Pour l’été… la « Brêve apologie… » de Jean-Luc Marion

Le philosophe et académicien Jean-Luc Marion n’a jamais fait mystère de ses convictions. Il a publié au printemps dernier un essai décapant intitulé de manière provocante « Brève apologie pour un moment catholique ». Un essai sur la place des catholiques dans la société française qui, dans le même temps nous interroge sur notre rapport aux religions. Une réflexion d’une grande richesse qui ne devrait pas laisser indifférent.

« N’ayez pas peur ! », cette injonction de Jean-Paul II lancée du balcon de Saint-Pierre juste après son élection, il y a presque quarante ans, entendait réconforter les catholiques du monde entier. Il semble qu’aujourd’hui ce soient plutôt les catholiques français qui devraient répéter ces mots à quelques Français non catholiques, effrayés d’un retour du cléricalisme, voire à certains catholiques intimidés par leur existence même. Je vous le dis donc : « N’ayez pas peur de nous ! »

Car il semble que vous ayez peur, ou du moins que vous vous inquiétiez, à lire l’amoncellement de déclarations, qui font tapage sur le « retour » des catholiques (mais d’où tenait-on qu’ils avaient disparu ?), sur leurs choix politiques (mais pourquoi seraient-ils les seuls citoyens à ne pas en faire ?), sans parler de ceux qui s’étonnent que Dieu ne soit pas « mort »(comme si la proposition avait un sens). L’incompréhension va même parfois jusqu’à l’absurde ou à l’inconvenant, quand on reproche à un candidat à la présidence de la République d’admettre être chrétien (est-ce un délit ?), ou au pape de n’être pas vraiment « progressiste » parce qu’à la fin des fins il maintient le dogme (n’est-ce pas son simple devoir ?). Cette crainte fait bien de l’honneur aux catholiques qui n’en méritent pas tant. Car enfin, imagine-t-on vraiment que ce qui menace aujourd’hui la sérénité de la nation française et l’unité de la République, ce soient les catholiques, à qui les mêmes athées officiels reprochent surtout leur trop petit nombre et leur manque de conviction ? Peut-on vraiment prendre au sérieux les fantasmes que nous déversent les éditoriaux peu pensés, les enquêtes biaisées et les révélations de vaticanistes approximatifs ? Il me semble que tout ce fatras sort de sacristies assez imaginaires, parce que en fait on ne va guère voir les catholiques là où ils sont vraiment…

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D’ailleurs que sait-on d’eux ? A dire vrai, pas grand-chose faute de fréquenter les églises (sinon on n’irait pas répétant qu’elles sont toutes vides) ; faute de pratiquer souvent la Bible (bien qu’on continue d’y chercher des étonnements)…

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N’ayez donc pas peur de nous, gardez votre peur pour les vraies menaces, qui ne manquent pas. Mais ne nous sous-estimez pas non plus. Ne nous prenez ni pour des demeurés, ni pour des revanchards. Oubliez une minute les clichés et les slogans : les catholiques ne se divisent pas en incroyants potentiels (bien !) ou en intégristes identitaires (pas bien !), en humanistes incertains (acceptable !) ou en militants d’une contre-société (intolérable !). Car les catholiques, depuis si longtemps gentiment ou méchamment raillés, soupçonnés, calomniés plus qu’à leur tour (car on peut y aller franchement, il n’y a rien à en craindre), sont encore là. Ils semblent presque ne pas avoir réalisé que, si l’on peut être persan en France (et de mieux en mieux), on ne devrait plus pouvoir être encore catholique. C’est d’ailleurs votre étonnement et peut-être votre problème : des catholiques, il y en a encore, bien plus qu’on ne croit. »

Jean-Luc Marion « Brêve apologie pour un moment catholique » – 124 pages. Editions Grasset

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