Le vieux monde au secours du nouveau ?…

Ils ne sont pas de la dernière génération. Ils ont connu tous les travers de la politique politicienne : tractations de coulisses, subtils dosages entre courants divers de la gauche, combines et petits arrangements entre amis, trahisons… Et les voilà, à nouveau, pièces maitresses du dispositif d’Emmanuel Macron pour cette deuxième étape de son quinquennat, après les cafouillages de l’été et le départ tonitruant de Nicolas Hulot.

Fallait-il à des postes clés, des hommes blanchis sous le harnais ? On reste perplexe quant au signal donné par les nominations de François de Rugy au ministère de la Transition écologiste et solidaire et de Richard Ferrand à la Présidence de l’Assemblée Nationale.

François de Rugy a connu toutes les combines de la mouvance écologiste. Il a traversé tous ses déchirements avec une constante habileté puisqu’il est l’un des rares « verts » du quinquennat Hollande à avoir tiré son épingle du jeu une fois consommé l’échec de ce dernier. A-t-il des principes et des convictions ? Cela reste à démontrer puisque, par exemple, il explique son refus de soutenir l’interdiction du glyphosate dans les trois ans par la neutralité que lui aurait imposé le fait d’être au perchoir. Une « neutralité » dont il ne s’est guère embarrassé lorsqu’il s’est agi de promouvoir « la PMA pour toutes »… Ajoutons que durant la campagne présidentielle, il n’avait pas manqué de critiquer vertement l’absence de perspective écologiste dans le programme d’Emmanuel Macron, ce qu’il a semble-t-il rapidement oublié si l’on en croit sa récente interview au journal Le Monde*. Quant à ses ambitions, elles n’ont pas échappé à la plume acerbe de François Bazin, observateur avisé de la vie politique et singulièrement de la gauche qui note sur son blog *. : «…la preuve est faite qu’on peut passer à la fois pour un ambitieux sans principes et un ministre sans ambition ».

Richard Ferrand a pour lui d’être un soutien de la première heure d’Emmanuel Macron. Il a comme atout, grâce à ses mandats précédents, une bonne expérience de la technique parlementaire. Pour autant, ses qualités de chef de groupe de la République en Marche n’ont pas convaincu, c’est le moins que l’on puisse dire. Une série de couacs tonitruants au cours de l’année écoulée – et singulièrement ces derniers mois – en sont l’illustration. Une fois au « perchoir », parviendra-t-il à assurer à la fois la fonction d’équilibre qu’exige celle de 3ème personnage de l’Etat, l’animation de l’ensemble des composantes de l’Assemblée et, en même temps, constituer un rouage essentiel de la majorité présidentielle ? A moins que l’on ne découvre rapidement qu’il aurait atteint ou dépassé son seuil d’incompétence !..

Au surplus, le fait qu’il ait été désigné pour occuper ce poste prestigieux, alors même que subsiste la menace de l’affaire des Mutuelles de Bretagne montre que le Président de la République ne dispose guère de réserve de poids dans la sphère politique et que certains postes nécessitent des poids lourds rompus à l’exercice parlementaire. Tout cela n’est guère cohérent avec la volonté affichée d’un profond renouvellement de la vie politique…

Ce sont donc à la fois des représentants de l’ancien monde épargnés par le « dégagisme » du printemps 2017 et les plus petits communs dénominateurs de sa majorité qui sortent du chapeau présidentiel. Cela, au moment où il lui faut entamer un jeu de chaises musicales pour, tout à la fois, résoudre une équation politique délicate, et avancer sur la voie de la transition énergétique. Problème : pas sûr que les écologistes sortent convaincus de la nomination de François de Rugy. Pas sûr non plus que celle de Richard Ferrand ne constitue une « bombe à retardement » pour le Président de la République avec pour lui le risque de disposer de moins en moins de « fusibles » en cas de crise.

En tout état de cause, cela démontre que le « nouveau monde » dont l’élection d’Emmanuel Macron marquerait l’émergence a encore bien besoin de l’ancien pour donner de la solidité à son édifice. Ce n’est donc pas demain que l’on pourra reprendre le vieux slogan de mai 68 : « Cours, cours, camarade : le vieux monde est derrière toi ! »…

* In Le Monde daté du mardi 11 septembre

** http://www.lirelasuite-francoisbazin.fr/carnets-de-route-1/

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