Brexit : qui a vraiment quitté l’UE ?

Les résultats du référendum britannique du 23 juin dernier avaient été ressentis comme un séisme de magnitude 8 sur l’échelle de Richter Européenne. Deux mois plus tard, le sujet semble presque oublié chez nous tant les querelles françaises ont été avivées par les attentats, la « polémique burkini » et la rentrée pré-électorale. D’autant que les britanniques semblent prendre leur temps comme pour en retarder les effets, au point que l’on peut s’interroger : qui a vraiment quitté l’Union européenne ?

Le gouvernement britannique semble aujourd’hui en proie à des débats internes sur l’art et la manière de négocier, sur les traités qu’il conviendra de signer comme pour conserver tous les avantages de l’appartenance à l’UE sans en subir les inconvénients. Et il justifie sa volonté d’attendre la fin de 2017 pour engager la procédure de l’article 50 du Traité par des arguments pour le moins légers. Serait-il en définitive plus européen qu’on ne le croit ?…

C’est sur le continent qu’il faut chercher la réponse à la question. Et les résultats aux élections régionales de Mecklembourg – Poméranie qui constituent un sérieux revers pour Angela Merkel dans son fief électoral, apportent un précieux éclairage. En effet, que la CDU – parti qui a porté le projet européen – y soit devancée par l’AfD, parti d’extrême droite qui a mis le rejet de l’Euro et les questions sécuritaires et identitaires au cœur de son programme, montre à quel point la politique menée par Mme Merkel suscite le rejet de l’opinion. Et pas seulement sur la question de l’accueil des réfugiés.

Seraient-ce les européens eux-mêmes qui auraient abandonné l’Europe ? Certes, on ne ménage pas les critiques à l’égard de nos dirigeants que l’on dit incapables de redonner du souffle au projet européen ; de dessiner une politique commune qui ne se réduise pas à la gestion de la libre concurrence dans un grand marché d’un peu plus de 508 millions d’habitants ; de déterminer ensemble une politique qui réponde à l’urgence de la crise humanitaire et migratoire qui s’invite à nos frontières. Mais les opinions publiques le veulent-elles qui se recroquevillent peu à peu frileusement derrière leurs frontières et qui se réfugient dans le rêve d’un passé plus fantasmé que réel ? Et de ce point de vue, la France n’a guère de leçon d’Europe à donner à ses voisins, elle qui ne s’embarrasse pas du respect des règles communes…

Incapables de discerner dans le fonctionnement de l’Union européenne ce qui peut nous protéger, nous nous replions sur nos pays respectifs en espérant que l’Etat-providence y suppléera. En oubliant que nos états n’ont guère plus les moyens d’assurer seuls ce que nous attendons d’eux. D’ailleurs, les britanniques qui sont aujourd’hui dans l’obligation de recruter nombre de fonctionnaires pour prendre en main des domaines qui avaient été transférés à Bruxelles savent désormais qu’ils en mesureront tôt ou tard le coût pour leurs finances publiques.

Avant le référendum britannique, dans une ultime négociation, David Cameron avait obtenu des concessions des dirigeants européens, espérant ainsi renverser le cours de l’histoire. En vain. Et ce marchandage dans lequel les dirigeants européens ne s’étaient pas grandis en cédant à certaines de ses exigences sonnait comme un aveu d’impuissance à définir ensemble un futur commun.

D’un côté des dirigeants européens inaptes à définir un discours, de l’autre, des européens décidés à ne pas les écouter ? Qui relèvera le défi ?…

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