Après la gifle, la claque ?

Ils sont pathétiques ! Il aura suffi que le successeur pressenti de Jean-Luc Mélanchon donne une gifle à son épouse, que celle-ci soit rendue publique, pour que les caciques de la NUPES multiplient les déclarations les plus étranges sans se rendre compte du ridicule de leur posture.

En droit, une main courante n’est, rappelons-le, qu’une façon de prendre date par une déclaration unilatérale, laquelle ne constitue pas même un début de preuve. Tout au plus est-elle utile dans le cadre d’une affaire judiciaire pour donner des indications quant au déroulement de faits dont la matérialité reste à démontrer. Et, bien sûr, jamais une main courante déposée dans un commissariat n’a à être rendue publique. 

Mais quoi qu’on pense de cette fuite dont la source est encore inconnue*, force est de reconnaître que le spectacle donné par la gauche extrême et les déclarations embrouillées de ses leaders mettent à mal leur volonté de s’afficher comme les seuls vrais défenseurs de la cause féminine. On ne peut prendre la tête de la lutte contre les violences faites aux femmes et, par des déclarations sembler éprouver le besoin de minimiser de tels actes voire même de les nier. On ne peut déclarer qu’en matière de lutte contre les féminicides, les mains courantes déposées dans les commissariats ou les gendarmeries ne peuvent être négligées, et s’étonner aujourd’hui de l’emballement médiatique auquel cette affaire donne lieu. Le plus navrant est d’ailleurs qu’ils ne prennent pas même conscience du fait que chaque déclaration les enfonce davantage !

Mais s’il n’y avait que la France Insoumise qui jouait cette partition ! Les écologistes eux aussi s’en donnent à coeur joie, entre dénonciations et déni, règlements de compte et démissions. Bref, ceux qui depuis des années se revendiquent comme le seul camp du bien se prennent les pieds dans le tapis de la morale et donnent le spectacle d’une gauche ”faites ce que je dis, pas ce que je fais…”

Ceux qui croyaient à une refondation de la gauche autour de la dynamique créée par la NUPES lors des élections législatives en seront pour leurs frais. Nous savions que cet étrange attelage souffrait d’un cruel manque de cohérence programmatique. Mais voilà que c’est d’un autre côté que vient le discrédit. Le naufrage annoncé n’en sera que plus affligeant ! Au demeurant, si nous laissons de côté ces médiocres affaires de comportements inappropriés à l’égard des femmes, et les questions de cohérence qu’elles posent, faire un détour par Stockholm et Rome devrait les inviter à la modestie et à la prudence. En Suède et en Italie, la droite populiste accède au pouvoir sur fond de perte d’influence de la social-démocratie, de recul de la gauche traditionnelle et d’incapacité des gouvernements à traiter efficacement la question migratoire. Faut-il que chez nous, après l’effondrement du Parti socialiste, le discrédit grandissant des forces de gauche laisse un vide tel que cela ouvrirait un boulevard pour une alliance des forces de droite satellisées autour de la plus radicale d’entre elles ? N’oublions pas que depuis juin dernier, le Rassemblement National évite les déclarations tonitruantes et se distingue par sa volonté d’afficher son sérieux et son sens des responsabilités… 

Au bout du compte, le contraste pourrait lui profiter. Et notre démocratie en faire les frais. Après l’affaire de la gifle, la gauche se prépare-t-elle à subir une claque ? Et nous avec ?

* Même si elle a pu être encouragée au sommet de la hiérarchie, la source est nécessairement policière. Alors souvenons-nous seulement qu’en déclarant ”la police tue”, Jean-Luc Mélanchon et les dirigeants de la France Insoumise ne se sont pas faits que des amis dans les rangs des forces de l’ordre et notamment chez les syndicats de policiers… 

 

 

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Vertus monarchiques ?…

La reine est morte. Et la France regarde émue et fascinée le spectacle d’une Grande Bretagne à la vie rythmée, pour quelques jours, par les cérémonies, les hommages, les défilés de célébrités et d’anonymes qui se recueillent devant le royal cercueil. Mais pourquoi une telle fascination ? 

Bien sûr, nous sommes fascinés, avouons-le, par le faste suranné des rituels de la monarchie britannique dont certains remontent au Moyen-Âge. Il y a dans ces costumes d’apparat, ces cérémonies, les termes même qui sont employés à cette occasion, une étrangeté qui nous ramène à des temps révolus. Et pourtant, c’est ainsi que s’exprime la pérennité de cette nation. La longévité du règne d’Elizabeth II la rend encore plus tangible. Et nous nous interrogeons : qu’est-ce qui nous fait défaut, à nous Français, pour retrouver  cette forme de ferveur nationale qui dépasse bien des clivages sociaux et partisans, et que nous constatons au fil des reportages et interviews ? Assurément, nos rituels républicains, jusqu’aux défilés et aux bals du 14 juillet n’y parviennent guère ! 

