L’après – Hollande a commencé. Quel après – Hollande ?

La charge était violente, les mots choisis pour cogner, le ton sans appel. La tribune signée par Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit et quelques autres personnalités de gauche et publiée dans Le Monde du 25 février se présente comme un réquisitoire implacable contre la politique menée depuis 2012. Signe que les tensions avec les « frondeurs » ne suffisaient plus, comme s’il fallait officialiser la fracture au sein de cette gauche qui ne sait plus si elle est socialiste, social-démocrate ou sociale – libérale.

Ils ont beau prendre explicitement Manuel Vals pour cible, ils mesurent chichement leur appui à l’égard de François Hollande pour mieux signer l’arrêt de mort du « hollandisme », cette manière de gouverner qui, faute de convictions, est faite d’ambitions affichées et de reniements, de prétention à la synthèse et de transgressions clivantes, d’atermoiements et de demi-mesures. Ce faisant, ils semblent déjà prendre acte de sa défaite annoncée lors des prochaines présidentielles, et préparer la recomposition de la gauche qui en résultera. Comment s’en étonner d’ailleurs, puisque F. Hollande avait cru pouvoir engager son gouvernement sur une ligne teintée de libéralisme, et incarnée par Manuel Vals, alors même que le cœur de sa majorité reste réfractaire à cette vision de la société et de l’économie ?

Car c’est bien là que se situe le point de rupture. Entre d’une part ceux qui persistent à voir les entrepreneurs comme des adversaires à combattre et ceux qui entendent un tant soit peu desserrer les nombreux carcans qui entravent l’activité des entreprises. Entre une gauche qui n’a rien abandonné de ses tropismes marxistes, qui croit que l’Etat peut tout et doit intervenir sur tout et celle qui estime qu’il faudrait reléguer le qualificatif socialiste aux oubliettes de l’histoire. Il est temps que ce débat ait lieu à gauche. Ne serait-ce que pour lui permettre de redéfinir ce que devrait être le progrès social dans une économie ouverte. Un progrès social qui ne se réduirait pas à la conservation des avantages acquis par certains, qui ne serait pas réservé à ceux qui ont un travail, mais qui serait attentif aux exclus, à ceux pour lesquels le droit qui protège les salariés devient parfois un obstacle à leur retour à l’emploi.

Dans le même temps, la droite semble tout autant considérer que l’après – Hollande a commencé. Le bal des ambitions auquel donne lieu la préparation de la primaire en est une illustration tant les compétiteurs déclarés ou potentiels semblent convaincus que celui qui emportera cette première manche gagnera la prochaine présidentielle. La bataille sera d’autant plus vive (et violente ?) qu’elle opposera des personnalités, moins sur des positions idéologiques tranchées que sur des traits de caractère. Des personnalités dont certaines joueront là leur dernière carte. Une bataille d’image donc, plus qu’une bataille d’idées puisque pour l’essentiel, leurs propositions semblent aujourd’hui se rejoindre sur le renforcement de l’Etat dans ses fonctions régaliennes et un allègement de celui-ci dans nombre d’autres domaines, tout cela sur fond de libéralisme économique.

Pas sûr encore que cela permette à droite de dessiner un projet d’avenir avec lequel nous pourrons faire face aux défis qui nous attendent : ceux d’une économie ouverte et mondialisée, bien sûr, mais aussi ceux d’une démocratie à réinventer, de la redéfinition du projet européen, de la dette publique, de la mutation de l’agriculture, de l’intégration de populations immigrées, d’un système scolaire en échec, du développement d’une économie durable respectueuse de la planète…

Bref, tant à droite qu’à gauche, à un an de l’échéance présidentielle, si une page semble en train de se tourner, il reste à dessiner les contours d’une modernité qui ne se situerait ni dans une fuite en avant non régulée, ni dans le repli sur soi. Une modernité qui sache remettre l’homme au cœur de ses préoccupations, qui puisse rimer avec fraternité.

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