Pour l’été, souvenirs à relire… (Suite)

3° … Tous ensemble vers un avenir pire

Sur la plage, entre une partie de pétanque et un pastis, les tourments de la politique nous semblent bien loin. Bien dérisoires aussi. Et l’on ne voudrait qu’en sourire sachant que dans quelques jours, quelques semaines tout au plus, nous serons lancés dans une campagne qui, de primaires en meetings, de débats en déclarations, nous conduira au soir du 2ème tour de l’élection présidentielle de 2017. L’avenir n’est pas écrit et les surprises ne manqueront pas. Alors, pour accueillir les mois qui viennent avec un peu d’humour, relisons la chronique de François Morel, diffusée sur France-Inter, le 17 juin 2011.*

Je voudrais aujourd’hui faire une déclaration solennelle. Nous sommes à moins d’un an de la présidentielle. Le président sortant semble aujourd’hui connaître des difficultés dans les sondages et, par conséquent, celui qui apparaîtra comme le chef de l’opposition, le candidat des socialistes, quel qu’il soit, pourrait avoir de grandes chances de l’emporter. Une chèvre, un mouton, un pré-salé estampillé PS aujourd’hui semblerait devoir l’emporter.

Je voudrais, le plus sereinement possible, et dans le plus grand souci d’apaisement, rassurer de nombreux socialistes et leur dire cette chose très simple qui je crois pourrait les réconforter au moment ou la perspective d’une victoire pourrait les inquiéter : tout désespoir n’est pas perdu.

Oui, je voudrais rassurer tous ces partisans des forces de progrès, toutes ces femmes, tous ces hommes qui pourraient craindre que la conquête du pouvoir ne soit aujourd’hui inévitable.

Non, rassurez-vous, chers combattants des guerres fratricides, chers disciples des petites chapelles, chers vieux chevaux d’écuries piaffant dans vos box solitaires, chers éléphants inquiets sur la piste de la savane s’ouvrant comme un boulevard, je voudrais vous tranquilliser, je voudrais soulager vos angoisses et vous dire ceci : il n’est jamais trop tard pour perdre une élection qui semblait gagnée d’avance.

Et je sais que, de ce point de vue, vous n’êtes jamais décevants, je suis certain que vous saurez mettre tous vos talents (et ils sont nombreux !), toute votre énergie (et elle est grande !), toute votre imagination (et elle est infinie !), pour vous anéantir, pour vous réduire en poussière, pour vous auto-détruire.

Et toi socialiste de Charente, et toi socialiste du Nord et toi socialiste de Corrèze, je sais que tu feras tout pour que Nicolas Sarkozy redevienne le meilleur prétendant au poste de président. Oui, tu es capable, par ton sens de la division, de remettre en selle un candidat sans monture, sans casaque, qui semble momentanément tombé de cheval.

Oui, je sais que tous ensemble, au cours du processus des primaires, vous saurez vous entre-déchirer, vous combattre les une les autres, pour le jour fatidique, choisir le candidat le moins bien placé, le moins enthousiasmant, celui qui aura le moins envie de gagner.

Oui, vous pouvez faire en sorte que le prétendant de la droite le plus critiqué, le plus rejeté jusque dans son propre camp, devienne à nouveau le candidat victorieux au printemps 2012.

Oui, la défaite est là, toute proche, à portée de main. Je suis sûr que, demain, un tribun, inspiré par toute l’histoire du Parti socialiste, du congrès de Rennes au droit d’inventaire, saura se lever, prendre la parole et dire, avec force : « Allons, socialistes, encore un effort et tous ensemble, tous ensemble, pour un avenir pire, perdons ! ». 

* Son titre exact était : « Socialistes, tous ensemble vers un avenir pire ». Otons le mot « socialistes », remplaçons le par Républicain ou centriste, substituons François Hollande à Nicolas Sarkozy, et sourions d’avance face à la glorieuse incertitude de la politique…

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