Y aurait-il alors, de ce côté-ci de la Manche, comme le regret jamais avoué d’un rendez-vous raté ? Celui de la France avec la monarchie constitutionnelle. Un ancien ministre socialiste de François Mitterrand en a même fait l’éloge voici quelques jours sur un plateau de télévision ! C’est dire s’il y a parfois chez les républicains attachés à l’égalité plus qu’une nostalgie à l’égard d’un système mis à bas lors de la Révolution de 1789. En coupant la tête d’un roi, nous nous sommes interdits de revenir à la royauté et nous avons rejeté toute la symbolique qui s’y attachait. Il y a là comme une sorte d’impensé politique que la Constitution de la Vème République et l’élection du Président de la République au suffrage universel n’ont pas permis de résoudre. Le monarque républicain qu’est, d’une certaine manière, notre Président élu ne parvient jamais – et semble-t-il de moins en moins bien – à incarner la nation comme l’a fait la souveraine britannique. 

Alors serait-ce plus simplement une question de vertu ? Elizabeth II a témoigné, tout au long de son règne, d’un engagement total au service de la charge qui reposait sur ses épaules. Nul ne choisit sa naissance. Les enfants des princes pas plus que les autres. Et les devoirs qui leur incombent ne sont pas moindres. Mais certains ont compris que chacun de leurs gestes, de leurs propos, avaient une signification qui dépassait de loin leur propre personne. La reine Elizabeth était de ceux-là. Convaincue de la nécessaire exemplarité de ceux que la naissance avait désignés pour servir leur peuple, elle avait soumis jusqu’à sa vie de famille à cette exigence. Et les difficultés rencontrées ne l’ont jamais fait dévier de la ligne qu’elle s’était fixée. Le sens du devoir et de l’honneur, le courage, l’abnégation, le souci de rester au contact avec le peuple britannique malgré les nécessités du protocole, une foi profonde que rien n’a pu ébranler, la volonté indéfectible de ne jamais faillir à toutes les contraintes de sa tâche jusqu’aux tout derniers jours de sa vie sont des vertus trop rares pour ne pas être soulignées. 

Au fil des ans, sa silhouette nous était devenue familière. Pas seulement pour les adeptes de la presse people. Et si nous éprouvons aujourd’hui quelques regrets en la voyant disparaître, c’est aussi sans doute parce que les vertus qu’elle a incarnées nous semblent négligées, en particulier chez nos ”élites”. Et parce que d’une certaine manière, nous espérons toujours assister à leur restauration… 

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L’IVG, plus petit commun dénominateur ?

Mais quelle mouche les a donc piqués ? Une décision de la Cour Suprême des USA* , et voilà que certain(es) paniquent en France à l’idée d’une éventuelle remise en cause du droit à l’avortement au point de vouloir l’inscrire dans la Constitution. Pourtant, aucun programme des formations politiques représentées au Parlement ne comporte la moindre remise en cause de la législation en vigueur. Alors, fallait-il, une fois de plus, se laisser aller à la dictature de l’émotion ? 

Nous pourrions faire observer que de ce côté-ci de l’Atlantique, nous assistons depuis des années à une extension quasiment sans limite du droit à l’avortement : allongement du délai permettant à une femme d’avorter ; condamnation des actions qui auraient pour effet de culpabiliser les femmes recourant à l’IVG ; remise en cause de la clause de conscience des médecins, etc. Et les arguments de ceux qui tentent de freiner ce mouvement sont systématiquement balayés. Rien de commun avec la situation des USA où, depuis des années, des activistes ”pro-vie” ** se livrent à un harcèlement souvent violent contre les médecins qui pratiquent des avortements et les femmes qui y recourent  ! Au surplus, notre Conseil Constitutionnel a déjà reconnu l’avortement comme une liberté fondamentale***. Alors, pourquoi procéder de la sorte, et pourquoi cet empressement des macronistes, au moment où l’on cherche encore les contours d’une majorité qui permette de gouverner ? La réponse à la première question tient en quelques mots : les droits acquis par les femmes étant fragiles, toute possibilité de les renforcer doit être utilisée. Et pour certain(e)s, peu importe que ce soit utile ou pas, peu importe que la méthode soit bonne ou mauvaise.   

Plus floue est la réponse à la seconde question. En effet, nous sortons d’une période de crise et d’une étrange séquence électorale au cours de laquelle, nombreuses ont été les remises en cause de nos institutions. Les adeptes du référendum d’initiative citoyenne, les promoteurs d’une VIème République, les tenants d’une révision de notre système électoral et de notre mode de scrutin, etc. partent tous d’un même constat : un essoufflement de notre système démocratique, et la nécessité de trouver les ressorts de sa revitalisation. Nous aurions donc pu penser  que face à un risque de blocage des institutions, face à cette nécessité assez largement admise d’une refondation républicaine, ouvrir la réflexion sur un projet de réforme de la Constitution qui ferait consensus aurait montré une réelle volonté réformatrice.

