« Une main tremblante »…

L’enfer politique est pavé de bonnes intentions ! Bonne intention, le souhait de réduire le nombre de parlementaires et de limiter dans le temps le nombre de mandats consécutifs. Bonne intention, la volonté du gouvernement de mener rapidement les réformes sur lesquelles Emmanuel Macron a été élu. Mais il a suffi d’une proposition visant à limiter le droit d’amendement au Parlement pour que soit dénoncée une tentation hégémonique élyséenne. Et que le Président de la République passe pour un technocrate souhaitant se débarrasser des contraintes de la procédure parlementaire. Pourtant, à y regarder de plus près, force est de constater que, maladresse ou pas, derrière ces propositions, se posent des questions que nous ne pouvons écarter d’un revers de main.

Les dernières législatures ont été marquées par une frénésie législative, le moindre événement suscitant l’émotion de l’opinion appelant alors une réponse, laquelle se traduisait inévitablement par un texte de loi. Un activisme pseudo-réformateur s’est ajouté à cette tendance. Les gouvernements successifs, tentés de camoufler leurs difficultés, se sont livrés à une production débridée de textes conçus dans l’urgence, avec l’aide d’administrations dociles et réactives.

A cette inflation législative a répondu une foisonnante créativité parlementaire provoquant une croissance exponentielle du nombre d’amendements déposés par les députés et sénateurs. Plus de deux mille pour un même texte, cela frise l’absurde !

Il en résulte des lois mal rédigées, confuses et parfois incohérentes, ne tenant aucun compte de celles qui les avaient précédées, et appelant un nombre croissant de décrets d’application qui ont nécessité des mois, voire des années avant d’être publiés au Journal Officiel *. Des lois difficiles à mettre en œuvre et jamais évaluées. En matière législative, créativité et productivité ne sont plus, tant s’en faut, synonymes d’efficience !

On comprend donc que le pouvoir exécutif, élu notamment pour corriger les imperfections de notre système démocratique, ait voulu s’y attaquer. Mais en retenant la voie expéditive de la limitation du droit d’amendement, il a donné la désagréable impression qu’il entend non seulement limiter le rôle du Parlement, mais aussi réduire significativement les droits de l’opposition, de toutes les oppositions.

Impression renforcée – souvent à tort – par le recours aux ordonnances dont les opposants dénoncent systématiquement le « caractère anti-démocratique » en oubliant qu’elles sont soigneusement encadrées par des lois d’habilitation, des contraintes de calendrier et une nécessité de ratification par le Parlement. Ceux qui les dénoncent ainsi préfèreraient sans doute l’enlisement à la réforme…

La réduction du nombre de parlementaires ne relève pas de la même logique. Leur nombre a augmenté de manière significative au cours des dernières décennies et nous en arrivons à un nombre de députés et de sénateurs par habitant supérieur à certains de nos voisins européens. Il serait salutaire de mettre un coup d’arrêt à cette évolution. D’autant que les économies réalisées sur la baisse du nombre d’élus pourraient être opportunément utilisées dans le renforcement des moyens dont disposent les assemblées. Si l’on veut qu’elles soient véritablement indépendantes et plus compétentes, il est grand temps que celles-ci disposent de leurs propres centres de recherche et de leurs experts pour traiter de sujets complexes, sans dépendre des administrations centrales des ministères qui, par leurs analyses et leurs réflexions, influencent considérablement le gouvernement.

Quant à la limitation du nombre de mandats consécutifs exercés, cette question mérite débat. D’un côté, comment ne pas regretter les excès auxquels aboutit l’absence de limite avec une certaine forme de professionnalisation de la vie publique et de confiscation démocratique par des élus qui jouent la carte de l’inamovibilité, appuyés en cela par des logiques d’appareils partisans ? De l’autre, les électeurs ayant le dernier mot, pourquoi ne pas leur laisser la possibilité de donner dans les urnes à un élu de longue date le signal du départ à la retraite ? Vœu pieux, sans doute, et dans ce débat il faudra bien se souvenir que sur un sujet tout aussi important, il a fallu imposer la parité par la loi pour voir augmenter significativement le nombre de femmes à tous les niveaux de notre vie politique…

En France, nous nous sommes habitués à ce que l’exécutif soit constamment tenté de changer les règles du jeu institutionnel. Souvent avec maladresse et imprudence, oubliant ainsi l’exhortation de Montesquieu qui invitait à ne le faire que d’une « main tremblante »…

* Pour ne citer que deux exemples, il aura fallu près de deux ans pour que les décrets d’application de la Loi Claeys-Léonetti adoptée en février 2016 soient publiés au JO… Quant à la loi SRU adoptée en 2000, elle a connu tant d’adaptations (la dernière en mars 2015..) que ses derniers décrets d’application ont été publiés en mai 2017 !… 

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On a chopé la censure !…

Quelques extraits diffusés sur internet, une pétition lancée sur les réseaux sociaux et 145000 signataires plus tard, voilà un éditeur qui met un terme à la diffusion d’un livre. Quoi que l’on puisse penser de ce livre, faisons une simple constatation : plus besoin de textes de loi sur la protection de la jeunesse, plus besoin de magistrats pour dire le droit : le tribunal des réseaux sociaux suffit. 145 000 personnes qui ne l’avaient pas lu l’ont condamné au pilon. Et la sentence a été exécutée.

La décision de l’éditeur de se soumettre aux conclusions de cette pétition est d’une gravité sans précédent. Il n’y avait, ici, pas de risque de passer sous le coup de la loi comme les récents projets de réédition de « Mein Kampf » ou des écrits antisémites de Louis Ferdinand Céline. Avec la polémique sur « On a chopé la puberté », nous avons assisté à un diktat imposé par un groupe qui confond imposer sa propre vision de la féminité et lutter contre les atteintes faites aux femmes.

