Sursaut et soulagement inutiles ?…

Après l’avertissement des élections européennes et le coup de semonce du premier tour des législatives, il eût fallu faire preuve de lucidité et d’humilité. Las, l’aveuglement et l’incohérence, l’esprit de revanche et l’arrogance l’ont emporté. A coup sûr, cela laissera dans le désarroi et le ressentiment les plus de dix millions d’électeurs qui avaient voté pour le parti d’extrême droite au premier tour. Sans compter ceux qui, électeurs modérés ou d’une droite républicaine, auraient la fâcheuse impression d’avoir été face au danger, supplétifs de la gauche et, au final, les dindons de la farce. 

Passons sur l’arrogance de J-L. Mélanchon qui, cette fois encore, a coupé l’herbe sous les pieds de ses partenaires du Nouveau Front Populaire pour imposer ses exigences. Chacun a pu le constater, mais si ses outrances sont prévisibles et ne surprennent plus personne, force est de constater qu’elles ne suscitent que de maigres réactions dans les rangs de ses partenaires déjà habitués à se coucher… 

En arguant de l’impératif ”démocratique”, il affichait le plus total mépris à l’égard des électeurs du centre et de droite qui avaient à contrecoeur voté pour les candidats du Nouveau Front Populaire pour empêcher J. Bardella d’entrer à Matignon. La gauche avait pourtant dénoncé en 2022 le fait qu’E. Macron victorieux contre M. Le Pen avait aussitôt oublié les électeurs de gauche auxquels il devait sa victoire. Voudrait-elle aujourd’hui rejouer le même scénario, à son profit cette fois ?

Incohérence encore de tous ceux qui bien que minoritaires à l’Assemblée nationale, estiment que désormais, seul le programme du Nouveau Front Populaire doit s’appliquer. Ils n’hésitent pas pour cela à revendiquer la possibilité d’user de l’article 49.3 de la Constitution dont ils avaient dénoncé le caractère ”antidémocratique” lorsque E. Borne l’avait utilisé….

Habités par l’esprit de revanche, ils n’ont pas compris que le vote du 7 juillet oblige à plus d’humilité, à plus d’attention à l’égard de ceux qui ne les avaient pas choisi, oubliant ce précepte qui veut qu’au premier tour, on choisit, et au second tour ”on élimine”. Ainsi, les Français ne les ont pas choisis. Ils ont juste éliminé la possibilité d’un gouvernement RN.

Rien, ou si peu, ni dans les déclarations de dimanche soir, ni dans les propos tenus depuis par ceux qui spéculent sur la composition du futur gouvernement, n’est de nature à apporter des réponses aux raisons profondes du vote populiste : les sentiments d’abandon et d’insécurité et la peur du déclassement. 

Il n’y a plus à tergiverser ou à s’abandonner à des calculs médiocres. C’est à la fois dans un changement profond de pratique institutionnelle qu’impose l’absence de majorité parlementaire, et dans le regard porté aux détresses exprimées dans les vote des 9 et 30 juin que se trouve la possibilité de réduire les scores à venir du RN. Faute de quoi, nous aurions assisté à un sursaut et à un soulagement inutiles…

 

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