« L’épée de Bolivar… »

Réjouissons-nous ! Il parait qu’un système politique a fait « la démonstration de la possibilité de bâtir une société juste et souveraine pour tous les peuples ». Alors, il nous vient une irrésistible envie d’aller le voir. Oui, mais voilà : il s’agit du système mis en place à Cuba par Fidel Castro ! Oubliées les milliers de victimes de son régime, emprisonnées, torturées, exécutées. Oubliée la pauvreté à laquelle il a condamné son peuple. Oubliés les échecs des guérillas exportées en Afrique et en Amérique latine par Castro et les milliers de morts qu’elles ont provoqués. On pourrait en rire si cela n’était si tragique. Et en tout état de cause, cela souligne l’étrange aveuglement du Secrétaire général du Parti Communiste français qui a tenu de tels propos au lendemain de la mort du dictateur cubain…

D’autres ont fait dans le lyrisme comme Jean-Luc Mélanchon qui écrit que « l’épée de Bolivar marche dans le ciel »*, ou encore que « demain était une promesse » pour ne voir dans la trajectoire de Fidel Castro qu’un espoir. Sans avouer que celui-ci aura été déçu, et de quelle manière !

Mais qu’a-t-elle donc, cette gauche toujours incapable de regarder en face la réalité de certaines dictatures au seul motif qu’elles sont inspirées par le marxisme? Serait-ce qu’elle reste convaincue qu’une bonne révolution nécessite quelques accommodements avec la démocratie ? Que, pour elle, ces accommodements peuvent aller jusqu’au refus des élections puis à l’instauration d’un pouvoir autoritaire ? Il y aura toujours en son sein des voix qui nous diront qu’il s’agit là d’une situation transitoire et nécessaire pour permettre l’instauration du système socialiste, gage d’un avenir radieux. C’est ce qu’ont toujours claironné les dirigeants de ces « démocraties populaires » qui, de Moscou à Cuba et Pékin, tout en prétendant défendre le peuple opprimé, ont mis en place les régimes d’oppression que l’on connaît. Et qui, en imposant la pauvreté à leur peuple, n’en oubliaient pas pour autant de vivre dans le luxe !

Alors comment pourrions-nous faire confiance à ceux qui, des communistes au « Front de gauche » préfèrent trouver des excuses à ces dictatures plutôt que d’en analyser les causes, de saisir les opportunités qui se présentent à eux pour revoir de fond en comble leur logiciel idéologique ? Comment ne pas craindre leur arrivée au pouvoir ?

L’actualité nous permet d’effectuer d’étranges rapprochements : dans la dernière semaine de campagne pour la primaire de la droite et du centre, que n’a-t-on entendu à propos des deux candidats. Jusqu’à l’ignoble assimilation de celui qui devait l’emporter à Pétain ! Ainsi, d’un côté on excuse un dictateur sanguinaire, de l’autre on accuse un démocrate des pires arrière-pensées.

Comme dans le même temps, nous assistons à une pathétique décomposition de la gauche, ces réactions à la mort de Fidel Castro nous permettent de mieux la comprendre. Si la gauche est dans cet état, c’est en effet avant tout parce qu’elle n’a jamais su rompre avec sa filiation marxiste, avec un système de pensée qui a fait de la « dictature du prolétariat » l’élément central de toute transformation politique et sociale. C’est aussi parce que si François Mitterrand a su réduire l’influence du Parti Communiste, lui et ses héritiers n’en ont pas moins toujours ménagé tous ceux qui, au PS et dans les diverses familles de la gauche, ont trouvé leur inspiration dans cette idéologie.

Après l’échec de Lionel Jospin en 2002, François Hollande a soigneusement évité toute tentative de refondation idéologique du PS. Ainsi, la gauche ne s’est jamais débarrassée de ses influences marxistes. C’est pourquoi, quoi qu’il arrive lors des prochaines élections présidentielles, loin de lui promettre un avenir radieux, de telles influences ne lui préparent que des lendemains qui déchantent.

* Une image qui fait irrésistiblement penser à ces tableaux qui nous montrent un Mao Ze Dong guidant son peuple vers un horizon lumineux et un soleil flamboyant. On sait ce qu’il en a été…

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Une réponse à « L’épée de Bolivar… »

  1. Bruno Voisin dit :

    Et il a fallu que Ségolène Royal en rajoute, considérant qu’à Cuba, la liberté de conscience était respectée !.. Provoquant par là une polémique dont elle est la seule à s’étonner. On hésite entre la honte et l’effarement !

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