La méthode est simple : plus besoin de diffuser des notes de lecture critiques et argumentées dans les journaux. Pas besoin de mobiliser de grandes consciences du féminisme. Pas besoin de provoquer des débats dans les médias. Il suffit de lancer une pétition sur internet, de faire appel aux bons sentiments du public en exploitant sa méconnaissance du sujet, de surfer sur la vague créée par des révélations révoltantes et voilà la police de la pensée en marche ! Désormais, tout ce qui ne sera plus considéré comme sexuellement correct par certains groupes d’activistes subira cette censure new-look.

Peu importe qu’aucun texte de loi n’ait été violé : des auteurs ont porté atteinte à la bienséance en diffusant des clichés sexistes. Ils méritent l’opprobre. Circonstances aggravantes : le livre s’adressait aux jeunes filles et, pire encore, pour la dédramatiser, traitait de la puberté avec humour ce qui serait une preuve supplémentaire de sa perversité. Il mérite donc de disparaître !

Le plus étrange, c’est qu’un ouvrage dont la diffusion serait aujourd’hui à peine de l’ordre de 5 000 exemplaires ait subi cette forme de violence collective tandis que l’industrie pornographique prospère sur Internet sans susciter de mobilisation aussi vive de ces nouvelles ligues de vertu. Pourtant, l’image de la femme qu’elle véhicule est autrement plus dégradante ! Pourtant, on considère désormais que des milliers d’enfants y sont confrontés dès qu’ils atteignent une dizaine d’années ! On n’est donc pas à une incohérence près…

Le plus surprenant, dans cette affaire, le plus inquiétant peut-être, c’est l’absence de réaction des médias qui se sont contentés – pour ceux qui ont traité de cette affaire – de mentionner la décision de l’éditeur de manière lapidaire, sans autre commentaire. Manqueraient-ils de lucidité face à ce qui est désormais considéré comme un délit d’opinion ?

En d’autres temps, dans l’Allemagne nazie, les livres étaient brûlés dans des cérémonies d’expiation collective. Aujourd’hui pas de gouvernement autoritaire : nous sommes dans la France de 2018, celle qui va célébrer, paraît-il, le cinquantenaire de Mai 68, dont l’un des slogans était : « Il est interdit d’interdire ! » ! C’est la France qui, voilà trois ans, s’affichait « Charlie ». Cette France se déchaine aujourd’hui : depuis quelques mois, la délation est à l’œuvre, la censure s’installe… Nous aurions envie de crier : « Wolinski, reviens, ils sont devenus fous ! ». Mais pas sûr que Wolinski pourrait aujourd’hui publier tous ses dessins sans susciter l’acharnement de cette nouvelle police…

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Bioéthique : la bataille des mots

A l’évidence, la révision des lois de bioéthique et les « Etats généraux » qui ont été ouverts à cet effet, constituent une confrontation entre des conceptions différentes de l’humanité et du droit. La naissance, la mort, l’intelligence artificielle sont au cœur des débats. Nous pourrions nous en réjouir. Mais il y a aussi quelques raisons de s’en inquiéter.

La première inquiétude vient du fait que la question de l’euthanasie et du suicide assisté qu’il n’était pas prévu de débattre ait été ajoutée sous la pression du lobby favorable à l’euthanasie et au suicide assisté. En effet, ce sujet était initialement écarté car la loi Claeys-Léonetti portant sur la fin de vie ne date que de février 2016. Elle avait fait l’objet d’une longue réflexion préalable, de nombreuses consultations, et les dispositions alors adoptées, notamment en matière de soins palliatifs, n’ont pas toutes encore pu être mises en application. Deux ans, c’est un peu court pour revoir une loi sur un tel sujet ! D’autant que le principe qui prévaut en matière de révision des lois de bioéthique prévoit un délai de sept ans entre deux passages au Parlement. Faudrait-il s’en affranchir au seul motif qu’un lobby le réclame ? Faut-il abandonner cette loi Claeys-Léonetti au motif qu’elle n’est pas encore convenablement appliquée sur tout le territoire ? Faut-il consacrer des moyens à donner la mort alors qu’ils manquent déjà cruellement à ceux qui accompagnent la fin de vie dans la dignité ?

La seconde inquiétude est d’une toute autre nature. Elle rejoint la préoccupation d’Albert Camus qui disait que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Elle porte sur les termes qui sont employés pour aborder ces débats. Les mots qui peuvent le conditionner et influer sur ses conclusions. Pour s’en convaincre, il suffit de se livrer à un retour en arrière et à un décryptage de ce qui est à l’œuvre aujourd’hui.

Revenons ainsi en 2013 aux débats sur la loi Taubira. Son intitulé officiel était : « loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe ». Par un tour de passe-passe politico-médiatique, elle est devenue « mariage pour tous ». Ce faisant, elle se référait exclusivement à un principe d’égalité. Ainsi, pour rendre inaudibles les autres questions posées à ce sujet, il suffisait de n’en poser qu’une : comment refuser aux uns ce qui est accordé aux autres ? Ceux qui osaient s’y opposer étaient stigmatisés au nom de ce seul principe. Nous connaissons le résultat : un débat tronqué !..

