Ré-enchanter la campagne ?

Morne campagne ! Aux « affaires » ont succédé les violences suscitées dans certaines banlieues par un contrôle policier particulièrement brutal. Désormais, les déclarations des candidats semblent se perdre dans une indifférence grandissante de l’opinion. Il y a bien, ici et là, des propos plus vifs qui tentent de ranimer la flamme, mais on sent bien que le cœur n’y est pas.

A gauche, la tentative avortée d’une union tactique entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélanchon aura fait couler plus d’encre qu’elle n’aura mobilisé les énergies de ceux qui auraient pu construire un front commun. La force des égos l’aura emporté sur l’opportunité de créer une nouvelle dynamique et confirmé le caractère irréconciliable des deux camps. Quant à l’esquisse d’un programme commun entre le candidat du PS et celui des écologistes, elle ne fait rêver que ceux qui ne se sont pas encore aperçu du fait que les « verts » ne représentent plus grand-chose.

A droite, un François Fillon plus que jamais droit dans ses bottes poursuit une campagne peu audible tant il a troublé certains de ses électeurs et doit faire face à un profond désenchantement. Enfin, le centre dont Emmanuel Macron occupait encore seul l’espace en attendant que François Bayrou ne se déclare, cherche le projet qui pourrait être le sien.

Pendant ce temps, imperturbable, la candidate du Front National poursuit sa campagne avec la tranquille assurance que les affaires de détournements de fonds et d’emplois fictifs qui la cernent n’auront pas de prise sur son électorat.

Dans un peu plus de soixante jours, nous allons voter. Nous devrions donc être en train de débattre de l’avenir, c’est à dire de la place et du rôle de l’Etat dans notre société, de la manière de rendre l’école plus performante, de la façon dont la collectivité doit faire preuve de solidarité à l’égard des plus pauvres et des exclus, de la contribution de la France à la relance du projet européen, de la voix qu’elle devra faire entendre sur la scène internationale… Mais il n’en est rien ! Dans ce contexte morose, comment éviter que le désenchantement ne se transforme en abstention record pour les scrutins des 23 avril et 7 mai ?

Il semble bien que les électeurs de Marine Le Pen soient les plus résolus, ceux qui seront les moins enclins à changer d’avis. Les autres sont manifestement moins déterminés quant au bulletin qu’ils mettront dans l’urne. Un nombre élevé d’abstentionnistes risque donc de profiter à la candidate du FN. Au premier tour en lui assurant une confortable avance sur ses adversaires, ce qui peut contribuer à créer une dynamique en sa faveur. Au second en la faisant bénéficier des effets dévastateurs de mauvais reports de voix à, droite, au centre ou à gauche.

Sans aucun doute, la perte de confiance dont pâtissent l’ensemble des formations qui ont occupé le devant de la scène des années durant pèse lourd dans ce climat. Mais l’abstention pourrait être autant l’effet de la morosité que de cette perte de confiance. Qui saura ré-enchanter la campagne ?

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