Des livres pour l’été..

Comme chaque année, ce blog va prendre des distances avec l’actualité. Il vous proposera dans les quatre semaines à venir des extraits de livres qui sont autant de sources de réflexion sur les menaces qui pèsent sur nos sociétés européennes. La haine et la tolérance, la défense des libertés et le respect du droit, sont autant de sujets qui méritent que l’on s’y arrête. Quelques auteurs nous y invitent. Suivons les !…

1° « Aveuglements – religions guerre civilisations » par Jean-François Colosimo – éditions du Cerf

En cette nuit du 4 août, et si l’on changeait de point de vue sur la Révolution Française ? C’est ce à quoi nous invite notamment l’essayiste Jean-François Colosimo dans son « Aveuglements ». Un ouvrage décapant et d’une rare richesse, déjà mentionné sur ce blog (cf. la rubrique Notes de lecture). Dans cet extrait, il y démonte les mécanismes de la terreur mis en œuvre par les révolutionnaires : Robespierre, Saint-Just, Danton. Des mécanismes qui, selon lui, inspireront les révolutionnaires russes de 1917, les dérives léninistes et staliniennes, comme le régime nazi. Terrible filiation à laquelle Jean-François Colosimo nous invite à réfléchir…

« Peu importe que la « monarchie de droit divin et absolue » n’ait jamais signifié autre chose qu’un pouvoir indépendant du pape et libre des seigneurs ; que l’édit de tolérance de 1787 ait restitué un état-civil aux protestants, le décret royal de 1788 aboli la torture, la convocation des états généraux en 1789 majoré le tiers-état ; que plusieurs des réformes mises en œuvre par la suite, dont l’émancipation des Juifs, sont alors en préparation. La violence qui va s’abattre sur le « tyran Capet » sera plus souveraine que lui.

Une foudre tombée du ciel, vengeant lers siècles, doit anéantir le « criminel contre l’humanité » dont Maximilien Robespierre requiert l’exécution devant la Convention, le 3 décembre 1792 (l’expression que vient d’inventer le chef de file des Terroristes connaîtra un riche avenir quoique retournée contre son auteur). Le 17 janvier 1793, la mort immédiate est votée à une voix près. De quoi hésiter ? Là encore, une souveraineté doit supplanter l’autre. Celle du peuple, de la démocratie, du scrutin est à ce prix. Il ne saurait y avoir de merci pour l’ennemi par essence qui, dans l’intervalle, est devenu coupable de naissance.

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Dans les propos émis dans l’instant et tels que rapportés, apocryphes ou non, il est beaucoup question de sang et de bonheur. De sacrifice et d’apothéose. Le monarque, sur l’échafaud : « je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français. » Le sang-culotte qui, une fois le couperet tombé, se barbouille d’hémoglobine et en asperge par trois fois la foule : « Le sang d’un roi porte bonheur ! » La transsubstantiation est achevée. « Louis doit mourir pour que la patrie vive », avait promis Robespierre. mais le sang appelle le sang. Il ne suffit pas d’écimer l’ancien monde, il faut le décimer. A décapiter le chef, on perd la tête. La machine à tuer est lancée. Elle frappera mécaniquement, massivement. Le 10 mars, le Tribunal criminel extraordinaire est institué. Le 17 septembre, la loi des suspects est adoptée afin que soient arrêtés, jugés et éliminés ceux qui «  n’ayant rien fait contre la Liberté, n’ont rien fait pour elle », commente Saint-Just, son inspirateur, qui, bientôt, déclarera : « le bonheur est une idée neuve en Europe » – pérégrination messianique qui explique, sans doute, pourquoi ledit bonheur quitte alors la France et n’y a pas beaucoup été revu depuis. 

 

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