Si nous procédons à un décryptage des sujets abordés aujourd’hui, nous constatons que la même dérive est à l’œuvre lorsque l’on parle de « PMA pour toutes ». En effet, la PMA recouvre les techniques médicales permettant à des couples confrontés à une infertilité d’origine pathologique, d’avoir un enfant par implantation d’un ovocyte dans l’utérus de la femme. Or, l’expression « PMA pour toutes », gomme précisément le fait qu’il ne s’agit plus de remédier à une infertilité pathologique, mais à l’impossibilité pour une femme d’avoir un enfant du fait même de l’absence de relations entre elle et un homme. Qu’elle soit seule ou en couple avec une autre femme. Outre que l’on assiste au même abus du principe d’égalité, on se demande ce que le terme « médical » vient faire ici puisqu’il n’y a pas ici de pathologie qui serait la cause d’une incapacité d’avoir des enfants. A moins que la mission assignée aux médecins ne soit plus de soigner mais de répondre à des besoins particuliers…

La GPA procède du même procédé. Le terme de « gestation » relève du vocabulaire technique et, froidement, camoufle le fait qu’il s’agit d’une grossesse, faisant ainsi disparaître la relation qui s’établit entre une mère et l’enfant qu’elle porte. Quoi de mieux pour obtenir d’elle, ensuite, qu’elle le cède à d’autres ? Par ailleurs, en utilisant l’expression « pour autrui », on donne à cette appellation une connotation altruiste qui dissimule un contrat et passe sous silence l’aspect financier et mercantile de l’opération. Certains osent même aller plus loin en parlant de « GPA éthique », comme pour rassurer et se donner bonne conscience… Cynique dérive du vocabulaire qui occulte deux réalités moins avouables : l’exploitation du corps de la femme et la vente d’enfants !

Le dernier dérapage de vocabulaire concerne l’euthanasie. En imposant dans le débat l’expression « droit de mourir dans la dignité », les partisans de l’euthanasie ont réussi à détourner les mots « droit » et « dignité » de leur sens. Rien que ça ! On peut comprendre – sans y adhérer et en le combattant – le fait qu’ils revendiquent pour eux le « droit » de pouvoir choisir sa propre mort. En revanche, le détournement du mot « dignité » relève de la malhonnêteté intellectuelle. En effet, cela insinue notamment que la seule mort digne serait celle qui est choisie, que la souffrance est source d’indignité… Quel mépris pour les personnes qui laissent la mort venir à elles à son heure ! Quel mépris pour les soignants et les proches qui savent les accompagner dans le respect et la tendresse ! Sans compter que c’est enfin ouvrir la porte à d’autres dérives : le suicide assisté pour convenances personnelles, ou l’euthanasie des enfants, ce qui est arrivé en Belgique. Ou pire encore : la mort programmée de personnes âgées ou atteintes de maladies dégénératives au motif que d’autres estimeraient que leur vie ne vaut plus d’être vécue…

La vigilance nous invite à refuser le piège de tels glissements sémantiques ! Le maître de la propagande nazie, Joseph Goebbels, n’hésitait pas à dire : « nous ne voulons pas convaincre les gens de nos idées, nous voulons réduire le vocabulaire de telle façon qu’ils ne puissent plus exprimer que nos idées ». Retenons la leçon : changer le vocabulaire, c’est changer les idées. C’est donc bien le premier front sur lequel sur lequel se joue une bataille culturelle essentielle car ce qui est en cause ici, c’est ni plus ni moins que la naissance et la mort… et donc l’humanité.

 

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Le dernier parti conservateur ?..

Il paraît que le libéralisme, c’est le diable ! Alors, dès qu’un projet de réforme s’annonce, il est par avance dénoncé parce qu’inspiré, dit-on, par cette idéologie. Ce qui se prépare pour la SNCF n’échappe pas à la règle. Nous serions donc sommés de choisir entre un pacte avec le diable et le refus du changement…

Regardons la réalité en face. La SNCF c’est, rien que pour le réseau ferré, une dette de 46 milliards d’euros, qui s’accroît de trois milliards chaque année. C’est aussi une entreprise publique qui souffre cruellement de sous-investissement. A l’heure où les personnels des hôpitaux, des EHPAD, des prisons, des tribunaux crient misère ; à l’heure où le travail des soignants tourne parfois à la maltraitance de nos aînés faute de temps, où les magistrats ne parviennent plus à statuer et à prononcer des peines contre des délinquants qui profitent de l’impunité, où les gardiens de prison vivent quotidiennement dans une insécurité qu’aggrave l’insalubrité et l’indignité des conditions de vie des détenus, peut-on sérieusement faire comme si cette dette abyssale et ce sous-investissement n’existaient pas ?

Alors osons les questions qui fâchent ! Peut-on, dans ce contexte, continuer à affirmer que l’on ne peut toucher au statut des cheminots ? Peut-on perpétuer un système – payé par l’Etat – qui permet aux cheminots de partir à la retraite en moyenne 7 ans plus tôt que la moyenne nationale des salariés de notre pays ? Peut-on continuer de refuser de s’interroger sur la pertinence d’augmentations de salaires annuelles automatiques et sans que soient pris en compte ni les résultats de l’entreprise, ni la productivité, ni la qualité du travail des salariés ? Peut-on persister à dépenser chaque année 100 millions d’euros pour les billets gratuits* dont ils bénéficient ainsi que les membres de leur famille sans jamais mettre en balance ce montant avec celui des quelques dizaines de millions d’euros lâchés par le gouvernement ces dernières semaines pour les EHPAD ?

Sans doute répliquera-t-on que tenir ce discours, c’est stigmatiser une profession ! Sans doute le mot de « privilèges » employé parfois est-il de nature à susciter des tensions inutiles dans le débat qui s’ouvre. Mais à l’inverse, bien mal avisés sont ceux qui lient de manière indissociable l’intégralité de son statut et la mission de service public ferroviaire assumée par la SNCF. Car, enfin, rappelons une évidence trop souvent oubliée dans notre pays : le statut octroyé à une profession ne se réduit pas à l’accumulation de droits, parfois obtenus de haute lutte par les syndicats, parfois accordés par une direction ou un pouvoir soucieux d’obtenir la paix sociale. Un statut, c’est l’ensemble des conditions qui permettent l’exercice d’une mission de service public dans l’intérêt de la société.