Hélas, des esprits sans imagination, et sans doute peu soucieux de modifier un système qui leur aura été utible, ont donc choisi de saisir l’occasion  pour tenter de trouver autour de l’IVG les contours d’une impossible union nationale. Car, bien entendu, honnis soient ceux qui oseront s’opposer à une telle proposition, lesquels, seront aussitôt assimilés aux activistes ”pro-vie” les plus radicaux qui sévissent outre-Atlantique. La manoeuvre est de celles qui, en d’autres temps, auraient été dénoncées vigoureusement par les forces d’opposition. Rien de tel aujourd’hui : on acquiesce ou l’on se tait. 

Nous savons qu’en matière de droit, l’émotion est rarement bonne conseillère. Nous savons aussi, pour reprendre les propos d’éminents juristes qu’on ne saurait toucher à notre Constitution que ”d’une main tremblante”. Mais des politiques qui raisonnent à courte vue ne s’embarrassent pas de telles considérations. Et n’hésitent pas à enrôler la cause des femmes en la mettant au service de leurs intérêts politiciens. L’IVG serait-il leur plus petit commun dénominateur ? 

 *Décision qui, il faut le souligner, ne vise pas à interdire l’avortement, mais renvoie la responsabilité de la législation sur ce sujet à chacun des états de l’Union. La nuance est importante.

** Lobby ”pro-vie” qui n’est pas à une contradiction près puisque c’est dans ses rangs que l’on trouve les défenseurs les plus acharnés de la vente et du port d’armes….

*** On lira avec intérêt à ce sujet l’analyse de Bertrand Mathieu, constitutionnaliste et  professeur de droit à Paris I , dans laquelle il souligne notamment que ”le droit en vigueur pose le principe selon lequel la liberté d’avorter constitue un élément de la liberté personnelle de la femme, et relève, dès lors d’une exigence constitutionnelle” . Analyse publiée dans ”La Croix” du 28 juin.

 

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La patrie des livres…

Aux incultes qui agonisent d’injures Sylvie Germain qui a eu le malheur de voir l’un de ses textes choisi en vue de l’épreuve du Bac de français ; à ceux qui n’ont ni les mots pour comprendre ni ceux pour s’exprimer ; à ceux qui sont les déshérités de notre langue, les abandonnés de l’éducation, les perdants de la pensée, les assignés à résidence dans le ressentiment et la colère… A tous ceux-là, je dédie ces quelques lignes de Mohamed MBougar Sarr jeune écrivain né au Sénégal et vivant en France, un extrait tiré de son roman ”La plus secrète mémoire des hommes”, prix Goncourt 2021 : 

”Quelle est donc cette patrie ? Tu la connais : c’est évidemment la patrie des livres. Les livres lus et aimés, les livres lus et honnis, les livres qu’on rêve d’écrire, les livres insignifiants qu’on a oubliés et dont on ne sait même plus si on les a ouverts un jour, les livres qu’on prétend avoir lus, les livres qu’on ne lira jamais, mais dont ne se séparerait non plus pour rien au monde, les livres qui attendent leur heure dans une nuit patiente, avant le crépuscule éblouissant des lectures de l’aube. Oui, disais-je, oui : je serai citoyenne de cette patrie-là, je ferai allégeance à ce royaume, le royaume de la bibliothèque”. 

Oui, rejoignez la patrie des livres ! Parce qu’en venir aux mots nous évite d’en venir aux mains !.. 

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A gauche, combien de divisions ?

L’image était belle : autour du leader de ”La France Insoumise”, des visages venus de tous les horizons de la gauche entonnant la Marseillaise et faisant avec leurs doigts de V de la victoire*. Pour ceux que les divisions de la gauche tout au long de la campagne présidentielle avait plongés dans la désespérance, quel réconfort ! Las, il n’aura pas fallu plus de 48h pour que l’édifice se lézarde. Samedi, la journée de la NUPES aura-t-elle été la journée des dupes ? 

