Coup de vieux !…

Un Président de 39 ans qui a bâti son projet sur le pari d’une recomposition du paysage et des comportements politiques, cela flanque un coup de vieux. Surtout à tous ceux qui ne parviennent pas à se défaire de leurs anciennes et mauvaises habitudes.

Mauvaises habitudes : les parachutages et le nomadisme électoral qui donnent aux électeurs l’impression qu’ils ne sont que des pions dans un calcul carriériste. N’est-ce pas, M. Mélanchon ?

Mauvaise habitude : le « retenez-moi ou je fais un malheur » destiné à relancer marchandages en coulisses et tractations d’appareils. N’est-ce pas M. Bayrou ?

Mauvaise habitude : prendre le moindre prétexte pour taper en oubliant que sur certains sujets, l’on n’a pas de leçon à donner. C’est le cas lorsque, à droite, on s’indigne du sort réservé à M. Valls ou que l’on dénonce la procédure d’investiture centralisée du mouvement créé voici un an par le nouveau Président de la République. N’est-ce pas M. Baroin ?

Il est vrai qu’un Président de 39 ans, cela rebat les cartes. Et Les Républicains ont beau tenter de se donner un coup de jeune en mettant en avant un homme au physique de jeune premier jusque-là cantonné aux seconds rôles, ils ne peuvent cacher qu’il est de 13 ans plus âgé que celui qui vient de rentrer à l’Elysée ! Cela ne rend que plus évidente l’incapacité dans laquelle la droite a été de renouveler son personnel politique. De plus, quand cet homme tient des propos qui semblent réitérer ceux de ses aînés, on ne peut que constater que sa période d’apprentissage n’a que trop duré et qu’au final, il n’en a retenu que des réflexes aujourd’hui dépassés. C’est ce que démontrent à la fois le geste d’Edouard Philippe qui a accepté de devenir Premier ministre et celui de certains leaders de la droite qui entendent participer à la recomposition en cours…

En réalité nous sommes entrés dans une période intermédiaire. Tandis qu’émerge une force nouvelle qui n’a pas encore pris ses marques, tandis que s’engage une démarche différente, les pesanteurs restent vives au sein des formations politiques traditionnelles qui ne parviennent pas à changer de logiciel. Au point que même M. Valls considère comme « pathétique » le spectacle offert par son propre parti.

Oui, une législature ne sera pas de trop pour se débarrasser des scories du passé, pour apprendre à penser autrement la politique.

Qu’on ne se méprenne pas : pas question ici de faire du « jeunisme », de s’enthousiasmer sans discernement de tout ce qui viendrait du côté du vainqueur de l’élection présidentielle. Mais tout de même, s’ils croient que, de cette manière, ils vont nous convaincre, ses opposants se trompent. Et c’est sans doute en vain qu’ils tentent de nous persuader qu’il convient d’imposer au Président élu une cohabitation avec des forces qui l’ont combattu.

En réalité, derrière ces postures, ces déclarations à l’emporte-pièce, se cache une réalité plus prosaïque : l’argent ! L’heure est venue où il faut se compter. Compter ses électeurs, compter ses députés. Car peu importe que l’on soit majoritaire ou pas. Seuls comptent ces chiffres sur lesquels seront calculées les sommes allouées aux partis politiques pour leur financement public. Un exemple : avec moins de 5% d’électeurs au premier tour de l’élection présidentielle, N. Dupont-Aignant ne peut être remboursé de ses frais de campagne. Il était donc urgent qu’il mette un terme à son accord avec le Front National pour présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. La seule manière pour lui de s’assurer d’un nombre d’électeurs qui garantisse sa survie. De la même manière, il est essentiel pour J-L. Mélanchon de recueillir le maximum de voix sur l’ensemble du territoire, et donc de capitaliser (un gros mot pour lui, pourtant !) sur son score électoral à Marseille…

Ce qui compte donc aujourd’hui pour les grandes formations politiques, ce n’est pas réellement d’influer sur le cours des choses dans les mois à venir ; c’est de se compter et de résoudre des problèmes de trésorerie. Pour elles, le reste a peu d’importance : la recomposition attendra !

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Une réponse à Coup de vieux !…

  1. Serge Galibardy dit :

    Oui, bien sûr, la trésorerie, fameux nerf de la guerre.
    Vraiment, je crois que ce qui se joue, c’est la survie, et peut-être l’agonie, de ces partis qui se sentent à ce point menacés qu’ils génèrent des comportements paniques fondés sur des réflexes devenus inadaptés.
    Pire encore, l’existence du projet Macron, en dépit de sa nouveauté, est en proie aux mêmes risques d’obsolescence car parcouru par les mêmes réflexes et comportements sclérosés.
    Période fragile de la mue.
    Temps nécessaire et vulnérable où pendant que s’éteint le vieil homme, il faut que puisse croître et forcir l’homme nouveau.

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