« Fidélité, lucidité, vigilance »…

« Les trois consignes de l’intelligence en temps de crise : fidélité, lucidité, vigilance ». Tel était le message du philosophe Emmanuel Mounier, le 30 novembre 1940, lors d’une conférence donnée à l’école d’Uriage. Quoi de neuf  depuis ? Dieu merci, la crise que nous traversons n’a que peu à voir avec la débâcle de 1940, l’oppression nazie et le sinistre cortège de massacres qui les a accompagnées. Et les temps ne sont pas à fuir, à se soumettre ou à prendre les armes.

Pourtant nous traversons des temps de crise d’une rare ampleur. Une crise qui frappe notre économie comme elle remet en cause notre modèle social, une crise qui nous fait douter de l’édifice européen que nous envie pourtant le reste du monde, une crise qui menace la cohésion de notre société autant que les valeurs qui la fondent, une crise qui, au bout du compte pourrait mettre en péril notre démocratie….

Oui, lorsque nous doutons de nous, de notre capacité à trouver notre place dans une Europe et dans un monde en mouvement alors même que notre économie semble faire du sur place, la crise est d’abord une menace. Oui, lorsque la conscience que nous avons de la dégradation de notre planète est inversement proportionnelle à l’ampleur des solutions adoptées pour protéger notre environnement, la crise est une menace. Oui, lorsque l’on fait passer pour une banale quête de droits nouveaux des bouleversements anthropologiques qui remettent en cause les valeurs qui fondent notre société car ils modifient la conception même que nous avons de l’homme, la crise est une menace. Oui, lorsque les conflits qui sont à nos portes démontrent chaque jour les progrès de la barbarie tandis que, désarmés, nous ne croyons plus en rien, surtout pas en nous mêmes, la crise nous menace.

La crise est économique, politique, environnementale, idéologique et culturelle. Mais la crise n’est pas que menace. Elle est aussi riche d’opportunités. Celles de faire naître une société plus respectueuse de l’homme et des droits de chacun, une société plus soucieuse des plus faibles que de la performance de quelques uns, une société plus ouverte au monde qui nous entoure, une société qui accueille la différence et sache s’en enrichir.

Encore faut-il y penser. Encore faut-il le vouloir. Encore faut-il s’en donner les moyens.

Alors, imposons nous ces trois consignes : la fidélité à des convictions, à des valeurs humanistes ; la lucidité face aux maux qui frappent notre société ; la vigilance face aux menaces qui s’annoncent, face aux solutions de facilité, aux remèdes miracle qui tueront plus qu’ils ne guériront les malades que nous sommes…

Et reprenons cet autre message délivré par Emmanuel Mounier ce même jour et qui fondait un projet ambitieux pour surmonter les heures sombres de notre histoire : « rassembler des hommes réfléchis et résolus qui sachent servir, debout, des causes qui les dépassent ».

Rester lucides, fidèles à nos valeurs et vigilants. Rassembler, réfléchir, servir. Telles sont les ambitions de ce blog.

 

 

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2 réponses à « Fidélité, lucidité, vigilance »…

  1. François E. dit :

    Cette trilogie pourrait se décliner sur l’axe des temps. La fidélité, c’est l’accueil d’un héritage venu du passé. Nous ne recommençons pas le monde à chaque instant. La lucidité, c’est l’étude du présent: que se passe-t-il? La vigilance pourrait être « l’accueil du temps qui vient ». On peut faire des plans sur l’avenir (ou sur la comète…), mais l’avenir est déjà à l’oeuvre parmi nous. Le veilleur est celui qui sait en percevoir les signes.

  2. Bruno Voisin dit :

    Merci, François E. C’est aussi parce que la vigilance est accueil du temps qui vient que la crise peut être féconde ! A nous de faire preuve de discernement.

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