Relever la fonction présidentielle ?

Cela avait-il commencé avec le « casse-toi, pauvre c… » ? Cela a-t-il été amplifié par un Président qui se voulait « normal » au point de bavarder avec des journalistes des heures durant pour commenter son action ou lâcher des jugements à l’emporte-pièce sur son entourage ? Toujours est-il que la fonction présidentielle se trouve bien déconsidérée après deux mandats dont la France sort, quant à elle, mal en point, doutant de tout et d’abord d’elle-même.

Pour expliquer cet abaissement de la fonction présidentielle, il y a des mots, des pratiques, et nos institutions.

D’abord, les mots qui expriment la haine ou le mépris et suscitent le rejet. Ceux qui sont lâchés maladroitement par un président qui croyait tout savoir des médias, et découvre qu’un propos tenu devant micros et caméras peut lui revenir en boomerang après avoir fait le buzz, répété en boucle sur les chaînes de télé et de radio. Ces mots révélateurs du dédain de celui qui, si haut placé, s’autorise pourtant à user d’un langage sorti tout droit du caniveau. Il y a aussi ces confidences d’un homme dont on se demande s’il croyait pouvoir manipuler à sa guise les nombreux journalistes qu’il rencontrait ou s’il entendait jouer la « transparence » dans un esprit de naïveté confondant. Ces confidences dans lesquelles on peut voir une étrange chronique sur la difficulté d’être gouvernant, révèlent dans le même temps une incapacité à distinguer ce qui est explication de son action et ce qui relève du secret d’Etat dont il convient seulement de garder la mémoire, pour l’histoire.

L’un et l’autre, en ne maitrisant pas leur langue, ont-ils oublié que celui qui ne peut se gouverner lui-même ne peut gouverner autrui ?

Gouverner, c’est pratiquer un constant va et vient entre l’action et le verbe. Le second n’est qu’au service de la première : il en donne le sens, installe des convictions, fédère des énergies. Quand un « hyper-président » vibrionnant entend tout maîtriser, à l’exception de lui-même, se donne l’actualité immédiate pour seul horizon, sa pratique du pouvoir lui ôte toute capacité à donner une quelconque cohérence à son action. Quand un homme persuadé qu’il ne sortira de l’ambiguïté qu’à son propre détriment, n’exerce pas son autorité sur son propre gouvernement et ne s’engage qu’à demi, il n’est plus, au final, que le commentateur désabusé de sa propre impuissance. Sa pratique ne laisse derrière elle que l’image évanescente d’un homme sans dessein.

Dans le premier cas, elle paralyse les énergies de ceux qui ne redoutent rien tant que de déplaire au monarque – président. Dans le second, elle attise les différends, restreint les marges de manœuvre du gouvernement, le déconsidère et, au bout du compte décourage les soutiens les plus enthousiastes comme les serviteurs les plus zélés.

Dans l’un et l’autre cas, la pratique du pouvoir jette le discrédit non seulement sur les hommes mais aussi sur les fonctions qu’ils exercent et, plus globalement, sur l’efficacité de la démocratie. Impossible alors de correspondre à l’exigence du pouvoir que définissait Alexandre le Grand : « Gouverner, c’est savoir faire partager ses rêves »…

Mais s’il y a discrédit de la fonction présidentielle, cela ne tient-il pas aussi aux institutions de notre République ? L’élection au suffrage universel direct lui a donné l’onction suprême : celle du peuple souverain. Le septennat lui permettait de se détacher des contingences parlementaires en plaçant le Président de la République au-dessus des partis. La réduction de son mandat avec le quinquennat a lié son sort à celui des députés et en a fait le chef naturel de la majorité parlementaire, réduisant le rôle du Premier ministre à celui d’un simple « collaborateur ». Au final, elle a banalisé la fonction, l’a placée sous le regard permanent des médias, en a fait la cible des impertinents qui y prospèrent aux heures de grande écoute et des réseaux sociaux prompts à s’enflammer.

Dès lors, relever la fonction présidentielle qui a été abaissée, devient une gageure pour qui prétend l’exercer. D’autant qu’il faudra à celui ou celle qui l’emportera, tout à la fois restaurer l’autorité de l’Etat et revivifier la démocratie en sachant se mettre à l’écoute de ses concitoyens, cela sans se retrouver paralysé par la rue ou par quelques frondeurs. Bref, inventer une autre manière d’incarner la fonction présidentielle pour répondre aux exigences du temps… Qui saura le faire ?

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2 réponses à Relever la fonction présidentielle ?

  1. Dromard dit :

    Tout à fait d’accord avec ce post. Par contre, tu ne sembles pas envisager de remodeler la fonction présidentielle pour lui faire prendre moins d’importance ou en tout cas un rôle dédié au long terme et non à la gestion courante des affaires de la cité. Bien sûr cela dépend d’une volonté politique. Mais je pense que celui qui relèvera la fonction présidentielle sera celui qui acceptera d’en diminuer l’importance, institutionnellement, et donc de remanier la constitution.

    • Bruno Voisin dit :

      Ta réflexion m’intéresse car nous avons aujourd’hui un monarque-président dont la fonction est assurée – depuis au moins une dizaine d’années – par des personnages qui ne semblent pas « à la hauteur », et dans le même temps, il faut revivifier notre démocratie en prenant davantage en compte la contribution des citoyens et du Parlement. Sujet à creuser !

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