L’urgence et l’impatience…

Etaient-ils naïfs au point de croire qu’ils pourraient incarner le renouveau démocratique ? Se sont-ils bercés d’illusion parce qu’ils avaient la certitude d’avoir parfaitement mesuré l’espoir de changement qu’exprime notre pays ? Malgré la cohorte de ses « Faizeux », malgré les dizaines de milliers de personnes qui ont voté sur internet, ni Alexandre Jardin, ni Charlotte Marchandise la candidate sélectionnée dans le cadre de LaPrimaire.org, n’ont obtenu le nombre nécessaire de parrainages pour se présenter aux suffrages des Français. Serait-ce donc que le « système » a encore de beaux jours devant lui ?

Force est de le reconnaître, à l’exception d’un parfait inconnu (F. Asselineau), ceux qui se retrouvent sur la ligne de départ font peu ou prou partie du sérail, pour avoir déjà été candidats. On observera ainsi que l’extrême gauche est bien représentée. Toujours prompte à nous expliquer comment il faut abattre le système, jamais capable de se mettre d’accord, elle dispose cependant d’une opportunité de faire entendre sa voix inversement proportionnelle à ses scores électoraux passés. Avec elle, tout se passe comme si elle n’avait d’autre raison d’être que de faire un tour de piste tous les cinq ans pour profiter d’un temps d’antenne que lui octroient ainsi généreusement les élus qui la parrainent.

Si l’on peut s’interroger sur cette étrange survivance de l’ultra-gauche dans notre paysage électoral, on peut tout autant s’étonner que, dans la crise de la représentation politique que nous traversons, aucun des mouvements citoyens qui ont émergé ces cinq dernières années, n’aient pu obtenir la consécration d’une candidature. Est-ce, comme l’affirme Alexandre Jardin, l’effet de menaces de représailles proférées par des parlementaires auprès de maires ruraux ? Est-ce une conséquence des pesanteurs de notre système qui inciterait davantage les élus locaux à parrainer ceux qui en font déjà partie, dont l’extrême gauche ? Ou serait-ce plutôt le résultat d’une erreur de stratégie de la part des promoteurs de ces mouvements citoyens qui ont cru pouvoir passer directement à la case présidentielle sans investir au préalable la vie locale, terrain où se trouvent les « parrains » ?

Dès le début des années 70, la gauche militante s’était engagée dans la vie associative et dans la vie locale, inspirant des politiques nouvelles, et rajeunissant peu à peu ses cadres et ses élus. Après le coup d’envoi donné à « l’Union de la gauche » par François Mitterrand lors du Congrès d’Epinay en 1971, le nouveau Parti socialiste a pu s’appuyer sur eux. Et faire reposer ainsi sa prise de pouvoir de 1981 sur un vaste réseau enraciné dans le pays.

Il serait injuste aujourd’hui, de nier l’implication locale des récents mouvements citoyens. Cependant, leur diversité d’approches, leur dispersion sur le territoire, ne leur donnent ni visibilité sur le plan national, ni cohérence idéologique et programmatique. Et s’ils peuvent faire état d’expériences très positives de renouveau démocratique dans certaines localités, cela semble aujourd’hui encore trop anecdotique pour opérer le renversement citoyen qu’ils entendent promouvoir. Au surplus, ces mouvements semblent également dans l’incapacité de faire émerger des candidats aptes à affronter le suffrage universel dans chacune des 577 circonscriptions pour les élections législatives, garantie d’une crédibilité politique.

On pourra souligner que le mouvement lancé par Emmanuel Macron qui s’est situé, dès l’origine, en marge de notre système institutionnel a, lui aussi, fait l’impasse d’un investissement dans la vie locale. Le calendrier, d’ailleurs, ne le lui permettait pas. Mais en suscitant des adhérents et des cadres directement sur internet, il a en quelque sorte, réglé cette question par une implication citoyenne directe. La notoriété et le succès ont fait le reste : des élus le rejoignent, même si le plus dur reste à faire pour lui, c’est à dire donner une cohérence à ce qui est aujourd’hui un rassemblement parfois un peu disparate.

A l’évidence, il y a urgence à renouveler notre démocratie. Mais nous voilà confrontés à une contradiction qui va mettre notre patience à rude épreuve : l’impossibilité de faire coïncider urgence et démarche de long terme.

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