Mourir « dans la dignité » et droit de tuer

A quelques heures du vote de la proposition de loi Claeys-Leonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie, certains ont bien tenté d’introduire un droit au suicide assisté, mais n’y sont pas parvenus. Tant mieux !

Il est vrai que cette proposition de loi, est le fruit d’un long processus de concertation et de réflexion. Du Comité consultatif national d’éthique à la mission parlementaire, prélude à la rédaction de cette proposition, toutes les opinions avaient pu s’exprimer dans un débat à la fois digne et serein. Et pourtant !…

Pourtant, la volonté de créer des conditions de fin de vie « dignes » pour les malades doit nous interroger. Car peut-on dire que la dignité de la personne humaine puisse se réduire à sa seule souffrance ou à la maîtrise de sa propre mort ?

Au-delà, le caractère équilibré de cette proposition de loi ne doit cacher ni l’une de ses causes : l’échec relatif de la loi de 2005, ni ses ambiguïtés. Echec relatif de la loi de 2005 d’abord, car cette loi (déjà rédigée par Jean Leonetti) avait préconisé le développement des soins palliatifs. Mais ce développement est resté très largement insuffisant et inégalement réparti sur le territoire au point que nombreuses sont les familles qui constatent l’impossibilité d’en faire bénéficier un de leurs proches en fin de vie. De là à penser que cette défaillance de notre système de santé encourage les partisans du suicide assisté ou de l’euthanasie, il n’y a qu’un pas…

Ambiguïté ensuite au sujet de la sédation profonde, lorsque celle-ci s’accompagne d’une cessation de l’hydratation et de la nutrition. Car c’est bien, quoi qu’on en dise, une décision qui conduit à la mort de manière active et délibérée. Ambiguïté encore lorsque nul ne peut dire avec exactitude où se situe la frontière entre sédation profonde et sédation létale c’est à dire utilisation de sédatifs à forte dose causant la mort.

Ambiguïté enfin, dans la manière dont a été géré le débat politique sur ce sujet. Soucieux de ne pas ouvrir un nouveau front sur la fin de vie après avoir affronté la bataille sur le mariage de personnes de même sexe, le gouvernement s’est efforcé de tenir une position « équilibrée ». Mais quelques uns, insatisfaits de ne pouvoir aller plus loin, s’empressent déjà d’affirmer que le vote de cette proposition ne sera qu’une étape. Etape vers le suicide assisté et l’euthanasie. Comme s’il s’agissait d’un mouvement inéluctable, d’un « progrès »…

Combien de fois, en effet, a-t-on entendu cet argument du « progrès » et de la modernité ? Combien de fois nous a-t-on répété que nos voisins suisses ou belges qui avaient déjà adopté ces dispositions dans leur législation étaient plus modernes que nous. Hélas, il suffit de lire quelques témoignages de soignants* qui dénoncent les dérives de ce « modèle belge » pour découvrir avec effroi ce que réserve cette prétendue modernité.

En 1981, Robert Badinter avait fait abolir la peine de mort. Et la gauche peut s’honorer d’avoir alors porté cette réforme. Aujourd’hui, ne soyons pas dupes : derrière cette proposition de loi, et bien loin de l’esprit de ses auteurs, se profilent déjà ceux qui entendent, au nom de la « dignité » (perversion suprême !), instaurer un permis de tuer.

* à lire sur le site du collectif Plus digne la vie : http://plusdignelavie.com

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