En Europe, tout reste à faire !…

D’où nous vient ce trouble après l’accord trouvé in extremis au sujet de la Grèce ? Serait-ce que le plan proposé ne convainc guère ceux qui vont le mettre en œuvre, à commencer par le premier ministre Grec ? Seraient-ce les déclarations de Romano Prodi dans « Le Monde » affirmant : « nous avons évité le pire, mais nous avons créé le mal » ? Seraient-ce les propos de Dominique Strauss Kahn dans sa « Lettre à mes amis allemands » ? Serait-ce que nous prenons conscience que l’Europe faut fausse route et risque désormais l’embardée fatale ?

Il est donc bien oublié, le soulagement qui prévalait au lendemain de l’accord du 13 juillet. Sans doute parce qu’il n’est pas sûr, tant s’en faut, que le plan soit couronné de succès. Pas sûr que la Grèce retrouve le chemin de l’équilibre dans les délais qui lui sont impartis. D’autant que l’absence de perspective immédiate quant à une restructuration de sa dette constitue un obstacle qui l’empêche de remettre les compteurs à zéro.

Sans doute faut-il aussi revoir les principes et les modalités de la gouvernance de la zone Euro. Sans doute faudra-t-il enfin se doter de nouvelles règles et de contraintes économiques et fiscales communes, ce qui signifiera des transferts de compétences des états vers les institutions européennes. Un gouvernement économique doté de compétences renforcées (et pas seulement un Président de l’Eurogroupe ! *), et contrôlé démocratiquement, en quelque sorte. Et comme les opinions publiques n’y semblent guère prêtes, il est urgent que nos dirigeants, en France, comme chez nos voisins, assument enfin la responsabilité d’un tel projet, sachent enfin en expliquer les enjeux, sachent convaincre.

Mais surtout, il va falloir reconstruire sur un terrain dévasté. Dévasté parce que les égocentrismes nationaux empêchent de voir les exigences communes. Dévasté parce que la confiance a disparu, emportée dans le flot des promesses non tenues, des postures provocatrices, des exigences insoutenables. Dévasté aussi parce la haine et le mépris ont remplacé l’estime et l’esprit de solidarité. Il suffit de lire ou d’écouter les déclarations de certains sur les peuples du nord ou ceux du sud, pour y retrouver des accents que Jaurès aurait, en son temps, dénoncés… Dévasté enfin parce que l’esprit démocratique est mis à mal. En Grèce où l’instrumentalisation des urnes et le non respect de la volonté des électeurs fait courir le risque de dérives autoritaires. Dans le reste de l’Europe aussi lorsque la gouvernance économique et fiscale de la zone Euro et de l’Union échappe au contrôle des représentants élus par les peuples.

Oui, l’Europe est plus que jamais une nécessité. Elle exige que nos dirigeants sachent sortir de leurs livres de comptes pour faire de la politique, pour réconcilier et convaincre. Oui, pour que l’Europe ne sombre pas, tout reste à faire !

* Après tout, l’Union Européenne a bien un Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité…

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3 réponses à En Europe, tout reste à faire !…

  1. Bruno Voisin dit :

    Pour compléter la réflexion, et comprendre d’où vient le problème, il faut lire l’interview de l’historien Nikolas Bloudanis dans Le Monde de mercredi 22 juillet. S’il faut remonter à l’empire ottoman et à l’indépendance de la Grèce en 1830 pour trouver son origine, ne croyons pas qu’en 6 mois ou un an, l’affaire sera réglée. Le défi est de taille : créer un Etat digne de ce nom…
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/21/la-grece-a-echoue-a-construire-un-etat-moderne_4691915_3234.html#

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