Ce qui s’est passé à Vénissieux est emblématique des fractures et des contradictions que porte en elle la coalition opportuniste que Jean-Luc Mélanchon a constituée après son échec à la présidentielle. L’investiture dans cette ville de la banlieue lyonnaise d’un ”insoumis” dont les engagements et les propos** sont contraires à la tradition universaliste et anti-raciste de la gauche est symptomatique de la complaisance de ce mouvement à l’égard de ceux qui n’ont de cesse de distiller leur haine des autres et de la France. La détermination d’une élue communiste à affronter cet individu faisant observer que se soumettre à cette décision d’investiture serait renier ses propres engagements et les combats de toute une vie ; la fermeté du soutien qu’elle a obtenu du leader du PC Fabien Roussel, montrent assez que dans son OPA sur la gauche, Jean-Luc Mélanchon n’avait aucune vision de ce que pourrait être une coalition digne de l’espoir qu’elle suscitait. Au final, le candidat des ”insoumis” a battu en retraite, retirant sa candidature après la polémique provoquée par son parachutage. A Paris, dans le Nord, en Dordogne, en région lyonnaise et ailleurs, d’autres dissidences voient le jour, signes que l’alliance contractée voilà une semaine n’a d’union que le nom. De 2012 à 2017, François Hollande a subi les assauts des frondeurs qui l’ont réduit à l’impuissance. En 2022, c’est avant même le premier tour des législatives où il espère prendre sa revanche que Jean-Luc Mélanchon observe les lézardes qui menacent déjà son propre édifice. 

Au surplus, tout cela était prévisible car l’accord électoral, certes souhaité par les électeurs, mais imposé par les ”insoumis” et annoncé à grand renfort de tambours et de trompettes souffre de deux faiblesses insurmontables.

La première tient à la nature même du partage des circonscriptions entre formations politiques. En l’espèce, celui-ci s’attache à l’arithmétique électorale issue du premier tour de la présidentielle, et répond à l’obsession de chaque formation de pouvoir constituer un groupe à l’Assemblée Nationale. Mais lorsqu’un tel partage ne tient compte ni des réalités de terrain ni de l’équation personnelle des candidats potentiels, il ne faut pas s’étonner que la vraie vie se refuse à entrer dans les cases prévues par les apparatchiks. KO debout après leurs résultats calamiteux à la présidentielle, écologistes, communistes et socialistes se sont livrés pieds et poings liés à celui qui, seul, avait tiré son épingle du jeu.  Tout cela dans le seul espoir de sauver les meubles et retrouver quelques moyens financiers et politiques leur permettant de survivre. Et ils ont subi sans broncher les humiliations imposées par un tribun colérique qui entendait les réduire à la portion congrue. Les logiques d’appareil l’ont emporté. Au mépris de tout le reste. Démarche non seulement peu glorieuse mais de plus à l’efficacité douteuse, on le constate déjà aujourd’hui.  

La seconde faiblesse est plus grave car non seulement elle est source de divisions à venir, mais pire : promesse d’une incapacité future à gouverner. C’est à dire mener une politique cohérente et prendre les décisions qui s’imposent face aux défis qui nous attendent. Sur l’Europe, sur la politique étrangère, notamment au sujet de la ligne de conduite à suivre à l’égard de la Russie de Poutine et de l’Ukraine, tout oppose les socialistes et les écologistes à la France Insoumise. Sur le modèle républicain, la laïcité, l’intégration des populations issues de l’immigration, sur l’économie, que de divergences aujourd’hui mises sous le tapis. Il fallait être aveugle pour ne pas le voir ! 

Mais l’aveuglement ne date pas d’hier ! En effet, ce manque de lucidité était déjà perceptible dans les appels au vote utile avant le premier tour de la présidentielle. En acceptant de voter pour un homme avec lequel ils avaient de profonds désaccords, nombre d’électeurs de gauche lui ont, sans le savoir, donné un blanc-seing. Peu ou prou, ils se sont comportés comme des actionnaires tentés par l’appât du gain et apportant leurs actions d’une société à celui qui se livre à une OPA inamicale… Ils ont cru renouer avec l’espoir, ils n’auront fait que contribuer à l’effondrement du PS et d’EELV et retarder la nécessaire réflexion en vue de la rénovation de la gauche. Aujourd’hui, il va leur falloir boire le calice jusqu’à la lie, aller de divisions en désillusions avant que ne se mettent enfin au travail ceux qui auront pour ambition de concevoir un vrai projet de gauche social, universaliste, soucieux de la planète et  porteur d’un futur désirable pour tous. En attendant, nous serons contraints de continuer à compter : la gauche, combien de divisions ?

* Etrange image d’ailleurs si l’on se souvient que nombre de ces personnalités nous avaient habitués à les voir lever le poing, chanter ”l’Internationale” et ne pas ménager leurs critiques à l’égard de la France et de la République…

** Des propos qui lui ont valu une condamnation en Justice pour injure raciale… 

 

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Bonnet blanc et blanc bonnet ?

Le pire n’est pas certain. Mais il n’est pas exclu non plus ! Car enfin, peut-on sérieusement laisser croire qu’entre Le Pen et Macron, ce serait ”bonnet blanc et blanc bonnet” ? Non, nous ne sommes pas en 1969 où, lors du second tour de la présidentielle, le gaulliste conservateur Georges Pompidou affrontait le centriste Alain Poher ! Un affrontement sans risque pour notre démocratie. Oui, le communiste Jacques Duclos qui avait obtenu plus de 21% des suffrages au 1er tour pouvait alors inviter à l’abstention lors du second tour en renvoyant dos à dos les deux finalistes avec cette formule restée célèbre.

