Les leçons du 18 juin…

Nous avons connu une époque où la République avait oublié ses valeurs. L’Etat était successivement passé de la résignation à la soumission, puis à la collaboration, à la complicité et au crime. Une poignée de femmes et d’hommes avaient cependant refusé de se résigner et de se soumettre. Au delà de leur attachement à une certaine idée de la France, ils avaient pour point commun de ne pas se satisfaire du politiquement correct de l’époque. Ils n’avaient pas hésité à transgresser les codes des milieux auxquels ils appartenaient, à s’affranchir des règles et des lois.

Résister ne fut pas sans douleur, on le sait. Mais si nombre d’entre eux y perdaient la vie, tous en sauvant leur honneur, sauvaient celui d’un pays.

Comparaison n’est pas raison car les circonstances historiques n’ont rien à voir. Mais faudra-t-il rappeler cette leçon à ces nouveaux députés En Marche, si d’aventure, leur étaient soumis des textes allant à l’encontre de ce que leur dicte leur conscience, si étaient mis en cause, dans l’action gouvernementale, la dignité de l’homme ou ses droits fondamentaux ? Faudra-t-il évoquer avec eux le souvenir de leurs premiers pas en politique lorsque, à contre-courant, ils s’étaient lancés dans une bataille qui n’était pas gagnée d’avance ? Faudra-t-il les inviter à ne pas oublier que leur succès provient autant de l’effondrement de forces à bout de souffle que de leur propre capacité à faire un pas de côté, à enfreindre les usages en vigueur pour opérer un changement de point de vue porteur d’avenir ?

Bien sûr, cette leçon ne vaudra sans doute pas pour les ralliés de la dernière heure, ceux qui ont profité des circonstances pour s’offrir à bon compte une virginité dans laquelle s’est dissoute leur ancienne étiquette. Pour ceux-là, se conformer aux consignes de leur mouvement sera le gage de leur tranquillité. Mais pour tous les autres, pour ces nouveaux venus qui se sont engagés avec la ferme volonté de rénover la vie politique, ils pourront opportunément se rappeler que le projet auquel ils ont adhéré est fondé sur une démarche résolument anti-conformiste. Et que la force de leur engagement, la richesse de leurs idées, la créativité qui peut en résulter, trouvent leur source dans cette conviction que le renouveau ne pouvait provenir que de la diversité des points de vue, de la confrontation d’opinions différentes et, s’il le faut, de la transgression. Alors, tomberont-ils dans un nouveau conformisme ?

Bien sûr, ils seront confrontés aux pressions d’un pouvoir gouvernemental qui, comme tous les pouvoirs, cherchera à limiter la contestation par souci d’efficacité. Cela, d’autant que la majorité est moins écrasante qu’annoncée. Bien sûr, la discipline de parti s’invitera dans leurs rangs et certains, plus capés, ne manqueront pas d’arguer de l’inexpérience de beaucoup pour tenter de les faire plier à leurs exigences. Ce faisant, ils leur feront le même procès en incompétence que ceux qui, à droite comme à gauche, leur déniaient hier la capacité à assumer un rôle de parlementaire…

Au bout du compte, soit ils garderont leur capacité à faire entendre une petite musique différente, celle qui fera la richesse des débats, soit, par lassitude ou par facilité, ils se laisseront aller à une implacable discipline de groupe. Dans ce dernier cas, leur capacité à l’insoumission et à la transgression disparaîtra. La République En Marche s’arrêtera d’avancer pour s’installer dans le confort des palais du pouvoir. Celui dans lesquelles s’évanouissent les espérances.

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Une réponse à Les leçons du 18 juin…

  1. En effet, Bruno, laissons leur le bénéfice du doute et prions les dieux de l’Olympe(sic) pour que le mouvement des pélerins d’Emmanuel ne génère pas un populisme de plus.

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