Le syndrome du diplodocus…

Il y a quelque chose de paradoxal dans le comportement de nos dirigeants. D’une part, ils s’évertuent à surtout ne pas être en retard d’une émotion. D’autre part, ils semblent bien lents à prendre conscience de l’écart considérable qu’il y a entre leurs comportements et les préoccupations de nos concitoyens, entre ce qui les agite pour le plus grand plaisir des médias et la réalité sur laquelle ils prétendent exercer leur pouvoir.

Trois exemples récents en sont l’affligeante illustration : la nomination de Myriam El Khomri comme Ministre du Travail, l’interview de Fleur Pellerin et le reportage qui lui a été consacré dans le Petit journal de Canal + le 8 septembre, et enfin le psychodrame qui agite les écologistes avec la démission de Jean Vincent Placé et de François de Rugy de leur parti : Europe – Ecologie – Les Verts.

De la première, on se contentera de rappeler que son parcours professionnel ne l’a jamais confrontée à la réalité de l’entreprise ; que du monde du travail, elle ne connaît que les coulisses du pouvoir où, en revanche, elle semble avoir la loyauté et le talent de communication nécessaires pour prospérer. Sa crédibilité à l’égard des partenaires sociaux ? Sa capacité à relancer le dialogue social ? Son aptitude à négocier telle ou telle subtilité du Code du Travail face à des interlocuteurs rompus à cet exercice ? Qu’importe !

De la seconde on retiendra la navrante prestation qui pourrait s’intituler « comment je pratique la langue de bois », tandis qu’elle affiche sans complexe un certain désintérêt pour l’art ou la littérature. Et l’on prétend que l’attachement à la culture reste une singularité française ?

Ainsi, le Président de la République et le Premier ministre ont fait le choix de l’incompétence et du talent de communication pour piloter des chantiers importants aux multiples enjeux sociaux et économiques. Ils auraient voulu manifester le fait que Mme El Khomri n’est là que pour l’image (tout comme Mme Pellerin… ), ils ne s’y seraient pas pris autrement. Ces deux personnes ne sont pas en cause. C’est la conception même que nos dirigeants ont de l’Etat et de la manière de gouverner qui se révèle ici au grand jour : un intérêt très limité pour les questions abordées et une instrumentalisation de femmes jeunes et «issues de la diversité ». Comme si nos ministres étaient de simples figurants interchangeables. Un air de déjà vu !..

S’agissant des deux élus écologistes, on observera qu’ayant quitté leur parti politique en raison de désaccords profonds, ils n’en ont pas moins conservé leurs fonctions à la tête des groupes parlementaires écologistes du Sénat et de l’Assemblée Nationale. Où est la cohérence ? Et, tandis que les médias accordent aux « verts » une importance inversement proportionnelle à leur poids réel dans l’électorat, on voudrait que les électeurs comprennent ? Décidément, on se croirait dans un mauvais épisode d’un feuilleton tiré de la IVème République !

Tout cela relève, au fond, du « syndrome du diplodocus ». Cet animal si grand, doté d’une queue si longue que lorsqu’un prédateur l’attaquait par derrière, le temps que l’information ne parvienne à son cerveau et que l’ordre de donner un coup de queue pour s’en débarrasser ne revienne à ses muscles, celle-ci était atteinte de blessures irrémédiables… Nos dirigeants sont atteints de la même maladie. Les clignotants s’allument de tous côtés. Partout on leur répète que décidément on ne peut plus faire de la politique de cette manière, que la vraie vie a d’autres exigences. Mais ils n’en ont cure. Ignorants des réalités qu’ils ont à traiter, incapables de les regarder en face, toujours en retard d’une prise de conscience, ils poursuivent leur bonhomme de chemin en espérant qu’une polémique chassera l’autre et, qu’au bout du compte calculs et tactiques leur permettront de s’en tirer. En oubliant que ce syndrome est le signe d’une disparition programmée…

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