Dès lors que l’on s’attache à cette définition du statut, force est de constater que certains droits se justifient pleinement tandis que d’autres deviennent aujourd’hui contestables eu égard aux conditions techniques et physiques d’exercice d’une profession qui ont considérablement changé au fil du temps. Ainsi, en vertu de l’exigence de continuité du service public, on considérera comme légitimes les journées de congés ou de RTT octroyées en contrepartie du travail effectué les week-ends et les jours fériés. En revanche, apparaît plus contestable l’âge de départ à la retraite que justifiaient les rudes conditions de travail des conducteurs de locomotives à vapeur. Comme est aujourd’hui plus discutable l’octroi de billets gratuits pour les familles alors que les moyens de transport et les conditions de mobilité ont profondément changé dans notre société…

D’un strict point de vue comptable, le problème posé aux contribuables que nous sommes est de savoir si nous allons sur le long terme continuer à combler les pertes de la SNCF. Et il nous pose d’autres questions : peut-on s’interroger collectivement sur le bon emploi des deniers publics ? A-t-on le droit de mieux traiter nos aînés et pour cela, y consacrer des moyens, fût-ce en mettant un terme à certaines dépenses, notamment pour la SNCF ? Ou alors considère-t-on l’Etat comme un compte bancaire inépuisable dans lequel on puiserait en oubliant que nous faisons indéfiniment peser cette dette sur les épaules de nos enfants et de nos petits-enfants ?

Soyons sérieux, le problème à résoudre est celui de la faillite de notre système ferroviaire. Une faillite qu’illustrent les retards, les conditions dans lesquelles sont aujourd’hui transportés quotidiennement des millions de voyageurs, l’état d’abandon dans lequel se trouvent certaines lignes, etc. Il est donc grand temps de redéfinir ce service public et les principes économiques et écologiques qui le fondent. Il est temps de revoir la carte des dessertes avec les représentants des régions. Il est essentiel de préciser la conception que l’on se fait du service en zones rurales, et pas seulement en zones urbaines ou suburbaines, et du coût que la collectivité est prête à supporter pour cela. Il est enfin urgent que l’on se penche sur le ferroutage comme alternative au transport routier…

Sauver le service public, c’est d’abord se poser ces questions, et celle des moyens qu’il faut y consacrer, pour investir de manière opportune. L’adaptation des structures juridiques, le statut des personnels ne sont que les conséquences des réponses qui seront apportées à ces questions.

Pour cette simple raison, poser comme principe que le statut des personnels est intangible, ce serait refuser le changement et condamner à mort l’entreprise et le service public. Tout à leur rivalité pour conserver leurs bastions syndicaux, la CGT et Sud-Rail sont tentés de faire monter les enchères sur ce terrain. Ils le feraient au risque d’enfermer la réflexion dans de faux débats pour que rien ne bouge. Au risque d’apparaître alors comme le dernier « parti » conservateur de notre pays…

* Selon la Cour des Comptes

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Des igloos d’infortune et d’indignité

Il a suffi que la neige tombe pour que la gaité et une certaine légèreté envahissent nos rues. Des adultes, comme les enfants, s’y sont livrés à de joyeuses batailles échangeant des boules de ces munitions inoffensives. Sur les routes, c’était autre chose et les envoyés spéciaux des chaines de télévision péroraient à n’en plus finir sur la galère des automobilistes peinant à rentrer chez eux. Comme s’il n’y avait pas d’autre sujet.

Pendant ce temps, loin des caméras le long d’un canal situé au nord de Paris, les tentes sont toujours alignées par dizaines, serrées les unes contre les autres. La neige les avait transformées en igloos d’infortune. Contre le parapet, leurs occupants tentent aujourd’hui encore de se réchauffer autour d’un maigre feu alimenté par des cagettes récupérées auprès de commerçants du quartier. Ils viennent du Darfour ou d’Afghanistan, d’Erythrée ou du Mali, d’Irak ou du Kurdistan…

A Calais voilà quelques jours, au cours d’affrontements, vingt deux migrants ont été blessés dont quatre grièvement. Faut-il n’y voir qu’un règlement de comptes entre communautés comme l’ont affirmé les autorités ? Ou est-ce la conséquence de l’extrême tension suscitée à la fois par le racket des réseaux de passeurs et par le harcèlement des forces de l’ordre à l’égard des migrants ? Un harcèlement qui se traduit par la destruction systématique des campements, des bâches et des couvertures de survie distribuées par les associations, jusqu’à des opérations visant parfois à empêcher la distribution de repas.

Face à ces situations, nous pouvons débattre à l’infini de la politique migratoire que devrait ou ne devrait pas suivre le gouvernement, sur l’accueil de migrants dans l’Union européenne et notre pays. Mais vouloir limiter les flux migratoires est une chose. Prendre en compte la réalité en est une autre.

La réalité aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, ce sont des flux que rien n’arrête, ni le désert et la soif, ni la mer et les risques de naufrage et de mort, ni le froid, la neige et les montagnes. C’est une volonté irrépressible de bâtir une vie ailleurs que dans des pays de guerre et de misère. La réalité, aujourd’hui, ce sont entre 500 et 800 migrants bloqués à Calais et le refus de la Grande Bretagne de prendre sa part du fardeau autrement qu’en livrant des kilomètres de barbelés supplémentaires pour « sécuriser » cette zone. Et, au final, ce sont des conditions de vie indignes imposées à ces hommes, à ces femmes, à ces enfants.

