Pour l’été, souvenirs à relire… (suite et fin)

Demain, l’humanisme…

Le livre est récent (publié en avril dernier). Il est parfois ardu, tortueux, sans complaisance. Mais il est une constante invitation à la réflexion. Ceux à qui son titre fait redouter une difficile pérégrination vers les sommets, ceux qui craignent de se voir embarqués dans une aventure mystique n’y trouveront peut-être pas le sujet de leur quête. Car « Dieu par la face nord » d’Hervé Clerc * est aussi bien plus que cela : une invitation à découvrir d’autres manières de concevoir la spiritualité, d’envisager le monde. Et c’est un appel à une nouvelle forme d’humanisme. Un humanisme qui prenne en compte ce à quoi nous invite la modernité : l’altérité, la découverte des autres cultures, des spiritualités différentes.

« Les humanistes d’autrefois travaillaient dans l’ombre de la croix, doublement. D’abord parce qu’il existait autour d’eux une chrétienté, et secondement parce qu’ils devaient étendre leurs bras, démesurément et en sens opposés, pour concilier deux cultures de sensibilité contraire : la culture judéo-chrétienne et la culture gréco-romaine, Jérusalem et Athènes. Le choc de ces deux plaques a produit le feu follet nommé « Europe ». Les humanistes se tenaient sur la ligne de fracture, inclassables, toujours en travail, avec en ligne de mire l’universel, lequel n’est jamais atteint.

Aujourd’hui, ce travail est devenu plus compliqué que par le passé. Car ce ne sont plus deux pelotes que l’humanistes doit dénouer pour parvenir à une vision ouverte du monde mais trois : les monothéismes en incluant l’islam ; le pôle grec, porteur de l’indispensable pensée critique ; les pôles indien et chinois.

La conciliation se révèle vite impossible si l’on reste à la périphérie. L’humaniste de la Renaissance allait chercher l’unité où elle se trouve : au centre. Et de l’intuition, ou mieux de l’expérience qu’il avait du centre, il repartait en tâtonnant vers la périphérie. En chemin, il s’efforçait de relier, conjoindre, articuler, comme dit Roger-Pol Droit. Jamais il ne se résignait au cloisonnement. Ce faisant, l’humaniste, homme du large, entrait inévitablement en conflit avec les esprits étroits, littéralistes, intégristes, spécialistes, à la pensée fixe, provinciale, enclavée, dont l’activité favorite, hier comme aujourd’hui, est la morne sodomie des mouches.

On l’accusait, on l’accuse encore de syncrétisme, panthéisme, concordisme, salade niçoise. Mais lui sait ce que ses adversaires ignorent : que la vérité ne vit pas ni ne respire dans des carcans, et qu’il convient à présent, dans ce présent que nous nommons la modernité, de faire comme elle. »

* « Dieu par la face nord », par Hervé Clerc, éditions Albin Michel – 312 p.

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