Supprimer les crèches pour consommer tranquilles ?

C’était le 26 janvier 1903 à la Chambre des Députés. Emile Combes, Président du Conseil, défendant son projet de séparation de l’Eglise et de l’Etat lance : « Vous n’effacerez pas d’un trait de plume quatorze siècles écoulés ! ». Ce propos de l’un des pères de la laïcité résonne étrangement aujourd’hui, à l’heure où certains entendent faire supprimer les crèches des lieux publics.

Passons sur le ridicule auquel conduirait la volonté de suppression de toute référence au religieux dans l’espace public d’un pays qui a été profondément marqué par le catholicisme. Combien de villes et de villages, de rues à débaptiser (si tant est que l’on puisse encore utiliser ce verbe tant il fait référence au religieux…), combien de tableaux à décrocher des cimaises de nos musées ?… Quoi qu’en pensent ceux qui le rejettent, l’héritage religieux marque notre culture. L’observatoire de la laïcité ne s’y était pas trompé qui a, à cette occasion appelé les juges à apprécier si l’installation de crèches est un emblème religieux ou si elle peut être considérée comme une exposition faite au titre de la culture locale.. Et les Français donnent une réponse claire : selon un sondage publié par Ouest-France, sept français sur dix sont favorables à la présence de crèches dans les lieux publics. Pour eux, il s’agit plus d’un élément de tradition culturelle que d’un symbole chrétien.

Mais alors, que cache l’obstination de ceux qui ont saisi les tribunaux, et le raisonnement de juges qui se sont prononcés pour la suppression des crèches ? Une conception intégriste (pour ne pas dire totalitaire) de la laïcité ? Une confusion des esprits suscitée par le débat sur le voile et les signes ostentatoires ? L’Espérance de ceux qui croient serait-elle à ce point scandaleuse qu’il faille ne plus rien voir qui puisse la rappeler ? Ou plus simplement, cette haine de la religion ne traduit-elle pas une volonté irrépressible de rejeter toute spiritualité dans le but de réduire l’homme à sa force de travail et à ses pulsions consommatrices ? Comme s’il fallait à tout prix empêcher quiconque de penser à ce que représente un enfant juif né en Palestine dans l’inconfort et le dénuement, et autour duquel se réunit le peuple des petites gens ?

A l’heure où la grande fête annuelle de la consommation bat son plein, la bataille des crèches aura eu paradoxalement un effet que n’avaient pas imaginé ceux qui l’ont engagée. Elle nous rappelle opportunément ce que nous devons aux figures religieuses qui ont traversé notre histoire : hôpitaux, hospices et lieux d’accueil pour les malades et les plus démunis, écoles et orphelinats, créés par des religieux alors que l’Etat ne s’en souciait guère, lieux d’accueil des jeunes pour des activités sportives (les patronages ! ) dont certains sont devenus de célèbres clubs de foot. Sans compter les richesses architecturales, artistiques et culturelles qui sont notre patrimoine commun. Un héritage que l’on ne peut nier. Que l’on croie au ciel ou que l’on n’y croie pas…

 

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Une réponse à Supprimer les crèches pour consommer tranquilles ?

  1. François E. dit :

    L’évocation de l’histoire longue de la laïcité me rappelle une anecdote (à vérifier par les historiens). Elle se passe pendant la Révolution française, durant une phase de laïcisme aigu. Tous les saints ont été supprimés. La moindre allusion à un saint est férocement réprimée. Les noms propres ont été expurgés (rappelons que Saint-Exupéry n’était pas encore né. Saint-John Perse non plus, je crois). Se présente au fonctionnaire un certain Symphorien. « Désormais – lui dit-il – tu t’appelleras Phorien ». En sortant, le brave homme s’exclame: « Phorien, voilà qui est gulier ».

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