GPA : l’espoir a-t-il changé de camp ?

Sylviane Agacinski, Michel Onfray, José Bové, Yvette Roudy, Eliette Abécassis, Jacques Delors ou Lionel Jospin seraient-ils d’affreux réactionnaires ? Seraient-ils engagés dans un combat d’arrière-garde en se mobilisant contre la GPA ? Dans cette bataille que l’on nous présente comme une nouvelle querelle des anciens contre les modernes, regardons les forces en présence.

D’un côté, il y a ces pays qui nous entourent et qui ont reconnu ces contrats de « maternité de substitution » dans leur législation. Et l’on montre alors la France du doigt, pays conservateur, tandis que les mères porteuses seraient le comble de la modernité ! Il y a aussi ceux qui, en toute connaissance de cause, recourent à cette pratique illégale en France et prennent en otage l’enfant issu d’un tel contrat en réclamant à la Justice de reconnaître une filiation frauduleuse. Et comme certains juges, comme la Ministre de la Justice elle-même tombent dans le piège, pourquoi s’en priveraient-ils ? Il y a enfin une conception réductrice du Droit*, conçu par certains comme le droit à la reconnaissance sans limite de la légitimité de tous les désirs. Une conception du Droit qui prospère sur le terreau de l’individualisme.

De l’autre, il y a le front du refus : les Religions – régulièrement brocardées, quelques intellectuels conservateurs – vite ringardisés, et les bataillons de ceux qui s’étaient levés à l’appel de la « Manif pour tous » – souvent caricaturés. Avec pour ultime rempart des institutions qui, compte tenu du contexte politique, ne peuvent laisser envisager à brève échéance un changement de législation. Rien de très convaincant sur le long terme. La bataille serait donc perdue d’avance. Ce ne serait qu’une question de temps.

Sauf que l’espoir a changé de camp !

D’abord, ceux qui espéraient que l’adoption du mariage pour personnes de même sexe serait l’antichambre de la GPA en sont pour leurs frais. S’ils n’ont pas de conviction très affirmée sur le sujet, ni le Premier ministre, ni le Président de la République ne veulent ouvrir, à deux ans des présidentielles, un dossier qui à coup sûr ferait descendre des centaines de milliers de personnes dans les rues. Ensuite, le camp des opposants s’est élargi à des personnalités que l’on ne peut classer parmi les conservateurs. Des lézardes apparaissent donc dans l’édifice idéologique des partisans de la GPA.

En troisième lieu, la réalité du marché né de ce trafic est maintenant connue. Les agences qui se sont installées sur ce créneau mènent des actions promotionnelles, ont leur site internet, et fournissent des enfants pour des coûts qui varient entre 60 000 et 150 000 Euros ! Assistance juridique et psychologique comprise

Enfin et surtout, le combat contre la GPA n’est plus hexagonal, il est désormais planétaire. Et il rassemble des militantes engagées dans la lutte pour la défense des droits des femmes et des enfants, des féministes, des universitaires, des avocats, des juristes, des écrivains, des cinéastes, etc. Il est mené en Inde, au Bengladesh, au Nigéria, en Suède, en Belgique, au Brésil, aux USA, au Canda, au Royaume Uni, en Australie… Un mouvement pour l’abolition de la GPA est mené dans les pays qui l’ont adoptée et s’appuie une pétition internationale qui rencontre un réel succès **. Il repose sur un constat : il y a toujours dans ces contrats de « maternité de substitution » un déséquilibre entre les riches qui ont les moyens de se « payer » un enfant, et une femme pauvre qui loue son ventre et cède le fruit de sa grossesse contre une somme d’ailleurs très largement inférieure aux prix pratiqués par les agences…

C’est parce que ce trafic d’enfants, cette nouvelle exploitation de la femme se déroulent à l’échelle internationale que le combat est devenu mondial. C’est parce qu’il est devenu mondial que les adversaires de la GPA ont maintenant quelques chances de l’emporter. Contre l’esclavage, contre la prostitution, contre la GPA, c’est un même combat universel : la défense de l’humain.

* On lira avec intérêt à ce sujet le texte de la conférence de la professeure Marie-Anne Frison-Roche le 19 juin au Palais de Justice de Paris : « le droit à l’épreuve des contrats de maternité de substitution ».

http://mafr.fr/fr/article/le-droit-a-lepreuve-des-contrats-de-maternite-de-s/

**http://www.stopsurrogacynow.com/the-statement/statement-french/#sthash.oBLf5lqc.dpbs

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