Des livres pour l’été ( suite )

Après la critique de la Révolution Française par Jean-François Colosimo, passons à un plaidoyer pour la découverte et le respect de l’autre…

2 ° « Pierre et Mohamed » d’Adrien Candiard – éditions Taillandier-Cerf

Il y a un peu plus de 22 ans, le 1er août 1996, Pierre Claverie, évêque d’Oran était assassiné avec son chauffeur, Mohamed Bouchikhi. De l’amitié entre ces deux hommes de religions différentes : un évêque catholique et un jeune musulman, Adrien Candiard a imaginé deux monologues qui se répondent, et constituent un magnifique plaidoyer pour le respect, un appel à la tolérance.

« L’émergence de l’autre, la reconnaissance de l’autre, l’ajustement à l’autre sont devenus pour moi des hantises. C’est vraisemblablement cde qui est à l’origine de ma vocation religieuse. Je me suis demandé pourquoi, durant toute mon enfance, étant chrétien – pas plus que les autres -, fréquentant les églises – comme d’autres -, entendant des discours sur l’amour du prochain, jamais je n’avais entendu dire que l’Arabe était mon prochain. Peut-être l’avait-on dit, mais je n’avais pas entendu. Je me suis dit : désormais, plus d frontières, plus de fractures. Il faut que l’autre existe sans quoi nous nous exposons à la violence, à l’exclusion, au rejet.

J’ai donc demandé, après l’indépendance, à revenir en Algérie, pour redécouvrir ce monde où j’étais né mais que j’avais ignoré. C’est là qu’a commencé ma véritable aventure personnelle – une renaissance. Découvrir l’autre, vivre avec l’autre, se laisser aussi façonner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive.

Dans cette expérience faite de la clôture, puis de la crise et de l’émergence de l’individu, j’acquiers la conviction personnelle qu’il n’y a d’humanité que plurielle et que, dès que nous prétendons posséder la vérité ou parler au nom de l’humanité – dans l’Eglise catholique, nous en avons la triste expérience au cours de notre histoire – nous tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion.   …/…

On parle de tolérance, je trouve que c’est un minimum et je n’aime pas trop ce mot, parce que la tolérance suppose qu’il y ait un vainqueur et un vaincu, un dominant et un dominé, et que celui qui détient le pouvoir tolère que les autres existent. On peut évidemment donner un autre sens à ce mot, mais j’ai trop l’expérience de ce qu’il signifie dans la société musulmane dans son acception condescendante pour l’accepter vraiment. Bien sûr, il vaut mieux que le rejet, l’exclusion, la violence, mais je préfère parler du respect de l’autre… »

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