Les enfants fantômes

 

« Les enfants fantômes » de Laurent Dejoie et Abdoulaye Harissou éd. Albin Michel – 170 p.

A l’heure où le Prix Nobel de la Paix a été décerné à la jeune Malala Yousafzai pour son courage face aux talibans et à sa farouche volonté d’aller à l’école, comment ne pas s’interroger sur le sort de dizaines de milliers d’enfants qui sont privés du premier des droits de l’Homme : avoir un nom, une identité ? En effet, ce qui nous semble une évidence – être enregistré à sa naissance à l’état civil – ne va pas de soi dans certains pays d’Afrique et d’Asie du sud-est, notamment. Selon l’UNICEF, ce sont donc aujourd’hui quelque 230 millions d’enfants de moins de 5 ans qui, faute de nom, d’existence légale, vont devenir la proie de ceux qui les soumettront au travail forcé, à la prostitution, au trafic d’adoption… Pour eux, l’absence d’identité administrative se traduira par l’impossibilité de bénéficier d’une formation, de se marier légalement, d’obtenir des aides sociales, de devenir propriétaire. Bref, de pouvoir prendre en mains leur destin. Cette situation est le fruit de la méconnaissance de leurs parents, de résistances culturelles, mais aussi de l’absence d’infrastructures étatiques solides avec un état civil digne de ce nom, et des process fiables d’enregistrement des naissances.

 

Dans « Les Enfants fantômes », Laurent Dejoie, président du notariat francophone et Abdoulaye Harissou, qui fut président de la Chambre des notaires du Cameroun jettent une lumière crue sur cette réalité. Mais ils ne se contentent pas de lancer un cri d’alarme ou d’en appeler à un travail coordonné entre administrations locales, ONG, et associations. En juristes éclairés, ils font le point sur les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’état civil et proposent des solutions pour mettre un terme à cette situation. Pas étonnant que Robert Badinter se soit joint à leur combat en rédigeant la préface de cet ouvrage. Un combat qui a pris cet automne un tour particulier, Abdoulaye Harissou ayant été arrêté le 27 août dernier par les autorités camerounaises. Celles-ci reprochent à cet ardent défenseur de l’état de droit des activités « portant atteinte à la sûreté de l’état » et le traduisent devant une juridiction d’exception. Une raison de plus pour lire cet ouvrage !

 

 

 

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Une réponse à Les enfants fantômes

  1. Laurent dit :

    En lisant votre blog, la phrase de Churchill me vient à l’esprit:

    Construire peut être le fruit d’un travail long et acharné. Détruire peut être l’oeuvre d’une seule journée.

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