La fête du travail ? Un jour de galère de plus…

Ils seront trois millions et demi exclus de la fête ! Trois millions et demi de chômeurs pour qui la fête du travail a perdu son sens. Jour férié pour les uns, le 1er mai n’est pour eux qu’un jour de plus dans une galère qui les épuise autant qu’elle s’éternise.

Pourtant, il faut avoir entendu ces exclus, chômeurs de longue durée, « fin de droits », parler des trésors de créativité dont ils doivent faire preuve pour survivre. Il faut les écouter dire combien certaines règles et lois protectrices de ceux qui ont un travail sont, pour eux, des obstacles à leur retour à l’emploi. Les écouter pour comprendre à quel point leur créativité est une richesse méconnue. Les écouter pour comprendre les barrières que, malgré nous, nous dressons entre ceux qui ont un emploi et ceux qui l’ont perdu. Les écouter pour comprendre qu’ils ne se satisfont pas des allocations qui leur sont versées. Si elles leur sont nécessaires, juste pour survivre, elles ne leur redonnent ni une place dans la société, ni leur dignité. Il suffit à cet égard de lire le petit livre édité par ATD – Quart Monde « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté », pour sortir de quelques clichés faciles *.

Aux animateurs du Pacte Civique qui ont lancé l’opération « Fête du travail – faites des emplois » **, on pourrait aisément rétorquer que pour une entreprise, créer des emplois, cela ne se décrète pas. Cependant, comme ils le soulignent à juste titre, si notre pays collectionne les mauvais chiffres en la matière (nombre de chômeurs, de jeunes chômeurs, de seniors privés d’emploi, de chômeurs de longue durée..), la relance de notre économie et le Pacte de Responsabilité ne suffiront pas à résoudre ce problème. Et il y a urgence ! Urgence pour sortir de leur galère ceux qui en sont les victimes. Urgence pour résoudre une difficulté qui pèse sur nos finances publiques comme elle fait planer une menace sur notre cohésion sociale. Alors oui, à ce Pacte de Responsabilité doit s’ajouter un volet social qui aujourd’hui fait défaut.

C’est d’abord un changement de regard qui s’impose. Celui des partenaires sociaux comme celui des élus locaux ou de l’Etat sur ceux, jeunes ou moins jeunes, qui demeurent à la recherche d’un travail. Changement de regard sur l’apprentissage dévalorisé pour ne pas dire délaissé. Changement d’approche pour les stages en entreprise ou la formation en alternance, comme pour la formation continue dont les fonds sont, on le sait, mal employés. Changement de regard enfin sur l’entreprise qui n’est pas, tant s’en faut – et quoi qu’en disent certains – le lieu d’une exploitation éhontée (même si certains patrons ou cadres dirigeants ont des comportements de voyous).

Il faut aussi une réflexion collective sur les manières d’abaisser le coût du travail qui fait hésiter tout patron responsable. Car, lors d’une embauche, celui-ci mesure l’engagement qu’il prend dans la durée, à l’aune de la conjoncture et de son carnet de commande. Il faut enfin ouvrir le chantier de la remise en ordre d’un Code du Travail aujourd’hui si rigide qu’il sert de repoussoir…

Alors, ne soyons ni naïfs ni cyniques. Ce n’est ni un hypothétique et très lent retour de la croissance, ni le départ programmé à la retraite des « baby-boomers » qui modifieront la donne. C’est une véritable démarche collective qu’il faut engager. Une démarche qui implique que les acteurs concernés, les partenaires sociaux, abandonnent leurs postures de défiance réciproque. Ce n’est qu’à ce prix que le 1er mai redeviendra non pas la « fête du travail », mais ce qu’elle voulait être à l’origine : la véritable fête de la « solidarité des travailleurs».

* Redonner la parole aux exclus, l’une des priorités d’ATD Quart-Monde

**  http://fetedutravail.fr

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