Les leçons d’Europe d’Obama et du Pape François.

« Peut-être vous faut-il quelqu’un d’extérieur, quelqu’un qui n’est pas européen pour vous rappeler la grandeur de ce que vous avez accompli ». « Peut-être fallait-il le regard extérieur d’un Argentin pour nous rappeler ce qui nous unit et pour nous remémorer les forces sur lesquelles nous nous appuyons ». Etrange ressemblance entre ces deux phrases, la première prononcée le 25 avril à Hanovre par Barack Obama, la seconde écrite par Jean-Claude Juncker et Martin Schulz, respectivement Président de la Commission européenne et Président du Parlement européen, à la veille de la remise du Prix Charlemagne au Pape François vendredi 6 mai.

Etranges leçons d’Europe que nous donnent le président des Etats Unis et le pape, un Argentin qui n’a pas oublié qu’il était d’une famille d’émigrés, ayant fui la misère de leur Italie natale. Etrange qu’il nous faille nous tourner vers deux grandes figures de notre époque, le premier président noir des USA et le premier pape issu d’un autre continent que l’Europe pour s’entendre rappeler l’audace et la force du projet européen.

Car si nous en sommes là, c’est bien que l’Europe est en panne. Panne d’humanité lorsqu’elle répugne à accueillir sur son sol ceux qui fuient la guerre ou la misère. Panne de projet lorsque priment l’économie, le marché et la finance, méprisant salariés et paysans, privant des centaines de milliers de jeunes d’un emploi et de perspectives. Panne de solidarité quand le chacun pour soi, le repli à l’intérieur des frontières l’emportent. Panne de grandeur enfin lorsque, face aux difficultés et aux défis auxquels il faut faire face, les états qui la composent ne trouvent rien de mieux que de se livrer à de sordides marchandages, jouant à celui qui tirera profit de négociations, sans comprendre qu’à chaque occasion, c’est l’Europe qui est, à coup sûr, perdante.

Si l’Europe est en panne, ce n’est pas à cause des peuples qui la composent et qui seraient aujourd’hui devenus frileux au point de rechercher la protection de leurs frontières. Elle est en panne faute de leadership, faute de paroles fortes, faute d’idées, tandis que les dirigeants des états membres usent et abusent des règles de fonctionnement de l’Union pour la paralyser. Elle est en panne par la faute de ceux qui, tels les dirigeants français, se taisent sur ce sujet comme s’ils l’avaient déjà passé par pertes et profits.

C’est le silence assourdissant de nos dirigeants qui permet que seules des voix venues du Vatican et d’Outre-Atlantique se fassent entendre pour réveiller le projet européen. N’ont-ils pas honte de se faire ainsi rappeler par le Président américain « la grandeur » de ce qui a été accompli dans cette Europe qu’ils laissent en jachère ? Pourquoi faut-il que ce soit lui qui affirme sa « conviction que les forces qui assurent la cohésion de l’Europe sont en définitive bien plus puissantes que celles qui tentent de la désunir » ? Parce qu’ils sont incapables de les mettre en œuvre ou qu’ils ne veulent pas le faire ? N’ont-ils pas honte, ceux de nos dirigeants français qui doivent une partie de leur carrière à leur proximité avec des hommes à l’engagement européen sans faille, eux qui décidément n’ont guère compris la force des religions, d’entendre le chef de l’Eglise catholique leur rappeler que « les projets des pères fondateurs de l’Union européenne, hérauts de la paix et prophètes de l’avenir ne sont pas dépassés : ils inspirent, aujourd’hui plus que jamais à construire des ponts et à abattre des murs » ?

Le Pape peut bien nous interpeller : « Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? ». Ils ne l’écoutent pas. Il est vrai qu’il a regretté une « Europe fatiguée et vieillie, stérile et sans vitalité », des mots qui montrent l’ampleur de la tâche à accomplir. Nos dirigeants seraient-ils fatigués et vieillis, stériles et sans vitalité au point de ne pouvoir s’y atteler ?

Peut-être n’avaient-ils tout simplement pas envie d’entendre ce qu’avait à leur dire ce Pape, lui qui avait mis ses actes en conformité avec ses discours en emmenant avec lui des familles de réfugiés syriens après son passage à Lesbos. Ce qui expliquerait que lors de la remise du prix Charlemagne, tous les dirigeants des institutions européennes aient fait le déplacement, que les grands pays européens aient été représentés au plus haut niveau et que la France n’ait cru devoir y envoyer que sa jeune Ministre de l’Education Nationale, montrant par là-même le peu d’intérêt que nos gouvernants portent à l’Europe, et leur dédain à l’égard de ce que représente le Pape. A tout juste un an de l’élection présidentielle, c’est navrant. Et peut-être même stupide…

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