Retroussons nous les manches !

Groggy ? On le serait à moins. Et pourtant, il fallait s’y attendre, à ces résultats, à cette montée du FN, à ce choix douloureux pour les autres candidats arrivés en troisième position : se retirer pour le faire perdre. Oui, il peut désormais se prétendre le premier parti de France. Fallait-il en arriver là ?

Ne refaisons pas le film : les leçons de morale des caciques socialistes n’auront servi à rien. Pas plus que la course des républicains derrière les idées sécuritaires du FN. La seule question qui vaille désormais c’est celle des conditions du sursaut. Mais quel sursaut ? Un sursaut de dernière minute pour éviter que le FN n’emporte une région et faire ensuite comme si, une fois passé le vent du boulet, on pouvait, soulagés, revenir aux pratiques anciennes ? Un sursaut pour éviter que ce séisme ne soit le signe annonciateur d’une réplique bien plus violente qui serait programmée pour 2017 ? Un sursaut pour changer le logiciel selon lequel fonctionnent les partis traditionnels, à droite comme à gauche ?

Responsables politiques et observateurs s’entendent pour qualifier le choc que représentent les résultats de ce 1er tour de scrutin. Ils diffèrent sur les réponses à lui apporter. Il y a bien quelques voix pour oser dire qu’il convient de repenser la stratégie, tirer les conclusions de l’insatisfaction des Français à l’égard de l’offre politique qui se présente à leurs suffrages, mais pour l’instant, tout mobilisés qu’ils sont jusqu’au soir du 2ème tour, nul ne définit les conditions du sursaut. D’autant que cela implique une introspection que peu osent envisager sereinement tant cela remet en cause leur pratique politique, leur façon d’exercer le pouvoir, leur bilan.

Oui, le FN prospère sur le terreau du chômage, de l’insécurité économique, de la régression des services publics, des tensions que subit notre société. Il suffit notamment de lire attentivement les résultats de communes rurales dans des régions traditionnellement modérées pour constater que cette ruralité fait aussi désormais partie des territoires perdus de la République, territoires que l’on pensait circonscrits à la périphérie des grandes villes.

Mais le FN prospère aussi parce que les grands partis de droite et de gauche ont abandonné le terrain de la réflexion et des idées. Ce vide donne l’impression que seules des considérations tactiques destinées à préserver des sièges guident leur conduite face à ce qu’il faut bien reconnaître : la cohérence du FN et sa constance.

Alors il est grand temps de se retrousser les manches. De penser le sursaut, faute de quoi, le FN aujourd’hui aux portes du pouvoir dans certaines régions l’emportera demain au niveau national. Et penser le sursaut, c’est en définir les conditions. Pas seulement pour répondre à l’urgence de la situation, celle qui a pour horizon le deuxième tour de ces régionales. Mais aussi et surtout pour éviter que 2017 ne soit un naufrage.

Le premier horizon, celui de ces régionales pourrait sembler compromis. Il reste qu’un combat n’est jamais perdu avant d’avoir été mené, et qu’à le mener avec constance et conviction, on risque tout au plus la défaite, mais pas le déshonneur.

Le second est plus lointain. Mais à regarder de près le calendrier, en particulier celui qui nous sépare des présidentielles et des législatives de 2017, on observe qu’il ne reste pas même un an pour en dessiner les contours. Définir une nouvelle offre politique digne de ce nom et capable de réunir les Français nous place donc dans une situation d’urgence.

D’abord, pour redéfinir une éthique de la responsabilité. Non cumul des mandats, limitation du nombre de mandats successifs, démission de la fonction publique de toute fonctionnaire élu à un mandat national, instauration de règles relatives aux conflits d’intérêts… sont autant de points à faire figurer dans une charte contraignante pour toute personne désireuse de se présenter aux suffrages de nos concitoyens.

Ensuite pour partager un diagnostic sur l’état de la France, de nos régions. Un diagnostic sans complaisance, qui ne recule devant aucun tabou, pas plus celui de l’immigration que celui de l’identité ; pas plus celui de la construction européenne que celui de la déliquescence de notre Etat ou du modèle économique et social qui devrait être le nôtre…

En troisième lieu pour réaffirmer des valeurs et leur donner un contenu. Car il faut cesser de parler de Liberté, d’Egalité, de Fraternité si chacun de ces mots reste vide de sens pour une part de la population qui se sent quotidiennement délaissée par les élites, et régulièrement méprisée lorsqu’elle « vote mal ».

Enfin, pour redéfinir un projet qui ne se réduise pas à une simple revanche ou à une « reconquête », mais qui, au sens propre du terme, nous permette de nous projeter dans l’avenir, de nous insérer dans un monde en mutation. Un avenir qui ne soit pas le repli sur soi que l’on nous promet faute de mieux.

En ouvrant ce blog, voici un peu plus d’un an, je citais le philosophe Emmanuel Mounier qui, dans les heures sombres de notre histoire, estimait nécessaires ce qu’il appelait « les trois consignes de l’intelligence en temps de crise : fidélité, lucidité, vigilance ». Réécrire le logiciel de notre vie politique nécessite, aujourd’hui comme alors, fidélité à des valeurs, lucidité sur un constat, vigilance quant au respect du droit et des hommes. C’est maintenant que nous devons nous en inspirer. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant qu’il ne nous reste plus qu’à résister !

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