Mais de quelle fraîcheur parle-t-on ?

Si l’on en croit nombre d’éditorialistes et commentateurs après le débat organisé entre les onze candidats à l’élection présidentielle, on pouvait se réjouir car la présence des « petits » candidats avait apporté de la « fraîcheur » à ce débat ! Comme si, enfin, un vent frais soufflait sur la campagne… Outre que l’on peut s’étonner de la condescendance qu’exprime cette expression, on peut aussi s’interroger sur la réalité de cette « fraîcheur ».

Fraîcheur, l’exaltation des « luttes » Par Nathalie Arthaud ou Philippe Poutou ? Fraîcheur, cette manière de mettre dans le même sac les patrons et les riches comme si tous étaient d’abominables exploiteurs et des fraudeurs du fisc ? Fraîcheur cette dénonciation de l’Europe accusée des pires maux ? Fraîcheur, les discours qui proclament « demain on rase gratis » ? Allons donc ! Décidément, il n’y a aucune fraîcheur là-dedans. Juste la simplification à outrance, la constante recherche de boucs émissaires, la stigmatisation d’adversaires caricaturés, l’expression d’une haine qui ne se cache plus, la démagogie à tout va, l’incapacité à se défaire d’une idéologie passéiste et liberticide…

Si la « fraîcheur » se résume au coup de colère d’un Philippe Poutou accusateur d’autres candidats qu’il considère corrompus, cela signifie que les commentateurs s’intéressent davantage aux postures qu’au débat sur l’avenir de notre pays. Si apporter de la « fraîcheur » dans le débat politique, c’est promettre tout et n’importe quoi en sachant que c’est impossible, alors c’est juste un mensonge. Si faire preuve de « fraîcheur », c’est se montrer résolument anti-libéral, alors inquiétons-nous quant à l’idée que nos éditorialistes se font d’une Liberté qui serait, dès lors, à géométrie variable.

Etrange pays que le nôtre qui donne tous les cinq ans à des représentants de formations politiques, un temps de parole inversement proportionnel à leur nombre d’adhérents *, comme s’il fallait pendant quelques semaines se donner l’illusion d’un renouvellement du débat ! Etrange pays que celui où le mot de Liberté est le premier de notre devise républicaine et où, dans le même temps, on réclame partout l’intervention de l’Etat ! Un Etat qui, à vouloir tout faire, tout maîtriser, ne cesse de manquer à ses missions essentielles, comme il ne cesse de vouloir restreindre des libertés en imposant des normes et des contraintes qui étouffent l’économie, l’agriculture, la vie des collectivités, l’initiative…

Il est vrai que dans ce pays, il est de bon ton de réclamer des droits et, simultanément, de fustiger ceux qui entendent y associer les mots devoir ou responsabilité. Il est vrai que l’on s’y réjouit de la diminution du nombre de foyers imposables sans penser que l’impôt c’est aussi la contribution de chacun aux services procurés par la collectivité. Il est vrai que l’on n’y tolère la réussite que pour, aussitôt, dénoncer la richesse qu’elle crée.

Non, la « fraîcheur », ce n’est pas ce qui donne à bon compte les frissons que suscitent les rêves d’un grand soir révolutionnaire ! Non, la « fraîcheur », ce n’est pas ce qui nous invite à replonger dans des idéologies qui conduisent à l’affrontement et à la ruine ! Désolé : cette « fraîcheur »-là a des relents nauséabonds ! Pourquoi faudrait-il s’en réjouir ?

* Doit-on rappeler que le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) de Philippe Poutou ne revendique pas plus de 2000 adhérents tandis que Lutte Ouvrière à laquelle appartient Nathalie Arthaud ne peut se prévaloir que de 6 à 8 000 adhérents au plus ?

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