Sans doute peut-on comprendre le désenchantement de ceux qui ne se reconnaissent pas dans le choix qui s’offre à nous pour ce second tour. Mais ceux-là peuvent-ils se laisser guider par leur seul ressentiment ? Ont-ils seulement lu le programme de la candidate de la droite extrême ? En nous parlant de pouvoir d’achat, elle tente de faire oublier les mesures phares que contient son programme : réformes institutionnelles et changements profonds de notre état de droit qui menacent notre démocratie. En appelant ses chats à la rescousse, elle camoufle son dessein de repli frileux à l’intérieur de nos frontières, son abandon de toute ambition européenne dans une sorte de ”frexit” qui ne dirait pas son nom, son alignement sur la politique de Poutine… 

Enfumage ! La patriote qu’elle prétend être nous prépare un avenir médiocre, celui d’une province de seconde zone en échange d’une promesse d’ordre, et de reflux des ”étrangers” présentés comme la cause de tous nos maux. Enfumage encore celui auquel se sont livrés ceux qui comme Eric Zemmour, par la violence de leurs propos, l’ont fait apparaître comme une candidate modérée.  Enfumage enfin la dénonciation d’une ”dictature macronienne” dont le pass sanitaire serait l’expression la plus aboutie. Ceux qui ont tenu de tels propos devraient regarder du côté de Shanghaï pour comprendre la manière dont un pouvoir totalitaire gère la pandémie !..  

Qu’Emmanuel Macron ne soit pas exempt de reproche, c’est incontestable. Mais enfin, peut on sérieusement prétendre qu’il représenterait une menace pour nos institutions et notre démocratie ? A l’heure du bilan, ses erreurs, ses maladresses, son arrogance parfois comptent-elles autant que la menace de la prise de pouvoir par un clan qui réécrit l’histoire, occulte son passé vichyssois, ses complicités jamais démenties avec des groupuscules nazis et les factieux de l’OAS, les alliances nauséabondes qui l’accompagnent encore et toujours depuis des décennies ?  

Alors, Jean-Luc Mélanchon peut bien essayer de jouer à saute-mouton avec le second tour de la présidentielle en rêvant déjà à l’après législatives. En dédaignant le vote du 24 avril, il montre que seule l’intéresse l’OPA qu’il a déjà partiellement réussie sur la gauche et qu’il entend désormais élargir en se positionnant comme le seul opposant à celui ou celle que les urnes consacreront dimanche au soir. Et apparemment, peu lui importe que ce soit la candidate du pire. Décidément, il est des raisonnements à courte vue qui discréditent à jamais ceux qui les tiennent !

Alors- oui, il est temps de se rappeler ces vers du poème d’Aragon ”La rose et le réséda” écrit en 1943 :  

Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au coeur du commun combat”…

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Voter ”utile” et perdre son âme…

On ne pouvait y échapper ! L’éparpillement des électorats de droite comme de gauche conduisent, à quelques jours de l’échéance, à la multiplication des appels au ”vote utile”. En d’autres termes, un vote qui abandonnerait les ”petits” candidats, ceux qui ne peuvent espérer faire mieux que recueillir entre 2 et 5% des voix, au profit de ceux qui s’approchent ou dépassent 10% des intentions de vote. Bien sûr, notre démocratie présente cette particularité de permettre à des groupuscules rassemblant quelques centaines de militants à peine de participer à la course à l’Elysée. Et ce faisant, de disposer d’une tribune sans commune mesure avec leur poids politique réel. Mais il y a comme une sorte de mépris de la part de ceux dont l’injonction semble nous dire : ”fini de jouer, passons aux choses sérieuses !”

 Alors faut-il s’y résigner ? Et pour quelles mauvaises raisons ?

A droite, le vote ”utile” serait de se tourner vers le polémiste qui, depuis des mois, ne cesse de donner des coups de buttoir à une société déjà bien fragile, sans s’être montré capable d’endosser les habits de présidentiable. Tout cela afin de hâter une recomposition de la droite. Pour atteindre cet objectif, il lui faut ”siphonner” l’électorat de Valérie Pécresse et démontrer ainsi qu’il n’y a plus d’avenir pour la droite modérée. L’objectif exprimé sans détour est de mettre un terme au ”cordon sanitaire” qui sépare encore cette droite et la droite extrême, lequel conduit encore ses électeurs à se refuser à voter pour Le Pen. Bien évidemment, cette recomposition ne se ferait qu’autour des thèses qu’il développe. Ceux qui ont vécu comme une blessure la campagne de 2017 et l’échec de François Fillon, ceux qui éprouvent depuis lors du ressentiment, estimant que la victoire qui leur était due leur a été ”volée”, sont évidemment visés par cet appel au ”vote utile”. A l’évidence cependant, céder à cette tentation serait signer l’arrêt de mort de cette droite modérée. Ce serait la livrer pieds et poings liés entre les mains de ceux qui n’ont aucun scrupule à réécrire l’histoire et à travestir la réalité. Ce serait accepter de camoufler derrière une apparence de ”bon sens” des projets profondément anti-démocratiques et en rupture complète avec les valeurs de notre République.

