Pour l’été… « Le Choc des incultures »

Le temps de l’été ce blog prendra une nouvelle fois des chemins de traverses. Ceux que nous ont proposé certains auteurs au cours des derniers mois, dans des ouvrages qui méritent que l’on s’y arrête. Culture, identité, religions, Islam… sont des mots qui ont marqué l’année qui vient de s’écouler avec ses drames, ses passions, ses surprises. Je vous propose  de les revisiter au cours des semaines qui viennent.

Pour commencer, des réflexions sur culture et identité que nous propose Francis Balle au travers de quelques extraits de son récent essai « Le choc des incultures » que je vous encourage vivement à lire.

« Ce que l’hypermodernité fait apparaître depuis la destruction des tours jumelles de New-York en 2001, davantage encore à la faveur de la numérisation progressive des médias après 2005, et de la plupart des activités humaines depuis, plutôt qu’au lendemain de l’effondrement du système spicétique entre 1989 et 1991, c’est le rapport de force dont les cultures sont les instruments, celui-là même dont la vraie culture constitue, en dernière analyse, l’ultime et véritable enjeu.

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La quête éperdue d’une identité – ce que l’on appelle, communément et maladroitement, la « crise des identités » – est le fruit amer d’une époque qui chante les louanges de la « communication » et qui voit la multiplication effrénée des échanges entre les hommes, les pays et les civilisations. Cette quête sisyphéenne n’est que la mise en lumière, dans une période d’échanges accrus, de cette vocation de l’humanité à « fabriquer » des différences. Le « propre » de l’homme, son état de nature, c’est précisément la culture.

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Le danger, pour le XXI° siècle, n’est pas celui de l’américanisation à marche forcée. Il n’est pas davantage dans le « choc des civilisations » – l’ « Occident » contre l’ « Islam », comme s’il n’y avait qu’un islam et comme si l’Occident, à travers son industrie, son droit et son horizon d’espérance, ne représentait pas, pour beaucoup, une étape nouvelle de l’aventure humaine. Il ne résulte pas non plus de la seule rivalité entre les puissances économiques, du moins telle que l’on peut aujourd’hui l’entrevoir, entre l’ensemble américain, l’Asie-Pacifique, l’Europe élargie et les pays émergents ou réémergents. il provient surtout des excès ou des dérives de chacune des cultures qui traversent les sociétés d’aujourd’hui et influent conjointement sur chacun de nous. Il résulte de l’addition de ces excès et de ces dérives et, plus encore, de l’effet d’entraînement de certaines de ces dérives .

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Le culte qu’un peuple voue à son patrimoine n’a pas seulement pour vertu de fonder son amour-propre ; il est aussi une voie de passage pour la rencontre avec les autres peuples. C’est par le truchement des œuvres de leur « vraie » culture que les pays ou les peuples peuvent le plus aisément engager le dialogue, apprendre à se respecter les uns les autres, prendre conscience de leur destin commun, se sentir moins étrangers les uns des autres.

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Si l’on prétend, si peu que ce soit (et autrement que par de vaines incantations en faveur du dialogue entre civilisations), réparer les dégâts occasionnés par ce qu’il appelle le « dérèglement du monde », il faut réentendre l’avertissement d’Amin Maalouf qui, dès 1998, s’inquiétait de ce qu’il appelait « les identités meurtrières ». « Pour aller résolument vers l’autre, écrivait-il, il faut avoir les bras ouverts et la tête haute, et l’on ne peut avoir les bras ouverts que si l’on a la tête haute* ».

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De la belle formule de Maalouf, tirons la leçon d’abord pour nous-mêmes. Nous n’avons pas encore pris la mesure des dégâts commis par notre désintérêt pour les humanités, les nôtres et celles des autres, contemporaines ou anciennes, que depuis l’école primaire jusqu’à l’université, nous n’avons cessé de réduire à la proportion congrue.

La France s’enorgueillit, à bon droit, s’être une nation littéraire, admirée, voire aimée pour cette raison. Depuis un demi-siècle, elle a pourtant abandonné ce que le monde entier nous envie, au cœur même de l’institution qui devrait être en première ligne : l’école.

De ce lâche abandon, la gauche et la droite sont pareillement coupables : les plus productivistes, à droite, parce que les humanités sont à leurs yeux inutiles ; les plus idéologues, à gauche, parce qu’ils soupçonnent ces mêmes humanités de reproduire les inégalités sociales en favorisant les héritiers de la bourgeoisie. Ni les uns ni les autres ne perçoivent que cet abandon entraine immanquablement les médias, soumis aux lois du marché et non à celles qu’ils rêveraient d’imposer, dans la voie de la médiocrité. L’information tend au bavardage sans fin et aux débats simplistes, les divertissements se coupent de la seule culture aux sources de laquelle ils devraient s’abreuver »…

Francis Balle « Le Choc des incultures » – 142p. éditions de l’Archipel 2016.

* Amin Maalouf « les identités meurtrières » (éd.Grasset 1998)

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Une réponse à Pour l’été… « Le Choc des incultures »

  1. Ann Athina dit :

    merci pour cette incitation et ces quelques extraits, à méditer bientôt, même sur le sable, ou dans les dunes, ou encore à bicyclette sur les chemins de traverse qui ménent de l’été à un automne productif!
    Bel été

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