De quoi avons nous peur ?

Il y a des sondages qui passent inaperçus parce qu’en cette période électorale, ils ne sont pas de ceux qui évaluent les chances des candidats. Pourtant ils nous révèlent une face cachée de ce que nous sommes, de ce que nous pensons et méritent que l’on s’y arrête. Celui qui a été réalisé par l’institut Harris Interactive* au sujet de la question des réfugiés à l’occasion du 25ème anniversaire du Secours Islamique en est une bonne illustration.

Que nous dit-il ? Que nous sommes réticents à l’accueil de réfugiés : ce n’est pas nouveau, bien que notre pays en ait accueilli fort peu par rapport à certains de nos voisins et, en tout cas, bien moins que ce à quoi nous nous étions engagés ! Que nous pensons que l’accueil des réfugiés relève d’abord des Etats et des gouvernements et en second lieu des grandes associations humanitaires : en d’autres termes, que ce n’est pas notre affaire… Que nos voisins italiens et allemands estiment qu’ils ont déjà été suffisamment accueillants : ils ont déjà très largement pris leur part. Que les Britanniques qui sont les moins nombreux à estimer que cela relève de l’Etat sont aussi les plus nombreux à penser que chaque citoyen est redevable de cet accueil, contrairement à nous…

Ces quelques constats confirment l’impression d’une France qui, comparée à ses voisins, se replie sur elle-même, de Français qui préfèrent éluder le sujet, en faire porter le poids sur un Etat providentiel qui leur éviterait de se sentir atteints par cette crise …

Mais ce sondage nous révèle une autre vision de nous mêmes, plus préoccupante. En effet, à la question portant sur le risque de conflit grave qui nous imposerait de devoir quitter notre pays, 43% des Français estiment que ce risque est aujourd’hui important. Un peu plus de quatre Français sur dix considèrent donc que notre pays est sérieusement menacé de troubles de grande ampleur qui pourraient les conduire à prendre le chemin de l’exil !

Sommes-nous à ce point traumatisés par les attentats qui ont frappé notre pays ? Avons-nous une sensibilité à fleur de peau qui nous donnerait l’impression que nous, Français, sommes, plus que d’autres, directement menacés par les crises que connaissent d’autres régions du monde ? Serait-ce enfin que les tensions qui agitent la société française sont telles que nous serions nombreux à considérer qu’il nous faudrait quitter notre pays pour nous mettre à l’abri de troubles graves?

On peut toujours s’insurger contre cette fâcheuse tendance à l’auto – flagellation, à l’impression que rien ne va plus dans notre pays et que celui-ci ne peut que connaître le pire. Après tout, ceux qui ont trouvé refuge sur notre sol y connaissent une société en paix et somme toute relativement riche. Serions-nous donc incapables d’apprécier la chance qui est la nôtre ?

Ce sentiment d’insécurité fait aussi écho à l’étrange situation de notre pays dans cette période électorale. Nous avons conscience d’assister à la fin d’une époque, à l’écroulement d’un système et nous pressentons que cela ne se fera pas sans dégâts. Nous pressentons que notre pays est si affaibli qu’il ne peut plus ni tenir la place qui était la sienne dans le monde, ni même faire face seul aux menaces qui surgissent de toutes parts. Nous savons que notre grille de compréhension des rapports géopolitiques est sans doute obsolète, mais n’en avons pas trouvé d’autre. Nous voyons bien que l’économie connaît des mutations qui nous inquiètent et que les technologies changent notre rapport au travail mais aussi et surtout notre rapport aux autres. Nous savons que notre modèle de protection sociale est fragile…

Ce que ce sondage nous indique, c’est que nous avons peur ! Peur de l’avenir. Peur du monde qui nous entoure. Une peur d’autant plus vive que nous n’avons plus confiance dans les responsables qui prétendent diriger notre pays. Une peur qui se nourrit de notre désarroi et, surtout de notre absence de confiance en nous mêmes. Et si l’enjeu des prochaines échéances électorales était avant tout celui-là : nous redonner confiance en nous mêmes ?…

* Enquête réalisée dans cinq pays impactés par l’arrivée de réfugiés : France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne et Canada.

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