Il y a une sorte d’hypocrisie des pouvoirs publics qui sous-traitent aux associations la survie de ces migrants mais, dans le même temps, confisquent et détruisent les moyens qu’elles y consacrent. Des pouvoirs publics qui, devant micros et caméras, les accusent d’attirer dans une impasse ces damnés de la terre et, dans le même temps, omettent de combattre les réseaux de passeurs avec la même énergie !

Bien sûr, il y a les règles du droit d’asile. Bien sûr, on peut toujours tenter d’opérer une distinction entre ceux qui fuient la guerre ou les persécutions et ceux qui fuient la faim et la misère. Mais quoi qu’on pense de l’arrivée de ces personnes venues d’horizons et de cultures si éloignés des nôtres, ne peut-on revenir à de simples sentiments d’humanité ? Ne peut-on placer la dignité et le devoir de solidarité au-dessus de toute autre exigence ?

Voilà quelques décennies, avait été instaurée la trêve hivernale qui interdit d’expulser de son domicile, avant la fin de l’hiver, une personne qui n’aurait pas payé son loyer. A quand la trêve pour ceux qui ont fui l’enfer de leur quotidien et que l’on condamne, chez nous, à un nouvel enfer ?

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Fonction Publique : sortir de la dictature des chiffres

Où s’arrêtera cette liste de nos services publics en difficulté ? Les tribunaux et les prisons, les hôpitaux et les EHPAD… Et, chaque fois, de bonnes âmes interpellent le gouvernement pour qu’il sorte son carnet de chèques. On en vient ainsi à parer au plus pressé, à calmer la colère des mécontents, à éteindre provisoirement un incendie. Jusqu’à ce que cela reparte de plus belle, là ou ailleurs…

Dans ce contexte, il n’y a pas que de mauvaises nouvelles : le projet de réforme de la Fonction Publique est de nature à susciter une lueur d’espoir pour ceux qui broient du noir. Bien sûr, dès que l’on y touche, certains esprits s’enflamment. Cela va de « arrêtez de taper sur les fonctionnaires ! » à « pas touche à mon statut ! » en passant par «  pas assez d’agents pour le travail à faire ! ». Si l’on se contente de ces discours qui mêlent plaintes récurrentes quant à la stigmatisation des fonctionnaires et revendications catégorielles, si l’on y greffe une logique comptable, l’échec et la paralysie sont assurés. En revanche, si l’on examine la question en changeant de point de vue, peut-être peut-on se donner les moyens de réussir. Or, il est urgent de trouver un remède à ce qui suscite de profonds malaises chez les agents de l’Etat comme chez les usagers de ces services publics.

Force est de le constater, le statut de la Fonction Publique instauré en 1945 à l’initiative de Maurice Thorez, Secrétaire général du Parti Communiste, alors membre du gouvernement, a permis la constitution d’une administration qui a contribué à la reconstruction du pays et a été un instrument puissant au service de l’Etat et de tous les Français. Mais l’égalitarisme qui a prévalu, les modes de rémunération et d’avancement, une organisation pyramidale, etc. ont peu à peu figé la machine étatique qui y a perdu toute capacité d’adaptation. Au point d’oublier le sens de ses missions au profit d’un mode de fonctionnement inadapté à une société qui, elle, avait profondément évolué.

La querelle annuelle sur l’évolution du point d’indice comme les récriminations contre le manque de moyens dans la police, la Justice, les hôpitaux, etc. sur fond de déficit chronique des finances publiques sont les symptômes d’une dérive comptable dans laquelle nous étions entrés sans que les gouvernements successifs aient eu la volonté de s’attaquer aux causes d’un malaise plus profond que la simple rémunération des fonctionnaires.

C’est au nom de cette logique comptable que la « Révision Générale des Politiques Publiques » (RGPP) initiée par Nicolas Sarkozy avec le ministre du Budget de l’époque, Eric Woerth, avait imposé une baisse des effectifs de la Fonction Publique de manière quasi-identique dans toutes les administrations. Erreur d’appréciation ! Il eût mieux valu réduire de manière significative certains départements ministériels pour mieux doter ceux qui manquaient cruellement de moyens. Comme il eût mieux valu procéder à un changement radical de la répartition des fonctionnaires dans les services et sur le territoire, notamment pour mettre un terme à l’hypertrophie de certaines administrations centrales…

Mais pour cela, encore eût-il fallu repenser l’Etat, ce qui aurait signifié réaffirmer ses fonctions régaliennes pour les doter des moyens nécessaires et, dans le même temps, ne pas hésiter à renoncer à certaines autres activités. Cela aurait conduit à redéployer des personnels en se dotant d’une gestion des ressources humaines digne de ce nom, facilitant notamment la formation et les reconversions pour donner des moyens supplémentaires aux services qui en manquent cruellement. Au passage, les règles relatives à la contractualisation, à la rémunération, à l’avancement auraient été revues, de même que les modes d’organisation du travail, ce que permettent les technologies. A l’évidence, cela aurait imposé de traiter de manière différenciée les agents de l’Etat en fonction de leur affectation et de leurs missions, ce qui constitue une révolution culturelle…

Cette démarche est engagée. Il était temps ! Bien sûr, cela ne se fera pas en claquant des doigts. D’abord parce que la concertation avec les fonctionnaires et leurs représentants prendra quelques mois. Ensuite parce que les formations, les reconversions et le redéploiement des effectifs en fonction des besoins sera plus long encore. Mais redonner des perspectives aux agents de l’Etat, redonner du sens à leurs missions, répondre aux besoins de la société, faire appel à leur intelligence et à leur capacité d’engagement, sont des atouts indispensables pour la réussite de cette réforme

Nous avons trop longtemps estimé, comme on le croit parfois à Bercy, que savoir compter, faire des additions et des soustractions suffisait pour gouverner. Malheureusement, à suivre cette logique des chiffres depuis des années, à vouloir toujours faire plus avec moins, nous sommes parvenus au point où certains services de l’Etat ne parviennent plus à fonctionner. Au point où leurs dysfonctionnements se paient au prix fort en terme de sécurité, de santé, de dignité des personnes…

Par peur du conflit, par confort ou par conservatisme, nos gouvernants ont préféré compter plutôt que penser. Alors, pour paraphraser le regretté Francis Blanche, en sortant le chéquier, ils ont « changé le pansement » alors qu’il fallait « penser le changement ». Aujourd’hui, repenser l’Etat nous permettra peut-être enfin d’oublier la dictature des chiffres…

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Kippa interdite !

