Irréconciliables ?…

Comment mieux résumer en deux phrases la faillite des partis de gouvernement : « Il n’y a plus grand chose de commun entre nous » ; « Les idées ne sont jamais débattues ». Le propos de Xavier Bertrand, président de la région Hauts de France décrit la situation de son parti Les Républicains. Mais il aurait tout aussi bien pu être prononcé par un leader socialiste.

La première de ces deux phrases dit en termes pudiques les querelles d’égo, le bal des ambitieux, les alliances tactiques qui obéissent à des considérations personnelles plus qu’à la définition de projets collectifs. Et elle camouffle les haines accumulées, les tentatives de déstabilisation, les coups tordus émanant de leur propre camp qui ont visé aussi bien François Fillon qu’Alain Juppé à droite, François Hollande, Manuel Valls ou encore Benoît Hamon à gauche. Sans doute les partis concourent-ils à l’expression de la vie démocratique en sélectionnant en leur sein celles et ceux qui peuvent à tous les niveaux, local régional ou national, exercer le pouvoir. Mais ce sont les mécanismes et les critères de cette sélection qui apparaissent désormais pervertis au point de devenir inopérants.

Les institutions de la Vème République et surtout l’élection du Président de la République au suffrage universel direct ne sont pas sans effet sur cette évolution des grands partis politiques. A droite, répondant à cette logique des institutions, le culte du chef a transformé la conquête du pouvoir et son exercice en un parcours d’obstacles où des courtisans se rassemblent en écuries concurrentes pour se disputer la mainmise sur le parti, ses finances et sa force militante. A gauche, le goût de la « synthèse » chère au Parti socialiste a été peu à peu dévoyé au profit de la recherche du plus petit commun dénominateur. Au point que le PS en a oublié le caractère éminemment réducteur que résume le qualificatif « petit »…

S’agissant des idées, force est de reconnaître qu’à droite, comme à gauche, il ne fait pas bon en avoir lorsque l’on est militant. D’ailleurs, il y a belle lurette que ces partis ont externalisé à des think-tanks la production d’idées. A droite, la Fondation pour l’Innovation politique, l’Institut Montaigne, l’IFRAP* ou la Fondation Concorde jouent ce rôle. A gauche, ce sont la Fondation Jean Jaurès ou Terra Nova qui produisent notes et propositions que l’on retrouve ensuite recyclées dans les programmes des candidats, comme ce fut le cas avec François Hollande en 2012. Comme si les militants étaient fermement invités à ne pas formuler des idées qui pourraient perturber les jeux internes, comme s’ils étaient tout juste bons à coller des affiches ou distribuer des tracts avant les échéances électorales… Et l’on s’étonne que les partis politiques se soient peu à peu éloignés des réalités du terrain ? Pas surprenant ensuite que les mouvements qui ont récemment fait irruption dans la vie politique (La République En Marche d’Emmanuel Macron ou la France Insoumise de Jean-Luc Mélanchon) aient construit leurs programmes à partir d’une démarche collaborative utilisant les ressources d’internet !

Il aura fallu le mécanisme pervers des primaires et l’irruption d’un trublion (Emmanuel Macron) décidé à faire sauter le système pour assister à l’effondrement de ces grands partis et aux balbutiements de la recomposition tant de la droite que de la gauche. Mais, de part et d’autre, le retour au débat d’idées ne se fera pas sans affrontements entre des tendances radicalement opposées. « La guerre à droite aura bien lieu », a déjà pronostiqué dans un ouvrage** récent l’enseignant en Sciences politiques Guillaume Bernard, qui a théorisé la bataille dans laquelle s’affrontent deux droites, une « classique » et une autre « moderne ». A gauche, la guerre avait déjà commencé. Il faudrait pourtant que tous découvrent que les désaccords peuvent, dans certaines conditions, être féconds. Alors, irréconciliables ?

*IFRAP : Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques. L’Ifrap comme les autres think-tanks qui apportent leurs idées à la droite sont d’inspiration libérale.

** Ouvrage publié aux éditions Desclée De Brouwer

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