Un sursaut ? Pour quoi faire ?

Comme souvent, on peut faire plusieurs lectures des résultats de ce premier tour des élections départementales. Une lecture rassurante à première vue, car on pourra dire qu’une fois de plus, les électeurs ont déjoué bien des pronostics. D’abord, en allant davantage voter que ce que nous annonçaient sondeurs et éditorialistes. Ensuite en ne permettant pas au FN d’être, à la sortie des urnes, le premier parti de France. Mais ce serait oublier que si un électeur sur deux n’est pas allé voter, la proportion passe à sept électeurs sur dix lorsqu’il s’agit des jeunes et des plus pauvres ! Nous assistons donc à une fracture démocratique, une fracture qui s’accroit de scrutin en scrutin.

Ce serait aussi négliger le fait que si le FN n’est pas parvenu à atteindre son objectif, il fait maintenant jeu égal avec la gauche de gouvernement, quand il ne la domine pas nettement dans certains départements. De plus, malgré les dérapages de quelques uns de ses candidats, et bien que l’on ait moqué certains d’entre eux en raison de leur impréparation, force est de reconnaître qu’il réussit son implantation sur le territoire. C’est là un investissement de long terme qui modifiera durablement, non seulement les équilibres locaux, mais aussi les équilibres politiques nationaux.

Au-delà, c’est un défi que les électeurs ont lancé aux partis politiques. A la gauche bien sûr, qui va devoir continuer à faire son deuil de nombre d’exécutifs locaux et perdre ainsi d’utiles relais pour les échéances à venir, tandis que le gouvernement ne disposera que d’une majorité étriquée et plus divisée que jamais. Une gauche qui perd, faute de résultats, faute d’une ligne claire qui fasse comprendre son projet, faute d’affirmer ses valeurs.

Mais le même message est aussi adressé à la droite et au centre. A la droite car, à l’évidence, si la stratégie de Nicolas Sarkozy a été payante cette fois, elle n’en est pas plus claire pour autant. Sa critique du programme du FN reste molle, son projet reste bien flou. Et à faire de la reconquête du pouvoir son unique obsession, la droite ne fera, au mieux, que comme F. Hollande dont c’était le seul objectif en 2012…

Au centre enfin et surtout, qui risque bien de disparaître des écrans radars s’il ne trouve pas les moyens de redéfinir sa propre stratégie, et son positionnement sur l’échiquier. Tandis que les forces centrifuges sont à l’œuvre dans l’électorat de droite auprès duquel le concept de front républicain ne fonctionne plus, les centristes ne parviennent plus à faire entendre leur différence, alors même qu’ils pourraient être à même de freiner, si ce n’est aider à stopper ce mouvement. Tantôt, ils apparaissent comme des supplétifs de la droite, tantôt, ils le sont pour la gauche. Au point que l’électeur ne sait plus où se situent les valeurs dont il se réclame. Des valeurs qui devraient faire sa colonne vertébrale et qui sont au cœur de la réconciliation qu’attendent aujourd’hui les Français. Avec eux-mêmes, avec l’Europe, avec l’idée même de réforme…

Bien sûr, on pourra toujours affirmer que d’ici à 2017, il reste du temps pour clarifier positions et stratégies. Bien sûr, certains objecteront que se dévoiler prématurément, ce serait faire le jeu de l’adversaire. Erreur, car le temps presse ! Face à la fracture démocratique, face au déficit de valeurs, seul le FN engrange les dividendes de cette situation par un enracinement qui s’accroit chaque jour. Alors, quand passera-t-on du sursaut des urnes au sursaut des politiques ?

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