Vous connaissez la différence entre certains quartiers de nos banlieues et l’Assemblée Nationale ? Il n’y en a pas : il est interdit d’y porter la kippa ! C’est hélas, très sérieusement, la conséquence de la nouvelle instruction édictée par le Président de l’Assemblée Nationale portant sur l’interdiction du port de signes religieux « ostensibles » dans cette enceinte et l’obligation pour les députés d’avoir une tenue vestimentaire « neutre »…

Il a suffi qu’un député se refuse à porter la cravate, puis enfile à la tribune le maillot d’un club de foot pour que le quatrième personnage de l’Etat se saisisse d’une question essentielle : le « dress-code » des députés. Et, de fil en aiguille, en vienne à cette interdiction.

Dans ce qui est le lieu par excellence de libre expression des opinions, dans l’enceinte où doit régner la plus totale impunité pour les représentants du peuple et les idées qu’ils y expriment, les voilà sommés de se soumettre à un diktat vestimentaire portant atteinte à leurs convictions les plus profondes. Et l’on hésite alors à qualifier cette décision de stupide ou inquiétante, en sachant hélas qu’il faut ici répondre : les deux !…

En effet, M de Rugy vient de faire preuve d’une rare stupidité. Car enfin, on ne savait pas la sérénité parlementaire menacée par une croix ou une kippa. A regarder certains débats à l’Assemblée, nous avons plutôt l’impression que c’est le peu de considération que certains portent à leur fonction de député et les invectives auxquelles ils se livrent qui transforment cette enceinte en arène mal fréquentée. Et depuis des décennies, aucun chroniqueur parlementaire n’a noté le moindre incident consécutif à la fugace apparition d’une étoile de David ou d’une main de Fatima… En d’autres termes, par cette nouvelle règle, l’Assemblée Nationale transforme en problème ce qui n’en était pas un !

Là où ils se trouvent, le révolutionnaire Abbé Sieyès, Lacordaire qui réclamait dès 1830 la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’Abbé Pierre qui y défendait l’objection de conscience, ou le chanoine Kir député de Dijon, tous députés en soutane, doivent trouver bien ridicule celui qui, du sommet de son perchoir, perd son temps en pareilles broutilles…

Broutilles ? Oh non, car cette décision constitue ni plus ni moins une violation de l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ! Celui-ci précise que « toute personne a droit à la liberté de penser, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé… ». Serait-ce que les députés ne pourraient manifester un quelconque attachement à leur religion ? La laïcité est-elle à ce point menacée sur les bancs de l’hémicycle qu’il faille leur interdire le plus petit signe visible qui y fasse référence ? La conception de la laïcité à laquelle se réfère M. de Rugy serait-elle supérieure à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ?

En outre, si M. de Rugy s’était sérieusement penché sur la question, il aurait constaté que lors des débats parlementaires de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Jean Jaurès s’était insurgé contre un amendement proposant l’interdiction des processions religieuses dans les rues au motif que si l’on interdisait les processions, il faudrait aussi y interdire les manifestations syndicales ou politiques. Et l’on ne se souvient pas que Jaurès ait été particulièrement calotin… Manifestation, vêtement, médaille, sigle : quelle différence ? Ce qui vaut pour la rue ne vaut-il pas pour le Parlement ?

Le plus affligeant est que de rares voix se sont élevées au sein de l’Assemblée pour dénoncer les dangers de cette nouvelle règle : seuls les communistes et quelques députés isolés se sont insurgés. En vain. Voilà quelques jours, dans une interview, le philosophe Raphaël Enthoven s’inquiétait à propos des progrès de ce qu’il nommait « le parti unanime ». Serions nous arrivés au point où un « parti unanime », obsédé par sa haine des religions, impose ses règles au Parlement ? Inconscience, aveuglement ou lâcheté ? Qui se souvient encore que Primo Levi avait écrit qu’Auschwitz était la conséquence de « la folie d’un petit nombre et le consentement stupide et lâche d’un grand nombre ». Rien à voir, direz vous ? Pas si sûr : quand la bêtise et la lâcheté se rejoignent, nous avons toutes les raisons d’être inquiets : où s’arrêtera-t-on ?

Pour conclure, nous pourrions tout aussi bien considérer que M. de Rugy n’est pas allé assez loin dans sa volonté d’imposer un certain conformisme à la vie parlementaire. Alors puisqu’il veut des tenues « neutres », proposons lui de faire inscrire dans un futur règlement le port obligatoire d’un uniforme pour les députés. Cela arrangerait tout le monde. Pensez donc : plus de polémique sur le coût des costumes ou les tailleurs des beaux quartiers ! Reste à choisir la couleur. On évitera les couleurs criardes qui sont une injure à l’esthétique des palais de la République. On évitera également le rouge, trop à gauche, et le bleu, trop à droite ; ou encore le vert, pour éviter à M. de Rugy de renouer avec les querelles écolos. Alors choisissons une couleur neutre, pas salissante. Je vous propose le brun. Des chemises brunes, ça vous va ?..

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Notre Dame des Landes : pas fini, le gâchis ?..

