Et si Noël…

Et si la fête de Noël, ce n’était pas seulement de joyeuses retrouvailles familiales, de bons repas partagés, des échanges de cadeaux, le plaisir d’enfants comblés ?… Et si, pour un instant, nous écoutions cette histoire en oubliant que pour les chrétiens, cette fête célèbre la folie d’un Dieu qui se fait homme ?…

Noël, ce serait alors l’histoire d’un couple qui a fait plus de cent cinquante kilomètres à pieds. Un couple qui obéit aux injonctions d’une puissance d’occupation. Une puissance étrangère soucieuse de compter ceux qui lui sont soumis pour mieux leur imposer sa loi. Ce serait l’histoire d’un homme qui se dirige vers le village de ses origines, mais à qui tout le monde claque la porte au nez. Ce serait l’histoire d’une mère jetée à la rue dans le froid d’une nuit d’hiver, au moment même où elle allait accoucher. L’histoire de la naissance de son enfant.

Ce serait l’histoire de Meriam, Maryam ou Marie, c’est selon. Une très jeune fille dont personne ne sait vraiment qui l’a rendue enceinte. L’histoire d’un homme aussi. Il s’appelait Iosef, Youssef ou encore Joseph, on ne sait pas vraiment. Un homme plus âgé qu’elle et qui, malgré cette indignité, l’a prise sous sa protection.

Ce serait une histoire d’animaux, des bêtes de travail, seuls témoins de l’événement. Ce serait une histoire de bergers pouilleux qui, on ne sait trop pourquoi, auraient quitté leur pâture et se seraient dirigés vers le lieu où est né ce bébé pour lui donner le peu qu’ils ont : de la laine de leurs moutons pour le réchauffer, une cruche de lait de leurs brebis pour sa maman affaiblie mais à la fois rayonnante d’un bonheur qu’elle peine à comprendre, et déjà soucieuse du destin de son enfant.

Ce serait enfin l’histoire de ces hommes venus d’Arabie, d’Afrique ou des confins de l’Inde pour le voir. Des hommes qui ont marché des jours et des semaines sous un soleil implacable, grelotté la nuit sous des ciels étoilés, traversé les mers et tous les déserts, affronté tous les périls. Chacun d’eux, venu de son pays avec les cadeaux les plus rares, est ensuite reparti avec une richesse plus grande encore : la certitude que dans la fragilité d’un enfant, de cet enfant, réside une force, une espérance que rien ne peut arrêter.

Alors, Noël ne serait pas que la grande fête de la consommation, de la débauche de victuailles et de cadeaux. Noël ne serait pas que la célébration du bonheur des enfants et des familles réunies. Noël serait aussi la fête de ceux qui sont rejetés et exclus. Ce serait la fête des plus fragiles et des plus pauvres qui partagent leur maigre bien ; la fête des femmes méprisées parce qu’elles abritent en elles un mystère qui trouble les hommes et qu’elles disposent d’un pouvoir qu’ils n’auront jamais : celui de donner la vie. La fête des hommes bienveillants et celle des étrangers aux croyances différentes. La fête de ceux qui, par des sourires et des gestes simples, savent accueillir plus pauvre qu’eux.

Ce serait la fête des hommes de bonne volonté. De ceux qui, si on savait les accueillir et les écouter, nous aideraient à changer le monde. Et pourtant…

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