2017 : pour une éthique de la responsabilité ?

Que de dégâts ! Quoiqu’il arrive désormais, la révélation de la rémunération de l’épouse de François Fillon laissera planer un doute et entachera la crédibilité de celui qui apparaissait, voici quelques semaines, comme le favori de l’élection présidentielle. Et au-delà, porte atteinte à notre démocratie.

Sans doute, la ficelle est-elle bien grosse, et la manœuvre particulièrement tordue qui a consisté à lancer ces informations et une hâtive enquête préliminaire en ce début d’année… Sans doute y a-t-il quelque chose d’écœurant dans le flot d’injures et le déchaînement de haine qui se répand sur les réseaux sociaux. Pour autant, on ne peut se contenter ni de crier à la machination, ni de s’insurger contre la part de sexisme qui transparaît dans certains commentaires. Il est plus que temps, en effet, de prendre acte du fait que nous avons changé d’époque.

Fini le temps où des petits arrangements entre amis pouvaient passer inaperçus et procurer à des hommes politiques les grands moyens de leurs non moins grandes ambitions ! Fini le temps d’une fausse transparence, et des accommodements avec la vérité ! Fini le temps où des élus et leurs proches pouvaient empocher sans vergogne des sommes sans commune mesure avec les rémunérations des Français, et sans que soit établi un lien entre leur montant et le travail fourni ou les compétences nécessaires ! Au surplus, de tels montants donnent la désagréable impression que nos élus restent étrangers aux contingences du commun des mortels…

Bien sûr, on pourra toujours regretter que l’indignation soit à géométrie variable, puisque l’omerta règne toujours sur les sommes pharamineuses des contrats de stars du petit écran si prompts à donner des leçons à la terre entière. On pourra observer aussi que le tollé provoqué par de telles affaires n’est jamais aussi violent – et donc au moins en partie injuste – que lorsque des élus sont en cause. Cela signifie seulement qu’il y a des fonctions qui impliquent un niveau d’exigence morale supérieur aux autres.

Au cours des vingt dernières années, tant d’affaires ont défrayé la chronique politico-judiciaire* que nous pensions que nos élus en avaient retenu quelques leçons. Dans le même temps, ne nous trompons pas : les règles de transparence et de lutte contre les conflits d’intérêts ont considérablement progressé dans notre pays et, quelles que soient les dispositions prises, il restera toujours une zone de flou entre le comportement éthique d’un élu et celui qui ne le serait pas, fût-il respectueux des règles légales.

Cela signifie-t-il qu’il faille encore et encore réglementer et interdire ? Force est de le constater : nous voilà désormais au temps de la tolérance zéro. Et, quoi qu’il arrive le 7 mai prochain au soir, la question de l’éthique de la responsabilité sera centrale pour la qualité de notre démocratie. Nos futurs élus seraient bien inspirés d’y réfléchir dès à présent, non pour s’en emparer au point de se présenter comme les chevaliers blancs prêts à faire le ménage : nul n’y croirait. Mais pour se fixer des règles exigeantes en la matière et s’y conformer.

Faut-il interdire à un parlementaire de prendre pour assistant son conjoint ou l’un de ses enfants comme c’est le cas au Parlement européen** ? Pas sûr. Pas sûr non plus que l’on puisse exiger d’un élu de pouvoir prouver à tout moment un emploi du temps, les personnes rencontrées, les documents rédigés par un collaborateur : ce serait s’engager dans une voie inquisitoriale qui constituerait une réelle atteinte à la liberté et à l’indépendance du parlementaire lequel doit aussi pouvoir mener son travail en toute discrétion.

En revanche, il est temps de réduire le nombre de parlementaires, limiter le cumul des mandats, plafonner les indemnités, limiter dans le temps le nombre de mandats exercés, réaffirmer la fonction de contrôle du Parlement sur l’action gouvernementale : autant de mesures qui s’imposent pour revivifier notre démocratie. Tout comme l’instauration d’un véritable statut de l’élu qui permettrait d’éviter que des fonctionnaires ne trustent les mandats.

Mais ne nous donnons pas bonne conscience : ne faisons pas l’économie d’une reconnaissance collective, par nos concitoyens, du coût de la démocratie. Car ce n’est pas en exigeant de nos parlementaires qu’ils travaillent avec des bouts de ficelle que nous aurons une démocratie digne de ce nom !

* Est-il utile de rappeler les emplois fictifs de la mairie de Paris, celui de Xavière Tibéri au Conseil général de l’Essonne, l’affaire Urba qui révéla un système de fausses factures derrière lequel se cachait le financement du PS, le scandale de la MNEF qui éclata à la fin des années 90 et mit en évidence les arrangements financiers dont ont bénéficié nombre d’actuels caciques du PS alors condamnés ? Faut-il rappeler l’affaire Bygmalion et des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ? Ou encore l’affaire Riwal du nom de cette société qui assure des prestations de communication pour Marine le Pen, et les assistants parlementaires fantômes de députés FN au Parlement européen ?…

** Il suffit de ne pas être marié pour contourner cette règle, comme le fait Mme Le Pen qui y emploie son compagnon Louis Alliot.

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2 réponses à 2017 : pour une éthique de la responsabilité ?

  1. GAYET Anne dit :

    Voilà une réflexion avec mise en perspective vraiment salutaire, à un moment où chaque élu ou prétendant au service de l’Etat y va de sa diatribe moralisatrice. Du responsable de campagne de Benoît Hamon, le condamné de la MNEF Cherki, au député Fenech et j’en passe.
    En effet, il convient, à l’instar des mesures prises par le Parlement Européen, de légiférer dans chaque pays d’Europe soucieux de relever le défi d’une démocratie réveillée par ce que Marcel Gauchet appelle dans son dernier opus « Le nouveau monde ». En France comme en Roumanie, en Italie comme en Ecosse ou en Grèce, bien sûr, seul le retour de la loi endiguera ses dérives des sans loi, ou de ceux qui finissent par se vivre au dessus des lois.
    Puissent les tempêtes nettoyer aussi les esprits ou les consciences, afin que le système lutte plus efficacement contre ses tentations humaines, trop humaines, sans exlusive aucune….
    Merci en tout cas

  2. Bruno Voisin dit :

    Dans ce billet, j’ai évoqué « les sommes pharamineuses des contrats de stars du petit écran si prompts à donner des leçons à la terre entière « . Laurent Ruquier en est une éclatante illustration : il a fait preuve, ces derniers jours, d’un acharnement sur ce sujet et d’une constance à endosser le rôle de procureur. Mais il n’aime guère que l’on évoque sa rémunération. On comprend : elle est de l’ordre de 10 000 euros par émission, soit 40 000 euros par mois ! Alors, on parle d’indécence ?

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