Vous croyez que le dossier Notre Dame des Landes est clos ? Raté ! Si le projet de nouvel aéroport est bien enterré, sa gestion comme la décision qui y met un terme laissent planer des doutes. Bien sûr, d’une manière ou d’une autre, il fallait sortir de l’impasse. C’est fait. Prenons donc acte de la décision prise. Cependant, il faudra bien tirer toutes les leçons de ces décennies d’avancées et de reculades, de manipulations, de violences et d’incurie du pouvoir politique car enfin, quel temps perdu, quel gâchis ! Et pas seulement sur le plan financier…

En effet, cette affaire est d’abord un immense gâchis politique, comme un concentré de nos travers français, englués que nous sommes dans la confusion entretenue par des institutions qui ont fait de ce dossier une querelle de légitimité.

La légitimité des élus locaux tout d’abord qui, à juste titre, se croyaient fondés à envisager un grand projet d’aménagement pour leur territoire et avaient, depuis des décennies, œuvré pour sa réalisation dans le respect de leurs prérogatives et des règles des instances auxquelles ils appartenaient. Mal leur en a pris : ni la légalité de leurs décisions, ni la constance de leurs efforts, ni les sommes dépensées dans la préparation de ce projet n’ont servi à rien. Au point que nombre d’élus locaux se demandent s’ils doivent à l’avenir prendre le risque d’envisager de tels projets.

Légitimité du corps électoral ensuite qui a été sollicité dans une consultation organisée à la va-vite à la demande d’un Président de la République incapable d’assumer une prise de décision. Les électeurs se sont clairement prononcés en faveur du projet. Choix dont le gouvernement d’alors s’est empressé de ne pas tenir compte ! Sans doute cette consultation avait-elle été bâclée (questionnement, périmètre, confusion sur le sens de ce « référendum »…), mais que le corps électoral ait été à ce point bafoué laisse pantois. Comment les électeurs piégés dans ce jeu de dupes pourraient-ils ne pas s’interroger sur le caractère démocratique de certaines décisions ?

Légitimité des autorités judiciaires qui, à maintes reprises, se sont prononcées sur la légalité du projet, rejetant toutes les demandes des opposants. Au point que des magistrats peuvent douter du bien fondé de leur mission, et s’interroger sur ce que signifient respect du droit et autorité de la chose jugée.

N’y aurait-il qu’un vainqueur, la pseudo légitimité auto-proclamée des adversaires du projet ? Au nom de la défense des zones humides, de leur opposition au béton et d’une conception de l’intérêt général qu’ils entendent imposer quand ils ne parviennent pas à la partager, ils ont multiplié manœuvres dilatoires et recours en justice, et fait de l’occupation illégale d’un territoire transformé en zone de non-droit, un moyen de pression pour faire reculer l’Etat.

En reprenant la main, l’Etat assume enfin ses responsabilités après des années d’atermoiements et d’erreurs. Mais cet acte d’autorité (même si certains y voient une reculade devant un risque de violences) pose problème. On pouvait émettre un doute sur le bien-fondé de ce projet imaginé à une autre époque : peut-être y avait-il mieux à faire en matière de protection de la planète. Mais enfin, observons qu’il y a comme une perversion de notre démocratie à reculer devant ceux qui considèrent leur combat comme étant au-dessus des lois. Observons aussi que cette décision consacre une volonté de l’Etat d’interférer dans les décisions de nos élus en matière d’aménagement du territoire, comme si les conseils régionaux ou départementaux, les élus locaux dans leur ensemble étaient incompétents, et surtout incapables de penser l’avenir de leur région. Bref, serions nous en train d’assister à un retour de la centralisation dans un pays qui en souffre tant ?

C’est donc à une crise de la décision sur les grands projets d’aménagement que nous assistons. A l’évidence, des élus locaux ne pourront plus, demain, décider seuls d’un projet structurant. De nouveaux processus de consultation démocratique devront être mis en œuvre pour ne plus se contenter des règles actuellement en vigueur pour les enquêtes d’utilité publique dont on mesure les limites. Cela pourrait être de nature à revivifier notre démocratie. Enfin, il faudra veiller à ce que l’exigence de protection de la planète soit prise en compte par tous les acteurs, sinon elle ne sera portée que par ceux qui font peu de cas du respect de la loi. Toutes ces questions se résumeront en une seule : comment parvenir à une définition de l’intérêt général qui nous permette d’éviter la paralysie ?

Les maires, les responsables d’exécutifs locaux, les aménageurs savent désormais qu’un très grand nombre de projets de lotissement, d’aménagement, y compris les plus simples permis de construire, font l’objet de recours multiples en Justice, les voies juridiques offertes aux opposants étant quasi-illimitées pour bloquer durablement leur réalisation. Si de surcroît, le chantage au désordre s’en mêle, quels seront les élus assez courageux pour s’engager dans cette voie ? Pas sûr qu’avec les règles et les comportements d’aujourd’hui un Fulgence Bienvenüe aurait pu mener à bien la réalisation du métro parisien !..

Au fait, pour ceux qui croient vraiment que le dossier Notre Dame des Landes est clos, rappelons que la solution retenue d’agrandissement de l’actuel aéroport de Nantes – Atlantique aura un impact sur une autre zone humide située à proximité : la réserve ornithologique de l’étang de Saint Philbert de Grand Lieu… Au-delà, confortés par la décision du gouvernement, les « zadistes » trouveront-ils de nouveaux territoires à occuper autour d’autres projets qu’ils contestent ? Alors, finies les batailles juridiques et les controverses ?

