, choisir le candidat le moins bien placé, le moins enthousiasmant, celui qui aura le moins envie de gagner.

Oui, vous pouvez faire en sorte que le prétendant de la droite le plus critiqué, le plus rejeté jusque dans son propre camp, devienne à nouveau le candidat victorieux au printemps 2012.

Oui, la défaite est là, toute proche, à portée de main. Je suis sûr que, demain, un tribun, inspiré par toute l’histoire du Parti socialiste, du congrès de Rennes au droit d’inventaire, saura se lever, prendre la parole et dire, avec force : « Allons, socialistes, encore un effort et tous ensemble, tous ensemble, pour un avenir pire, perdons ! ». 

* Son titre exact était : « Socialistes, tous ensemble vers un avenir pire ». Otons le mot « socialistes », remplaçons le par Républicain ou centriste, substituons François Hollande à Nicolas Sarkozy, et sourions d’avance face à la glorieuse incertitude de la politique…

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