Eric Zemmour, par la radicalité de son discours, par la haine savamment distillée tout au long de sa campagne, a fourni à Marine Le Pen une apparence de respectabilité. Faudrait-il aujourd’hui tomber dans l’ultime piège qu’il nous tend ?

Le même mécanisme est à l’oeuvre à gauche. Traumatisés par le souvenir du 21 avril 2002 et l’échec de Lionel Jospin, meurtris par le naufrage du Parti socialiste en 2017, par la vacuité des idées et la calamiteuse campagne d’Anne Hidalgo, nombreux sont les électeurs de gauche pour qui, aujourd’hui, le ”vote utile” serait de mettre un bulletin au nom de Jean-Luc Mélanchon dans l’urne. Sans doute rêvent-ils ainsi de bousculer la prophétie du second tour annoncé Le Pen-Macron. Une manière d’exorciser cette fatalité, comme si ce bulletin de vote était un gri-gri doté de pouvoirs magiques ! Mais ont-ils oublié la part active que ce même Mélanchon a prise dans cet effondrement ? Sont-ils aveugles au point de ne pas voir que sa complaisance constante à l’égard des communautarismes de tout poil va à l’encontre de l’universalisme républicain ? Ne l’ont-ils jamais entendus affirmer qu’il préférait Poutine ou Castro à Angela Merkel, preuve de son aversion pour la démocratie ? Ont-ils la mémoire courte au point de ne pas se souvenir qu’en 2017, il avait répugné choisir entre Macron et le Pen au second tour ?

Oui, la gauche est orpheline. Lui faut-il pour autant se livrer dimanche à cet homme qui n’a de cesse que de vouloir imposer sa loi ?

Cette question du ”vote utile” qui est aussi celle du moindre mal en politique, se pose parce que l’alternative que l’on nous annonce n’est guère enthousiasmante, reconnaissons-le. Mais, et c’est une nouveauté, elle se pose cette fois en d’autres termes. C’est la conception que l’on a de la démocratie, sa survie même qui sont en cause. Pas les étranges considérations politiciennes auxquelles se se livrent ceux qui en appellent à cette manière de se déterminer. A droite comme à gauche, la question du ”vote utile” peut donc aujourd’hui se résumer en une formule : faut-il accepter de perdre ou se résigner à perdre son âme ? Et la poser ainsi, c’est déjà y répondre…

 

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Requiem pour un monde qui s’effondre ?

Il est revenu le temps du malheur sur notre continent. Le temps où le fracas des bombes étouffe les pleurs des enfants dont les rires se sont tus. Où des femmes et leurs nouveaux-nés meurent broyés sous les décombres d’une maternité frappée par un missile. Où des vieillards atterrés revivent le film de leur enfance en regardant les maisons de leur village en flammes. Des femmes et des hommes fiers de leur nation ont pris les armes pour défendre leurs villes. Des corps sans vie attendent d’être jetés dans des fosses communes sans que nul ne puisse faire mémoire de leurs noms, tandis que dans la cave d’un immeuble, une violoniste privée d’orchestre improvise un concert pour ses voisins réfugiés dans la lumière blafarde de cet abri. Des couples se séparent, redoutant cet instant où ils vont emporter à jamais le goût de ce dernier baiser ; craignant que leur étreinte ne soit celle du dernier À Dieu. Et des milliers de visages épuisés laissent couler leurs larmes après avoir parcouru des centaines de kilomètres et atteint la frontière où des mains tendues leur disent que la fraternité n’est pas un vain mot.

La guerre nous semblait d’autant plus irréelle qu’elle était lointaine, réservée à l’Afrique ou au Moyen-Orient. Aujourd’hui, elle frappe à notre porte. 

Comment ne pas être saisi par ce malheur qui défile quotidiennement sur nos écrans ? Comment ne pas être solidaire d’un peuple debout face à l’envahisseur ? Comment ne pas saluer le courage de ceux qui, à  Saint Petersbourg ou à Moscou, osent rompre le silence et défier le maître du Kremlin ? Avons-nous oublié qu’avant Kharkiv, Marioupol, ou Mykolaïv, il y avait eu Alep, Palmyre et tant d’autres villes martyres ; que nous occidentaux, avons voilà quelques mois, laissé l’ombre de la terreur s’installer à Kaboul ? Avons nous oublié que nous avions fermé les yeux et nos frontières devant des flots de réfugiés venus de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan, du Darfour ou du Mali, fuyant la guerre et les persécutions, la famine et la misère ? Avions-nous renoncé à l’exigence de fraternité qui figure pourtant aux frontons de nos mairies ? 