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Carmen, Catherine Deneuve et la galanterie…

Dans le bus ou le métro, j’ai plutôt l’habitude de laisser passer les femmes devant moi. Honte sur moi ! Je viens d’apprendre que cette manifestation de galanterie que je croyais être l’expression d’un respect, n’est qu’un « acte de domination machiste »… Et dire que mon fils se comporte de la même manière, et qu’il entend inculquer des principes identiques à son propre fils !… Etre galants nous conduira-t-il demain à être assimilés, par certaines féministes, à de potentiels prédateurs sexuels ? Faudra-t-il que nous nous en repentions en place publique comme au temps de la Révolution Culturelle chinoise lorsque, accusé d’être un ennemi du peuple, il fallait porter un bonnet infâmant avant d’être envoyé en camp de rééducation ? Ou bien faudra-t-il se comporter en goujat ?..

A dire vrai, j’ai quelques inquiétudes quant à la confusion qui s’instaure entre galanterie, tentatives de séduction, harcèlement, comportements inappropriés et violences sexuelles. Il a suffi, pour m’en convaincre, d’observer la violence de certaines féministes à l’encontre de ces quelques dizaines de femmes, dont Catherine Deneuve, qui ont publié dans Le Monde du 10 janvier une tribune dans laquelle elles défendaient la « liberté d’importuner » des hommes, liberté sans laquelle il n’y aurait pas, selon elles, de liberté sexuelle.

L’expression est provocatrice. D’autant que, justement, certains hommes confondent tentative de séduction et comportements déplacés ou gestes inappropriés. Cette tribune méritait donc débat. Justifie-t-elle, pour autant le déchaînement de violence verbale qui s’est répandu sur les réseaux sociaux, considérant, ni plus ni moins, les signataires comme complices de violeurs ? Sans doute la plupart des auteurs de ces tweets vengeurs n’avaient-ils pas lu attentivement cette tribune, mais peu leur importait ! Que ces femmes refusent la confusion entre « drague maladroite et agression sexuelle », voilà qui serait insupportable. Qu’elles rejettent l’idée que les femmes puissent s’enfermer « dans le rôle de la proie », les voilà dénoncées comme traîtresses à la cause… Qu’elles aient le culot d’affirmer que « cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités », on leur répond qu’elles sont « inconscientes ».

N’étant pas une femme, n’ayant été aucunement victime de harcèlement ou de violences sexistes, je resterai prudent dans un débat qui oppose diverses conceptions du féminisme et je me garderai de toute position qui pourrait exonérer de leurs responsabilités ceux qui se comportent en prédateurs. Je ne considère pas, pour autant, qu’il soit interdit d’exprimer sur ce sujet un étonnement : pourquoi faut-il qu’un combat – ô combien légitime ! – s’accompagne non seulement de violences verbales qui montrent bien peu de respect à l’égard des personnes, mais également d’excès tels que se trouve confortée la confusion alors même que la clarification est plus que jamais nécessaire ?

Une telle violence, de tels excès de langage n’auraient-ils pour objectif que de faire taire les paroles discordantes ?

Faisons maintenant un détour par l’art lyrique. On le sait, l’opéra de Bizet, Carmen, s’achève par la mort de la séduisante gitane. Qu’il ait été écrit au XIXème siècle à partir d’une nouvelle de Prosper Mérimée importe peu désormais : pour certains, il n’est pas correct aujourd’hui, en ces temps de lutte contre les violences faites aux femmes, de voir mourir une femme dans un spectacle. Alors un metteur en scène italien a transposé l’opéra dans un camp de Roms en 2017, fait de Carmen la victime d’un Don José devenu un policier fascisant, et c’est celui-ci qui, au final, meurt sous les coups de la gitane.

Ce faisant, le metteur en scène ne s’est pas contenté de porter atteinte à l’œuvre de Bizet et de tromper les spectateurs qui croyaient assister à une représentation de cet opéra. En soumettant l’œuvre à ses visées idéologiques, il a surtout fait preuve d’un totalitarisme qu’avaient manifesté avant lui ceux qui ont toujours voulu asservir la culture. Faudrait-il, pour faire coïncider la trame et le dénouement des productions romanesques, théâtrales et lyriques des siècles passés avec le « politiquement correct » d’aujourd’hui les réécrire ? Y sera-t-il désormais interdit de faire mourir une femme ? Les méchants seront-ils nécessairement des hommes blancs, puissants, et de préférence revêtus d’uniformes symboles de leur violence et de leur perversité ? Faut-il enlever des cimaises de nos musées les œuvres non conformes à ces nouveaux diktats ?…

Décidément, les nouveaux maîtres à penser de la culture qui n’auraient pas supporté qu’on leur impose une quelconque vision idéologique n’ont pas de telles pudeurs avec les œuvres des autres !

La cause des femmes me semble ainsi bien mal défendue ! Pour lutter contre les violences et autres harcèlements dont elles sont victimes, est-il besoin que l’on s’interdise la galanterie ? Est-il besoin que l’on bannisse le mot « séduction » ? Est-il besoin que l’on se livre à une imposture culturelle ? Pour ma part, je préférerai toujours la Carmen qui chante : « l’amour est enfant de Bohème qui n’a jamais connu de loi… »

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Pour 2018…

A ceux qui n’aiment rien tant que les certitudes, je souhaite de connaître les richesses du doute.

A ceux qui connaissent la peur de l’autre, de la différence, de l’étranger, je souhaite de découvrir la confiance.

A ceux qui pensent que c’était mieux avant, ceux pour qui l’avenir est sombre, je souhaite d’accueillir la lumière de l’espérance.

A tous, je souhaite d’oublier les évidences, de s’engager sur les chemins de l’intranquillité : c’est celui sur lequel avancent les bâtisseurs de paix et de fraternité,

A tous, je souhaite de vivre une très belle et très heureuse année 2018 !

Et à tous, merci pour votre fidélité…

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