Demain, une démocratie à géométrie variable ?

Nous pourrions nous dire que l’été qui commence, les vacances qui arrivent vont apaiser les passions. Mais saurons nous ensuite nous souvenir que la démocratie ne va pas de soi et qu’elle reste un bien fragile ? Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer ce qui s’est produit à l’occasion des deux référendums qui, à quelques jours d’intervalle, se sont succédés en France et en Grande Bretagne.

De part et d’autre de la Manche, en effet, on a assisté à un processus de remise en cause de la démocratie d’autant plus étrange qu’il était discret. En Grande Bretagne, certains auraient envie de revenir vers les urnes. On souligne déjà que si les plus de 65 ans et si ceux qui n’avaient pas compris les enjeux n’avaient pas voté, les urnes n’auraient pas tranché en faveur du Brexit. Comme pour en refuser les effets. En France, les commentaires sont allés bon train sur le territoire retenu pour le référendum sur le transfert de l’aéroport de Nantes, sur les communes où les partisans de ce transfert ont dominé, celles où ce sont les opposants qui l’emportaient nettement. Comme pour limiter la portée de ce scrutin.

De part et d’autre, une sourde contestation des résultats est apparue. En Grande Bretagne, la fracture de la société révélée par ce référendum oppose jeunes et vieux, citadins et ruraux, « élites » et classes populaires. Au point que n’ont pas manqué d’apparaître des commentaires estimant que le vote sur des sujets engageant l’avenir à long terme d’un pays devrait être réservé aux jeunes et exclure les plus de 60 ans ! Rien que ça !

En France, c’est à un procès en légitimité du scrutin que l’on a assisté. En clair, selon certains, ce n’est pas parce que le peuple a voté que le résultat sorti des urnes devrait s’imposer. Un dirigeant du parti écologiste français l’a d’ailleurs dit nettement. Pour lui, le seul fait d’être convaincu qu’il défend l’intérêt général lui suffit pour s’opposer au choix fait par les électeurs. Etrange raisonnement dont on conviendra qu’il est la marque d’un esprit que l’on peut qualifier de totalitaire !

Ici et là, le raisonnement s’appuie sur une analyse sociologique détaillée des résultats. Ici et là, revient l’idée d’une démocratie à géométrie variable. Comme si le suffrage universel n’était pas l’expression la plus aboutie du peuple souverain dans sa totalité, et cela quelles que soient les catégories qui le composent. Vouloir le découper en tranches pour en réduire la portée, c’est ni plus ni moins affaiblir l’idée même de démocratie, et lui faire courir un grave danger.

Peu importe qu’à Londres, le leader du parti nationaliste UKIP ait avoué, au lendemain du référendum, avoir menti durant la campagne, ce qui démontre que certains sont prêts à tous les mensonges pour atteindre leurs objectifs. Peu importe qu’en Loire Atlantique, le scrutin ait été instrumentalisé par F. Hollande dans le but d’obtenir une décision qu’il n’avait pas le courage de prendre. Ici et là, le recours au référendum et ce qui en résulte doit nous inciter à une réflexion sur le bon usage de la démocratie directe, les limites de la démocratie dite « participative » et sur les mérites de la démocratie représentative.

Car, on le voit bien, certains seraient prêts à revoir à la baisse leur conception de la démocratie selon que le sort des urnes leur est favorable ou pas. Un constat qui doit ravir ceux qui dans des pays plus lointains entendent exercer un pouvoir sans partage et qui, dans le même temps, porte un rude coup à ceux qui se battent pour défendre la liberté de leur peuple. Un constat qui, pour nous, sonne comme un avertissement à moins d’un an de l’élection présidentielle, et nous appelle à une exigence de vigilance et de lucidité !

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