Comme un suicide français…

Après la bataille du Covid, serions-nous en train de perdre une autre bataille ? Le meurtre d’un homme noir par un policier blanc à Minneapolis, aux USA, a fait surgir dans la vieille Europe comme aux USA la clameur de ceux qui subissent quotidiennement l’insupportable violence du racisme. Les images de son agonie vues par des dizaines de milliers d’internautes ont réveillé les douleurs jamais apaisées et les haines enfouies. Un désir de vengeance a traversé l’Atlantique et, par un effet de mimétisme, une foule qui manifestait à Paris en est venue à exiger des policiers français qu’ils mettent un genou à terre.

La société française a alors découvert, effarée, l’ampleur du fossé qui sépare les jeunes de certains quartiers issus de l’immigration, et tout ce qui constituait jusque-là le ciment qui la réunit : notre histoire, notre culture, une manière de vivre… Sans doute, n’ignorait-elle pas que l’ordre républicain n’est guère respecté dans ces quartiers. Sans doute, savait-elle que la tâche de la police est des plus difficiles lorsqu’il faut à la fois maintenir un semblant d’ordre, poursuivre des délinquants qui veulent imposer leur loi, tout en évitant les embrasements que l’on a tôt fait de leur reprocher. Cela alors même que la Justice fait parfois preuve d’une mansuétude qui crée chez ces mêmes délinquants un sentiment d’impunité.

C’est là que George Floyd, l’homme noir assassiné à Minneapolis devient de ce côté de l’Atlantique, le mort de trop. Celui qui suscite une gigantesque confusion entre le sort des noirs des USA descendants d’esclaves, immigrés forcés en quelque sorte, et celui des noirs nés en France et issus d’une immigration volontaire. Entraînant l’amalgame entre vie difficile dans certains quartiers et discriminations, esclavage et colonisation.

Dans un immense mouvement de repentance collective et de peur, tout ce qui rappelle un quelconque passé esclavagiste, tout ce qui semble avoir peu ou prou fait preuve de complaisance à ce sujet, tout homme que certains soupçonnent d’arrières-pensées racistes, doit alors être banni. Disparaître comme n’ayant jamais existé. Ainsi, le film « Autant en emporte le vent » est déprogrammé. Victor Schoelcher qui a pourtant obtenu de haute lutte l’abolition de l’esclavage est vilipendé parce que blanc. Sur les ondes du service public de la radio, est lue la lettre d’une romancière qui déclare ne pas avoir souvenir d’un ministre noir dans les gouvernements de la République, oubliant ainsi Christiane Taubira et Rama Yade, Roger Bambuck et Kofi Yamgnane et tant d’autres ! Une statue du général de Gaulle est vandalisée parce qu’il aurait été colonialiste, lui, l’homme de la décolonisation ! Une statue de Gambetta déboulonnée parce qu’il ne s’était pas opposé à la colonisation. Et voilà qu’on lit, sous la plume d’un ancien Premier Ministre qui assurément laissera peu de traces dans l’histoire, une demande visant à débaptiser la salle de l’Assemblée Nationale et le bâtiment du Ministère des Finances qui portent le nom de Colbert, parce qu’il fut l’auteur d’un « Code Noir » qui a donné des droits à ceux qui n’en avaient aucun. De jour en jour s’allonge cette liste improbable où les grands hommes d’hier devraient être renvoyés aux poubelles de l’histoire parce que jugés avec les critères d’aujourd’hui, où des œuvres se voient censurées parce que désormais politiquement incorrectes aux yeux de certains…

Bref, dans ce fatras, la stupidité le dispute à l’ignorance, l’émotion se fiche de la complexité de l’histoire comme d’une guigne, la confusion et l’amalgame font des ravages. Et nos gouvernants tentent de calmer le jeu, conscients des risques d’embrasement. Mais ils le font avec une telle maladresse qu’ils semblent se soumettre au diktat de délinquants qui voudraient faire oublier leur propre passé. Ce qui ne peut que susciter colère et amertume dans les rangs des forces de l’ordre.

Pour ne pas être en retard d’une émotion, certains préfèrent ainsi donner raison à ces mouvements « décoloniaux » et autres associations de « racisés » qui, revendiquant une identité noire africaine, refusent le modèle universaliste français et s’inscrivent dans une logique séparatiste. Ils en viennent à réécrire l’histoire, à ériger des impressions sans fondement en vérités absolues, dans le mépris des faits et selon un processus analogue à celui des « fake news »… La vérité historique importe peu. Seule compte l’idéologie !

Dans ce contexte, la confusion entre violences policières et racisme est savamment entretenue. Si l’on ne fait pas crédit aux policiers qui abusent des moyens dont ils disposent et manquent à l’éthique qui doit être la leur, on ne peut qu’être stupéfait de la manière dont les médias, en leur donnant la parole, semblent faire confiance à des délinquants qui réclament pour eux-mêmes un respect qu’ils ne pratiquent guère à l’égard des autres.

Il est plus facile de faire appel aux bons sentiments, à un anti-racisme assez largement partagé, que de regarder la réalité en face. Plus facile de réécrire l’histoire en faisant peu à peu disparaître ce qui ne convient pas aux idéologues plutôt que d’en rappeler les données incontestables. Plus facile de taire les vérités qui dérangent ainsi que le reconnaissait Christiane Taubira dans l’Express en 2006, lorsqu’elle faisait observer qu’il « ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes »…

De silences en abandons, de lâchetés en soumissions, on en vient à saper le fondement même des valeurs qui fondent notre société. Prélude à des guérillas à caractère tribal dans certaines villes (comme à Dijon..) et d’autres violences à venir. Prélude à un tragique effondrement collectif. Comme un suicide français…

 

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