Air-France et « Charlie » : faut-il tout excuser ?…

Faisons un retour sur deux images qui ont marqué la semaine passée. Deux images qui en disent long sur notre époque, sur notre pays, sur la conception que l’on s’y fait du dialogue, du respect de l’autre. Il y a d’abord ces images de cadres dirigeants d’Air France violemment pris à partie par des syndicalistes, au point de se retrouver les vêtements déchirés, à devoir escalader une clôture grillagée pour échapper à des individus déchainés. Il y a eu ensuite cette une de « Charlie » mettant en scène une caricature de Nadine Morano titrée « la fille trisomique cachée de De Gaulle ».

Dans le premier cas, ces photos qui ont fait le tour du monde, révèlent une violence des rapports sociaux que l’on n’imaginait plus. Certains commentateurs n’ont pas manqué d’y voir une parfaite illustration des rapports de force dans une lutte des classes que l’on aurait oubliée. Et ce faisant, d’en excuser les auteurs, car, après tout, ils n’auraient fait que répondre à la violence exercée par un patronat qui ne craint pas de brandir la menace de licenciements en grand nombre. Mais quoi qu’on dise pour expliquer le niveau d’angoisse et d’exaspération des salariés auquel est parvenue cette entreprise, on ne peut que s’inquiéter, à la fois de cette violence et des excuses qui lui sont données. Car enfin serait-ce parce qu’il a un col blanc qu’un homme peut être légitimement plus qu’un autre pris à partie, molesté par une foule ? Faut-il oublier les hommes pour ne retenir que la fonction qu’ils exercent au sein d’une entreprise ? Faut-il que la violence physique soit la seule réponse de salariés désemparés lorsque le « dialogue social » devient dialogue de sourds ? Faut-il excuser la lâcheté d’une foule ? Faut-il oublier que lorsque le combat pour la justice passe par la violence, il devient injustice ?

Dans le second, on peut se poser cette question : peut-on encore être « Charlie » ? Une femme politique dérape en citant des propos jamais authentifiés du général De Gaulle datant d’une autre époque, et voilà qu’elle est la cible d’une polémique dont la violence prend parfois une tournure hystérique. On pourra toujours dire qu’elle l’a bien cherché. Et dans ce contexte, que « Charlie » s’en prenne à Nadine Morano, n’a rien du surprenant : elle a tout pour faire une parfaite tête de turc aux yeux des rédacteurs de ce journal. Mais que sa caricature soit titrée « la fille trisomique cachée de De Gaulle » dépasse l’entendement. Car si certains y voient seulement une attaque violente contre une femme politique, retenons aussi que pour la ridiculiser ce journal s’en prend aux plus faibles, à ceux qui n’ont pas les moyens de lui répondre, à ces personnes que ces potaches mal – intentionnés semblent mépriser. Que « Charlie » s’en prenne aux puissants, on peut s’en réjouir. Qu’il s’en prenne aux plus faibles parmi les plus faibles en dit long sur l’arrogance de ceux qui se croient plus malins et plus intelligents que les autres. « Charlie » n’aurait-il pas pris l’humour et la liberté d’expression en otages ? Et faut-il toujours laisser croire qu’il est le symbole de cette liberté que nous chérissons ? Si c’est pour imposer une conception de la société dans laquelle les petits et les faibles d’esprit sont méprisés, non merci !

Alors, faut-il vraiment excuser la violence des foules en colère ? Faut-il vraiment se moquer de tout et de tous ?…

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