Demain, à la guerre qui se déroule à quelques centaines de kilomètres de nos frontières, s’ajouteront la flambée des prix et les pénuries alimentaires dont seront victimes les plus démunis, chez nous comme de l’autre côté de la Méditerranée. Nos démocraties ont tout à redouter des émeutes de la faim qui les ébranleront comme elles ont marqué le début des ”printemps arabes” qui se sont le plus souvent tragiquement terminés. Saurons-nous alors partager un peu de ce pain qui manquera à tant de nos frères humains ? Saurons-nous renoncer à la torpeur satisfaite de nos égoïsmes, à ce confort douillet qui affaiblit nos corps comme il assoupit nos consciences ?

Les temps nous invitent à la lucidité pour tirer les leçons de nos erreurs passées, renoncer à notre arrogance et ouvrir les yeux sur les changements du monde qui s’opèrent devant nous. Ils nous invitent à l’humilité pour reconnaître nos faiblesses et cesser de nous croire autorisés à donner des leçons de morale à tous. Ils nous invitent à la fidélité aux valeurs qui ont été les nôtres et avec lesquelles nous avons trop souvent trouvé des accommodements peu glorieux. Ils nous invitent enfin à la vigilance pour ne pas tomber dans les pièges que nous tendent à la fois les autocrates, les apprentis dictateurs et les apôtres de la bien-pensance.  

A Kiev, des femmes et des hommes nous donnent une leçon de courage. Aurons-nous seulement celui de faire des choix exigeants pour que l’effort ne repose pas, une fois de plus, sur les épaules des plus fragiles ? Saurons-nous montrer que nous avons la force morale d’affronter les épreuves à venir en retrouvant l’esprit de solidarité qui, aujourd’hui, fait tant défaut à nos sociétés ?  

Oui, c’est la paix du monde qui se joue en Ukraine, aux frontières de la Pologne, de la Moldavie et des républiques Baltes. Avec elle, c’est un peu de l’avenir de la démocratie qui se joue à Kiev et à Odessa. Mais c’est notre avenir qui se joue dans la manière dont nous serons capables ou pas de prendre notre part aux changements du monde. Dans un futur proche, il nous faudra choisir : sombrer ou faire preuve de force d’âme…

 

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Les idiots utiles de M. Poutine…

De Zemmour et Marine le Pen à Mélanchon et leurs soutiens, on assiste à des contorsions verbales visant à expliquer que, même si Poutine est l’agresseur, les malheurs qui frappent l’Ukraine sont la conséquence directe des provocations ukrainiennes et des fautes des occidentaux. Cela ferait sourire si n’étaient en jeu des vies humaines, la liberté, la démocratie et l’existence même d’une nation. Cela ferait sourire si le déséquilibre des forces en présence n’était à ce point criant.

Ils pourront toujours argumenter sur la menace que représenterait l’OTAN* pour la Russie. Ont-ils donc la mémoire courte au point d’oublier que précisément l’OTAN avait pour but de protéger l’Europe occidentale, laquelle pouvait non sans raison, se sentir menacée par un empire soviétique alors au faîte de sa puissance ? A moins qu’ils fassent peu de cas des tragédies subies au cours de leur histoire par les habitants de Varsovie, Prague et Budapest, etc. qui ont vu les chars russes leur imposer leur loi et réprimer dans le sang toute velléité d’indépendance. Ils n’ont pas oublié, eux ! Et ils savaient bien que la fin de l’empire soviétique ne signifiait pas pour autant la disparition de la puissance et des ambitions russes. Pas étonnant qu’ils aient alors voulu, tout à la fois, rejoindre l’OTAN et l’Union européenne… 

Peut-être aurait-il fallu réformer l’OTAN après la chute du Mur de Berlin et la disparition du Pacte de Varsovie. Mais sauf à vouloir réécrire l’histoire, si l’on fait preuve de réalisme et de lucidité, si l’on se refuse aussi à croire que tout serait blanc d’un côté et noir de l’autre, il faut cependant affirmer clairement que trouver des excuses pour l’invasion de l’Ukraine, c’est entrer dans le jeu de la paranoïa poutinienne. C’est aussi accepter implicitement que certains peuples ne puissent exercer librement leurs choix en les plaçant de fait dans la dépendance d’un puissant voisin. C’est enfin les abandonner, c’est à dire choisir pour eux la soumission et, pour nous occidentaux, le confort de l’indifférence.

Ce qui se joue en Ukraine, c’est précisément la capacité pour les peuples dont l’histoire est intimement liée à celle du peuple russe, de s’affranchir de la tutelle de Moscou ; de progresser sur la voie d’une vie démocratique, de disposer de médias libres, tandis que la dictature impose le silence à la population de Russie. Il ne nous appartient pas, à nous occidentaux, de définir la manière dont ces peuples pourraient trouver la voie d’une cohabitation pacifique. Rappelons nous seulement qu’il nous aura fallu deux guerres et des millions de morts au XXème siècle pour que s’engage la construction d’une Union Européenne qui n’abolisse pas nos différences mais, malgré les difficultés, en fasse une richesse.

