Que serait-on sans la fête de Pâques des chrétiens ?

Il y a ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Et parmi les premiers, il y a les chrétiens qui, ce dimanche, ont commémoré l’événement le plus invraisemblable qui soit : la résurrection d’un homme mort au cours du supplice auquel il avait été condamné de manière expéditive. Depuis plus de deux mille ans, des millions de femmes et d’hommes se sont succédé au cours de ces nuits de Pâques pour se faire baptiser et affirmer ainsi leurs convictions. Pour nous dire que, tout bien réfléchi, et bien que ce soit incompréhensible, eux aussi faisaient de la découverte d’un tombeau vide et de cette résurrection un acte fondateur pour leur propre vie. Parce que cela signifie que, pour eux, la vie l’emportera toujours sur la mort et sur le mal.

Nul ne prétend que ces femmes et ces hommes n’auraient pas commis des fautes. Et l’Eglise n’a pas, non plus, toujours été exemplaire.

Pourtant, peut-on oublier ce que l’on doit aux femmes et aux hommes habités par cette Espérance ? Qui, en Europe, a mis fin à la répudiation des femmes par des hommes volages et peu scrupuleux ? Qui, avant que l’Etat ne s’en préoccupe, a créé ces hôpitaux dont certains s’appellent encore « Hôtel-Dieu » pour soigner les malades ? Qui a accueilli les vieillards et les indigents, leur donnant un toit dans ses hospices ? Qui, bien avant la République, a créé des écoles, pas seulement pour les garçons, mais aussi pour les filles afin de leur donner une formation qui leur permettrait de ne pas dépendre des hommes ? Qui a créé ces « patronages » pour proposer des loisirs à des jeunes, et leur éviter de traîner dans les rues ? Qui a redonné leur dignité à ces délaissés que la société avait rejetés si ce n’est l’Eglise, ses congrégations, ses associations, ses fidèles ?

Même s’ils préfèrent le passer sous silence, nos dirigeants savent bien ce que notre société doit à ces associations caritatives qui, grâce à la générosité de leurs donateurs, assurent des missions que l’impôt ne prend pas à sa charge. Ils savent aussi que ce sont leurs bénévoles qui apportent la chaleur d’un regard, la fraternité d’une main tendue à des sans abri que ne veulent pas croiser certains habitants des beaux quartiers. Ils savent que sans cette générosité, sans cette présence souvent discrète, le mot fraternité serait vide de sens. Et parmi ces associations, les plus anciennes, les plus importantes ont été créées par des chrétiens qui constituent aussi l’essentiel de leurs donateurs et de leurs bénévoles.

Aujourd’hui on voudrait reléguer la religion dans la sphère privée, lui interdire l’espace public. On voudrait en quelque sorte dire à ces chrétiens solidaires que la société veut bien leur prendre de leur temps et de leur argent tout en leur refusant d’affirmer ce qu’ils sont. Outre le mépris que comporte une telle exigence, c’est oublier que pour les chrétiens, leur générosité, leur participation active à ces associations est indissociable de leur religion, même s’ils ne la brandissent pas comme un étendard. Parce qu’il s’agit pour eux de la mise en pratique de l’enseignement qu’ils ont reçu et de leurs convictions.

Une telle mise à l’écart serait au demeurant contraire à l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme * lequel précise que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ». Y compris en public ! Y compris par l’enseignement, c’est à dire en faisant connaître cette Espérance et en la partageant.

Quelles qu’aient pu être les fautes passées et quelles que soient celles qui ne manqueront pas d’advenir dans le futur, l’apport de la religion chrétienne à notre société est considérable. Pas seulement sur le plan patrimonial ou culturel, mais aussi parce que la conception de l’Homme qu’elle sous-tend irrigue le corps social, donne du sens à certains mots comme ceux de justice et de fraternité. Faut-il le nier ? Faut-il l’oublier au lendemain de Pâques ? Faudrait-il se priver de ce que nous apportent ceux qu’anime une telle Espérance ?

* On retrouvera l’intégralité de cette Déclaration Universelle des Droits de l’Homme sur le site des Nations Unies http://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/

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