Dignité de l’Homme, responsabilité de l’Europe

Il n’est pas vain, quoiqu’en aient pensé quelques irréductibles, que le chef d’une Eglise universelle, issu d’un autre continent, né dans une famille qui avait quitté cette Europe pour fuir la pauvreté, nous ait interpellé sur le projet européen.

Nous ne le savons que trop : si les citoyens de l’Union ont, au printemps dernier, exprimé leur désenchantement à l’égard de l’Europe, c’est parce qu’elle apparaît à beaucoup comme une source de difficultés plus que comme une solution à leurs problèmes. Et les propos du Pape François font écho à ce désenchantement. Il a ainsi pointé du doigt les faiblesses de l’édifice européen. D’abord, une construction centrée sur l’économie, et non sur la personne humaine. Une construction qui accentue les inégalités, accroît le nombre des laissés pour compte de la prospérité, et ne prête pas attention aux plus faibles. Ensuite, une conception étriquée des droits humains réduits à des droits individualistes. Enfin, une indifférence à l’égard des migrants, faute pour l’Union de savoir simultanément protéger les droits de ses propres citoyens et accueillir dans la dignité ceux qui espèrent y bâtir leur avenir…

Et pourtant ! Ce modèle européen nous est envié. Pas seulement parce que notre continent apparaît à d’autres comme un ilot de prospérité et de paix. Mais aussi parce que la culture y a dessiné un art de vivre ensemble, une conception de la démocratie dont la construction politique de l’Union n’est que l’une des expressions.

C’est la raison pour laquelle cette Europe porte une immense responsabilité à l’égard du reste du monde. Parce qu’elle a connu les pires divisions et, à une échelle inégalée, les pires massacres que l’humanité ait connus et que, sur ses propres ruines, elle a su bâtir un modèle politique et démocratique unique. Parce qu’elle a su faire de ses particularités une richesse. Parce qu’elle a su allier humanisme et progrès. Cette capacité à surmonter différences et divisions, les autres continents nous l’envient. Or, tout se passe comme si nous l’avions oublié ! Fruit d’une tradition humaniste, issu d’un brassage de cultures et de religions parmi lesquelles le christianisme a occupé une place centrale, ce projet est aujourd’hui en panne, incapable d’esquisser son avenir. Parce qu’il a oublié ses racines. Parce qu’il a donné la priorité à l’économie sur la dignité de l’homme. Parce qu’un excès de technocratie lui a fait, peu à peu, abandonner les valeurs sur lesquelles il est fondé…

Non, les deux discours du Pape François à Strasbourg ne sont ni des coups portés à droite ou à gauche selon les sujets, pour satisfaire alternativement les uns ou les autres. Ce ne sont pas des homélies qui seraient tout juste bonnes à méditer par les seuls catholiques. Ce sont bien plus : des invitations à l’action, à réveiller le projet européen en le refondant sur la dignité de l’Homme. A construire cette Europe qui n’aurait plus peur de son avenir parce qu’elle saurait regarder son passé et assumer ses valeurs. Une Europe « précieux point de référence pour toute l’Humanité ! »…

 

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Une réponse à Dignité de l’Homme, responsabilité de l’Europe

  1. François E. dit :

    Je souscris complètement à ce propos. Ce qui m’a frappé est la cohérence du discours du pape, axé sur une anthropologie de la relation, récusant à la fois individualisme (une clôture sur soi qui peut être à l’échelle de l’individu au sens strict ou de la nation) et collectivisme (fusion indifférenciée). L’Europe a une riche tradition, qui a pu se dévoyer à certaines époques (pensons au colonialisme pour prendre un peu de champ historique), mais qui mérite d’être méditée. Cela suppose une connaissance de l’histoire européenne au-delà des clichés. En outre, le christianisme a été fécond pour l’idée européenne, dans la mesure où il a été un lieu de rencontres, de confrontations, d’échanges. Souhaitons qu’il le reste (ou le redevienne).

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