Myriam El Khomri et Jean-Jacques Bourdin ou la double arrogance

« Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu ». C’est sans doute en paraphrasant la célèbre réplique de « La guerre des boutons » que la Ministre du Travail a du se refaire le film de sa navrante prestation sur BFM TV. Pour autant, en rester au caractère pathétique de son incapacité à répondre à une question sur le CDD, de ses approximations et de son incapacité à gérer cette situation, non merci ! Se mettre à hurler avec les loups non plus. Alors quoi ?

Alors, il y a belle lurette que la posture de Jean-Jacques Bourdin est pour le moins déplaisante. Sous couvert de « faire peuple », sous couvert de poser les questions qui dérangent, ce journaliste se croit autorisé à jouer au maître d’école ; autorisé à poser des questions de cours à ses interlocuteurs ; autorisé à humilier ceux (ou celles) qui, sans être des élèves, ne savent pas répondre ; autorisé à les coiffer du bonnet d’âne, en sachant parfaitement ce que les réseaux sociaux en feront. Et il aura toujours beau jeu de répliquer qu’en révélant une incompétence, il apporte une information utile…

Avec le duo Jean-Jacques Bourdin – réseaux sociaux, nous voilà donc revenus aux pires moments de ce que nous avons vécu enfants dans une cour de récréation : moqueries et humiliations, rejet par le groupe tandis que l’arrogant « maître Bourdin», drapé dans une soi-disant neutralité, regarde goguenard le spectacle de ceux qui s’acharnent sur la victime qu’il aura montrée du doigt. Avec la parfaite bonne conscience de celui qui, d’un jour à l’autre, sait varier le choix de ses victimes…

Alors, sachant comment cela se passe, la question se pose : faut-il vraiment aller chez Jean-Jacques Bourdin ? Nos femmes et hommes politiques sont trop soucieux de paraître pour renoncer à une telle estrade. Et leurs communicants trop prompts à leur vanter les mérites qu’ils tireront en termes d’image d’un passage sur le grill de son émission. En omettant le fait que rares sont ceux qui savent oser refuser de telles questions, botter en touche ou, comme Georges Marchais dans les années 80, bousculer leur interviewer au point de le faire taire.

Mais les temps ont changé. Et nos politiques n’ont semble-t-il pas encore perçu le caractère éminemment pervers des vidéos en boucle sur internet, abondamment commentés, extraits sélectionnés qui gomment l’essentiel des interviews pour n’en retenir que l’accessoire. Et dans leur arrogance, dans la certitude qu’ils sauront toujours s’en tirer, ils y vont, y reviennent, se prennent les pieds dans le tapis et le paient au prix fort.

Si les gouvernants y perdent leur crédit, pas sûr que l’opposition y trouve son compte car il reste dans l’esprit du public la terrible impression que pour exercer des responsabilités, il vaut mieux être bien vu du monarque que compétent ; que pour réussir en politique, les amitiés comptent plus que le travail ; que pour prétendre gouverner, il n’est pas besoin de connaître la réalité économique et sociale du pays. Comment s’étonner dès lors que cette double arrogance, celle de médias sans responsabilité et de politiques plus avides de paraître que d’agir, fasse grossir les rangs des abstentionnistes ? Comment s’étonner qu’elle serve les intérêts de ceux qui, n’ayant jamais exercé le pouvoir, prétendent apporter des solutions miracles ?

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Une réponse à Myriam El Khomri et Jean-Jacques Bourdin ou la double arrogance

  1. Charles S. dit :

    Bourdin fait de la radio-poubelle. Il faut voir comment s’en moque le Petit Journal pour se rendre compte de sa capacité de populisme. Dommage pour un journaliste de tomber là-dedans.
    Toujours est-il que l’animal politique préfère se faire mettre en boîte pour que justement les médias sociaux en parle. Parce que quelque soit le contenu pourvu que l’on parle de lui.
    J’ai appris récemment que Marchais préparait de fond en comble ses interviews, comme un acteur, son rôle.
    A ce propos, Myriam El Khomri incarne un coup de com’ de Hollande. Mais je dois reconnaître que son ingénuité, liée à son manque d’expérience, la rend fort sympathique.

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