« Famille, je vous hais »…

A l’heure où la pétition contre le projet de loi visant à réformer le code du travail dépasse le million de signataires, François Hollande ne trouve rien d’autre à faire que changer l’appellation du ministère de la famille pour le nommer « Ministère des familles ». Moins d’un mois après un remaniement ministériel qui avait déjà modifié l’intitulé de ce même ministère (suscitant d’ailleurs la grogne de certaines féministes qui regrettaient que l’on y ait associé famille, droit des femmes et enfance), cette décision mérite que l’on s’y arrête. Parce que les mots le valent bien, et que le moment choisi n’est pas anodin.

Les mots ne sont pas neutres. En choisissant les familles et non la famille, le chef de l’Etat reconnaît implicitement que sur la famille, il n’a aucune conviction, que les différentes formes de famille ne sont pour lui que des clientèles électorales. En effet, loin d’inclure dans une même réalité les formes diverses que prend aujourd’hui la famille : famille « traditionnelle », familles éclatées, familles à géométrie variable, familles homoparentales, familles monoparentales, il les sépare en autant de catégories auxquelles devraient donc correspondre des droits spécifiques. En évacuant « la » famille, comme pour éviter de reléguer au second plan celles qui ne correspondraient pas au modèle traditionnel, il oppose entre elles ces formes de famille, montre son rejet du schéma classique et écarte même toute idée de modèle. Ce faisant, il fait passer au second plan le fait que la famille est le lieu où se joue une part essentielle de la construction de la société : construction affective de l’enfant,   apprentissage de l’altérité, transmission de savoirs et de valeurs, solidarité entre générations… Comme si l’Etat n’avait pas à se préoccuper du cadre dans lequel peuvent s’épanouir les citoyens de demain. Comme si les tribunaux n’avaient pas à traiter régulièrement des effets destructeurs de l’éclatement des familles, de l’absence de modèles paternels ou maternels…

Certains, à droite, s’en sont indigné. Mais ce n’est pas parce que l’on ne partage pas – tant s’en faut – toutes leurs idées, qu’il faudrait ne jamais les approuver.

Tout à son obsession d’éviter les « discriminations », F. Hollande pose donc un acte, en réalité destructeur de la famille, plus que ne l’a été l’introduction du mariage pour les personnes de même sexe. Et tout cela, de manière anodine, car ce changement a été annoncé en catimini au détour d’une interview à un magazine féminin, sans réelle explication. Le fait du prince donc… Et l’on continuera à s’interroger : sous quelles pressions ?…

Enfin, le moment choisi pour un tel changement est singulier. Car il survient à l’heure même où le projet de loi visant à réformer le code du travail suscite plus que des états d’âme à gauche, la grogne des syndicats, l’inquiétude des lycéens et des étudiants… En quelque sorte, F. Hollande a choisi le temps où son gouvernement se voit accusé de brader des acquis sociaux pour faire un geste symbolique (mais pas que, on vient de le voir !) en direction de ces clientèles du PS soucieuses de se voir reconnaître des droits spécifiques.

Le Président de la République donne raison à ces penseurs* qui observent que le PS a abandonné le terrain social sur lequel il n’entend plus agir, pour limiter son action à l’octroi de droits nouveaux, droits segmentés, réservés à certaines catégories. Loin de reconnaître « que ce qui nous est commun a plus d’importance et de valeur que ce qui nous est propre » (pour reprendre l’expression de Laurent Bouvet*), F. Hollande en perdition tente d’éviter le naufrage en adressant des signaux à une partie de son électorat. Pas sûr que cela marche. Et pour ceux qui pensaient que le chef de l’Etat avait pour mission d’assurer la cohésion du corps social, une fois de plus, c’est raté !

* Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa en faisaient le constat dans leur ouvrage « La gauche et le peuple ». Et Laurent Bouvet, dans « L’Insécurité culturelle », tirait des conclusions identiques. Vous retrouverez les notes de lecture sur ces ouvrages en cliquant dans le menu ci-dessus.

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