Le drame auquel nous assistons nous conduit inévitablement à nous poser dès à présent la question des limites de notre inaction sur le plan militaire. La rhétorique poutinienne emploie le terme de ”génocide” (au sujet des populations russophones du Donbass en particulier) pour justifier cette opération ”spéciale”. Faut-il s’attendre demain à ce que les mêmes termes soient employés pour justifier une intervention russe en Estonie, Lituanie ou Lettonie, pays dont une part de la population est russophone et tous trois membres de l’OTAN ? Et faut-il s’attendre à ce que d’autres étranges justifications sur une prétendue continuité territoriale expliquent une intrusion russe sur le sol de la Lettonie ou de la Pologne afin de ”libérer” l’enclave russe de Kaliningrad coincée entre ces deux pays ? Dans un cas comme dans l’autre, que diraient alors ces beaux esprits qui admirent d’autant plus Poutine que celui-ci exerce un pouvoir autoritaire qu’ils appellent de leurs voeux ? Jusqu’à quelle extrémité seront-ils les adeptes de l’esprit munichois ?

Le maître du Kremlin n’a que mépris pour les démocraties, régimes coupables de faiblesse à ses yeux. Pour lui, installer un pouvoir fantoche à Kiev, c’est non seulement une manière de combattre le risque de contagion démocratique, mais aussi restaurer la grandeur impériale. Au risque de menacer l’Europe toute entière. Depuis le début de l’agression russe en Ukraine, les nations européennes ont redécouvert qu’elles ne pouvaient avoir de destin que commun. C’est sans doute ce que ne peuvent supporter les Zemmour, Le Pen, Mélanchon et consorts car, au fond, ils n’ont d’autre ambition que de placer la France dans un splendide isolement. Et pour cela, il leur faut demeurer les ”idiots utiles” de Poutine.

* OTAN que l’on disait moribond il n’y a pas si longtemps et que, paradoxalement, les menaces de Poutine n’ont fait que renforcer.

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Après l’Ukraine, après Poutine ?…

Que restera-t-il de l’Ukraine après une guerre que les russes voulaient rapide et qui pourrait peu à peu se transformer en bourbier ? Des corps martyrisés, des victimes par milliers, des centaines de milliers de personnes déplacées, des villes jonchées de ruines, des infrastructures détruites, un état séquestré par une armée étrangère. Mais, au fond des âmes meurtries, resteront intactes la soif de liberté, la quête d’une dignité bafouée. Le coeur de cette nation continuera de battre malgré le sang répandu. Poutine croyait pouvoir rayer de la carte un pays, le démanteler, le soumettre. Il aura renforcé son sentiment national. Le ferment d’une libération à venir. Mais avant cela, l’irréparable de tant de vies brisées…

Que restera-t-il de l’Europe après la tragédie qui se joue à ses frontières ? Une unité que l’on attendait jusque-là en vain. Une lucidité enfin soulagée de la naïveté et de l’aveuglement dont font preuve les pacifistes bêlants et les idiots utiles du Kremlin. La conscience d’un destin commun raffermie par l’émotion partagée face au courage d’un peuple agressé par un ennemi bien supérieur en force et en nombre. La volonté de concilier les exigences de maintien du dialogue avec la fermeté sur ce qui ne saurait être négociable. La prise de conscience de l’impérieuse nécessité de la défense de nos démocraties sans attendre l’aide d’un hypothétique ”bouclier américain. Le sursaut moral qui s’impose pour taire nos basses querelles et faire la différence entre les démocrates et ceux qui ne conçoivent le pouvoir que comme l’exercice d’une force brutale. La certitude enfin qu’il nous faut être armés intellectuellement, moralement et militairement pour être en mesure de comprendre les menaces qui sont à nos portes et y faire face sans faiblir. Mais que de temps perdu ! Que de légèretés, que d’impuissance qui nous mettent aujourd’hui la rage au coeur !…  

Et après cela, que restera-t-il de Poutine ? Il a rêvé de restaurer la grandeur de la Russie et de lui redonner un empire. Il aura multiplié les crimes contre l’humanité et fait honte à nombre de ses compatriotes. Il laissera le souvenir d’un autocrate cynique qui au fil du temps fait grandir l’inquiétude dans la plupart des grandes capitales de ce monde, y compris chez ceux qui jusque-là le soutenaient. Il ne sera qu’un nom de plus sur la trop longue liste de ces grands criminels de l’Histoire, après ceux de Staline, Hitler, Mao, Saddam Hussein, Khadafi, Bachar el-Assad…

 

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