Passons aux choses sérieuses !

Il paraît que près de 8000 candidats à ces élections législatives, c’était une preuve de vitalité démocratique ! On peut en douter : un électeur sur deux ne s’est pas rendu aux urnes, jamais l’abstention n’a été aussi forte ; pour autant l’offre politique n’a jamais été aussi variée.

Ils devraient donc méditer la leçon, ces partis « animaliste », « antispéciste », « décroissant » ou « démondialiste », etc. qui recueillent ici ou là, selon les circonscriptions à peine plus d’une centaine de voix : les électeurs ne les ont pas choisis pour renouveler la vie politique. Ils ont donc au mieux fait de la figuration, au pire rendu plus confus le débat public. Exit donc les partis les plus improbables, les mouvements les plus incongrus, les étiquettes les plus éphémères : un petit tour et puis s’en vont comme dirait la chanson !

Exit également une génération de politiques qui avaient monopolisé le débat depuis quinze ans. Mise à la retraite, cette génération de quadras et de quinquagénaires va connaître des fins de mois difficiles, redécouvrir qu’il y a une autre vie que la politique. Dans ses rangs, nombre d’anciens apparatchiks vont devoir apprendre un métier et, pour certains d’entre eux, passer par la case Pôle Emploi* tant leur expérience professionnelle est quasi-nulle hors la politique. Rude leçon !…

Passons donc aux choses sérieuses.

Les choses sérieuses, ce sont, pour l’avenir, les nécessaires recompositions de la droite et de la gauche. L’une et l’autre ont sombré par leur incapacité à redéfinir leur projet. La droite voulait nous faire croire qu’elle était le parti du mouvement mais elle ne représentait plus qu’une société crispée sur la défense de ses intérêts. La gauche voulait nous faire croire qu’elle était le parti du progrès, elle n’a été que celui qui camouflait la conservation des avantages acquis et l’impuissance économique derrière de prétendues avancées sociétales. Si leurs politiques successives avaient connu le succès, sans doute eussent-elles été pardonnées. Ce ne fut pas le cas. Exit donc ! Il leur reste, pour devoirs de vacances, une indispensable refondation idéologique destinée à esquisser les contours d’une future reconquête du pouvoir. Une refondation d’autant plus difficile et douloureuse que les forces vives vont faire défaut, que les finances seront au plus bas, et que le travail sur les idées n’y a jamais vraiment été encouragé, bien au contraire ! Ajoutons à cela qu’Emmanuel Macron a réussi à siphonner une part du corpus idéologique de la droite et de la gauche avec un positionnement libéral-social, il va donc leur falloir faire preuve de créativité pour faire émerger des projets novateurs. Et comme la bataille parlementaire pour continuer à se faire entendre dans l’espace public risque fort d’être privilégiée, ce n’est pas demain que la droite et la gauche classiques sortiront la tête hors de l’eau…

Les choses sérieuses, c’est aussi la mise en route de cette chambre introuvable que l’on nous annonce pour le 18 juin au soir. Le Parlement sera dominé par un mouvement qui vient à peine de fêter son premier anniversaire. Une domination presque sans partage tant l’opposition sera affaiblie, quantitativement et qualitativement avec la disparition de nombre de ténors. Faut-il s’en réjouir ou s’en lamenter ? Le nouveau Président aura certes les moyens de gouverner, mais la tentation hégémonique n’est jamais très loin lorsque les rangs de l’Assemblée Nationale semblent monocolores. Et « La République en Marche » devrait y prendre garde. On se souvient de cette phrase lancée par le député socialiste André Laignel en octobre 1981 à l’ancien Garde des Sceaux et éminent juriste, le gaulliste Jean Foyer : « vous avez juridiquement tort parce vous êtes politiquement minoritaires ». Une phrase qui disait toute la morgue des vainqueurs et le mépris de l’opposition démocratique. Mais on se souvient également que dans les rangs de l’opposition de l’époque, ce sont moins de vieux briscards qui avaient bataillé avec talent contre certains projets de lois, que de jeunes inconnus qui eux aussi, avaient alors contribué au renouvellement politique de l’époque…

Bien sûr, certains nouveaux élus se laisseront aller aux facilités que leur offrira le système. D’autres découvriront avec délices la tentation des micros tendus et des caméras qui scruteront leurs premiers pas. D’autres enfin ne résisteront pas au plaisir des bons mots qui feront le buzz et pourront les faire remarquer de l’Elysée et de Matignon, tant il sera difficile de sortir du lot parmi quatre cents élus. Mais une génération nouvelle arrive, issue du terrain pour l’essentiel et peu rompue aux disciplines d’appareils avec, en son sein, un nombre jamais atteint de femmes députées. Peut-on sérieusement penser que cela ne va pas modifier en profondeur la manière de faire de la politique ? Débattre, de façon moins clivante et plus respectueuse de l’adversaire que ce que l’on a connu dans le passé. Elaborer la loi en étant plus attentif aux réalités et moins dogmatique. Contrôler le gouvernement avec plus d’acuité… Alors, laissons les passer aux choses sérieuses !

* Faire référence ici à Pôle Emploi est une facilité de langage sachant que les anciens députés (aussi bien ceux qui ne se représentaient pas que ceux qui ont été battus), relèvent d’un dispositif spécifique de retour à l’emploi

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