Le souffle de l’Acropole…

Il est de bon ton de brocarder le nouvel occupant de l’Elysée. Pour certains il serait immature. Pour d’autres il serait davantage préoccupé par son image que par l’amélioration du sort de nos concitoyens. Pour d’autres enfin, son libéralisme discréditerait tous ses propos quels qu’ils soient. Versatile, l’opinion lui fait connaître aujourd’hui les désagréments de l’impopularité sans doute au motif qu’il n’a pas encore réalisé, trois mois et demi après son accession au pouvoir, la totalité de ses promesses. Et les journalistes qui, fascinés, avaient observé son irrésistible ascension, ne sont pas en reste…

Pourtant, si l’on accepte ne serait-ce qu’un instant, de mettre de côté quelques cafouillages et des maladresses de style, de ne pas buter sur un seul mot, si l’on prend soin de lire attentivement certains de ses discours, force est de lui reconnaître un certaine énergie pour tenter de faire bouger les lignes. C’est le cas avec le discours sur l’Europe qu’il a prononcé devant l’Acropole d’Athènes le jeudi 7 septembre. Bien sûr, certains ont ironisé sur la mise en scène qui voulait rappeler le discours prononcé exactement au même endroit en mai 1959 par André Malraux : n’est pas Malraux qui veut ! Mais enfin, il n’avait nul besoin de tomber dans la grandiloquence de l’écrivain pour donner du souffle à son propos.

Car enfin, revenons aux reproches faits à l’Europe ? Une perte de souveraineté, c’est à dire de notre capacité à décider nous mêmes de notre avenir ; une absence de démocratie, autrement dit une confiscation par des élites  de cette capacité des peuples à se déterminer ; une perte de confiance enfin qui n’est que la conséquence des précédentes et conduit les peuples à se replier sur eux-mêmes et à oublier leur destin commun.

Alors, quand Emmanuel Macron évoque la nécessité de retrouver la force de l’espérance, quand il parle longuement de souveraineté, de démocratie, de confiance, il met des mots sur ce qui manque aujourd’hui cruellement à une Europe qui connaît la crise et l’échec. S’il s’était contenté d’agiter ces mots comme des incantations, son discours aurait été creux et son écho se serait perdu dans les ruines de l’Acropole. Mais c’est bien un discours de la méthode qu’il a prononcé.

Refonder l’Europe, c’est lui donner la capacité de concilier son attachement non seulement à la liberté et à la démocratie mais aussi, en même temps, aux équilibres sociaux. C’est conjuguer responsabilité et solidarité. C’est définir des ambitions communes, celles qui nous permettront d’affronter dans la solidarité les défis à venir (défis énergétique et numérique, crise migratoire, dérèglement climatique, etc.).

Alors quand il esquisse le contenu d’une feuille de route, celle-ci mérite d’être regardée avec d’autant plus d’attention qu’elle s’écarte des habitudes dans lesquelles s’enlise l’Union européenne depuis des années. La démocratie, c’est le débat. Alors pourquoi pas organiser des conventions démocratiques dans chacun des pays de l’Union pour que soient discutées les termes de ce que nous voulons ensemble ? Pourquoi pas des listes transnationales pour les prochaines élections européennes ? Pourquoi pas un Parlement de la zone Euro ?…

Et puisque le patrimoine que nous partageons et que le monde nous envie est notre richesse, pourquoi ne pas mettre aussi les langues et la culture au cœur de notre ambition ?

Tandis que Malraux invoquait les mânes de Sophocle écrivant Antigone et celles de Périclès qui avait fait ériger le Parthénon, tandis qu’il affirmait « puisse le monde ne pas oublier le grave cortège des morts de jadis », Emmanuel Macron se tourne vers l’avenir et la jeunesse. Il en appelle à notre capacité à refonder l’Europe, à retrouver la force du débat, de la controverse démocratique qui avait cours sur la Pnyx, cette colline d’Athènes où se tenait l’assemblée des citoyens.

Ce faisant il lance un double défi. L’un aux dirigeants européens : auront-ils l’audace d’accepter cette transgression, de cesser de mettre en avant leur différences pour, enfin, définir des objectifs communs ? L’autre aux citoyens que nous sommes : saurons-nous nous mobiliser pour peser sur notre destin ?

Cela mérite mieux que de dérisoires polémiques, non ?

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Une réponse à Le souffle de l’Acropole…

  1. Chanoz dit :

    On peut certes accabler Emmanuel Macron de nombreux défauts au premier rang desquels une certaine suffisance mais il paraît indéniable qu’il est l’un des seuls dirigeants européens à pouvoir faire évoluer l’Europe qui En à bien besoin et depuis longtemps.

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