Des livres pour l’été ( suite )

Adrien Candiard nous a invité à la découverte et au respect de l’autre. Cette semaine, Carolin Emcke nous interroge sur la haine…

3° « Contre la haine – plaidoyer pour l’impur » de Carolin Emcke – éditions du Seuil

Dans un essai salutaire, la journaliste et intellectuelle allemande Carolin Emcke nous aide à déconstruire les mécanismes de la haine qui sont à l’œuvre dans nos sociétés. Les populismes, la résurgence des forces d’extrême droite, s’appuient sur les mécanismes de la haine xénophobe, raciale, religieuse ou encore sexiste qui minent nos sociétés. Comprendre la haine pour mieux la combattre, c’est l’objet de ce livre précieux. A lire et à relire !

«  Je me demande parfois si je devrais les envier. A d’autres moments, je me demande comment ils peuvent haïr à ce point. Comment ils peuvent être aussi sûrs d’eux. Car c’est ce qu’ils doivent être : sûrs d’eux. Sans quoi, ils ne pourraient pas parler, blesser, tuer comme ils le font. Sans quoi ils ne pourraient pas rabaisser, humilier, agresser les autres à ce point. Ils doivent être sûrs d’eux. Dénués de doute. On ne peut pas haïr en doutant de la haine. S’ils doutaient, ils ne pourraient pas être hors d’eux à ce point. Pour haïr, il faut avoir des certitudes absolues. Chaque « peut-être » serait importun. Chaque « probablement » ferait vaciller la haine, lui prendrait de l’énergie, cette énergie qui justement doit être canalisée.

On hait indistinctement. Il est difficile de haïr avec précision. Avec la précision viendraient la tendresse, le regard u l’écoute attentifs, avec la précision viendrait ce sens de la nuance qui reconnaît chaque personne, avec ses inclinations et ses qualités multiples et contradictoires, comme un être humain. Mais une fois les contours estompés, une fois les individus reconnus méconnaissables comme trels, il ne reste que des collectifs flous pour destinataires de la haine. On peut dès lors diffamer et rabaisser, hurler et fulminer à l’envi contre les juifs, les femmes, les mécréants, les noirs, les lesbiennes, les réfugiés, les musulmans, ou encore les Etats-Unis, les politiciens, l’Occident, les policiers, les médias, les intellectuels. La haine façonne son objet. Il est fabriqué sur mesure.

On hait vers le haut ou vers le bas, dans tous les cas selon un axe de vision vertical, vers « ceux d’en haut » ou « ceux d’en bas » ; c’est toujours la catégorie de l’« Autre » qui opprime ou menace le « soi-même », l’« Autre » fantasmé comme puissance menaçante ou comme objet prétendument inférieur – et c’est ainsi que les agressions ou les destructions futures sont valorisées comme des actes non seulement excusables, mais nécessaires. L’« Autre » est celui que l’on peut impunément dénoncer ou mépriser, blesser ou tuer. »

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